BOULAY
pour que tous les ministres du culte fussent soumis à une déclaration particulière de fidélité au gouvernement; il fut un des agents les plus décidés du coup d’État de fructidor, et consentit à être le rapporteur de la loi qui frappait de déportation un certain nombre de députés et de journalistes, mesure révolutionnaire, et qui, si elle ne relevait pas les échafauds , n’en était pas moins violente et arbitraire. Mais peut-être la révolution était-elle condamnée à ces énormités pour échapper à ses adversaires. Quoi qu’il en soit, le Directoire luttait en vain contre des ennemis qu’il n'avait point la force de détruire. On n’osait plus verser le sang, il est vrai; mais l’exil, la déportation, la confiscation, étaient encore des armes familières aux vainqueurs. Les anciens nobles ne dissimulaient ni leurs haïnes ni leurs menées conspiratrices. On voulut conjurer leurs efforts : leur expulsion en masse et sans forme de procès fut proposée et appuyée au nom d’une commission des Cinq-Cents par son rapporteur Boulay. L'opinion publique se souleva; la commission qui avait adopté cette proposition s’empressa de la modifier ellemême, et y subslitua une simple exclusion des emplois publics, et l'obligation de se soumettre à certaines conditions spéciales pour jouir des droits du citoyen. Une loi sanctionna ces mesures.
Mais ce n’était point à de tels expédients qu’il appartenait de rétablir l’ordre et la sécurité. Le Directoire luttait en vain par l’arbitrâire contre les vices de sa constitution , et ceux même qui lui avaient prêté le concours le plus efficace se trouvèrent dans la nécessité de combattre une politique aussi violente qué capricieuse, également dépourvue de consistance et de dignité. Boulay fut de ce nombre : il avait acquis une grande influence dans le Conseil des Cinq- Cents. Organe de l’assemblée dans les circonstances les plus décisives, prompt au travail, énergique et actif, il avait été secrétaire des Cinq-Cents et deux fois président. Il résistait à la fois aux hommes de désordre en s’opposant à ce que La patrie fût déclarée en danger, formule empruntée aux jours de la Terreur, et aux excès du pouvoir en défendant les libertés publiques contre les atteintes du gouvernement, 1l ne tarda point, sans doute, à désespérer des nouvelles formes constitutionnelles qui avaient été improvisées par la Convention expirante; et lorsqu’au 18 brumaire, Directoire et conseils furent emportés par un coup de main du jeune vainqueur de l’Italie, Boulay salua de son adhésion et appuya de son influence le nouveau pouvoir, qui promettait lordre et ne menaçait pas encore la liberté.
Nommé président de la commission intermédiaire qui avait été créée dans la soirée du 19 brumaire, il refusa, dit-on, le ministère de la police; mais il se chargea de développer les bases de la constitution consulaire, à laquelle il venait de coopérer. Il ne pouvait rester en dehors des affaires; il était de ceux qu’appelait à lui le premier consul, pour donner à son gouvernement l'appui de tous les hommes qui s'étaient fait remarquer dans les assemblées , dans les diverses carrières publiques. Le conseil d'État venait d’être organisé; et dans la pensée de‘son fondateur ladministration tout entière et à certains égards la direction politique elle-même allaient lui être remises. Le comité de législation devait prendre part à Ja plus grande œuvre législative qui jamais eût été entreprise. Boulay fut placé à la tête de ce comité, et en dirigea les délibérations pendant toute la discussion du Code Civil. 11 le quitta pour Vadministration du contentieux des domaines nationaux , poste important, qui avait besoin d’être remis à des mains pures ; le premier consul à cette occasion dit à Boulay : « Je vous donne une place où réside toute la politique intérieure de l’État; j'ai été très-indulgent pour les personnes, et je n’ai presque fait que des ingrats; mais soyez très-sévère pour les biens. » Boulay maintint toutes les ventes nationales, fit bonne justice à chacun, et sut se concilier l'estime de ceux mêmes que ses devoirs
vent à froisser dans leurs intérêts. Après neuf ans passés dans cet emploi, après avoir instruit plus de vingt mille affaires, et presque entièrement épuisé cette lâche laborieuse, il reprit au conseil d’État la présidence du comité de législation. A ce titre il faisait partie du conseil de régence formé en 1814. 11 y siégeait le 28 mars lorsqu'on délibéra sur la conduite que l'impératrice devait tenir, Boulay s’opposa énergiquement à ce qu’elle s’éloignât de la capitale. T1 voulait que la petite-fille de Marie-Thérèse suivit l'exemple de son aïeule, et qu’à cheval, son fils dans les bras, elle fit un appel à la garde nationale et au peuple de Paris. La majorité du conseil se prononça pour cet avis : on sait trop qu'il ne fut point suivi.
Pendant la première restauration Boulay vécut dans la retraite. Le retour de l’empereur lui rendit ses anciennes fonctions, avec le titre de ministre d'État Dans la Chambre des représentants, où l'avait appelé le département de la Meurthe, il défendit les intérêts de la dynastie impériale ; dans le conseil d’État, il rédigea en grande partie les deux célèbres déclarations par lesquelles ce grand corps adhéra au nouveau gouvernement et à ses principes. Enfin, le gouvernement provisoire lui confia le ministère de la justice. La seconde restauration termina sa carrière politique, mais non les agitations d’une vie si pleine. Proscrit par l'ordonnance royale du 24 juillet 1815, et forcé de se retirer en Allemagne, il ne fut autorisé qu’à la fin de 1819 à rentrer en Franee, où il se détermina à rester désormais dans la vie privée. Son esprit lui offrit des ressources contre l’ennui qui dévore souvent ceux que les vicissitudes des événements arrachent aux affaires publiques; il avait le goût des lettres. Sous le Directoire, il composait un écrit qui occupait vivement l’attention publique : en y décrivant Les causes qui avaient amenéen Angleterre l'établissement de la république et celles qui y firent périr, il offrait au temps présent de curieux rapprochements et des enseignements utiles. Dans lexil, ïl publiait le Tableau politique des règnes de Charles II et de Jacques IT, derniers rois de la maison de Stuart, et cette composition historique était encore une leçon qu’il empruntait au passé. Les dernières années de sa vie ont été employées à écrire des mémoires sur la révolution qui pourront expliquer des événements encore mal connus. Il est mort le 2 février 1840 , laissant à deux fils, ses dignes héritiers, un des noms les plus honorables parmi ceux que les événements accomplis en France depuis 1789 ont fait sortir de l’obscurité pour les recommander à l'estime et à la reconnaissance publiques. VIVIEN, de l'Institut.
BOULAY de la Meurthe (Henri), sénateur, ex-viceprésident de la République, fils aîné du précédent , est né à Nancy, le 15 juillet 1797. Il embrassa la carrière du barreau, mais s’occupa bien moins de jurisprudence que de la gestion des propriétés considérables de son père, qu'il administrait avec un dévouement plus que filial. Quoi qu’il en soit, il était inscrit au tableau des avocats à la cour royale de Paris lorsque éclata la révolution de Juillet. Jeté dans le mouvement, il ohtint après la victoire la décoration créée pour les combattants. M. Boulay de la Meurthe affectait cependant d’abord des opinions napoléonistes; mais il fut bientôt rallié au gouvernement de Louis-Philippe, et devint successivement chevalier, puis officier de la Légion d'Honneur, lieutenant-colonel, puis colonel de la onzième légion de la garde nationale parisienne, membre du conseil général de la Seine, etc. En 1834 Lunéville l’envoya à la chambre des députés. II y siégea au centre gauche, et fit partie de l'opposition dynastique modérée, s’occupant spécialement de la propagation de l’enseignement primaire.
On lui doit en effet, entre autres ouvrages, plusieurs rapports sur les travaux de la société pour linstructin élémentaire et sur sa situation en France et à l'étranger ; d’eutres rapports au conseil municipal de Paris sur le même sujet, sur les livres et méthodes, sur l’organisation du com-
merce de la boucherie, et une Xistoire du Choléra-Morbus dans le quartier du Luxembourg. C'est à ses longues instances que les instituteurs primaires durent une augmentation de traitement votée par la chambre des députés dans une de ses dernières sessions.
Réélu en 1837, M. Boulay de la Meurthe échoua en 1839. Plus heureux en 1842 el en 1846, il reparut à la chambre avec le mandat du collége de Mirecourt. Épris d’un vif amour posthume pour le grand empereur, il avait ressuscité, en dépit des règlements, les fifres de la garde impériale dans sa onzième légion, souvenir qui est resté gravé en caractères douloureux dans les oreilles du quartier.
L'avénement de la république de 1848 était sans doute peu du goût de notre législateur-colonel, Le suffrage universel parisien commença par le dépouiller de ses épaulettes. Les Vosges lui furent plus fidèles, etl’envoyèrent à la Constifuante. 11 n’y brilla guère que par son attachement au neveu de l’empereur, qui dut présenter à l'Assemblée constituante, aux lermes de la constitution, trois candidats pour la viceprésidence, M. Boulay de la Meurthe était en tête de la liste. L'Assemblée, accusée d’être peu favorable à l'élu du peuple, crut faire acte de bon goût en choisissant le premier nom présenté. M. Boulay de la Meurthe devint ainsi vice-président de la république et président du conseil d’État, On avait affecté à sa demeure le petit Luxembourg. IL préféra rester dans son hôtel. Outre son traitement, on finit par lui voter 50,000 fr. de frais de représentation; il n’en usa qu’en faveur de différentes instilutions de bienfaisance.
Le coup d'État du 2 décembre 1851 a dépouillé M. Boulay de ses fonctions de vice-président de la république et de président du conseil d’État; mais il a reçu depuis pour fiche de consolation l'habit brodé de sénateur. IL s'était marié en 1851. — Il est mort le 24 novembre 1858, à Paris.
Son frère puiné, M. Joseph Bouray , ancien secrétaire général du ministère de l’agriculture et du commerce, devint conseiller d'État en 1837 et conserva ses fonctions jusqu’en 1857, où il alla siéger au sénat.
BOULAY-PATY (Pierne-SÉBasriEN ), législateur et jurisconsulte, naquit à Abbaretz près de Châteaubriant (Loire- Inférieure ), le 10 août 1763. Reçu avocat à Rennes en 1787, il embrassa la cause de la révolution sans en partager les excès; et il s’honora surtout par sa résistance au proconsul Carrier. 1] remplit successivement différentes fonctions publiques , entre autres celles de commissaire civil et criminel du pouvoir exécutif dans le département de la Loire-Inférieure, et fut élu en 1798 au conseil des Cinq-Cents. 11 prit une part active à la révolution du 18 juin 1799, qui contraignit La Revellière-Lépeaux et Merlin à quitter le Directoire, et fit également l'opposition la plus vive à la journée du 18 brumaire : aussi fut-il placé le 19 sur la liste des membres exclus. Mais sa disgrâce ne fut pas de longue durée; car le gouvernement consulaire le nomma juge à la cour d’appel de Rennes. Lors de la réorganisation de l'ordre judiciaire, en 1810, il devint conseiller à la cour impériale, et fut confirmé dans ses fonctions, qu’il n'avait cessé d’exercer pendant la première et la seconde restauration, par ordonnance royale. Il mourut le 16 juin 1830, à Donges, doyen de sa cour. On a de lui : Observations sur Le projet du Code de Commerce (1802); Cours de Droit Commercial maritime (4 vol., 1821 ), ouvrage qui le place au premier rarg des jurisconsultes; Traité des Faillites et Banqueroutes(1825); Emerigon annolé, mis en rapport avec Le nouveau Code de Commerce. M avait rassemblé en outre dans les dernières années de sa vie une foule de matériaux restés inédits pour une Histoire du Commerce Marilime chez tous Les peuples.
Son fils aîné, mort à vingt-cinq ans, fut l’un des signataires de la consultation du général Travot. — Le second, Évarisle BouLay-Pary, néà Donges, le 19octobre 1804, a vu couronner par l’Académie Française son poëme sur l’Arc de