BOUVIER — BOUVINES
BOUVINES ou BOVINES, village de 500 âmes entre: Lille et Tournai, où s’est donnée, le 27 juillet 1214, la bataille de ce nom, qui a sauvé la France, la dynastie des Capétiens et le trône de Philippe-Auguste. Une ligue formidable s'était formée entre Jean sans Terre et Othon IV, empereur d’Allemagne. Le roi de Bohême Przemislas, le marquis de Misnie, les ducs de Saxe, de Lorraine, de Brabant, de Louvain, de Limbourg, tous les princes de l’Empire qui avaient soutenu le parti d’Othon contre la maison de Souabe étaient entrés dans cette confédération. Ferrand de Portugal, comte de Flandre, Renaud de Dampmartin, comte de Boulogne, et autres grands vassaux de la couronne de France, s'étaient rangés parmi ses ennemis. Des six pairs laïques du royaume, le duc de Bourgogne et le comte de Champagne étaient les seuls qui lui restassent fidèles. Le Languedoc, la Provence et les provinces limitrophes étaient . en proie à la guerre civile ; et cette guerre, dite des a7digeois, non-seulement absorbait leur population, mais un grand nombre de seigneurs français oubliaient les intérêts de l'État pour se croiser contre le comte de Toulouse et ses sujets, L’Aquitaine, l'Auvergne, le Limousin, le Poitou, étaient occupés par les Anglais et la maison de Lusignan, La Bretagne, sous lautorité de Gui de Thouars, était l'allée de Jean sans Terre. Le Maine, l’Anjou, la Touraine et la Normandie, à peine conquis par Philifpe-Auguste, se soulevaient à chaque instant contre sa puissance mal affermie, et la plupart de ses chevaliers fidèles étaient obligés d’y séjourner pour les défendre contre les Anglais. Le royaume de France n’était réellement composé que des provinces de Picardie, de Bourgogne, de Champagne, de Berry, de l’Jle de France, de l'Orléanais; et, dans toutes ces provinces, un grand nombre de vassaux mécontents avaient embrassé le parti de l’empereur, Parmi ceux qui restaient sous la bannière de Philippe-Auguste, le duc de Nevers et autres n’attendaient qu’un échec pour passer dans les rangs de l'étranger. Les entreprises de Louis le Gros, de Louis le Jeune, de Philippe lui-même, sur la féodalité et l’autorité usurpée des barons de France, excitaient toutes ces rébellions et ces perfidies ; et, en comptant les guerriers fournis par les communes picardes, le roi de France pouvait réunir à peine 50 mille hommes pour lutter contre tant d’ennemis.
Othon IV arrivait de l’Allemagne avec une armée de 150 mille combattants, parmi lesquels le comte de Salisbury, frère naturel de Jean sans Terre, figurait avec ses bataïllons anglais. Ferrand et Renaud leur avaient donné rendez-vous à Valenciennes, et ces deux instigateurs de la guerre étaient d'autant plus coupables, qu'ils devaient à Philippe-Auguste les mariages qui les avaient mis en possession des comtés de Flandre et de Boulogne. Le partage de la France était réglé d’avance. L'Ile de France et Paris devaient appartenir à Ferrand, le Vermandoïs à Renaud ; le roi d'Angleterre reprenait tout l'héritage de sa mère Éléonore d’Aquitaine et toutes les provinces d’outre Loire; Hugues de Boves s’appropriait le pays de Beauvais; Conrad de Westphalie prenait les deux Vexins; le Gâtinais était adjugé à Gérard d'Hostman; le comté de Dreux à l'Anglais Salisbury; une foule d’autres chevaliers avaïent enfin leur part dans cette distribution des provinces de France. Ce n'était pas assez de l'intérêt et de l'ambition pour exciter le courage des principaux confédérés, on avait fait parler les devins : la vieille Mahaud de Portugal, tante de Ferrand, comtesse douairière de Flandre, en avait obtenu cette réponse ambiguë : « En combattant, le roi sera renversé à terre, foulé aux pieds des chevaux, et il sera privé de sépulture. Ferrand, après la victoire, sera reçu en grande pompe par les Parisiens. » Cette prophétie fut répandue dans l’armée ; elle donnait l'assurance du triomphe. La jactance de cette puissante ligue était à son comble, et le fier Othon, qui s'était avancé la veille de Valenciennes à Mortagne, repartit au