BRAHMA
pensée de Brahma, à qui il a sufh de penser qu’il voulait créer des mondes, pour qu'ils existassent aussitôt, en vertu de son Verbe créateur. Or, comme dans la mythologie hindoue tous les attributs de l’Être-Suprême sont personnifiés, la vdch, ou parole articulée ( {ogos ), sort de Brahma, espèce de déesse, comme la sagesse et la science suprêmes ; alors, pénétrant tous les êtres, elle créa d’abord le brakman, comme démiurge, nom identique avec Brahma , l’Être-Suprême.
On ne saurait douter que ces idées du Zogos des Indiens n'aient pénétré de bonne heure dans J’Occident. Elles se retrouvent dans la doctrine per du logos et dans les ouvrages hermétiques des Égyptiens, où on lit que Dieu a créé le monde par le Logos, qui. avait été le fils unique, éternel et le plus parfait de Dieu. D’après les Védas, la mâya où l'imagination formatrice est un autre élément nécessaire pour la création, Brahma, en jouant avec la mäya, a produit tout, et tient dans l'univers la même place qu’une araignée dans sa toile ; il est le centre unique, exclusif, d’où tout part et où tout vient aboutir,
Dans un autre endroit des Védas, où l’on traite de la création, il est dit qu’il n’y avait d’abord ni être ni nonêtre ( at et asat ), c’est-à-dire qu’il n’y avait pas encore d'existence déterminée, mais que l'être général ( Tad ) ou Brahma se manifesta lui-même pour l'être, tandis que la mäya flottait autour de lui dans un brouillard sans formes. L’Être-Suprême ayant commencé à se confempler lui-même dans l'éclat de la mâya, cette contemplation dissipa les ténèbres; et l'amour devint dans son âme une force productrice de la création. Cette doctrine sur la mâya, comme force productrice, est devenue, par méprise, la base d’un idéalisme qui nie toute existence matérielle. L'école philosophique de Vedanti, confondant cette mâya divine avec l'imagination, qui est souvent trompeuse, regarde le monde comme le produit de la mâya, toute réalité coraime une simple apparence et une illusion, Dans le code de Manou, on trouve aussi l’idée cosmogouique de l’œuf du monde, idée qui sereproduit également chez les Chinois, les Japonais, les Assyriens, les Égyptiens et autres peuples. Il y est dit : Lorsque l'Éternel, l’Invisible, qui ne peut être approfondi que par la raison, voulut créer des êtres de sa propre substance divine, il créa d’abord par une pensée l’eau, et il y mit la semence, Celle-ci devint un œuf brillant comme le soleil, et ce fut en cet œuf que se dévelop Brahma, la force créatrfte de l'Éternel, qui brisa ds pensée, après une année d’incubation, l’œuf qui le contenait, et dont les deux moitiés se transformèrent ensuite en ciel ou éther, et en terre.
Un point fondamental de la doctrine de Brahma, c’est que Dieu a créé tout bien, et que l’homme, comme créature libre, est seul coupable du mal moral qui existe. Quand l'Éternel , selon la cosmogonie des Védas, eut prononcé le verbe créateur, aussitôt naquirent les prototypes spirituels
‘ de toute vie, qui résident continuellement dans l’éther. C’est
ainsi que dans la doctrine du Zend des Parses les pensées du Créateur devinrent les esprits purs et immortels ( perwers ) des futurs êtres organiques. Ces divds ou suvds, comparables aux anges chez les Juifs, qui en développèrent la doctrine, surtout après leur retour de captivité, jouirent longtemps de leur liberté dans le sein de la béatitude, jusqu’à ce que l’un d'eux, par orgueil et envie, se délourna de l'Éternel, séduisit d’autres esprits, el causa ainsi la perte de la béatitude. C’est alors que l'Être-Suprême résolut de créer le monde matériel, et d’y bannir les esprits déchus, pour les soumettre à un état d'épreuve el de renouvellement. L'âme humaine resta une image ( type, #wréi) de la Divinité; car un souflle divin nous anime tous, et nous sommes tous de la même substance,
Une conséquence de cette chute et de la création du monde matériel fut la métempsycose ou plutôt mélensomatosis ,
BRAHMA — BRAHMAPOUTRA
c'est-à-dire la migration de l’âme dans des corps différents, même dans des animaux et des plantes , selon la valeur des actions de l’homme. Mais comme la Divinité, dans sa miséricorde pour les hommes, est descendue plusieurs fois sur la terre pour leur donner une révélation et une loi capable de servir de règle à leurs actions , elle a fixé la durée de ce monde matériel à 12,000, et selon d’autres à 432,000 années. Quand ce terme sera expiré, la Divinité apparaitra de nouveau, détruira le monde matériel, et établira un royaume divin, spirituel. La chute des esprits a eu aussi des conséquences fatales pour la terre : les pôles ont changé de position, les étoiles se sont égarées de leur route, et touta la terre a été punie par un déluge. Aussi toute vie sur cette terre est-elle une vie de punition, de combat contre le mal et la matière, sans repos, sans stabilité,
La religion et la philosophie indiennes se bornant à indiquer les causes et les conséquences de la chute de l'homme et de tout l'univers, sans insister sur l'indispensable nécessité de notre spontanéité active pour parvenir à un meilleur état futur, l’Iudien attend inactif le salut du genre humain, qui doit venir de l'écoulement paisible des trois âges malheureux du monde. Alors commencera la quatrième ère du royaume divin, où le monde se renouvellera, où les dieux inférieurs eux-mêmes disparaîtront, et où Dieu sera fout en tout. Comme aux yeux de l’Indien la Divinité est répandue dans toute la nature, chaque être, l’animal, la plante même, peuvent prétendre à un saint ménagement et à une vive sympathie de la part de l’homme; et cependant, par une de ces contradictions dont abonde l'esprit humain, ce même Indien, qui se ferait scrupule de tuer le moindre insecte, se montrera barbare non-seulement envers le paria, mais encore envers lui-même. 11 détestera et persécutera le paria, parce qu'il le rezardera comme un être impur, qu'il faut fuir, si on veut éviter sa contagion; il le traitera avec dureté, pour l'empêcher de transgresser les limites de l’état d’infériorité auquel il est condamné; enfin, il deviendra son propre bourreau, dans la conviction où il est que les souffrances physiques de l’homme sont agréables à Brahma.
L'Être-Suprême, ou Parabrahma, est emblématiquement représenté par un cercle dans un triangle, et dans le langage, par la syllabe mystérieuse Om, resultant des lettres A, U et M, par laquelle commence et finit la lecture de chaque Écriture sainte. Le nombre des sectateurs de Brahma s’élève de quatre-vingt à cent millions.
H. Aunens (de Gœttingue) ].
BRAHMANES, BRAHMES ou BRAMINES, en hindou Brâéhmana, c’est-à-dire , fils de Brahma, divins. C’est ainsi que les Hindous désignent leurs théologiens. Ils forment la première des quatre castes héréditaires de Inde. Leur mission est de conserver dans toute sa pureté la religion de Brahma. Dès lors leur devoir est d'étudier les Védas, de veiller aux sacrifices et au culte des temples. Ils doivent aussi servir de conseillers aux princes et d’assesseurs à la justice, enfin consoler comme médecins l’humanité souffrante. Les lois anciennes des Hindous exaltent avec les expressions les plus enthousiastes leur sainteté et leur inviolabilité; et la tradition indienne explique leur dignité en disant que cette caste est sortie de la tête de Brahma, tandis que les trois autres, celles des guerriers, des bourgeois et des serviteurs, sont issues des parties inférieures de son corps. Après avoir été reçu membre de sa caste par l’imposition solennelle d’une bandelette, le jeune Brahmane commence l'étude des livres saints et passe brahmatschéri. Dès qu'il atteint l’âge de puberté, il est tenu de se marier et de fonder un ménage en qualité de grihaslä. Lorsqu'il lui est né un fils et qu’il l’a élevé sous ses propres yeux jusqu’à l’âge de l'adolescence pour le préparer à sa sainte vocation, son devoir est de fuir désormais le monde et de se retirer en qualité de Vanaprasth@ dans la solitude de quelque forêt pour s’y livrer à des méditations sur la Divinité, jusqu’à
ce que, purifié de tout élément terrestre, il parvienne à la
contemplation de Dieu et s'en retourne être pur, comme Sannyasi, à la source primitive de toute existence.
Aujourd’hui encore les Bramines jouissent dans l’Inde d’une extrême considération, et remplissent des emplois importants à la cour des différents princes. Cependant il en est aussi beaucoup parmi eux qui vivent dans l'indigence et sont obligés d'embrasser des industries qui ne répondent guère à leur vocation originelle.
BRAHMANISME, religion de Brahma,
BRAHMAPOUTRA, grand fleuve d'Asie, rival et affluent du Gange, avec les eaux sacrées duquel il vient confondre les siennes, au sud de Dakka, dans un de ses principaux embranchements, un peu avant qu'il aille par mille embouchures diverses se jeter dans le golfe du B'engale. On ne connait pas encore, à la vérité, le point précis où son cours supérieur se rattache à son cours inférieur ; mais ée qu’il ya de plus vraisemblable, c’est qu’il se confond avec le Dsang-bo-Tsiou du Thibet, dont les sources sont situées au nord de l'Himalaya, à l’est du lac Manasa, non loin de celles de l’Indus. On peut en inférer que dans son parcours le Brahtmapoutra se divise en trois grands embranchements : 1° le Brahmapoutra supérieur, sous le nom de Dsang-bo-Tsiou, qui arrose le plateau du Thibet, et cotoie les contre-forts septentrionaux de l'Himalaya dans ja direction de l’ouest à l’est pendant l’espace de 200 myriamètres ; 2° son cours central, à travers l’Assam, de l’est à l’ouest, pendant un espace de 75 myriamètres, sous le nom tantôt de Brahmapoutra, tantôt de Lohiliya, c’est-à-dire fleuve rouge, Bori-Lohit, c’est-à-dire vieux fleuve, ou de fleuve supérieur de l’Assam ; 3° le Brahmapoutrainférieur, dont le cours se prolonge sur un espace de 50 myriamètres en traversant la vallée du Bengale dans la direction du nord au sud, sous la dénomination de Meyna. Ce n’est que par les renseignements recueillis après la guerre des Birmans, dans les années 1825 et 1826, qu’on a acquis des notions un peu précises sur son cours central.
Trois grandes rivières, le Dihong, le Dibong et le Zohit confondent leurs eaux au-dessous de Sodiya, par 27° 50’ de latitude septentrionale et 90° 30’ de longitude orientale, avec celles du Brahmapoutra, qui traverse alors l’Assam jusqu’à Goalpara. De ces trois rivières, Le Lohit est la mieux connue et celle qui remonte le plus au nord-est. Il s'appelle dans son cours supérieur Talouka, prend sa source dans les montagnes couvertes de neige dites Doung-Djou-Gangri , dernier prolongement de l'Himalaya à l’est, et ne tarde pas à se réunir au Talouding, qui vient de l’est. Après avoir recueilli dans le pays des Mismis, à gauche, le Gouloum-Ti etle Zat-Ti, et s'être frayé plus loin un passage à travers les chaînes élevées de Langtän, où il forme une profonde et sauvage vallée, il reçoit pour la première fois le nom sacré de Brahmapoutra, c’est-à-dire fils de Brahma. C'est à ce point que s'élèvent au-dessus du bassin sacré, désigné sous le nom de Brahkma-Kand, les infranchissables crêtes du Deo- Bori, c’est-à-dire demeure de la Divinité, et, au sud, le pic Dupha-Boum des monts Langtän, qui atteint une élévation de 4548 mètres. A l’ouest s’onvre la vallée.
Le fleuve se divise encore, en avant de Sodiya et en entourant les plaines de Soukato, en Bori-Lohit du nord eten Soukato-méridional, rivière dont des cataractes ct des rapides rendent la navigation extrêmement difficile. Le Brahmapoutra entre alors dans le pays d’Assam et recoit encore, au-dessus de Sodiya, le Tenga-Pani et le Noh-Dihing venant du pays de Sinhphos, et sur sa rive droite le Kundil-Pani, sur les bords duquel est construite Sodiya, résidence du gouverneur de l’Assam supérieur. Au-dessous de cette ville il se réunit à l’'embranchement le plus occidental du Dihong, l'embranchement central du Dibong pré: sentant une masse d’eau deux fois plus considérable que le Lohit. Le cours inférieur du Brahmapoutra dans la vallée
du Bengale commence au-dessous de Goalpara, et, aprèsavoir contourné les monts Garrows, il forme déjà au-dessus de Shirpour une multitude d’embranchements qui se développent de la manière la plus capricieuse dans une contrée affectant la forme d’un delta, sujette dès lors aux inondations et ayant de nombreuses communications avec le Gange. La Megna , qui avait toujours été jadis le plus grand des courants par lesquels s’échappait cette prodigieuse quantité d’eau, se rétrécit et diminue maintenant visiblement de profondeur , de sorte que du mois de décembre au mois de juin la navigation y devient toujours plus difficile au-dessus de Dakka; tandis qu’à partir de Shirpour, le Zénèye, l’un des déverseirs du Gange, arrive à prendre chaque année plus d’ampleur et ne tardera pas à constituer l’embranchement le plus considérable du Brahmapoutra,
De même que le Gange est adoré par les Hindous sous la forme féminine, le Brahmapoutra l’est sous la forme masculine, en sa qualité de fils de Brahma, de la bouche duquel il sort, dit-on. L’Hindou va en pèlerinage à ses sources, le Thibétain à ses embouchuwes ; et là où les deux fleuves confondent leurs eaux, s’élève dans l’île de Ganga-Sagar, l’une des pagodes les plus vénérées qu'il y ait dans toute l’Inde.
BRAHMES. Voyez BRAHMANES.
BRAHOUIS ou BRAHOUÉS, Voyez BÉLOUDIISTAN.
BRAI. Le brai proprement dit, ou brai sec, qu’on appelle encore arcanson, est le résidu que laisse la térébenthine traitée par la distillation pour en extraire l'huile volatile dite essence de térébenthine dans le commerce. La cclophane, avant sa purification, n’est elle-même autre chose que le braïi sec. 100 parties pondérables de térébenthine de France donnent assez communément de 12 à 15 parties d'essence volatile, et de 85 à 88 parties de brai sec ou colophane brute, plus ou moins charbonnée.
On a assez improprement imposé le nom de brai gras à un mélange artificiel, composé de parties égales en poids, de goudron, de brai secet de poix grasse. Ce mélange s'obtient de la manière suivante : on fait préalablement chauffer le goudron dans un vase en fonte de fer ; on y ajoute la poix grasse par portions , et, lorsque ces deux premières substances sont bien incorporées et liquéfiées, on finit par la projection du brai sec réduit en poudre grossière ou en petits fragments. Le tout fond ensemble, s’incorpore, et quand la masse paraît bien homogène, on la coule dans des tonneaux ou autres moules, pour la livrer au commerce,
Le brai provenant de la distillation du goudron de gaz sert à faire des briqueltes combustibles par l’agglutinage de menué houille. On en retire aussi l’aniline.
BRAIE (Fortification). Voyez FAUSSE-BRAIE.
BRAIES, BRAGES ou BRAGUES, vieux mots qui signifiaient également autrefois ce que l’on a depuis nommé haut-de-chausses, puis culotte, c'est-à-dire un vêtement propre à couvrir le corps depuis la ceinteme jusqu'aux genoux, et d’où la Gaule narbonnaïse avait été appelée jadis Braccata et ses habitants Braccali. De bragues ou brages est venu le mot grègues, pris dans la même acception, et l'on a donné le nom de braguette ou brayette à l'ouverture pratiquée sur le devant de ce vétement.
Quoique l'usage des braies fût établi à Rome dès le temps d’Auguste, Tacite l’appelle une sorte de vêtement barbare, parce qu’il venait des Gètes, des Sarmates, des Germains et des Gaulois, d’où il a passé chez nous, ainsi que chez les autres peuples modernes. Les habitants de l'Helvétie et de la Bretagne, moins sujets que les autres Gaulois aux invasions des peuples étrangers et, par conséquent, aux bouleversements
qui les suivent, n’ont pas encore quitté l’usage des braies. ‘
Le gros de la nation gauloise les conserva même après la conquête des Francs. Charlemagne, fidèle au vêtement de ses ancêtres, disait avec humeur à ses Francs : « Voilà nos hommes libres qui prennent les habits du peuple qu’ils ont vaincu, »
BRAHMAPOUTRA — BRAMANTE
Braie se dit encore, sur mer, d’une enveloppe de cuir ou de toile cirée, dont on entoure le pied du mât, ou l’ouverture par où passe la barre du gouvernail , afin d’empêcher que l’eau ne pénètre à fond de cale par ce passage.
BRAILOW, BRAILA ou encore IBRAIL, après Giurgewo, la forteresse la plus importante de la Valachie, sur la rive septentrionale du Danube, est bâtie à l'embouchure du Sireth dans le Danube, lequel se partage là en six bras qui entourent un territoire resté neutre entre les Russes et les Turcs. L'un de ces bras forme le port de la ville, dont la population s'élève à 25,760 habitants. On exporte de Braïlow de grandes quantités de blé de la Valachie pour Constantinople ; et la pêche des esturgeons dans la mer Noire y est aussi un élément très-actif de prospérité. Pendant les guerres du siècle dernier contre la Turquie, Braïlow fut assiégée et prise plusieurs fois par les Russes, qui la livrèrent aux flammes en 1770, Restituée aux Turcs en 1774 par le traité de paix de Kaïnardji, elle fut alors fortifiée à européenne. Elle succomba , en 1828, après une vigoureuse résistances ; la paix d’Andrinople la rendit aux Turcs. Le 23 mars 1854 les Russes l’occupèrent encore, mais ils furent forcés de l'évacuer le 1*7 septembre suivant, après l'avoir pillée,
BRAIRE ou BRAIMENT se dit, par onomatopée, du son que fait entendre l’âne lorsqu'il crie, et cette action est indiquée elle-même par le verbe braire, qui, par extension, s'applique aux accents humains lorsqu'ils proviengent d’une voix rauque, dure et désagréable ; d’où sont venus également les mots brailler, braillard et brailleur, pris dans la même acception, et toujours en mauvaise part.
BRARENBURG (RÉGnier) , peintre hollandais, né à Harlem, en 1650, fut l'élève d'Adrien van Ostade. L'exemple de son maître et son propre goût pour le plaisir le portèrent à peindre des scènes de genre, pleines de gaieté et empruntées généralemeut aux mœurs du peuple. Ses tableaux se distinguent par une exécution soignée comme par la fraîcheur et la vigueur du coloris. Il a été moins heureux dans le dessin, Il travailla longtemps dans la Frise, et mourut à Harlem, en 1702.
BRAMANTE, dont le véritable nom était Donato La- ZARRI, né en 1444, à Monte-Asdroaldo, dans le duché d'Urbino, fut l’un des architectes les plus célèbres qu’ait produits l'Italie, et en même temps peintre distingué. Destiné par son père à la peinture, mais passionné pour l’art de Brunelleschi, il alla d’abord en Lombardie adinirer le fameux dôme de Milan, étudia les règles de la perspective et les mesures de l’antiquité sur les dessins des plus habiles architectes de son siècle, et partit enfin pour Rome et pour Naples, qui lui promettaient de plus grands modèles. L'architecture privée, dont le luxe est si facile et si naturel aux Italiens, commença cette réputation que devait achever la basilique dé Sain t- Pierre, et le génie de Bramante rencontra celui du pape Jules IT. L’ingénieux architecte, chargé d’abord de joïndre le Belvédère au Vatican, dont il était séparé par un petit vallon, entoura ce vallon de galeries magnifiques, et l’on admira surtout dans cet édifice un escalier en spirale, décoré des trois ordres grecs, par lequel un cavalier eût pu facilement monter. Ces travaux, exécutés avec tant de promplitude, compromirent la solidité du Vatican, qui bientôl menaça ruine; aussi plus tard, par un excès de prudence, Sixte V fit-il détruire les ouvrages encore imparfaits de Jules IX.
Devenu scelleur de la chancellerie pour prix de ses services, inventeur d’une machine pour sceller les bulles, ingénieur dans la guerre de la Mirandole, Bramante entrepritenfin la basilique de Saint-Pierre, celte grande épopée architectonique, comme dit Gæthe, finie par Raphael et Julien de San- Gallo, Péruzzi et Michel-Ange. Dès que Jules II eut résolu d'abattre l’ancienne église et d'en élever une qui ft digne de la capitale du monde chrétien, Bramante lui soumit plusieurs plans, et se mit en devoir d'exécuter avec sa promptitude ordinaire le plan de l’église aux deux clochers, qui fut