BRACONNAGE — BRADLEY
Les grandes bractéates cessèrent d’être une monnaie courante en Saxe au commencement du quatorzième siècle, et y furent supplantées, ainsi que dans les pays voisins, par les gros frappés à Freïberg ; mais les petites ne disparurent en Saxe qu’au commencement du seizième siècle, et dans le Brunswick qu'au-milieu du dix-septième.
Selon {oute probabilité, le nombre des bractéates a été très-considérable; chaque année on devait retirer de la cir culation les vieilles, qui s’usaient et se rompaient si facilement, pour en frapper de nouvelles. Ce n’est que dans ces derniers temps que l'attention s’est fixée sur cette espèce de monnaie et qu'on a commenté à faire des collections de bractéates, |
BRACTÉE, nom donné, en botanique , à de petites feuilles situées dans le voisinage des fleurs, qui les accompagnent ou s’entremélent avec elles, On les distingue des feuilles florales (qui accompagnent les fleurs), en ce que celles-ci ne diffèrent pas sensiblement des autres feuilles de la plante, tandis que les bractées offrent une grandeur, une forme, une consistance, souvent même une couleur particulière. Les bractées naissent d'ordinaire au-dessous du point d'insertion des fleurs, et les recouvrent avant leur développement, Certaines sont tachées ou nuancées d’une autre couleur que la couleur verte, comme dans un grand nombre d'espèces du genre sauge et dans le mélampyre des champs, dont les bractées sont purpurines. Elles restent adhérentes plus ou moins longtemps, mais très-peu survivent à la chute des fleurs et des fruits.
BRADFORD, importante cité manufacturière d’Angleterre, dans le comté d'York, à 13 kilom. ouest de Leeds, est située sur l’Aire, à la rencontre de trois vallons. L'industrie des laines a fait la prospérité de cette ville, où l'on ne comptait, en 1820, que {3,000 habitants; il y en avait, en
1871, 145,827. C'est le principal siége de la filature et du tissage de la laine anglaise, et le grand marché des laines rases, On y fabrique aussi les étoffes de coton. Bradford possède plus de 200 filatures, qui occupent 50,000 ouvriers ; celles d'alpaga et de mohair, d'une étendue considérable, figurent au nombre des plus beaux établissements de ce genre. Il y a dans les environs des fonderies, de grandes forges, des mines de houille, et des carrières d’ardoises de bonne qualité. :
Cette ville n’a rien de remarquable sous le rapport des monuments : l’un des plus beaux est l’élégant et spacieux édifice, où la Société pour le progrès des sciences sociales a tenu un congrès en 1859.
BRADLEY (James), astronome anglais, un des savants les plus illustres du dix-huitième siècle, naquit en 1692, à Shireborn, dans le comté de Glocester. Destiné d’abord à l’état ecclésiastique, il fit et acheva ses études à l’université d'Oxford. Bientôt après il fut nommé ministre de Brisdtow et ensuite de Welfrie, dans le comté de Pembroke. Ces fonctions ne l’empêchèrent point de se livrer avec ardeur à l'étude des mathématiques et. de l’astronomie. Cette dernière science avait toute sa prédilection, et pour aller l’enseigner au collége de Saville à Oxford, où il fut nommé professeur, il résigna ses deux cures à l’âge de vingt-neuf ans.
Six ans après, en 1727, il découvrit aberration de la Lumière, dont la divulgation commença sa haute renommée. Ce phénomène, une fois expliqué, permit d'introduire une exactitude jusque alors inconnue daus les observations astronomiques : la position apparente d'une étoile étant prise à l’aide d’un instrument convenable, on put la rétablir dans sa position véritable, ou corriger sa déviation au moyen des vitesses connues de la terre et de la lumière. ,
Cependant la connaissance de laberration ne permettait pas encore d'accorder sans quelques différences les observations faites sur les étoiles. Ces différences, quoique très-légères, n’échappèrent point à l'esprit scrutateur et profond de Bradley : il les étudia sans relâche pendant plus de dix-
BRADLEY — BRADYPE
huit ans, et parvint en 1747 à fixer leur durée et la loi qui les régissait; il découvrit ainsilanutation de l'axe terrestre.
Ces deux découvertes de Bradley ne sont pas les seules dont il ait enrichi la science, mais ce sont les plus importantes; elles ont fourni le moyen d'introduire une grande exactitude dans les tables des mouvements célestes, si utiles à l’astronomie.
Les travaux de Bradley lui avaient fait promptement une réputation des plus brillantes : en 1730, trois ans après la découverte de l’aberration de la lumière, il avait été nommé professeur d’astronomie et de philosophie naturelle au muséum d'Oxford, En 1741, on lui décerna la place éminente d’astronome royal, vacante par la mort de Halley, et il vint établir sa résidence dans le riche observatoire de Greenwich. Ce lieu fut pour lui une retraite profonde, où il consacra tout son temps aux progrès de la science qui faisait ses délices. Plusieurs volumes in-folio furent remplis en entier de ses propres observations. A ce zèle ardent pour l'étude Bradley joignait une modestie et un désintéressement des plus honorables : il refusa la riche cure de Greenwich, que le roi lui fit offfir ; plus tard , lorsque la reine, étant venue à l'Observatoire royal, voulut augmenter le modique revenu annuel de Bradley, il la supplia de n’en rien faire, en ajoutant : « Que si la place d’astronome royal valait quelque chose, on ne la donnerait plus à un astronome. »
Bradley fut membre de la Société royale de Londres, de l’Académie des Sciences de Paris, de celle de Pétersbourg et de l’Institut de Bologne. Après deux années de souffrances , il mourut le 13 juillet 1762, à l’âge de soixante-dix ans,
Auguste CHEVALIER.
BRADSHAW (Jonx), né dans le comté de Derby, en 1586, était avocat et jurisconsulte, lorsque éclata la révolution d'Angleterre. La fermeté de ses principes républicains le fit choisir pour présider la haute cour de justice chargée du procès de Charles L**, roi d'Angleterre ; dans l’accusation il déclara le roi électif et non héréditaire , et à ce titre, justiciable de la cour souveraine, déléguée par le peuple anglais. Le roi refusant à plusieurs reprises de reconnaître la compétence de ce tribunal, Bradshaw déclara que l'accusé ne comparaîtrait plus que pour entendre son arrêt, et passa outre aux débats : l'émotion causée dans Londres par cette grande cause fit hâter les formalités; après une deuxième lecture de l'acte d'accusation et une délibération d’une heure, Rradshaw prononça la sentence en ces termes :
« La cour, convaincue que Charles Stuart est coupable des crimes dont il est accusé, le déclare tyran, traître, meurtrier et ennemi du bon peuple d’Angleterre ; ordonne qu’il sera mis à mort, en séparant sa tête de son corps. » Cette sentence était signée de soixante membres, sur soixante neuf présents. Bradshaw, nommé ensuite président du parlement, eutune garde pour la sûreté de sa personne, un logement à Westminster, un traitement de 5,000 livres sterling, avec des domaines considérables; mais, mécontent de la tournure que prenaient les affaires, il se retira bientôt du parlement, et mourut dans l’obscurité, en 1659.
Lors de la restauration de Char'es IE, le 30 janvier 1661, anniversaire de l’exécution de Charles 1°", on paya un maçon pour déterrer les cadavres de Cromwell, d’Ireton, son gendre, et de Bradshaw, dont les « odieuses carcasses, trainées sur des claies jusqu’à Tyburn, furent pendues , puis décapitées, leurs troncs infects jetés dans un trou profond, audessous de la potence, leurs têtes exposées sur des pieux, au sommet de Westminster-Hall. » Quelques historiens prétendent que, prévoyant la réaction qui allait arriver, Bradshaw répandit le bruit de sa mort, et se retira aux Barbades ou à la Jamaïque, et que ce fut à un cadavre étranger que l’on fit subir ces supplices posthumes. A. FEILLET,
BRADYPE (de Boaëd, lent ), nom spécifique d’un genre de mammifères de l’ordre des édentés et de la famille des tardigrades, vulgairement connus sous celui de paresseux,
On distingue deux espèces principales de bradypes. La première est l’ai, ou paresseux à trois doigts (bradypus tridactylus), qui doit le premier nom à son cri, et le second à la particularité organique que ce nom signale, Cet animal est de la grosseur d’un chat. Les longs poils qui recouvrent son corps sont raides, et ressemblent à de l'herbe fanée, Leur grande quantité donne à l'ai une apparence d'embonpoint qui n’est que factice ; car il est généralement trèsmaigre. Ses merabres , qui sont presque aussi longs que son corps, sont eux-mêmes très-grêles, et se terminent par des ongles d'une extrême longueur, arqués, et dans lesquels semblent résider toute la vigueur et toute la puissance de l'animal, Il n’a que deux sortes de dents : des canines e des molaires; les incisives n'existent pas. La tête est à peu près arrondie, le museau court, les yeux assez éloignés l’un de l'autre et dirigés en avant, les narines un peu écartées et placées à l'extrémité du museau. Les doigts de l’aï sont soudés entre eux par une membrane qui les recouvre jusqu’à la racine des ongles. C’est à la longueur de ses membres antérieurs, à l’union des doigts qui les terminent et aux ongles longs et crochus dont ils sont armés, que cet animal doit l'extrême difficulté qu’il éprouve à se mouvoir, A ces causes vient se joindre une conformation intérieure encore plus bizarre : le bassin est tellement large et les cavités cotyloïdes placées si en arrière qu’il ne peut rapprocher les cuisses; en outre, ses intestins sont fort courts, et il n’a point de cœæ-cum; il est muni d’une sorte de cloaque pour la sortie commune des urines et des excréments.
La femelle du bradype a deux mamelles pectorales. Elle ne met bas communément qu’un seul petit, qui reste cramponné sur son dos pendant toute la durée de l’allaitement. Quand il peut se passer de sa mère, celle-ci s’en débarrasse, et l’infortuné est alors obligé de ramper pour trouver une nourriture que la nature semble ne lui donner qu’à regret. Il est encore fort heureux pour lui qu’il ne soit pas carnivore; comment ferait-il en effet pour atteindre les animaux nécessaires à sa subsistance, lui qui met une heufe à parcourir la longueur de deux ou trois mètres? |
L’ai ne peut rester à terre, la conformation de ses membres ne le lui permet pas; aussi cherche-t-il constamment à grimper sur les arbres. Ici encore surgissent de nouvelles difficultés : il ne peut faire avancer son corps, il est obligé d'y employer toute la force de ses ongles, et souvent il lui faut trois jours pour arriver jusqu’aux premières branches; une fois là, il semble renaître, on le dirait animé d’une nouvelle vie; cramponné par les pieds de devant, il laisse pendre son corps, qui décrit alors un arc de cercle, et reste ainsi suspendu pendant plusieurs semaines à un même arbre, jusqu'à ce qu'il l'ait entièrement dépouillé de ses feuilles, sa seule nourriture. Les orages, le bruit, les vents, la pluie, rien ne lui fait lâcher prise; son épaisse fourrure le met à l’abri de toutes les intempéries des saisons ; el comme il habite les contrées les plus chaudes du nouveau contirent, il ne redoute point les rigueurs de l’hiver, qui le feraient infailliblement périr ; car l’extrême lenteur de ses mouvements doit le rendre très-sensible au froid. Quand l'ai est ainsi accroché, la force musculaire qui réside dans ses membres fait qu’il est impossible de lui faire lâcher la branche qu'il a saisie; il faut nécessairement couper cette branche pour faire tomber Panimal et l'emporter ainsi; la chute ellemême ne le fait point céder; les coups ne réussissent pas davantage : on pourrait le tuer que la contraction musculaire persisterait encore quelque temps.
Lorsque l'arbre sur lequel laï se trouve ne peut plus lui donner de nourriture, ü est bien contraint d’en chercher un autre ; mais il éprouve trop de peine à descendre pour le faire sur-le-champ; et ce n’est qu'après avoir enduré la faim pendant plusieurs jours qu’il se décide, non point à descendre, mais à se laisser tomber au risque de se briser sur le sol. Heureusement que la nature l’a pourvu de côtes extré-
636 BRADYPE — BRAGI
mement solides et de poils très-serrés et très-rudes,' qui diminuent le choc. 11 se roule donc en boule, et se laisse choir, puis il s’'avance lentement vers un autre arbre. C’est dans ce trajet qu’il rencontre le plus d’ennemis : si l’homme n’est pas friand de sa chair, il n’en est pas de même des animaux carnassiers qui habitent les forêts de l'Amérique; et comme il n’a pour se défendre que ses grands bras, qu’il ne peut lever que l’un après l’autre, et encore si lentement que l’on a toujours le temps d’éviter le coup, il ne tarde pas à devenir leur proie.
L'unau ou paresseux à deux doigts (bradypus didactylus) est de moitié moins grand que l’aï; ses bras sont moins longs, son museau plus allongé; il est, en général, moins disproportionné. Du reste, ses mœurs ne semblent pas différer beaucoup de celles de son congénère.
L’aï et l’unau se rencontrent dans l'Amérique méridionale, depuis le Brésil jusqu’au Mexique. C. FAyror.
BRAD YPEPSIE (de Boaëds, lent, et rérrw, je digère), digestion lente, faible, imparfaite, qui constitue une maladie, ou plôtôt qui est le symptôme de plusieurs désordres ou affections plus ou moins graves.
BRAGA, chef-lieu de la province du Minho (Portugal), est une très-ancienne ville, située sur une hauteur, que baïgne le Cavado, à 300 kilomètres de Lisbonne. Siége d’un archevêque primat du royaume et d’un chapitre, elle compte une population de 15,000 âmes. Les environs en sont ravissants, notamment les rives du Cavado. Dominée par un château fort, elle contient plusieurs vastes places, une église tathédrale riche en monuments historiques, un grand palais archiépiscopal, un séminaire et un collége, Ses habitants sont très-industrieux ; ils s'occupent principalement de l’épuration de la cire, de la fabrication de chandelles de suif et decire, confectionnent des couteaux, des aiguilles, de la toile, des chapeaux, des armes à feu, et font, en outre, un important commerce de bestiaux. Parmi les ruines nombreuses qui y rappellent l'époque de la domination romaine, on remarque surtout celles d’un temple, d’un amphithéâtre et d’un aqueduc. Non loin de Braga est situé, sur une hauteur, le célèbre monastère dit Sanc{uario do bom Jesus do Monte.
Sous la domination romaine, Braga portait le nom de Bracara Augusta. Lorsque les Suèves eurent enlevé la Lusitanie aux Romains, les conquérants en firent la capitale de leur nouvel empire. Au concile tenu l’an 563, à Bracara, les Suèves et leur roi abjurèrent solennellement l’hérésie d’Arius, qu’ils avaient jusque alors partagée, pour embrasser les doctrines de l'Église catholique. Quand l'empire fondé par les Suèves et les Visigoths s’écroula, Braga tomba au pouvoir des Arabes, puis, en 1040, aux mains des Castillans; plus tard , après l'établissement de la monarchie portugaise, elle passa à la maison de Bourgogne, et conséquemment à la couronne de Portugal.
BRAGANCE (Maison de). Elle est ainsi nommée de la ville de ce nom, chef-lieu de la province portugaise de Tras-0s-Montes, et qui fut érigée en duché l’an 1442. Cette ville, siége d’un évêque, suffragant de Braga, située à 440 kilomètres nord-est de Lisbonne , et peuplée de 4,000 âmes, pourrait passer pour une des plus anciennes de l’Europe s’il était prouvé, comme les chroniques l’assurent, qu’elle eût été primitivernent bâtie sur une montagne, l’an du monde 2015, par Brigo, roi d’Espagne, qui lui aurait donné son nom.
La maison de Bragance eut pour premier auteur ALPHONSE, fils naturel d’Agnès Perez, et du roi Jean 1°", qui lui-même était bâtard de Pierre 1°", dit Ze Cruel ou Le Justicier. Alphonse fut créé duc de Bragance en 1442, pendant la régence de son frère Pierre, duc de Coïmbre. 11 survécut aux six enfants légitimes de son père, et mourut en 1461, alors qu’Alphonse V, son neveu et roi, était complétement affermi sur le trône,
D'un premier mariage avec Béatrix de Barcelos, Alphonse
laissa trois enfants, dont l’aîné, ALPnonse Il, fut comte d’Ourem et deuxième duc de Bragance. Le troisième, Fenni- NAND IT, fut décapité en 1483, sous le règne de Jean 11, son beau-frère ; et sa veuve se retira en Castille, avec ses enfants, après cette terrible exécution, qui n’avait eu d'autre but que de couper court aux complots ambitieux de la noblesse, dont il était le chef.
JACQUES, fils aîné du précédent et quatrième duc de Bragance, fut rétabli dans ce titre par le roi Emmanuel, dont il posséda les bonnes grâces, et qui n’omit rien pour lui faire oublier la fin tragique de son père. Ce monarque, n'ayant pas d'enfants, le désigna même, en 1498, pour son successeur éventuel.
La série des ducs de Bragance n'offre aucune particularité intéressante jusqu’à JEAN 1°", mort en 1582. Ce prince, époux de Catherine, petite-fille et héritière du roi Emmanuel, du chef de son père, vit, par suite de ce mariage, changer en droit positif les anciennes prétentions éventuelles de sa famille à la succession de la couronne. Ce droit s’ouvrit en 1578, par la mort du roi Sébastien, tué en Afrique, et par l'accession au trône du cardinal Henri, mort en 1580. Catherine à cette époque revendiqua ses droits au diadème; mais ce ne fut que soixante ans plus tard qu'ils prévalurent, quand l’ordre légitime fut réfabli par la révolution de 1640, qui enleva le Portugal aux Espagnols.
Tandis que Jean IV, jusque là duc de Bragance, ceignait la couronne, Édouard, son frère, lieutenant général au service de l’Empire d’Allemagne, était livré par Ferdinand III à la cour de Madrid, qui l’envoyait captif au chäteau de Milan, où huit ans après il expirait, dans sa quarante-quatrième année, de chagrin ou de poison.
Depuis Jean IV jusqu’à nos jours, la maison de Bragance a donné au Portugal sept autres souverains, sans compter dom Miguel, roi de fait de {827 à 1832. Aujourd’hui elle se divise en deux branches régnantes, la ligne masenline au Brésil, la ligne féminine en Portugal. Dom Miguel, frère de dom Pédro I‘, expulsé de ce dernier pays, a tout récemment encore, du fond de la Hesse, protesté de ses droits au trône à propos du prochain accouchement de la princesse qu’il a épousée.
En dehors des têtes couronnées , la maison de Bragance, avant et depuis son avénement, a produit d’itlustres personnages. Nous n’en citerons que deux : Constantin de Bra- GANCE, prince du sang royal, vice-roi des Indes sous dom Sébastien (de 1557 à 1561), vainqueur de Deacou, de Cambaye, de Surate, de Bobyar, de Ceylan, de Manar, guerrier plein de modération, de bonté, de justice, mort en Portugal, sans postérité; Jean de BrAGANCE, duc de Lafoëns, né à Lisbonne en 1719, de dom Miguel, frère du roi Jean V, longtemps écarté de la cour par suite de son refus d’embrasser l’état ecclésiastique, excellant dans les belleslettres, dans les langues étrangères, dans les exercices du corps, dans la poésie et l'improvisation nationale, volontaire intrépide durant toute la guerre de Sept Ans, honoré de l'estime de Marie-Thérèse et de l'amitié de Joseph II, ayant visité, pendant vingt ans, à diverses reprises, l'Angleterre, l'Allemagne , la France, l’Italie, la Suisse, la Grèce, l’Asie Mineure, l'Égypte, la Pologne, la Russie, la Laponie, la Suède, le Danemark, membre de la Société royale de Londres, premier honneur qu'il eûl dit, disait-il, à lui seul, et président de l’Académie des Sciences de Lisbonne, dont il était le fondateur, mort dans cette capitale en 1806.
BRAGES ou BRAGUES. Voyez BRAIES.
BRAGIH, fils d'Odin et de Frigga, est, dans la mythologie scandinave, le dieu de l’éloquence et de la poésie. Sur sa langue sont gravées les runes , de sorte que rien d'inepte ne peut sortir de ses lèvres. Selon l'ancienne Edda, il est le ineilleur de tous les skaldes ou poëtes, ou le créateur de la poésie, appelée d'après lui bragr. 11 n'est point représenté, tel qu'Apollon, sous les traits d'un beau jeune
BRAGI — BRAHMA
homme, mais sous ceux d’un homme fait et portant une longue barbe comme Odin; seulement son front, toujours serein, ne porte aucune ride. Ce dernier attribut le caractérise mieux que la harpe ({elyn) que Klopstoek et son école lui mettent en main. Son épouse est [dunn a. C’est lui qui, avec Hermode, est chargé de recevoir les héros qui arrivent au Walhalla. Dans les circonstances solennelles , comme à l'enterrement d’un roi, on apportait la coupe consacrée à Bragi, et appelée d’après lui Bragafull; chacun se levait devant elle, faisait un vœu solennel et la vidait.
On a donné récemment le nom de Bragi, Braga, et Bragur à plusieurs journaux et autres écrits destinés à réveiller chez les Allemands le sentiment de la nationalité.
BRAGUETTE, Suivant Roquefort, la brague , braguetle ou brayette, était ou le devant de la culotte, ou la fente de devant des hauts-de-chausses, ou un lange dont on se servait pour envelopper les enfants au berceau. On portait, dit Voltaire, de longues braguettes détachées du haut-dechausses , et souvent au fond de ces braguettes on mettait en réserve une orange, qu’on présentait aux dames. Rabelais parle d’un beau livre intitulé : De La Dignilé des braguettes. C'était la prérogative distinctive du sexe le plus noble; aussi la Sorbonne présenta-t-elle requête pour faire brûler Jeanne d'Arc, convaincue d’avoir porté culotte avec braguette. C’est dans ce sens que le chantre de la Pucelle emploie ce mot dans les vers suivants :
À son réveil, Jeanne , cherchant en vain L’affublement du harnoïs masculin,
Son bel armet ombragé de l’aigrette, Et son haubert, et sa large braguette, Sans raisonner saisit soudainement
D'un écuyer le dur accoutrement, ete.
On disait autrefois braguer pour mener une vie joyeuse.
BRAHAM (Joun, dit Maurice), ténor anglais, né à Londres, en 1777, perdit tout jeune ses parents, qui professaient la religion juive. Le chanteur italien Leoni se chargea de l’orphelin, et lui enseigna lechant avec tant de succès, qu’à l’âge de dix ans Braham se fit entendre avec applaudissements au théâtre royal. 11 continua à jouir de la faveur du public, jusqu’à ce qu’une affection de la voix le força à renoncer, pour quelques années, à la scène. Lorsqu'il fut heureusement guéri , il donna avec le flûtiste Ashe des concerts à Bath, puis il entra, en 1796, au théâtre de Drury-Lane, et l’année suivante au Théâtre-Italien de Londres, où il obtint beaucoup de succès. Le préjugé qui veut en Angleterre qu'un grand artiste ne puisse se former que sar le continent le força de faire un voyage en Italie. A son passage à Paris , il donna quelques concerts très-brillants, et dans toutes les villes d'Italie qu’il visita il se fit entendre. Sa réputation grandit rapidement; en sorte qu’à la fin du siècle passé pas un chanteur ne jouissait d’une renommée plus étendue ni mieux méritée. Ses voyages, les leçons des meilleurs maîtres, la société des musiciens les plus célèbres exercèrent la plus heureuse influence sur son talent, Les offres les plus honorables allèrent le chercher à Hambourg, où il se trouvait en 1801. Il retourna aussitôt à Londres, et débuta au théâtre de Covent-Garden. De 1806 à 1846 il fut attaché au Théâtre-Royal, où il rentra encore plus tard. Il consacra une partie de la grande fortune qu’il avait gagnée par son talent, à élever un théâtre à Londres. Quoique arrivé à un âge avancé, il voulut accompagner ses deux fils Hamilton et Georges, qu’il avait formés lui-même, dans un voyage qui leur rapporta beaucoup d'honneur et d’argent. Plus tard, il les envoya sur le continent, l'aîné à Leipzig, le cadet à Milan, pour y achever leur éducation musicale. Georges retournaen 1851 à Londres, où il fut couvert d’applaudissements. Maurice Braham s’est fai aussi connaître comme compositeur : ses chansons surfout sont populaires. Il est mort le 15 février 1856,
BRABHE., Voyez Tycuo BRAHE,
BRAHE ( Macnus, comte pe), lieutenant général suédois, maréchal du royaume, chancelier et grand écuyer du roi Charles-Jean XIV, dont il fut l'ami particulier, était né en 1790, et descendait d’une très-ancienne famille, qui a donné plusieurs souverains à la Suède, compte sainte Brigitte parmi ses ancêtres, et occupe le premier rang dans la noblesse suédoise. Au nombre des personnages historiques ayant appartenu à cette maison, nous devons surtout mentionner Pehr Brane, né en 1602, gouverneur de la Finlande au temps de Christine, et dont l’administration sage et éclairée a laissé de durables souvenirs dans cette province, qui lui dut une remarquable prospérité; il mourut en 1680, entouré de l'estime et de la vénération générales.
Erich, comte ne Brane, grand-père du comte Magnus, né en 1722, fut décapité par ordre de la diète, comme principal fauteur d’un complot royaliste. Le fils de celui-ci, père du comte Magnus, jouit pendant longtemps de la plus haute faveur auprès de Bernadotte, faveur dont Magnus hérila tout entière et qui s’accrut encore; car Charles- Jean XIV le promut rapidement aux plus importantes dignités du royaume, aux plus hautes charges de la couronne.
Le comte Magnus de Brahe, qui vécut constamment dans l'intimité de l’homme que la révolution de 1809 avait donné pour souverain à la Suède, qui ne le quitta, pour ainsidire, pas un seul instant pendant tout son long règne, l’accompagnant partout, même dans ses moindres voyages, ne fut jamais accusé d’avoir abusé de son crédit ou profité de son influence personnelle, Presque exclusivement occupé de ce qui était relatif à l’armée, dont le nouveau roi lui avait confié la direction supérieure, il évita pendant longtemps, avec soin, d’intervenir dans des questions étrangères à son département ; et ce ne fut guère qu’à partir de 1826 qu’il exerça secrètement une influence réelle et décisive sur la marche des affaires publiques. Alors seulement quelques voix, déjà jalouses, sans doute , de la faveur intime dont le comte Magnus de Brabhe jouissait auprès de Charles-Jean, s’élevèrent pour blâmer amèrement l’omniprésence et l’omnipotence du royal favori. Mais ces clameurs injustes ne tardèrent pas à cesser, chacun ayant acquis la preuve que ( chose bien rare assurément, il faut l'avouer) l’ami du prince était cette fois un galant homme dans toute la force de l'expression , dévoué de cœur à son pays et à ses intérêts; que sa bienveillance et son affabilité envers tous n’avaient rien que de naturel, et provenaient d’un noble cœur, d'un généreux esprit, enfin que ce n’était pas tant le roi qu’il aimait dans Charles-Jean, que l’homme qu’il considérait, à tort ou à raison, comme le bienfaiteur et comme le sauveur de la Suède.
Quand la maladie vint avertir Bernadotte que sa fin approchait, le comte Magnus de Brahe donna tous les signes de la douleur la plus vraie et la plus profonde; il ne quitta pas, pendant quarante jours de suite, le chevet du vieux maréchal de l'empire passé roi, et reçut pieusement son dernier soupir. Moins de huit mois après, lui-même descendait au tombeau ( 16 septembre 1844 ), quoique encore dans la force de l’âge, mais succombant, on peut le dire, au chagrin d’avoir perdu son royal ami. Il faut le reconnaître , il y a dans ce fait, peut-être sans exemple, quelque chose d’aussi honorable pour le prince qui put inspirer de tels regrets, que pour le courtisan qui fut capable de les éprouver.
BRAHILOW. Voyez BraïLow.
BRAHMA, mot sanscrit servant dans cette langue à désigner l’Être- Suprême.
Au nom de Brahma se rattache le développement religieux de l’Inde pendant trois mille ans. A chaque nouveau progrès de la conscience en recherche de l'essence divine, ce mot représente une nouvelle idée; aussi emploie-t-on quelquefois ke mot Brahmanisme pour désigner l’ensemble du monde intellectuel de l'Inde. Le sens primitif du mot brañma est prière, et en général tout acte saint par lequel l'homme cherche à se rendre la Divinité favorable. Comme
personnification, Brahma ( dans la forme masculine de ce mot ) est l’un des dieux particuliers des Hindous, formant avec Vishnou et Siva la triade des divinités supérieures. Il est le créateur du monde, qui appela le genre humain à l'existence et qui fit connaître les saintes écritures des Védas et le code de Manou, pour servir de guides à l’homme dans la vie. On le représente reposant sur un cygne et ayant quatre visages; ce qui lui permet de voir en même temps tous les endroits du monde. Brahma n'étant l’objet d'aucun culte public, il n’y eut jamais de temples consacrés à son culte. Le culte public a pour objet Siva, Vishnou et autres dieux. Quand les écoles philosophiques se développèrent dans l'Inde, Brahkma (dans la forme neutre dece mot) devint un terme employé pour désigner la substance divine sans aucun mélange de personnification; voilà pourquoi il n’est que l’objet d’une pieuse et religieuse contemplation. Cet être divin est la dernière cause de toutes choses, la base fondamentale de l'existence, à laquelle revient la seule vérité. On essayerait vainement de le définir au moyen d'idées terrestres ; mais tout ce qui est n’existe que par cet être divin, qui lui-même est infini.
[ Ces données autorisent à penser que le monothéisme est la doctrine antique de l'Inde, quoiqu'il soit également avéré que ce monothéisme ne tarda pas à être transformé et défiguré par le polythéisme, qui prit les divers attributs donnés àla Divinité pour autant de manifestations diverses de Dieu , et même pour autant de dieux. Ce n’est point là, au reste, une supposition gratuite : les savants qui ont le plus avant pénétré dans l'étude de la philosophie et de la religion des Hindous ont reconnu que l'antique doctrine est le monothéisme. Le docte Colebrooke, vieilli dans l'étude de l'Inde, dit que le monothéisme est formulé dans les doctrines des Védas, quoiqu’il n’y soit pas peut-être assez exactement distingué du polythéisme; mais qu’il se manifeste de plus en plus dans jes écrits postérieurs de la nation, qui, par conséquent, peut prétendre avec raison que l’unité de Dieu est sa doctrine religieuse. L'ancien code de Manou dit expressément que les Védas n’enseignent qu’un seul Dieu, comme maître suprême de tous les dieux et des hommes, et qui devrait être reconnu et adoré dans chaque être. Les fragments des Védas publiés jusqu'à présent définissent
eu un être immatériel, invisible, au-dessus de toute re-
présentation , dont l'éternité, l’omnipotence, l’omniscience
et l’omniprésence éclatent dans ses ouvrages; qui est la lumière divine et incomparable, dont tont provient et à qui tout retourne.
Un catholique éclairé, qui a longtemps habité l'Inde (Papi, dans ses Lettres sur l'Inde ), porte un jugement très-juste en disant : « Les Indiens ne reconnaissent qu’un seul Être-Suprème, et ne sont donc rien moins qu’idolâtres, comme on a voulu nous /£ faire croire sérieusement, Ils adorent les images de leurs divinités exactement comme les catholiques celles de la sainte Vierge, des anges et des saints, et pas autrement , quoique la sotte et ignorante populace de l'Inde, ainsi qu’en-d’autres pays, ne sache ni ce qu’elle pense , ni ce qu’elle fait, ni ce qu’elle croit. »
Les spéculations sur Dieu, Punivers et les rapports de l’homme et de l'univers avec Dieu, sont portées chez les Indiens à un très-haut degré de perfection ; mais la méthode philosophique y est partout mêlée à la poésie, de sorte qu’il devient souvent très-difficile de distinguer le fond spéculatif de son enveloppe poétique.
Les anciens livres et la doctrine philosophique des Indiens n’admettent pas en général une création tirée du néant, quoique les diverses sectes diffèrent dans leurs opinions sur la matière primitive : les sivaistes enseignent que le feu est la matière originaire, et que le monde périra dans une conflagration générale ; les vis nouistes admettent l’eau , d’autres encore l'air, ou l’éther, comme matière première, Selon les Védas, la force créatrice de l'univers est la