BRANDEBOURG
Les habitants sont généralement Allemands d’origine, On ne rencontre de Wendes qu’au sud de la province, et les colons français ou hollandais deviennent de plus en plus allemands. A l'exception de 32,514 catholiques, de 19,761 juifs, de 23 mennonites, de 115 catholiques grecs, toute la population professe la religion protestante, 11 existe de remarquables haras à Neustadt sur la Dosse , à Finsterwald et à Senftenberg. La culture des pommes de terre et des betteraves s’y fait sur une très-large échelle, à l'effet d'alimenter de matières premières une infinité de distilleries et raffineries de sucre. De nombreuses fabriques de soieries , de cotonnades et d’étoffes occupent en même temps une foule de bras ; la fabrication des draps surtout emploie beaucoup de métiers à Luckenwalde, Beeskow, Guben, Spremberg, Krossen, Zullichau, Juterbock, Kotbus, Schwiebus, Peitz, etc. La fabrication des toiles, qui occupe aussi un grand nombre de bras, a son centre à Reppen, Forste, Vetschau, Saldin, etc. La teinturerie de Kaput, fondée en 1764, par Frédéric le Grand, est renommée par son beau rouge garance. Les manufactures de cotonnades les plus importantes après celles de Berlin sont à Potsdam, Straussberg, Zinna, etc. Luckenwalde, Zinna, Strasburg, Forste sont les grands centres de la fabrication des cuirs et de la mégisserie; et Kalau est en possession de fournir à la ville de Berlin une grande partie de sa consommation en chaussures. L'industrie métallurgique a ses usines à Neustadt-Eberswalde, à Hohenfinow, à Baruth, à Hegermuhle. Des fonderies et hauts fourneaux existent à Niederfinow, à Peitz, à Neubruck, à Vietz; des fabriques d’armes, à Potsdam et à Spandau; des fabriques de faulx à Luckenwalde. La plus importante des papeteries est à Spechthausen, près Neustadt; viennent ensuite celles de Berlinchen, Neudamm, Kœnigswalde, ete. 11 y a des verreries à Zechlin, Rheinsberg, Friedrichshain, etc. ; une importante manufacture de glaces à Neustadt sur la Dosse. On fabrique de la faïence et de la poterie à Francfort, à Rheinsberg, et de la porcelaine à Berlin. Les produits de cette manufacture sont justement renommés.
Le Brandebourg est le centre d’un commerce très-actif, dont les relations sont facilitées par un grand nombre de rivières, de canaux et de routes, ainsi que par les chemins de fer conduisant de Berlin à Kæthen et Leipzig, à Francfort sur l’Oder, à Breslau, à Vienne, à Prague, à Dresde, à Stettin, à Hambourg, dans les provinces orientales et occidentales de la monarchie. Des foires importantes se tiennent à Francfort sur l’Oder. L’immigration de colons étrangers, notamment de colons français, ne contribua pas peu à favoriser le développement de l’industrie de cette province, qui, par contre, commence à ressentir de nos jours les désastreux effets de la manie d'émigration qui entraîne de l’autre côté de l’Atlantique tant de populations allemandes.
Au commencement de l'ère chrétienne la province actuelle de Brandebourg était habitée par les Suèves.
Parmi ceux-ci les Semnones occupaient la Marche Centrale, et les Lombards la Vieille-Marche ; et il y a quelque vraisemblance dans l’étymologie qui fait dériver l'ancienne dénomination de cette contrée, Brennaborg, de Brennus, nom commun à plusieurs chefs des Semnones. Quand äs abandonnèrent leurs foyers pour se joindre à la grande migration des peuples, les Suèves y furent remplacés par des populations slaves, entre autres par les Hévelles, les Wilzes, les Ukers, les Rhétariens et les Obotrites. Entrainés dans de fréquentes guerres avec les Francs et les Saxons de Pancierne Marche actuelle (qui faisait autrefois partie de la Saxe orientale), ils furent, avec ces derniers, soumis à la puissance de Charlemagne (789); toutefois, ils se rendirent indépendants sous les successeurs de ce monarque, et inquiétèrent la Saxe et la Thuringe par de fréquentes invasions (902). Enfin, Henri 1°", roi d'Allemagne, réduisit en 928 Brennaborch, principale forteresse des Hévelles, et deux ans plus tard Lebus, forteresse des Wendes. Après quoi les
Hévelles, aussi bien que les Rhélariens de l'Uker-Marche durent se soumettre à son autorité. Pour les tenir en bride et pour protéger les frontières de la Saxe, Henri inslitua, en 930, les Margraves de la Saxe du Nord ou de la Marche du Nord, contrée désignée aujourd’hui sous le nom de Vieille- Marche; et Othon 1°, pour y consolider le christianisme, fonda, en 939 et 946, les évêchés de Brandebourg et de Havelherg.
Quand le christianisme eut pénétré encore plus avant, le margrave Gero, mort en 963, constitua la Marche Orientale, appelée aujourd’hui Basse Lusace. Vers le milieu du onzième siècle, Gotschalk, prince des Obotrites, réunit plusieurs districts pour en compuser un plus grand “royaume des Wendes; mais il fut assassiné en 1066, parce qu’il avait abaudonné le culte des idoles pour embrasser le christianisme, En 1056 le margraviat de la Saxe Septentrionale passa sous l'autorité des comtes de Stade; et en 1133 l’empereur Lothaire le donna à titre de fief à Albert l’'Ours. C’est ce prince, aussi brave qu’habile, qui le premier réussit à mettre fin dans ces contrées à la domination des Wendes. En 1138 il obtint le duché de Saxe à titre de fief; et quand en 1142 il lui fallut le rétrocéder à Henri, ilen fut dédommagé l'année suivante par la Marche Orientale, en même temps que pour la Saxe Septentrionale il était rendu complétement indépendant de la Saxe; après quoi, ayant réussi à expulser, en 1157, du Brandebourg Jazko, prince des Wendes, qui s’en était emparé, il prit le titre de margrave de Brandebourg. H s’empara de la Marche Centrale, de Priegnitz, de l'Uker-Marche, où il attira un grand nombre de familles nobles de l’Allemagne, et de colons venus des Pays-Bas et des bords du Rhin pour y remplacer les Wendes turbulents qu’il en expulsa.
Comme margrave de Brandebourg, il eut pour successeur son fils O{hon 1°', devenu en 1180 duc de Saxe, et dont il est pour la première fois fait mention en 1182 avec la qualification d’archi-chambellan de l’Empire, qu’Albert avait déjà prise. Othon mourut en 1184, et eut pour successeur son fils,
Othon II, prince faible et complétement placé sous l’in-.
fluence cléricale, qui régna de 1184 à 1205. C’est lui qui fit don à l’archevéché de Magdebourg de toute la Vieille-Marche, ou du moins d’une grande partie de cette province, ainsi que de quelques parties de la Marche Centrale, mais sous la réserve de pouvoir être récupérées par le Brandebourg à l'expiration d'une année comme fiefs relevant de Magdebourg, et, en cas d'extinction de la branche mâle de la maison de Brandebourg, faisant retour à la branche féminine, Il eut à soutenir de nombreuses maisinutiles luttes contre les Danois ; et il est assez vraisemblable qu'il obtint déjà de l’empereur que celui-ci le reconnût comme prince souverain, Son frère Albert II, qui régna de 1206 à 1220, fit preuve de plus d'énergie. 11 prit une part importante aux guerres que se firent les deux anti-rois Othon 1V et Frédéric II, et en fut récompensé en obtenant pour sa maison l’expectative de la Poméranie citérieure.
Albert II, qu’on peut regarder avec une grande vraisemblance comme le fondateur de Berlin, laissa à sa mort deux fils, encore mineurs, Jean I°' et Olhon IIT, au nom desquels leur mère Mathilde exerça la régence jusqu’en 1226. Les deux frères régnèrent collectivement de 1226 à 1258. C’étaient des princes braves et querelleurs, comne il en fallait à une époque aussi orageuse que celle des derniers Hobenstaufen. L'empereur Frédéric 11 leur accorda l’investiture de la Marche de Brandebourg et de la Poméranie, en 1231; en 1236 ils forcèrent le duc de Demmin, et en 1250 le duc de Stettin, à reconnaitre leur suzeraineté, Ils enlevèrent an premier le pays de Stargard, au second l’Uker- Marche; de sorte que le duc Mestwin de la Poméranie Orien. tale fut obligé de reconnaitre tenir son pays à titre de fief du Brandebourg, Pendant leur lutte contre le margrave Henri l’Illustre, les deux frères se maintinrent, en 1244, en