‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 412 sur 527 · BRAS — BRASCASSAT · texte numérisé non relu

BRAS — BRASCASSAT

rins chargés des plus rudes travaux de la navigation ), ont habituellement les bras bien nourris et très-forts.

Si, procédant depuis les singes jusqu'aux derniers poissons, on jette un coup d'œil rapide sur les parties qui correspondent au bras et à l’avant-bras de l’homme dans toute la série des animaux vertébrés qui ont quatre membres ou au moins deux, on reconnaît tout de suite les modifications nombreuses qu’elles ont dù subir pour la variété infinie des fonctions qu’elles exécutent ou auxquelles elles concourent

voyez Aire, NaGeoiRe). Les divers genres de station , de ocomotion des vertèbres sur et dans le sol, sur les arbres, lans l'air et dans un milieu aqueux, ont nécessité toutes es modifications, qui consistent dans des formes très-variées, dans divers degrés d'organisation et dans des proportions différentes du bras et de l’avant-bras, soit entre eux, soit avec l'épaule ef la main ou pied antérieur. En général, plus le vertébré devient nageur, et plus le bras et l'avant-bras se raccourcissent, au point que dans les poissons on n’en trouve même plus de vestiges. A l'égard des parties qu’on pourrait regarder dans les membres des insectes, des arachnides et des crustacés, comme des analogues du bras et de l’avant-bras des vertébrés, nous n’en parlerons pas, et nous motiverons notre silence sur ce que les anatomistes les désignent sous d’autres noms.

Bras est souvent synonyme de force, puissance, cou-

rage et protection. C’est dans ce sens qu'on dit le bras de Dieu et le bras séculier. Se jeter dans les bras de quelqu’un , c’est implorer son appui. Malheureusement le protecteur généreux s'expose parfois à garder longtemps le protégé sur Les bras. Etre le bras droit de quelqu'un, c’est être en tout son principal agent, son confident, $on aide de camp, son acolyte , selon la circonstance et la position. Avoir Le bras long, c’est avoir du crédit, du pouvoir. Frapper à bras raccourci, c’est frapper sans mesure et de toutes ses forces. Saisir quelqu'un à bras-le-corps, c’est l'emporter dans ses bras. Les bons bras font les bonnes lames est un vieux proverbe qui signifie que toute arme est bonne dans la main d’un homme de cœur. Aux bras ! aux bras ! était un cri de guerre des anciens Francs ; et l’ordre du bras armé, un ordre militaire du Danemark, réum plus tard à celui de l’Zléphant.

Les bras jouent un grand rôle dans notre civilisation moderne. Vivre de ses bras, c’est s’entretenir de ce que leur travail rapporte, comme reséer les bras croisés, c’est ne rien faire, se tenir dans l’attitude de Napoléon , qui pourtant ne se servait pas mal des siens, Faire les beaux bras est le propre des bipèdes qui se donnent de grands airs. Mais oubliez-vous de les traiter de messeigneurs gros comme le bras, les bras leur tombent, vous leur avez coupé bras et jambes, par votre indifférence. Ils se jettent accablés dans le premier fauteuil qui leur éend Les bras.

Vous retrouvez encore le bras dans le Dictionnaire des Étiquettes. Voulez-vous accompagner une dame à la promenade, dans ses courses, dans ses visites, votre premier soin est de lui présenter un de vos bras, replié à la jointure du coude, en le soutenant à une certaine hauteur, afin qu’elle pose le sien dessus et s'appuie sur le vôtre en marchant. Cela s’appelle donner le bras. La manière dont on l’accepte est pleine de mystères. La légèreté, la pesanteur, la pression du bras qui s'appuie, signifie, dans la langue des amoureux, mille petits riens que le vulgaire ne comprend pas. Se donner le bras se dit d’une paire d'amis cheminant bras dessus bras dessous, c’est-à-dire le bras de l’un passé dans le bras de l’autre, à la façon de Castor et Pollux , ou de Pylade et Oreste. C’est vieux comme le monde.

BRAS (/chthyologie), nom vulgaire de Ja raie bouclée.

BRAS (Marine), nom donné aux manœuvres appliquées à l’extrémitédes vergues pour les faire mouvoir horizontalewent sur leur point de contact avec les mâts.

BRASCASSAT (Jacques-Raymon»), membre del’Académie des Beaux-Arts, peintre de paysage et d'animaux, élève de Richard, né à Bordeaux le 30 août 1805, remporta en 1895 le grand prix de paysage historique, dont le sujet était ka Chasse de Méléagre ; et de Rome, où il était allé compléter ses études, il envoya à l'exposition de 1827 Mercure et Argus, paysage historique, et trois vues d’Italie. Il exposa également en 1831 quatre autres paysages; enfin, sept nouvelles productions vinrent, en 1833, consolider sa réputation naissante. Dès 1831 il avait exposé un tableau avec des brebis ; mais en 1834 son Taureau se froltant contre un arbre et son Repos d'animaux semblèrent décider sa vocation. Depuis, il s’est consacré presque exclusivement au genre de peinture que certains maîtres flamands ont si heureusement cultivé. On admira encore au salon de 1837 sa Lutte de taureaux. Enfin un grand nombre d’autres tableaux représentant des repos, des pâturages avec animaux, des parcs et des études, exposés depuis quatorze ans, ont prouvé que le talent de Brascassat n’a fait que croître dans le genre qu'il a choisi,

Mais pourquoi Brascassat a-t-il entièrement abandonné le paysage historique ? Pourquoi semble-t-il avoir quitté pour toujours une route où il pouvaät devenir l’émule du Poussin, pour se faire exclusivement dans une autre le rival de Paul Potter? Nous ne saurions le dire; ce qu’il y a de certain, c’est que dans ses tableaux vous croiriez entendre le mouton qui bêle, le chien qui aboie, le taureau qui mugit; ses troupeaux marchent avec le berger, courent avec l’orage, et si deux de ces animaux s’attaquent, vous devinez leur colère, leur délire, leur violent désir de vaincre ; vous les croiriez appauvris de toutes les passions des hommes. Quand Brascassat jette dans un de ses cadres, autour desquels la foule se presse attentive, émerveillée, le lièvre , la perdrix , le lapin, la caille, le faisan , abattus par le plomb du chasseur, vous vous demandez où est le Lucullus moderne dont le palais va savourer ces richesses culinaires; cela est en relief, cela vient de mourir, cela

. conserve son parfum, son duvet; vous admirez par tous vos

sens. Il est impossible de colorer plus chaudement, c’est le coup de pinceau large sans tâtonnement, c’est une pâte ferme, une transparence dans les ombres que vous chercheriez vainement autre part à un aussi haut degré. La plume de ses volatiles a son duvet, son moelleux, son luisant ; elle se soulève à la brise; les poils de ses vaches , de ses brebis de ses taureaux se hérissent, se combattent, en suivant avec une admirable harmonie l’anatomie de l’animal, et vous vous avancez involontairement pour les flatter de la main ou en chasser les taches que la terre boueuse vient de leur imprimer...

Ce qui surprend tout d’abord dans ce poëte d'animaux, c’est la science, mais une science sans recherche, sans calcul, et pourtant il y a là de l’ordre dans le désordre, de l'harmonie dans le chaos. Voyez cette masse compacte de moutons qui bêlent, broutent, folâtrent, se taquinent, vous diriez une nuée de bambins venant de conquérir leur liberté menacée. Comme ces derniers , ils cheminent, ils s’emboîtent, si je peux m'exprimer ainsi; ils vivent, ils sont heureux , et cependant vous remarquez là-bas, là-bas, le redoutable abattoir qui s’ouvre et réclame sa pâture. J’ai appelé poëte l’auteur de ces admirables pages, je n’ai point commis d’erreur. La poésie s'adresse à l’âme, elle la réchauffe au feu de toutes les passions, elle la rend craintive, elle l’endolorit, elle la brise , elle la torture. Je vous défie de ne point vous attendrir aux regards inquiets de cette pauvre petite brebis qui cherche une mère et l’appelle avec un cri tout imprégné de tendresse.

Est-ce que le berger ne s’arme pas de la fourche et de son fusil à l’aspect de ce loup guetteur, qui certes n’a pas déjeûné, tant son œil fauve cherche la porte de la bergerie, tant Sa gueule rouge est avide de sang! On dirait que:

Brascassat a une cabane bien close sur quelque cime pyrénéenne , et qu’il est venu là étudier les mœurs des hôtes farouches qui peuplent ces lieux solitaires. Qu'il est beau le parc de brebis! qu’il est amusant! qu’il est vrai! C’est en présence de ces pauvres petits êtres chétifs que madame de Sévigné pourrait bien s’écrier : « Qui sait ? parmi tous ces drôles, il n’y en a peut-être pas un seul qui soit tendre! » Le berger n’est pas là, n'importe ; les prisonniers n’ont pas envie d'aller chercher pâture ailleurs. Ils sont fatigués de leurs courses de la journée, ils viennent de rentrer, ils vont se reposer et dormir. Tout à l'heure ce sera le calme et le silence... maintenant c’est encore du bruit, c’est l’instant qui précède le sommeil. Oh! que je porte envie à l’acquéreur de ce cadre! Comment ne voulez-vous pas que le bétail s’engraisse dans ce magnifique péturage, où vous croyez voir la rosée pendue en diamants sur chaque brin d'herbe? Brascassat a lait ici un vol à ia nature.

Déjà chevalier de la Légion d'honneur, Brascassat a été élu en 1846 membre de l'Académie des Beaux-Arts, en remplacement du vieux Bidault. Jacques ARAGO.

Après une interruption de dix années, cet arliste a reparu à l'Exposition universelle de 1855 avec quatre toiles, dont une seule, Le Repos d'animaux, était nouvelle, 11 obtint alors une médaille de première classe. Il est mort à Paris, le 27 février 167.

BRASIDAS, l'un des plus célèbres généraux des Lacédémoniens, et qui fut appelé « le plus brave des Spartiates », était fils de Taliès. L’an 431 avant J.-C., dans la première année de la guerre du Péloponnèse, il sauva Méthone (aujourd’hui Modon ), près de tomber aux mains des Athéniens. Bientôt, donné pour conseil à Alcidas, il l’ac- <ompagna dans une expédition contre Corcyre, qui n’eut aucun résultat avantageux, malgré une si redoutable association : la bravoure et l’expérience. Elles ne purent triompher de la marine formidable des Corcyréens. Quelque temps après, Brasidas fut dangereusement blessé dans un combat livré aux environs de Pylos, entre l’Élide et la Messénie. Sitôt sa blessure fermée, il se jeta, à la tête d’une armée, dans la Chalcidique "portion de la Macédoine que domine le mont Athos, et où les rivages de la mer étaient peuplés de colonies grecques, toutes sous la puissance d’Athènes ou dans son alliance, Ce général prit en courant la plupart de ces villes maritimes, dont plusieurs ouvrirent leurs ports et d’autres demandèrent lalliance de Lacédémone, 11 ne lui restait plus à soumettre que Potidée, la ville la plus importante de cette contrée, sur l’isthme de Pallène. Les Athéniens y envoyaient, en toute hâte, une armée d'élite, commandée par Cléon. Brasidas marcha contre lui, le rencontra près d’Amphipolis, dans la Thrace, sur le fleuve Strymon. Là fut livré un combat acharné; les Atheniens ne purent résister à l’impétuosité des Spartiates, que poussaient et animaient leurs nombreuses et récentes victoires ; ils furent taillésen pièces. Athènes perdit dans les plaines d’Amphipolis la fleur de ses combattants; Cléon resta sur le champ de bataille, et Brasidas, mortellement blessé, fut porté à Amphipolis, où ilexpira. Ce combat eut lieu l’an 422 avant J.-C.

Ainsi périrent aux mêmes lieux, le même jour, au même moment, de la même mort, ces deux hommes si dificrents, qui seuls prolongèrent la malheureuse guerre du Péloponnèse. « L'un y trouvait, dit llutarque, des occasions de faire de grandes injustices, l'autre celle de s’illustrer par de grands exploits. » La nouvelle de la victoire arriva a Sparte avant le corps de Brasidas. Les envoyés qui apprirent à sa mére la mort de ce brave des braves cherchatent à prévemr ses larmes en exallant la valeur et la gloire de son fils ; la Spartiate, indignée qu'on lui fit la honte de la consoler, fs | répondit : « Est-ce que Sparte n’est pas pleme de heros? » Sparte éleva à la nière et au fils un monument public, nl | sachant qui des deux avait eu l'âme la plus bérorqe.

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