‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 444 sur 527 · BRIC-A-BRAC — BRIÇONNET · texte numérisé non relu

BRIC-A-BRAC — BRIÇONNET

» dont on use à la chasse pour prendre les cerfs et les daims. Au figuré bricole signifie une excuse frivole, une espèce de tromperie adroite, ou bien encore une manière détournée de posséder un livre, une brochure ou tout autre objet défendu : Petit écrit donné sous le manteau, Qu’on se dérobe et qui vient par bricole, Ou bien moulé par Pierre du Marteau, Füt-il mauvais, nous paraît toujours beau, Et pour l’avoir on ne plaint la pistole.

BRIÇONNET (Guiraume), connu sous le nom de cardinal de Saint-Malo, petit-fils de Bernard Briçonnet, maître des requêtes de l'Hôtel sous Charles V, naquit à Tours, et fut d’abord commis à la généralité de Languedoc. Louis XI le nomma général des finances de cette province. Il n’embrassa qu’assez tard l’état ecclésiastique, ayant d’abord été marié, Le roi, en mourant, le recommanda à son fils, qui le nomma surintendant des finances. Briçonnet, qui aimait la guerre, favorisa cette passion chez son maître, et lui fournit les moyens de la satisfaire. C’est par son avis que Charles VIIE entreprit la conquête du royaume de Naples. Briçonnet, qui avait perdu sa femme, embrassa l’état ecclésiastique, et devint évêque de Saint-Malo en 1490. Il accompagna le roi dans les guerres d’Italie, et fonda la grandeur de la maison de Médicis en couvrant de sa protection Pierre de Médicis, que les Florentins voulaient massacrer, après avoir pillé son palais.

La réputation de Briçonnet comme ministre fut foujours digne d’éloges; mais comme politique deux fautes lui ont été reprochées, la première d’avoir, à l'entrée en campagne, ajouté anx promesses de Ludovic Sforce une confiance qu’elles ne méritaient pas; la seconde, en 1495, d’avoir dissuadé le roi, maître de Rome, de s'emparer de la personne du pape Alexandre VI et de le faire déposer pour sés crimes, d’après l’avis de la plus grande partie du sacré collége. Cette conduite lui valut le chapeau de cardinal. Au retour d'Italie, le duc d'Orléans, depuis Louis XII, assiégé dans Navarre par Ludovic Sforce , en sortit à la suite d’une négociation dont furent chargés le prince d'Orange, Philippe de Comines et le cardinal de Saint-Malo.

Après la mort de Charles VIII, Briçonnef{ dut remettre les finances au cardinal d’Amboise; mais Louis XII le chargea de négociations importantes auprès du pape Jules II, dont il refréna l'humeur belliqueuse, bravant les foudres du Vatican, assemblant malgré lui le concile de Lyon, en opposition à celui de Latran, et le maintenant jusqu’à l’exallation de Léon X, successeur de Jules IT, qui leva l’excommunication dont il avait été frappé. De l'évêché de Saint-Malo il était passé à l’archevêché de Reims, où il fut remplacé par son frère Robert Briçonnet , chancelier de France. 11 devint alors archevêque de Narbonne, et fut en outre gratifié par Louis XII de la riche abbaye de Saint- Germain-des-Prés et du gouvernement du Languedoc. Les deux fils qu’il avait eus de son mariage avant d’entrer dans les ordres furent tous deux évêques, l’un de Meaux, l’autre de Lodève, et il officia souvent l'aîné lui servant de diacre, le puiné de sous-diacre. Il fut un des principaux bienfaiteurs de l'Hôtel-Dieu de Paris, protégea les arts, les lettres, les sciences , et mourut fort vieux, à Narbonne, le 14 décembre 1514.

BRIÇONNET ( GuiLLAUME ), fils du précédent, connu d’abord sous le nom de comte de Montbrun, fut successivement évêque de Lodève et de Meaux. Avant de se retirer dans son diocèse, il avait été chargé par Louis XII et François 1°" de diverses négociations auprès du saint-siége , avait assisté aux conciles de Pise et de Latran, et avait été, sur la démission de son père, pourvu de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés. Revenu à Meaux, ilattira auprès de lui plusieurs savants, tels que Guillaume Farel, Jacques Faber ou Lefèvre, Gérard Roussel, François Vatable, parmi lesquels figuraient des docteurs de l'université de Paris , zélés calvi-

BRIÇCONNET — BRIDGEWATER

nistes, qui lui firent partager leurs opinions. Mais bientôt, craignant de perdre son évêché et les faveurs de la cour, il changea de conduite, et se mit à poursuivre avec acharnement le parti qu’il avait d’abord favorisé. Excommunications, processions, jeùnes, proscriptions, rien ne fut négligé par lui pour prouver son zèle. Aussi les cordeliers, qui l'avaient deux fois traduit au parlement pour hérésie, furent-ils traités de calomniateurs. 11 mourut en 1533, dans son château d'Aymans, près de Montereau. Comme son père, il avait protégé les lettres et accru la bibliothèque de l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés.

BRIÇONNET (Rogenr ), d’abord conseiller au parlement, président aux enquêtes , pourvu de la riche abbaye de Saint- Waast d'Arras, archevêque de Reims et chancelier de France, oncle du précédent, dut son élévation rapide à la faveur de son frère le cardinal de Saint-Malo, Il mourut en 1497, à Moulins.

BRIDAINE (Jacques), fils d’un chirurgien, naquit à Uzès, le 21 mars 1701. Il passa du collége des jésuites d’Avignon au séminaire Saint-Charles de la même ville. Ce fut là qu’il perfectionna par des études approfondies les qualités extraordinaires dont la nature l’avait doué, el ses supérieurs, en l'entendant expliquer le catéchisme dans différentes églises, ne tardèrent pas à pressentir un talent de premier ordre dans ce jeune novice qui à l'imagination la plus vive joignait un esprit d’une rectitude , d’une pénétration admirable, et la conviction la plus profonde. Aussi, à peine Bridaine était-il revêtu des premiers ordres qu’il fut envoyé en mission à Aigues-Mortes. Son début dans cette ville aurait découragé tout autre que lui. Chaque jour il prêchait dans le désert. Le mercredi des Cendres, fatigué d’attendre son auditoire, il s’élance de l’église une clochette à la main, et parcourt toutes les rues de la ville entraînant la foule sur ses pas , impatiente de connaître l’issue d’une telle singularité. Ce fut au milieu des sarcasmes universels, des éclats de rire prolongés, que Bridaine monta en chaire. Mais il prend la parole, et, par une sublime paraphrase sur la mort, il a bientôt fait succéder à une bruyante dérision le silence et ladmiration. À partir de cette époque sa réputation alla toujours en croissant, et le fameux sermon qu’il prononça en {751 devant la plus illustre compagnie assemblée pour l’entendre y mit le comble. Le cardinal Maury en a retenu et nous en a conservé l’exorde, et s’il n’a pas eu besoin d’appeler son talent au secours de sa mémoire, il faut convenir que jamais l’éloquence spontanée des missionnaires ne se signala avec plus de force et d'éclat, et que les discours les plus estimés des grands orateurs sacrés n’offrent rien qui surpasse ce morceau sublime, Le talent de Bridaïne aurait pu le porter aux plus hautes dignités de l'Église ; mais il voulut rester missionnaire, ct tout ce qu’il accepta fut le pouvoir que lui conféra Benoît XIV de faire des missions dans toute la chrétienté. Jamais cependant il ne sortit de France; mais, si l’on en excepte les provinces du Nord, il n’est point de ville, de bourg, de village, qu’il n’ait fait retentir des accents de son éloquence. Pendant toute sa vie il fut à l’œuvre, et il venait d'accomplir sa deux cent cinquante-sixième mission quand il succomba à Roquemaure, près d'Avignon, le 22 décembre 1767.

Bridaine était né avec une éloquence populaire, pleine de verve , d'images et de mouvements, Il avait un si puissant et si heureux organe, qu’il rendait croyable tous les prodiges

Phistoire nous raconte de la déclamation des anciens ; et il se faisait aussi aisément entendre de dix mille personnes en plein air que s’il eût parlé sous la voûte du temple le plus sonore. Nul n’a possédé à un si haut point que lui le rare talent de s'emparer d’une multitude assemblée, Son art consistait à captiver et à soutenir l'attention par l'attrait de la nouveauté et de l’imprévu. C’est là le secret de tant de sensations extraordinaires, de tant de conversions éclatantes qui furent le fruit de ses efforts. Étant un jour à la tête

DICT. DE LA CONVERS, — T, Il,

d’une procession, il prononça une grande exhortation sur la brièveté de la vie, et finit par dire à la multitude qui le suivait : « Je vais vous ramener chacun chez vous... » Et il les conduisit dans un cimetière.

On a du père Bridaine des Cantiques spirituels ; Lectures et méditations pour le lemps de La retraite, extraites des discours inédits du P. Bridaine; Règlement de vie pour une pieuse demoiselle, précédé de la méthode pour assister avec fruit au saint sacrifice de la messe ; Sermons inédits du P. Bridaine, publiés sur ses manuscrits aulographes.

BRIDE, bande de cuir attachée à un mors, et qui sert à conduire un cheval , à discipliner ses mouvements , à gouverner sa fougue. La bride se compose des deux rênes, d’une tétière et du mors. Le bridon est une espèce de bride légère, dont le mors brisé n’a point de branches et qu’on emploie quelquefois indépendamment de la bride. Courir à toute bride, à bride abattue, c’est lancer un cheval de toute sa force, le faire courir de toute sa vitesse.

Bride s'emploie figurément pour exprimer ce qui arrête, ce qui contient nos penchants. Il faut user de toutes choses avec modération, et ne point Zdcher la bride à nos sens; précepte fort sage, mais fort difficile à pratiquer, surtout dans la jeunesse. Lächer la bride à son imagination, c’est s’abandonner au courant de ses pensées, caresser les plus folles , les plus désordonnées, sorte d’exaltation qui fait les grands poëtes et les grands artistes.

Bride sert encore à désigner plusieurs pièces d’habillement. Mettre des brides à un bonnet, c’est l’assujettir sur la tête en cousant des cordons à chaque extrémité pour les nouer ensemble en passant sous le cou. On met aussi des brides aux boutonnières d’une chemise. Ce sont des points en travers de la couture destinés à prévenir les dé chirures. Les brides sont encore de petits tissus de fil qui, dans la dentelle, servent à joindre les fleurs les unes aux autres,

BRIDGETO WN. Voyez BARBADE.

BRIDGE WATER (Francis-Henri EGERTON, come DE), naquit le 11 novembre 1756, et descendait du célèbre Thomas Egerton, chancelier sous Jacques I‘. Destiné à l’état ecclésiastique par son père, l’évêque de Durham, il n’eut pas plus tôt terminé avec succès à Oxford ses études commencées d’une manière brillante à Eton, qu'il obtint un bénéfice dans la résidence même de son père; et plus tard il y joignit deux cures considérables , que, selon l'usage de l’Église anglicane, il conserva religieusement jusqu’à sa mort sans en jamais remplir les fonctions. Humaniste distingué, il se fit connaître du monde lettré, en 1796, par la publication de l’Hippolyte d’Euripide, et plus tard il donna des fragments de deux odes de Sapho. En 1798 ïl fit imprimer l’histoire de la vie du chancelier Egerton, dont il parut en 1807 une nouvelle édition, destinée uniquement à ses amis, et à laqueile il joignit une notice sur son parent le duc de Bridgewater, mort en 1803, et célèbre par ses entreprises de canalisation. Il reproduisit cet éloge dans une lettre aux Parisiens et à la nation française sur la navigation intérieure, qu’il publia de 1819 à 1820 à Paris, où il faisait sa résidence depuis le rétablissement de la paix générale, et y ajouta une notice sur l'ingénieur Brindley , qui avait di-

rigé les travaux de construction du célèbre canal de Brid-

gewater.

Ce duc de Bridgewater, dont il a donné la biographie, mourut sans enfants, laissant pour héritier de son immense fortune et de son nom un cousin, le général Egerton ; mais son titre de duc s’éteignit avec lui, et son héritier ne put prendre que le titre de comte,

Ce comte de Bridgewater mourut vingt ans plus fard, en 1823, et sans laisser non plus d’enfants ; de sorte que ses titres et ses biens passèrent à son frère puiné, déjà immensément riche, Francis-Henri Ecerton, objet de cet article, et

qui continua d'habiter Paris. J1 s’occupait avec un soin tout particulier de réunir les matériaux de l’histoire des membres de sa famille, et fit imprimer à cet effet, en 1826, sous le titre de Family Anecdotes, un magnifique volume infolio, tiré à un petit nombre d’exempiaires, pour être distribués à ses amis, Son genre de vie était des plus étranges. Son hôtel (l’ancien hôtel de Noaïlles, rue Saint-Honoré, dont le jardin s’étendait jusqu’à la rue de Rivoli, et sur l'emplacement duquel on perça après sa mort la rue d’Alger et une partie de la rue Monthabor ); son hôtel, disons-nous, était rempli de chiens et de chats. Deux de ces chiens, affublés de vètements assez semblables à ceux des hommes, dinaient à tour de rôle à la table de mylord ; et il n’était pas rare de rencontrer au bois, aux Champs -Élysées et sur le boulevard une demi-douzaine de ces fashionables de nouvelle espèce, allant à la promenade mollement étendus sur les moelleux coussins d’une calèche attelée de quatre chevaux, et accompagnés de deux valets en grande livrée.

Dans sa jeunesse le comte de Bridgewater avait été un chasseur déterminé ; mais les infirmités de l’âge ayant fini par lui rendre impraticable ce délassement, il avait imaginé de réunir dans le jardin de son hôtel quelques douzaines de lapins et de pigeons. Traîné dans un fauteuil à roues, notre vieux Nemrod poursuivait cet innocent gibier dans les allées et dans les fourrés, en abatfait quelques pièces à coups de fusil, et se les faisait triomphalement servir sur sa table commé produit de sa chasse.

Le comte de Bridgewater mourut à Paris, le 12 février 1829 ; et l’acte de ses dernières volontés portait l'empreinte de l’excenfricité de son Caractère. C’est ainsi que tous ses domestiques et quelques personnes admises dans son intimité y figuraient pour des legs plus ou moins considérables, mais avec cette clause restrictive que s’il mourait assassiné ou empoisonné ses dispositions testamentairesseraient nulles. II nest pas vrai cependant, comme on le prétendit dans le temps, qu’il ait fait mention de ses chiens dans ce testament.

Il léguait en outre ses manuscrits et une somme de 5,000 liv.sterling au British Museum, ainsi qu'une somme de 8,000 livres sterling ( 200,000 fr. ) pour être décernée en prix, par la Société royale de Londres, aux auteurs des ouvrages dans lesquels la puissance, la sagesse et la bonté infinies de Dieu seraient le mieux démontrées par les merveilles de la création, de même que pour couvrir les frais de la publication de ces ouvrages. Cette utile fondation nous a valu une série d’excellents traités dus à des savants célèbres, que l’on a traduits dans la plupart des langues de l’Europe, et dont le plus célèbre, à bon droit, est le Traité de Géologie et de Minéralogie de Buckland. On cite en outre, de Whewell, une Physique et une Astronomie ; de Prout, une Chimie et une Météorologie; de Kirby, les Mœurs et Instincis des Animaux; de Roget, une Physiologie comparée des Animaux et des Plantes ; de Charles Bell, la Main kumaine; de Kidd, Rapports du Monde extérieur à la corporéilé de l'Homme; de Chalmers, des Considérations générales sur La révélation de la puissance, de la sagesse et de la bonté de Dieu dans les rapports du monde extérieur avec la nature morale ei intellectuelle de l'homme.

BRIDGE W A TER (Canal de), dans le comté de Lancaster, un des plus anciens canaux de la Grande-Bretagne, a reçu son nom du duc Francis Egerton de Bridgewater (né en 1726, mort le 8 mars 1803 ), qui, possédant de riches mines de charbon de terre près de Worsleymill, à quelques kilomètres de Manchester, et ne pouvant les exploiter à cause de la cherté des frais de transport, obtint du parlement lautorisation de faire creuser un canal jusqu’à Manchester. Le célèbre James Brindley fut chargé des {ravaux, qui durèrent de 1758-à 1772. Ce canal franchit des montagnes, des vallées, des fleuves, perce des rochers, traverse l'Irwell et la Mersey sur des aqueducs d'une grande hauteur, et porte des bateaux de charbons du poids de 120

Page 1