BRIENNE
de ce comté de son frère, le comte Hugues Renaud, évéque de Langres. Gautier en avait eu trois fils, qui laissèrent postérité, savoir : Érard 1°", dont nous parlerons plus bas; Milon 1*", comte de Bar-sur-Seine, mort en 1125. Gui, son fils aîné, épousa Pétronille de Chacenai, dont vinrent Milon If et Manassès, successivement comtes de Bar-sur-Seine, le premier décédé en 1152, le second promu à la prêtrise et nommé doyen de Langres vers 1166. Pétronille, fille unique de Milon II et de la comtesse Agnès, porta en mariage le comté de Bar-sur-Seine (1168) à Hugues du Puiset, vicomte de Chartres, père de Milon III, comte de Bar-sur- Seine. Après la mort de Milon 111, du Puiset (1218), Laurence du Puiset, sa nièce, femme de Pons de Cuiseaux, et Pétronille de Brienne, fille de Thibaud, frère de Milon NH, partagèrent entre elles le comté de Bar-sur-Seine, qu’elles vendirent peu après à Thibaud, comte de Champagne. Engilbert &e Brienne, troisième fils du comte Gautier [*', eut en apanage la terre de Conflans en Champagne, dont il prit le nom , conformément à l'usage du temps, en conservant les armes de Brienne. Il fut le fondateur de la mgison de Conflans, qui s’est continuée jusqu’à ce jour, et dont était le maréchal d’Armentières, mort en 1774. :
Éraro 1°‘, comte de Brienne, mort en 1104, n’est connu, comme ses pères, que par des actes de libéralité envers les abbayes. Alix de Rouci le rendit père de GaurmiER II, comte de Brienne, qui fit le voyage de Jérusalem en 1147, et laissa d'Agnès de Baudemont ÉranD II et André de Brienne. Ce dernier fournit la branche de Rameru, éteinte à la fin du treizième siècle. ÉrarD II, comte de Brienne en 1156, laissa d’Agnès de Montfaucon, dile de Montbéliard, Gau- TIER J1] et JEAN DE BRIENKE.
Celui-ci, né avec la passion des armes, était destiné par son père à l'état ecclésiastique. Il osa résister à la volonté paternelle, et pour s’y soustraire implora la généreuse hospitalité des moines de Citeaux. Touché des inutiles efforts qu'il tentait pour dompter un penchant qui contrariait le vœu de sa famille, un de ses oncles, le sire de Châteauvillain , le fit sortir du cloître, et dirigea lui-même ses premiers pas dans une carrière où sa valeur éleva rapidement sa famille au faite de la puissance et de la gloire. La renommée de ses exploits à la conquête du royaume de Naples, où il accompagra le comte de Brienne, son frère aîné, ayant retenti jusqu’en Orient, les chrétiens de la Palestine envoyèrent une ambassade au roi Philippe-Auguste pour lui demander la main de ce guerrier pour la jeune Marie de Montferrat , reine de Jérusalem, et son épée contre les infidèles, La vie de Jean de Brienne, couronné roi de Jérusalem en 1210, offre un long enchaînement de vicissitudes, où la part des revers ne contribua pas moins que celle des succès à sa gloire. Dépossédé pendant son absence de la Palestine par l'empereur Frédéric IT, son gendre (1223), il fut appelé par e choix des barons français de l’empire d'Orient à gouverner cet État chancelant avec le titre d’empereur, alors attaché à la régence, durant la minorité de Baudouin II de Courtenai. Dans la guerre terrible qu’il soutint contre les Grecs et les Bulgares réunis sous les murs de Constantinople, il sut à quatre-vingts ans rajeunir sa vieille renommée par de miraculeuses victoires. Parvenu au comble de la grandeur, il déposa les insignes de l'autorité souveraine pour terminer une vie de héros sous l’humble habit d’un disciple de saint François d'Assise ( 1237 ). De Bérengère de Castille, sa seconde femme, sœur du roi Ferdinand JII, il avait eu, entre autres enfants, Alfonse de Brienne, grand chambrier de France et comte d'Eu par son mariage avec Marie de Lusignan; Jean de Brienne, grand bouteiller de France, et Louis 1°" de Brienne, vicomte de Beaumont au Maine par la vicomtese Agnès sa femme (1253), qui fut la souche de la seconde race des vicomtes de Beaumont, dont le dernier, Louis 11, fut tué à la bataille de Cocherel, en 1364.
Gaurrer III, comte de Brienne , S'était signalé avec son
frère à la défense d’Acre contre les infidèles, en 1188 , lorsque Tancrède, roi de Sicile, lui donna, en 1191, la main d’AIbérie , sa fille aînée, sœur du jeune roi Guillaume . Celui-ci ayant été dépouillé de ses États pendant sa minorité par l’empereur Henri VI, Gautier, comte de Brienne, à la tête de soixante guerriers déterminés, passe le mont Cenis, et entreprend la conquête d’un royaume que la valeur de quelques chevaliers normands avait fondé depuis un siècle; la fortune sourit à la témérité de son entreprise, car en peu de mois on le vit en possession de la Pouille et des principales places du royaume de Naples. I] était à la veille d’expulser entièrement les troupes impériales de ce royaume, lorsqu'une aveugle confiance dans ses succès et dans la bravoure de ses soldats vint causer sa perte. Au conseil qu'on lui donnait de se tenir plus en garde contre ses ennemis, il n'avait qu’une réponse : ils n’oseraient. Le comte Diépold, qu'il avait vaincu jusque alors toutes les fois qu’il avait pu l’atteindre, lui fitexpier cet excès de confiance et de présomption. L'an 1203, assiégé dans un château sur le Sarno, le général allemand fait une sortie de grand matin, surprend le camp de Gautier de Brienne, en fait un horrible carnage, et ramène Gautier dans la place couvert de blessures. On vint lui offrir de briser ses fers s’il voulait renoncer à la couronne de Sicile. On se flattait de vaincre sa persévérance et son courage par les plus cruelles privations , mais il se laissa mourir de faim plutôt que de renoncer à un trône qu'il avait si glorieusement conquis.
GauTiER IV, comte de Brienne, hérita de la valeur de son père, mais ne recueillit pas le fruit de ses conquêtes. Appelé à la Terre Sainte par Jean de Brienne, roi de Jérusalem, son oncle , et ci-devant son mentor et son tuteur, il fit sous lui l'apprentissage des armes, et rendit redoutable aux Sarrasins le titre de comte de Jaffa , sous lequel il était connu. Il commandait l'aile droite à la bataille de Gaza (1244) : apercevant du désordre dans les mouvements que faisait l’armée karismienne pour se mettre en bataille, il voulut profiter du moment pour fondre sur les infidèles; mais toutes les prières qu’il fit pour se faire absoudre par le patriarche de Jérusalem d’une excommunication qu’il avait encourue ne purent lui obtenir l'honneur de sauver l’armée chrétienne par une victoire. L'évêque de Rama, indigné d’un refus qui allait avoir des suites si funestes, s’avança vers Gautier de Brienne, lui donna l’absolution , et se précipita avec lui dans les rangs ennemis. Mais ceux-ci avaient eu le temps de prendre les positions les plus avantageuses. Trente mille guerriers perdirent la vie ou la liberté dans cette bataille, où la victoire fut disputée pendant deux jours. Gautier de Brienne, fait prisonnier et traîné à la suite des vainqueurs jusque sous les murs de Jaffa, fut attaché à une croix par les Karismiens, qui, en montrant les outrages et les tourments dont ils l’äccablaient , se flattaient de soumettre cette ville. Mais Gautier, loin de se laisser abattre, exhorta de toute la force de sa voix les habitants et la garnison à ne pas trahir leur religion et leur patrie par une fausse compassion ou une indigne faiblesse, et à défendre jusqu’à la dernière extrémité une ville chrétienne. Les défenseurs de Jaffa , enflammés par ce dévouement sublime, repoussèrent les infidèles, et Gautier de Brienne marcha avec joie au supplice qui l’attendait au Caire, où il avait été conduit après la retraite des Karismiens.
Il laissa de Marie de Chypre, fille du roi Hugues I‘, Jean, comte de Brienne, mort sans postérité, et Hucues, qui lui succéda avant 1270. L'année précédente , il avait accompagné Charles de France, comte d'Anjou, à la conquête du royaume de Naples, et en avait reçu en récompense de ses exploits les comtés de Liches, de Tripazzo et de Tibenrano dans la terre d'Otrante, ]1 devint aussi duc d'Athènes, par son mariage avec Isahelle de la Roche, fille de Guillaume, duc d'Athènes et sire de Thèbes. GauTIER V, leur fils, comte de Brienne et de Liches, duc d'Athènes, entreprit une guerre
heureuse contre Jean de Durazzo, duc de Patras, et contre Thomas, despote d’Acarnanie, qu’il contraignit à faire la paix, apres leur avoir repris plus de trente châteaux qu'ils lui avaient enlevés. Il fut tué par les Catalans, en 1312. Jeanne de Chastillon, sa femme, fille de Gaucher V, comte de Porcean, l'avait rendu père de Gaurier VI, comte de Brienne et de Liches, duc d'Athènes.
Élevé à la cour de Robert le Bon, roi de Sicile, Gautier VI
fut nommé par le duc de Calabre, fils de ce prince, son viaire ou gouverneur général pour l’État de Florence en 1326, sf fut opposé l’année suivante à l’empereur Louis de Bavière,
qui voulait pénétrer dans le royaume de Naples. Après une tentative infructueuse pour reconquérir son duché d’Athènes, envahi par les Catalans, il revint en Italie (1331), et de là se rendit en France, à la cour du roi Philippe de Valois, qui lemploya dans ses guerres contre les Anglais en 1339 et 1340. L'année suivante, Robert, roi de Sicile, appela Gautier au secours des Florentins contre les Pisans, qui leur avaient enlevé la ville de Lucques. Ébloui par l’ascendant que lui avaient acquis ses services, il aspira au pouvoir souverain, se fit élire capitaine et conservateur du peuple de Florence, puis seigneur à vie, le 8 septembre 1342, Cette élection souleva de nombreux mécontentements. Gautier, par une politique aussi atroce que dissimulée, fit périr publiquement plusieurs Florentins dévoués à sa cause qui lui avaient dénoncé des complots tramés contre lui, pour persuader au peuple qu'il ne croyait pas que les grands fussent capables de conspirer sa perte. Ces lâches cruautés n’eurent point le succès qu'il s’en était promis. Assiégé dans son palais le 3 août de la même année, son pouvoir despotique fut anéanti, et il fut heureux d’obtenir la vie sauve au prix de celles du provéditeur et de son fils, que la populace mit en pièces et dont elle dévora les lambeaux palpitants ou à moitié rôtis sur des charbons. Gautier revint en France, et il fut élevé
la dignité de connétable par le roi Jean, le 6 mai 1356. f fut tué à la bataille de Poitiers, le 19 septembre de la même année. Comme il n’avait pas d'enfants, sa riche succession passa à sa sœur Isabeau, comtesse de Brienne et duchesse d'Athènes, femme de Gautier IV, seigneur d’Enghien. Marguerite d’Enghien, sa petite filie, porta le comté de Brienne, avec ses droits sur le duché d’Athènes, à Jean de Luxembourg, son mari. Leurs descendants ont possédé le comté de Brienne jusqu’en 1605 ; à cette époque il fut porté par mariage dans la maison de Béon du Massès, et de celleci il passa, en 1623, dans la famille de Loménie, qui le possédait au moment de la révolution.
Louise de Béon avait, en 1625, fondé à Brienne, un couvent de minimes, destiné à l'éducation des enfants du pays, lequel fut, en 1730, converti en collége et, en 1776, en succursale de l’école militaire de Paris, destinée à recevoir cent élèves du roi et cent pensionnaires. L'école militaire de Brienne fut supprimée en 1790; les bâtiments en furent vendus et démolis; mais le château bâti par Loménie, comte de Brienne, ministre de la guerre sous Louis XVI, n’a rien perdu de sa magnificence. LAINÉ.
BRIENNE (LOMÉNIE ne). Voyez LOMÉNIE.
BRIENNE (Nicéruore). Voyez NiCÉPHORE-BRYENNE.
BRIENNE (Combat et Bataille de). Les coalisés avaient passé le Rhin le 1°" janvier 1814 : le centre et la gauche sous les ordres de Schwartzenberg, au nombre d’environ 317,000 hommes, à Bâle et à Manheim; la droite, sous les ordres de Blucher, à Coblentz, Il n’y avait devant Schwartzenberg que 9,000 hommes, sous les ordres de Victor, et devant Blucher que 16,000 hommes, commandés par Marmont, Macdonald, avec 21,000 hommes, occupait Cologne; Maison, avec 13,000, la Belgique ; une réserve de 14,000 hommes s'organisait, Le point de jonction des deux grandes armées coalisées devait être entre Châlons Sur Marne et Bar sur Scine, Refoulés par des forces supérieures, Victor et Marmont se replièrent derrière la Meuse et les