‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 454 sur 527 · BRILLANT — BRILLAT-SAVARIN · texte numérisé non relu

BRILLANT — BRILLAT-SAVARIN

cet aspect, brillant emporte l'idée d’une sorte d’assurance qui ne convient pas à cet âge. La pudeur et la modestie ne doivent jamais faire défaut à la jeunesse : elles affirment sa date. Les qualités brillantes ne sont pas de mise dans toutes les positions : elles supposent de la richesse, du pouvoir, de hautes dignités, Dans les rapports ordinaires , au sein de la solitude, on se contente de manières nobles et simples. L’audace brillante caractérise l’officier sur le champ de bataille ; l'air calme est l’apanage du magistrat sur son siége. La prodigalité d’un prince, suivant les objets auxquels elle s'attache, sera brillante; elle peut même quelquefois être utile; mais dans toutes Les classes l’ordre est précieux. Quand, après avoir passé une partie de son existence au milieu de sociétés d'élite, on les abandonne, soit pour se renfermer dans sa famille, soit pour se livrer à des études sérieuses, on perd vite tout ce qu’à l'extérieur on avait de brillant. Sans doute, si l’on est doué de vertus, plus intimement connu alors de tout ce qui nous approche, on en est mieux aimé; par de nobles travaux, on atteint aussi parfois à la gloire, mais on cesse d’être le type de la vogue ou de la mode; relativement à ce que dans le monde on appelle la foule, on n’est plus désormais qu’estimable.

BRILLAT-SAVARIN ( ANTHELME ) était né le 1°° avril 1755, à Belley (Ain). Si, vous trouvant au commencement de l'hiver de 1825 dans le salon de M Récamier, vous aviez demandé : « Quel est cet aimable vieillard, dont la haute taille est restée si droite, qui conserve sous des cheveux blancs ce frais visage, cet air souriant, et qui répand encore tant de grâce et d’enjouement dans la conversation ? » l’un des invités vous eût répondu : « C’est M. Brillat-Savarin, un de mes ex-collègues à l’Assemblée constituante ; » un autre : « C’est M. Brillat-Savarin , l’ancien président du tribunal civil du département de l'Ain; » celui-là : « C’est M. Brillat-Savarin, que j'ai rencontré à New-York, en 1794, maître de langue française, et premier violon dans je ne sais plus quel petit théâtre; » enfin, celui-ci : « C’est M. Brillat-Savarin, l’ex-secrétaire de l'état-major général des armées de la république en Allemagne, aujourdhui conseiller à la cour de cassation. » Mais si deux ou trois mois plus tard vous aviez adressé aux mêmes personnes la même question, elles vous auraient toutes répondu : « C’est M. Brillat-Savarin , l’auteur de Za Physiologie du Goût. » A ce mot disparaissent le législateur, le président, le secrétaire, et même le conseiller à la cour de cassation. Aussi la publication du nouveau code causa-t-elle une violente rumeur parmi les membres de ce corps. Ils jugèrent que leur gravité était compromise, et se tinrent pour non moins offensés que les sénateurs romains le jour où l’empereur Claude s’écria, en entrant au sénat : « Pères conscripts, dites-moi, je vous prie, est-il possible de vivre sans petit-salé ? » Fort heureusement, messieurs les conseillers ne pouvaient casser les arrêts de leur confrère; ils étaient trop compétents dans l'espèce pour n’en pas reconnaître in petto la sublimité. Comment, d’ailleurs, se prononcer dès l’abord sur ce fin mélange de sérieux et de plaisanterie, qui déconcerte et ceux qui voudraient Je tourner en dérision et ceux qui essayeraient de le prendre tout à fait au sérieux ?

Faut-il le considérer comme l'Évangile ou la satire de la gastronomie? Brillat-Savarin ne se moquet-il pas lorsque, s'adressant à Richerand : « Ouil je révélerai à tout Paris, à toute la France, à l’univers entier, le seul défaut que je te connaisse. » Richerand (d’un ton inquiel } : « Et lequel, s’il vous plaît ? — Un défaut habituel, dont toutes mes exhorfations n’ont pu te corriger. » Richerand ( effrayé ) : « Dis donc enfin, c’est & \p me tenir à la torture. — Tu manges trop vite! » N'est-ce pas par suite de la même tournure d'esprit que la Physiologie est divisée non en chapitres, maïs en méditations, ce qui lui donne un certain air de parenté avec les poésies de M, de Lamartine (la méditation vi

roule sur la théorie de la friture ). Toutefois, en cherchant à découvrir et à poursuivre la veine satirique de ce nouveau Temple du Goût, nous pourrions égarer nos lecteurs et leur faire soupçonner à tort que le plus léger mépris, le moindre dédain de la gastronomie perce dans les écrits de notre professeur. Loin de là, il est impossible de mieux apprécier toutes les jouissances dont les gourmets se repaissent. Brillat-Savarin corromprait les plus sobres, et il n’est pas de Spartiate à qui telle description de caille, de bécasse, de poularde, d’éperlan, ne mit si bien l’eau à la bouche, qu’on ne le vit courir d’un pied léger, pour tâter de cet enthousiasme, chez Véry ou aux Frères Provençaux. Ne me parlez plus de vos sciences ni de vos beaux-arts! ni du charme de la musique ! Quel rossignol vaut un bec-figue? un bec-figue bien gras! malheureux, ignoreriez-vous le prix du becfigue? « La nature lui a donné une amertume légère et un parfum unique, si exquis, qu’ils engagent, remplissent et béatifient toutes les puissances dégustatrices. Prenez-le par le bec, saupoudrez-le d’un peu de sel, ôtez-en le gésier, enfoncez-le adroitement dans votre bouche, mordez, tranchez tout près de vos doigts, et mâchez vivement; il en résultera un suc assez abondant pour envelopper tout l’organe, et vous goûterez un plaisir inconnu au vulgaire! »

La méditation sur le goût est, au dire des savants, au point de vue d’analyse et de description scientifiques, une étude achevée, où l’art n’a rien à reprendre, rien à ajouter, et pour les ignorants comme nous une lecture aussi piquante qu’instructive. L'esprit y est poussé jusqu’au vis comica. Quelques traits entre mille : « L’odorat et le goût ne forment qu’un seul sens, mais le nez fait toujours fonction de sentinelle avancée, et qui crie : Qui va-là? « Et plus loin : « C’est toujours le nez à babord que les professeurs rendent leurs arrêts. » 11 ne faut que consulter la table des matières de la Physiologie pour comprendre avec quelle largeur , quelle méthode et quel agrément tout l’ouvrage est traité. Le but de la gastronomie s’élève : « C’est la conservation des individus ; elle considère l’action des aliments sur le moral de homme, sur son imagination, son esprit, son jugement , son courage et ses perceptions, soit qu'il veille, soit qu’il dorme, soit qu’il repose. » Brillat-Savarin étend le ressort de son sujet jusque dans l’histoire de tous les siècles, et touche chemin faisant à ces graves questions des sens et de leur perfectionnement, du repos, du sommeil, des rêves et de la mort; se défendant avec grand respect du rôle des Broussais, des Cousin et des Frayssinous, il se connaît en assaisonnements, et n’ajoute rien de trop à sa dissertation, Science et morale n’y sont versées qu’à petites doses, mais suffisantes. Vous allez voir par une seule citation comment perce l'oreille du lion sous la peau du gastronome : « Le corps humain, écrit-il, cette machine si compliquée, serait bientôt hors de service si la Providence n’y avait placé un ressort qui l’avertit du moment où ses forces ne sont plus en équilibre avec ses besoins. Ce moniteur est l'appétit. » Tour ingénieux, exactitude, trait incisif, tout est là, et ces heureusés rencontres ne sont pas rares dans Brillat- Savarin.

Il eût pu dépenser d'une autre manière son érudition , sa science et sa philosophie ; il a préféré, avec un tact exquis pour sa gloire, faire d’une Cendrillon une princesse, de la cuisinière bourgeoise une dixième muse ,Gasterea , qui préside aux jouissances du goût. Brillat-Savarin est le grand prêtre de la gourmandise sociale , de celle qui veut qu’on réunisse l'élégance athénienne, le luxe romain et la délicatesse française. Le vrai plaisir de le table, c’est le choix du lieu , les apprêts du repas, le rassemblement des convives. Ainsi le comprenaient trois grands hommes, Achille, Horace, et Brillat-Savarin. Patrocle mettait lui-même sur un brasier le vase qui rentermait les épaules d’une brebis, d’une chèvre grasse et le large dos d’un porc succulent ; le divin Achille divisait les viandes et les perçait avec des pointes

de fer ; Automédon , semblable aux immortels , soufflait le feu ; Patrocle ensuite distribuait le pain autour de la table, Achille découpait, Ajax chassait la faim et lasoif au plus vite, tandis que le sage Ulysse parlait commequatre. Pour Horace, il dressait sa table sous le portique de sa maison de Tibur, située dans le pays des anciens Sabins. Des esclaves apportaient des parfums et des roses ; on se couronnait de myrte, et Mécène alors souriait à une aïle de poulet proprement découpée, et goûtait jusqu’à trois fois d’un chevreau de haute saveur, tandis que Virgile, en attendant un coup de ce vin fameux récolté sous le consulat de Manlius, mangeait à petit bruit des noix, des figues et du raisin. Quant à Brillat-Savarin, il improvisait : un jour ilarrive dans une petite maison de campagne où l’attendait un magnifique turbot ; mais on ne savait comment le faire cuire. Il aperçoit dans la buanderie une chaudière : « Soyez sans inquiétude, s’écrie-t-il avec cette foi qui transporte des montagnes, le turbot cuira tout entier; il cuira à la vapeur; il va cuire à l'instant, » Et il étend sûr une claie un lit de bulbes et d’herbes de haut goût ; sur ce lit reposele poisson; la claie couvre la chaudière; la chaudière est mise en ébullition, et le turbot, en absorbant tout l’arôme de l’assaisonnement, cuit sans rien perdre de ses principes.

La mort interrompit Brillat-Savarin dans le cours de ses exploits, le 2 février 1826. Il a laissé après lui la réputation d’un excellent homme. Tout le prouve dans sa vie et dans ses écrits. Cependant, nous lui reprocherons d’avoir oublié dans sa Physiologie du Goût de verser quelques larmes sur la destinée du gastronome sans argent. A qui devons-nous de préférence conseiller la lecture de ce livre? Sera-ce à la jeunesse? Non, vraiment : nous ne voudrions pas exciter la gourmandise des demoiselles à marier, dans la crainte de voir grossir ces tailles si fines, si flexibles, et nous serions même d'avis que jusqu’à la signature du contrat la mère en défendit la lecture à sa fille. Nous ne le mettrions point non plus entre les mains de l’âge mûr : les maris et les femmes de trente ans pourraient y succomber trop tôt, comme aux délices de Capoue. Maïs, avec M. de Cussy, nous en conseillerions l'étude aux sexagénaires, parce qu’une table bien servie est le dernier rayon de soleil qui caresse les vieillards.

. Jules PATox.

BRIMBELLE. Voyez AIRELLE,

BRIMBORION, autrefois Bimborion, jouet d'enfant, que Roquefort fait venir de bimbelot, et Ménage et Pasquier, de brebiarium ou breviarum. Ce mot n’est plus d’usage que pour signifier, au figuré et dans le langage familier, les choses de peu de valeur, auxquelles les esprits frivoles peuvent seuls attacher quelque prix. Un dicton veut que ce soit par des brimborions qu’on prenne les enfants et les femmes.

BRIN,. Ce mot signifie, dans son acception la plus générale , la première tige des plantes lorsqu'elles commencent à cruitre, ou les courts et menus jets des herbes, des joncs, comme un brin de paille, de foin, etc. , ou des corps faibles et déliés, comme un brin de fil, de laine, de soie, etc. On arraché brin à brin les mauvaises herbes d’un jardin. Par analogie, on dit, en parlant de gens pauvres, qu’ils n'ont pas un brin de paille, et familièrement qu'une personne n’a pas un brin d'amour, d'estime ou d’amilié pour une autre. On voit que dans toutes ces acceptions le mot brin est pris comme diminutif. 11 reçoit une plus grande extension dans certains cas : on dit, par exemple, en agriculture, qu'un arbre est de brin , lorsqu'il n’a qu’une tige, ét qu'il provient de semence. Les arbres de brin croissent plus vite, viennent plus droits, vivent plus longtemps que les autres, et sont en tout préférables. Aussi est-ce par analogie que l’on dit d'un jeune homme , d’une jeune fille, d'une femme , que ce sont de beaux brins d'homme, de

fille ou de femme, pour dire qu'il sont droits, grands et bien venus.

BRILLAT-SAVARIN — BRINDLEY

En termes de charpente , on dit que les meilleures plan ches se font de brin, c’est-à-dire de troncs d'arbres qui n'ont pas été sciés dans leur longueur, mais qui ont été seulement équarris à la coignée. Ce bois est beaucoup plus solide, parce que le fil n’en est pas rompu, et que le cœur reste ‘intact.

En fermes de corderie, les filaments de chanvre peigné les plus longs qui restent dans les mains des peigneurs, sont dits de premier brin, et ceux que l'on retire des dents du peigne, et qui sont plus courts, de second brin.

BRINDES ou BRINDISI ( Brundusium), ville du midi de l’Italie, dans la province de Lecce, au milieu d'une contrée marécageuse et malsaine, sur le golfe Adriatique, Elle fut très-célèbre vers la fin de la république romaine, et conserva quelque importance mème après la chute de l'empire, jusqu’à ce que la puissance et l'esprit de domination des Vénitiens entraînât sa décadence. L'entrée de : son port, autrefois spacieux et très-sûr, fut obstruée, pour forcer le commerce à se concentrer dans les ports que la république de Venise possédait alors sur les côtes et les Les de lAdriatique et dans l’Archipel. Cette violence ne réussit que trop bien : des atterrissements successifs comblèrent une grande partie du port de Brindes, et en firent un marais dont les miasmes causèrent souvent des maladies épidémiques. Le mal était devenu si grave, qu’il fallut y porter au moins quelque remède , et procurer aux eaux staguantes une voie d'écoulement. On fit cette ouverture assez large pour permettre le passage de quelques petits bâtiments; ces améliorations furent poursuivies sous Ferdinand El et contribuèrent à ramener le commerce, Un canal iarge de 50 mètres et long de 525, bordé de murailles, sert à passer de la rade dans le port et se divise ensuite en deux branches qui entourent la ville. Les principaux édifices sont la sathédrale, et le château, commencé par Frédéric IE, et terminé par Charles-Quint. Brindes compte à peine 7,000 âmes, un dixième environ de sa population au douzième siècle. C’est une des stations du chemin de fer d'Ancône à Utrante, ,

BRINDILLES , nom donné en jardinage aux branches à fruits, minces et courtes , ayant des feuilles ramassées et en forme de dard, au milieu desquelles il existe toujours un ou plusieurs boutons à fruits, qui sont presque assurés, et qui donnent d'ordinaire les plus gros et les plus exquis.

BRINDLEY (James), l’un des plus célèbres architectes hydrauliques qu’ait produits l’Angleterre, naquit en 1716 à Tunsted, dans le comté de Derby, de parents pauvres. Après avoir reçu une éducation très-incomplète , il entra, à l’âge de dix-septans, comme apprenti, chezun constructeur de: moulins. Une machine propre à élever l’eau qu’i! construisit en 1752 pour une mine de charbon de terre commença sa réputation. Une machine à filer la soie, construite sur un plan entièrement nouveau, et quelques autres travaux du même genre, lui valurent l'amitié et la protection du célèbre duc de Bridgewater, qui lui confia l'exécution du plan gigantesque qu'il avait formé d'établir une communication par eau entre ses propriétés de Worsley et les villes de Manchester et de Liverpool (voyez BrinGewATER [ Canal de]); et depuis ce moment jusqu’à la mort de Brindley aucun travail de ce genre n’a été entrepris en Angleterre sans qu'on eût au moins recours à ses conseils. Entre autres idées fécondes qu’ilavait conçues, nous citerons son plan d'asséchement des marais du Lincolnshire, ainsi que celui qu'il avait formé pour débarrasser les docks de Liverpool de la boue qui les obstrue. Il avait aussi conçu le projet d'unir l'Irlande à l'Angleterre au moyen d’un pont de bateaux. Ses inventions étaient aussi diverses qu'ingénieuses, et il atteignait le but qu'il se proposait par les moyens les plus simples. 1 lui arrivait rarement d’avoir sous les yeux un plan, un modèle, Quand il rencontrait une difficulté sérieuse, son habitude

BRINDLEY — BRINVILLIERS

était de se mettre au lit et d'y rester quelquefois plusieurs jours sans prendre absolument aucune nourriture, absorbé tout entier dans la recherche des moyens d’en triompher, 11 mourut en 1772.

BRINDONIER, genre de la polygamie diæcie et de Ja famille des guttifères, tribu des garciniées. Il comprend le brindonia indica , arbre pyramidal dont toutes les parties laissent écouler quand on les entame un suc jaune, qui s’épaissit et se transforme en une sorte de gomme gutte. Le fruit de cet arbre est très-estimé dans l’Inde; son acidité s'oppose à ce qu’on le mange crû , mais on en fait des gelées et des sirops très-recommandés dans les fièvres aiguës.

BRINKMAN ( Cuanses-Gusrave, baron pe), homme d'État et poëte suédois, né le 24 février 1764, dans une terre appartenant à son père, et située aux environs de Brœnn- Kyrka, dans le gouvernement de Stockholm, étudia d'abord à Upsal, puis successivement à Halle, où il se lia intimement avec Schleiermacher, à Leipzig et à Iéna. Il ne revint en Suède qu’en 1790, et y embrassa la carrière diplomatique. En 1792 il fut nommé secrétaire de légation à Dresde, et en 1798 chargé d’affaires à Paris, qu'il dut quitter après le 18 brumaire. Il passa en 1801 en la même qualité à Berlin, où il fut suspendu de ses fonctions lorsque son souverain eut renvoyé au roi de Prusse les insignes de ses ordres. 11 ne tarda pas toutefois à être accrédité de nouveau près de la même cour, et l’'accompagna dans sa fuite, lorsque les désastres de 1806 la forcèrent d'abandonner Berlin. En 1807 il se rendit à Londres en qualité de ministre plénipotentiaire ; ms 1810 il fut rappelé à Stockholm, où on le nomma membre du conseil d’État. En 1829 l’Académie royale l’admit au nombre de ses membres. En 1835 il légua à luniversité d’Upsal sa bibliothèque, forte de 10,000 volumes, comprenant toute la littérature ancienne et moderne, et riche surtout en sources historiques relatives aux annales de la Suède. Brinkman mourut le 10 janvier 1848. Il possédait des connaissances philologiques très-étendues, et il écrivait le français, l’anglais et l’allemand avec autant de facilité que le suédois. Ses premières œuvres poétiques (2 vol., Leipzig, 1789) pararent sous le pseudonyme de Selmar. 11 publia plus fard à Paris un petit volume de poésies pour ses amis ; puis des Aperçus philosophiques et Poésies (Berlin, 1801) sous le voile de l’anonyme. Son poëme {e Monde du Génie obtint en 1821 le prix de poésie, au jugement de l’Académie de Stockholm. Lié d'amitié avec M”: de Staël, il entretint avec elle une correspondance littéraire et philosophique.

BRINVILLIERS ( Mare-MarGuERITE DREUX D’AU- BRAI, marquise de )}, célèbre empoisonneuse du dix-septième siècle. La famille d’Aubrai jouissait, comme toutes les familles de robe du second degré, d’une honnête aisance. On ne voyait alors de grandes fortunes que dans les premières familles parlementaires. M'* d’Aubrai ne pouvait donc prétendre qu’à un mariage bourgeois. Sa taille était petite, mais bien prise; sur sa figure, douce et naïve, respiraient à la fois l'innocence

Et la grâce, plus belle encor que la beauté,

Le jeune marquis Gobelin de Brinviiliers, fils d’un président à la chambre des comptes et mestre de camp du régiment de Normandie, s’éprit du plus violent amour pour elle ; il était héritier de trente à quarante mille livres de

rente. Ce mariage, qui eut lieu en 1651, était fort au-dessus |

des prétentions et des espérances de la famille d’Aubrai. Le marquis laissait à sa jeune épouse la liberté dont il . voulait jouir lui-même; il eut l’imprudence d'introduire dans sa maison un aventurier, se disant bâtard d’une noble famille, natif de Montauban, se faisant appeler le chevalier Gaudin de Sainte-Croix, et portant l’epaulette de capitaine de cavalerie. Le marquis, homme de plaisir, n’avait plus avec sa femme que des rapports de convenance. Sainte-Croix le remplaça bientôt dans le cœur de celle qu’il avait laissée

sans défense contre la séduction ; la marquise, tout entière à sa nouvelle passion, ne savait rien refuser à son amant. La fortune du mari ne put longtemps suflire à tant de dissipation et de désordre, et la marquise, qui avait sacrifié à son amant et la fortune de son époux et sa propre réputation, n’attendait plus qu’une occasion pour éclater. Elle avait déjà obtenu sa séparation de biens ; elle cessa dès lors de se contraindre, elle brava l’opinion publique et les remontrances de sa famille, Son mari restait témoin impassible et muet de son propre déshonneur; mais le père de la marquise, justement indigné des désordres de sa fille, fit arrêter en 1663 Sainte-Croix dans le carrosse même de sa complice adultère, et le fit emprisonner à la Bastille, Toutefois, il n’eut pas assez de prudence ou de crédit pour l'y retenir plus d’une année.

Sainte-Croix se lia, pendant son séjour à la Bastille, avec un Florentin nommé Exili, habile dans la composition des plus subtils poisons, qui s'était déjà fait connaître à Pome, sous le pontificat d’Innocent X, par plus de cent cinquante empoisonnements, et qui semblait avoir hérité des funestes secrets de ce Florentin fameux qui s'était mis aux gages de Catherine de Médicis, et qu’on appelait alors l’empoisonneur de la reine. La surveillance importune des geôliers, le défaut d’ustensiles et de matières ne permirent sans doute au maître que d’initier son élève dans la théorie de son art infernal. Mais, rendu à la liberté peu après le chevalier de Sainte-Croix, il s'établit dans la maison de la marquise de Brinvilliers, qui devint bientôt leur complice. La femme adultère va préluder dans la carrière du crime par le plus grand de tous, le parricide. Elle s’est hâtée de se réconcilier avec son père : il sera sa première victime. Elle n’a rien oublié pour écarter les soupçons : elle a renoncé aux fêtes, aux spectacles, aux réunions brillantes; elle affecte la plus minutieuse dévotion, ne fréquente plus que les églises, les hôpitaux et les oratoires des dévots les plus vantés. Une liaison intime s'établit entre elleet le financier Penautier, trésorier général du clergé. Elle à fait sur de pauvres malades les premiers essais des poisons fabriqués sous ses yeux par son amant et l’Italien Exili : aucun des malades auxquels elle a donné ses biscuits préparés n’ont survécu à la violence du poison. Elle répétait chaque jour ses terribles essais. « Elle empoisonnait, dit M°"'° de Sévigné, des tourtes de pigeonneaux, dont plusieurs mouraient qu’elle n’avait pas dessein d’empoisonner. Le chevalier du Guet avait été de ces jolis repas, et s’en meurt depuis deux ou trois ans. » Elle fit un autre essai sur sa femme de chambre, à qui elle donna une tranche de jambon : cette malheureuse n’en mourut point, mais elle fut longtemps malade et ne put recouvrer sa première santé.

Ce poison était trop faible : la marquise le fit plus violent, et en donna à son père dans un bouillon, qu’elle lui présenta elle-même dans sa maison de campagne, à Offemont. La mort du vieillard n’éveilla aucun soupçon Son fils aîné, Antoine, lui succéda dans sa charge de lieutenant civil, en 1667; le même sort l’attendait. La marquise avait placé près de lui Hamelin, dit La Chaussée, ancien domestique de Sainte-Croix, et digne valet d’un tel maître. 11 tenta d’abord d’empoisonner le nouveau lieutenant civil en lui donnant à boire; mais le poison avait rendu le vin si amer que son nouveau maître n’acheva pas de boire. La Chaussée, sans pâlir, sans s'émouvoir, improvisa une excuse : il s’était étourdiment , dit-il, servi d’un verre dans lequel le va-

let de chambre avait pris médecine ; il obtint son pardon.

M. d’Aubrai fut moins heureux en 1670. Il s’était rendu à

| la campagne avec son frère, conseiller au parlement , et six

amis : on.leur servit une tourte empoisonnée. Depuis ce fatal repas, le lieutenant civil devint étique ; il dépérissait chaque jour, et mourut deux mois après. L’autopsie, faite le 17

juin, révéla la canse de sa mort ; l’hypocrite La Chaussée ne

tut pas même soupçonné , et passa au service du conseiller, qui ne survécut que six semaines à son irère, Il légua à Le

Chaussée une pension de cent écus. Toujours dominée par sa passion pour Sainte-Croix, la marquise n’hésita pas à briser le dernier obstacle qui s’opposait à son mariageavec son amant; elle empoisonna plusieurs fois son mari, et toujours sans succès : Sainte-Croix, qui redoutait d’unir son sort à sa complice, administrait chaque fois un contre-poison, « De sorte qu’ainsi ballotté, écrivait madame de Sévigné , tantôt empoisonné, tantôt désempoisonné, il finit par demeurer en vie. »

Un accident tout à fait imprévu découvrit le mystère de tant de crimes. Sainte-Croix expira, en juillet 1672, victime de son art infernal, Il travaillait à une composition nouvelle; le masque de verre donf il s’était couvert la figure pour se garantir des vapeurs du poison tomba, et il fut à l'instant asphyxié. Rien ne révéla la cause de sa mort; mais étant sans famille connue, et aucun héritier ne s’étant présenté, le commissaire de police mit les scellés dans lappartement du défunt. On y trouva une cassette sur laquelle était un billet ainsi conçu : « Je supplie très-humblement ceux ou celles entre les mains de qui tombera cette cassette de me faire la grâce de vouloir bien la rendre en mains propres à madame la marquise de Brinvilliers, demeurant rue Neuve-Saint-Paul, attendu que tout ce qu’elle renferme la regarde... Au cas qu’elle fût plus tôt morte que moi, de la brûler et tout ce qui sera dedans, sans rien ouvrir ni inno ver; et, afin qu’on n’en prétende cause d’ignorance, je jure devant le Dieu, que j'adore, et tout ce qu'il y a de plus sacré, qu’on n’expose rien qui ne soit véritable. Si d'aventure l’on contrevient à mes intentions, toutes justes et raisonnables en ce chef, j'en charge en ce monde et en l’autre leur conscience, pour la décharge de la mienne, protestant que c’est ma dernière volonté. Fait à Paris, ce 22 mai 1672. De Sainte- Croix. « On lisait au bas : Paquet qu'il faut remettre à M. Penautier.

Le commissaire, sans s’arréter aux énonciations de ce billet, fil ouvrir la cassette : on y trouva treize paquets ayant chacun huït cachets au moins, sur lesquels on lisait : Papiers à brler, le tout sans ouvrir le paquet. Un de ces paquets contenait une quantité considérable de sublimé ; Von y trouva de plus beaucoup de lettres d'amour avec une promesse de 30,000 francs souscrite par la marquise au profit de Sainte-Croix. La marquise, informée de la saisie de la cassette, la réclama avec les plus vives instances, mais sans succès. Pour écarter ou du moins pour affaiblir les soupçons d'intimité avec le défunt, elle donna pouvoir à un procureur de poursuivre devant les tribunaux l’annulation de l’obligation de 30,000 francs, et se réfugia en pays étranger. Les papiers trouvés dans la cassette ne prouvaient autre chose que la liaison adultère qui avait existé entre la marquise et le chevalier, mais rien quant à sa complicité dans la composition des poisons et à leur emploi : une démarche imprudente de La Chaussée révéla l’affreux mystère. Ce valet osa faire une opposition au scellé, sous prétexte qu'il lui était dû deux cents pistoles el cent écus blancs {300 livres) pour prix de ses gages pendant sept ans. La veuve du lieutenant civil, qui d’ailleurs soupçonnait ce valet de n’avoir pas été étranger à la mort de son époux, le fit arrêter, La Chaussée, mis à la question, avoua tous ses crimes : il déclara que Sainte-Croix lui avait donné le poison pour faire périr les frères de la marquise et que celle-ci n’ignorait aucune de ces circonstances; il fut condamné à mort et rompu vif. Glazer, pharmacien qui avait fourni des drogues à Sainte-Croix, fut aussi arrêté, et déclara que le chevalier et la marquise travaillaient ensemble; il n’é- Chappa qu’à une faible majorité de voix à la peine capitale; mais la marquise fut condamnée par contymace à avoir la tête tranchée.

Retirée d’abord en Angleterre, elle était venue chercher un asile plus sûr dans les Pays-Bas, et s'était réfugiée dans un couvent de Liége. Son asile fut découvert, et l'exempt

Page 1