‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 456 sur 527 · BRINVILLIERS — BRIOCHÉ · texte numérisé non relu

BRINVILLIERS — BRIOCHÉ

bre de la question, elle aperçut trois seaux d’eau : « C’est assurément, dit-elle, pour menoyer; car, de la taille dont je suis, on ne prétend pas que je boive tout cela. »

Le seul appareil de cette torture l'avait cependant effrayée ; elle avoua tous ses crimes, et en révéla plusieurs qui avaient échappé à l'accusation, Elle eut ensuite un entretien d’une heure avec le procureur général : le sujet n’en a jamais été rendu public. La lecture de son arrêt de mort l’étonna moins que l'appareil de la question; elle paraissait préoccupée d’autre chose, et pria le greffier de recommencer. « Ce tombereau, dit-elle, m'a d’abord frappée, j'en ai perdu l’attention pour tout le reste. » Le reste, c'était l’échafaud et le bûcher! Elle avait souvent tenté de se suicider dans sa prison, et elle aurait réussi si ses premières tentatives n’eussent provoqué la plus sévère et la plus active surveillance. Résignée à la mort, elle montra le plus grand repentir, et le docteur Pirot, son confesseur, assura que « pendant les vingtquatre dernières heures de sa vie elle fut si pénétrée de douleur, si bien éclairée des lumières de la grâce, qu’il aurait souhaité étre à sa place. » A défaut de l'Eucharistie, qu’on lui refusa, elle avait demandé un morceau de pain bénit , comme on en avait donné au maréchal de Marillac ; cette grdce lui fut également refusée : elle en parut plus affigée que surprise. Elle comptait sur l'intervention des amis de Penautier et du haut clergé; elle espérait sa grâce ; son mari, lui-même, sollicitait vivement; il lui rendait de fréquentes visites dans sa prison ; il y était près d’elle la veille même de l’exécution de l’arrêt. L'espoir ne l’abandonna que sugl’échafaud ; elle ne fit entendre que ces mots : « C’est donc tout de bon! »

Une foule immense se pressait sur la place de Grève et dans les rues; on y remarquait beaucoup de dames. La marquise en reconnut plusieurs avec lesquelles elle avait été très-liée, et jeta sur elles un dernier regard d’indignation et de mépris : « Voilà, leur dit-elle, un beau spectacle à voir! » M°° de Sévigné était une de ces curieuses ; elle raconte ainsi les principales circonstances de cette exécution : « Le {6 juillet 1676, vers les six heures du soir, on l’a menée nue, en chemise , la corde au cou, à Notre-Dame, faire amende honorable, et puis on l’a remise dans le même tombereau, où je lai vu jeter à reculons sur de la paille , avec une cornette basse et en chemise, un docteur auprès d’elle, le bourreau dé l’autre côté. En vérité, cela m'a fait frémir… Ceux qui ont vu l'exécution disent qu’elle est montée à l’échafaud avec bien du courage. Pour moi, j'étais sur le pont de Notre-Dame ( alors couvert de maisons) avec la bonne d'Escars ; jamais il ne s’est vu là tant de monde ; jamais Paris n’a été si ému ni si attentif... Elle dit à son confesseur, en chemin, de faire mettre le bourreau devant elle, afin de ne pas voir ce coquin de Desgrais qui l'avait prise. Son confesseur la reprit de ce sentiment; elle dit : « Ah! mon « Dieu, je vous en demande pardon, qu’on me laisse donc « cette étrange vue. » Elle monta seule et nu-pieds sur l’échafaud, et fut en un quart d'heure mirodée, rasée, dressée et redressée par le bourreau : ce fut un grand murmure et une grande cruauté. Le lendemain on cherchait ses os, parce que le peuple disait qu’elle était sainte. Enfin, c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air ; son pauvre petit corps a été jeté, après l’exécution, dans un fort grand feu et ses cendres au vent, de sorte que nous la respirerons, et, par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante, dont nous serons tous étonnés... » Cette dernière phrase est pénible à lire : pour l’honneur de Me de Sévigné, ses éditeurs auraient bien dù la supprimer, ainsi qu'une autre lettre écrite à M°** de Grignan sur le même sujet. M"° de Sévigné y montre plus que de la légèreté : elle regrette que la coupable ait été traitée si doucement , et qu’elle n’ait pas eu la question. Le peintre Lebrun se trouva, lui aussi, sur le passage de M”° de Brinvilliers, Il dessina ses traits, ef son dessin, morceau précieux,

offre un mélange presque unique de grâces, de dureté et d'angoisse.

Madame de Brinvilliers eut-elle d’autres complices que La Chaussée et Sainte-Croix ? Cette question a longtemps occupé le parlement, et n’a pas été légalement résolue. Le receveur général Penautier avait acquis une fortune rapide et colossale; son intimité avec la marquise et le chevalier était-elle tout à fait désintéressée? On peut ne pas le croire. Tout le haut clergé, l'archevêque de Paris, sollicitèrent vivement sa liberté après le supplice de la marquise, et on assurait dans le temps que le procureur général garda un officieux silence sur les révélations qui lui avaient été faites par la marquise dans le long et mystérieux entretien que j'ai cité. Plusieurs domestiques de madame de Brinvilliers avaient été arrêtés, et ne furent remis en liberté qu'après la mort de leur maîtresse. Deux autres personnes, dont on ne sait que les noms, Bastard et Lemaître, ne furent arrêtés que le 4 août, vingt jours après l’exécution, et conduits à la Bastille. Le premier avait été presque aussitôt transféré à la Conciergerie. Lemaître n'avait été interrogé que par le lieutenant général de police La Reynie. La veuve de Sainte- Croix, que celui-ci avait abandonnée depuis longtemps, avait été aussi arrêtée; elle fut bientôt mise en liberté sans jugement. Belleguise, principal commis de Penautier, échappa aux poursuites de la justice en se réfugiant en pays étranger. Penautier ne subit qu’une courte détention; le maréchal de Gramont, l’un des beaux esprits de la cour de Louis XIV, avait prévu l'issue de cette affaire : Penautier était fort riche et avait de puissantes protections : « Il en sera quitte, disait le maréchal, pour supprimer sa table. » La chimie, qui depuis a fait d'immenses et rapides progrès, était alors peu avancée. Les poisons saisis dans la cassette de Sainte-Croix furent soumis à l’examen d’une commission de docteurs, dont le rapport n'offre aucun résultat satisfaisant. « Le poison de Sainte-Croix, disent-ils, a passé par toutes les épreuves; il surmonte l’art et la capacité des médecins; il se joue de toutes les expériences. Ce poison nage sur l’eau; il est supérieur à cet élément, et le fait obéir; il se sauve de l'expérience du feu, où il ne laisse qu’une matière douce et innocente. Dans les animaux, il se cache avec tant d'art et d’adresse qu’on ne peut le connaître. Toutes les parties de l'animal sont saines et vivantes; dans le même temps qu'il fait couler une source de mort, ce poison artificieux y laisse l’image et les marques de la vie. »

La marquise de Brinvilliers fut jugée par le parlement; elle subit son arrêt le 17 juillet 1676, quatre ans après la mort de son amant, complice de ses crimes. Les empoisonnements se multiplièrent avec une-effrayante progression en 1677 et 1678, et ce ne fut que par lettres-patentes du 7 avril 1679 que fut établie la chambre royale de l’Arsenal qu’on appela cour des poisons. Durex (de l'Yonne).

BRIOCHE,, sorte de pâtisserie ou de gâteau fait de fleur de farine , de beurre et d'œufs. On mêle à la pâte le levain mis préalablement en fermentation, et lorsque la pâte est bien levée, on l’expose à un feu doux. Le pain bénit, comme on sait, est fait de la même pâte. On mange les brioches chaudes ou froides, mais chaudes elles sont très indigestes.

On emploie assez souvent, dans le hangage vulgaire, le mot de brioche avec la signification de bévue.

BRIOCHE ( Jean), célèbre arracheur de dents du dixseptième siècle, avait créé, vers l’année 1650, un théâtre de marionnettes aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent. Après avoir longtemps amusé Paris et les provinces, il passa en Suisse, et alla s'établir à Soleure avec ses acteurs de bois ; mais la gravité de ses nouveaux spectateurs s’effraya de la figure de Polichinelle, de son attitude, de ses gestes et surtout de ses discours, et Brioché, dénoncé comme magicien, fut arrêté et emprisonné. Ce fut à grand'peine qu’un capitaine au régiment des gardes suisses, nommé Dumont, qui se trouvait en ce moment à Soleure pour y faire des re-

crues, parvint à le faire élargir, en expliquant aux magistrats le mécanisme des marionnettes, dont il s'était beaucoup amusé à Paris dans leur nouveauté. Brioché, on le pense bien, se hâta de mettre à profit son élargissement pour fuir un sol si peu hospitalier, et revint chercher sur la terre classique du rire et de la folie des succès et une réputation qui ne lui faillirent pas plus, à ce qu'il paraît, que la fortune, jusqu’au moment où il mourut, regretté de tous les enfants de la capitale, grands et petits, dont il avait fait longtemps les délices.

Fauchon ou François Briocné , son fils, lui succéda, -et ne fut pas moins célèbre que lui. Brioché avait un singe célèbre que Cyrano de Bergerac tua d’un coup d'épée, le prenant pour un homme qui lui faisait la grimace. Cette anecdote a fourni le sujet d’un opuscule extrêmement rare, intitulé : Grand combat de Cyrano contre le singe de Brioché.

BRION. Voyez BRxoN.

BRIOUDE (en latin Brivas, Brivata), ville de France, chef-lieu d'arrondissement de la Haute Loire, à 64 kilom. du Puy, sur le chemin de fer du Puy à Clermont-Ferrand, près de la rive gauche de l'Allier, avec une population de 4,616 habitants (en 1872), une belle église sous l’invocation de saint Julien, fondée au neuvième siècle, et autrefois collégiale d’un chapitre noble, un tribunal de commerce, une société d'agriculture, un collége communal, une petite bibliothèque, des fabriques de toiles et de lainages, d’abondantes récoltes de vins passables, et un grand commerce de grains, vins, chanvre et antimoine, Sur la rive droite de l’Allier, à quatre kilomètres, on trouve Brioude la vieille, avec une population de 1,158 âmes et un beau pont d’une seule arche, qui date de 1454.

L'origine de Brioude est fort ancienne. Le corps de saint Julien, décapité sous l'empire de Maxime, y fut transporté en 303. Elle fut assiégée par l’armée de Théodoric en 532. L'église, où s'étaient réfugiés les habitants, fut livrée au pillage. Brioude fut enfin prise et saccagée par les Bourguignons, par les Sarrasins, par les Normands, par le vicomte Héraclius de Polignac, escorté d’une bande de seigneurs pillards et par le seigneur de Castelnau, roi des Compagnies, qui en fit sa place d’armes. Vinrent ensuite les luttes des habitants avec les chanoines et de ceux-ci avec les protestants et les ligueurs. Avant la révolution de 1789, cette ville, chefdieu d’une élection, possédait une prévoté, une juridiction de juges-consuls et un bailliage.

BRIQUEBEC, chef-lieu de canton du département de la Manche, à 13 kilom. de Valognes, avec 3,622 âmes, (1872) est situé dans la forêt de ce nom. Il y a une église romane, la statue du général Lemarois , et les ruines d’un château féodal. Dans les environs on trouve deux sources d'eaux minérales froidés.

BRIQUES. Quelques contrées manquent complétement de pierres à bâtir; dans beaucoup d’autres leur exploitation serait trop coûteuse pour qu’elles pussent être employées à la construction des habitations. On a cherché à y suppléer au moyen de pierres artificielles formées d’une matière commune et facilement exploitable, L’argile, que la nature semble avoir placée de préférence et à dessein dans les pays où manque la pierre, l'argile réunit les conditions les plus favorables à cette fabrication. Aussi l’a-t-on dès la plus haute antiquité façonnée en briques. Après avoir profité de son humidité naturelle pour lui donner une forme régulière, on lui fait prendre la durete et la solidité nécessaires aux constructions en la privant complétement d'eau. Si les priques ont été séchées au soleil, on dit qu’elles sont crues ; si elles doivent leur dureté à l’action du feu, ce sont des briques cuites.

L'usage des briques crues remonte aux premiers âges historiques. C’étaient d’abord des masses d'argile grossièrement façonnées, Le temps apprit à les mouler et à y mêler

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