BROSSES — BROSSETTE
services qu’il a rendus aux lettres, Sa prédilection pour Salluste lui fit concevoir de bonne heure le projet de recomposer l'Histoire de la République romaine, ouvrage perdu de ce grand écrivain. 1l entreprit celte œuvre de patience, en rapprochant les fragments épars dans les grainmairiens de l'antiquité, et en les classant à peu près comme Cuvier recomposait un élephant fossile à la vue de quelques débris d’ossements antédiluviens. Dès qu'il fut ébauché, ce travail parut si remarquable à l’Académie des Inscriptions, qu’elle s'associa de Brosses comme membre honoraire. Quelques années auparavant, en 1729, l'espoir de découvrir des manuscrits précieux pour son œuvre lui avait fait entreprendre le voyage d'Italie, qu’il exécuta de concert avec Sainte- Palaye, son intime ami. Il parcourut pendant une année entière toute cette contrée, à l’exception de la Sicile. De retour en France , il recueillit et Gt transcrire les lettres qu'il avait adressées à ses amis durant ce voyage. Une copie de ces lettres, qu'il n'avait pas destinées à l'impression, tomba entre les mains d'un sieur Seryès, commis à la garde des papiers saisis dans les bibliothèques d’émigrés. On peut supposer que le gardien spécula sur le dépôt, car il le fit imprimer en l’an vit (3 vol. in-8°). Cette édition, désavouée par la famille de l’auteur , renferme une foule de fautes grossières. Telle qu’elle est, toutefois, elle donne l'idée de la verve d’esprit et d’enjouement dont de Brosses était doué, de ses connaissances rares et variées et de la justesse de ses observations.
De Brosses est le premier qui ait fait connaître en France les fouilles d'Herculanum, par une dissertation lue à PAcadémie des Inscriptions en 1748 , imprimée en 1750, sous le titre de Lettres sur Herculée (in-12). L'année 1756 vit paraître un ouvrage plus important encore, l'Histoire des Navigations aux terres australes (2 vol. in-4°). Ce grand travail fut suivi d’une dissertation d’un genre bien différent : Du culte des dieux fétiches (1760, in-12), qui a été réimprimée dans l Encyclopédie Méthodique, et à laquelle Benjamin Constant a fait de fréquents emprunts dans son ouvrage sur la Religion. 11 y a de l’érudition dans cet opuscule; mais la science contemporaine n’en a point confirmé les conclusions, qui tendent à faire considérer le polythéisme antique comme un matérialisme absolu. En 1765, de Brosses publia son Traité de la Formation mécanique des Langues (2 vol. in-12). Enfin, en 1777, parut à Dijon l'Histoire du septième siècle de la république romaine (3 volumes in-4°), chef-d'œuvre des presses dé Frantin père, sur laquelle de Brosses comptait pour forcer les portes de l’Académie Française, que Voltaire lui barrait avec un acharnement peu honorable.
La brouillerie du président de Brosses avec le philosophe de Ferney est un des faits les moins bien connus de l’histoire anecdotique du dix-huitième siècle. Une correspondance assez longue avait eu lieu entre les deux écrivains. Si nous sommes bien informé, il résulte de cette correspondance, où l'esprit étincelle de part et d'autre, que les torts n'étaient hs réciproques, et qu’ils ne peuvent être imputés qu’à Voltaire, dont les héritiers ont payé 40,000 fr. à la famille de Brosses, à titre de dommages-intérêts, pour éviter une instance juridique. 11 s'agissait de la terre de Tournai, au pays de Gex, que Voltaire avait achetée à vie du président de Brosses, et dont le poëte ne jouissait pas précisément en bon père de famille.
Indépendamment des œuvres dont nous avons parlé, de Brosses avait composé un fort grand nombre de mémoires et de dissertations sur plusieurs objets d’art et sur différents points de l’histoire ancienne. Ils ont été presque tous insérés dans les Mémoires de l’Acad. des Inscriptions. Le président de Brosses mourut le 7 mai 1777. Dusarp.
BROSSETTE ( CLaupe ), né à Lyon, en 1671, et mort en 1743, était seigneur de Varennes-Rappetour, avocat, avocat général, administrateur de l’hôpital de Lyon, fondateur et secrétaire de l’Académie de Lyon, bibliothécaire
de Lyon, échevin de Lyon ; mais tous ces titres n’auraient pas sauvé son nom de l'oubli s'il ne l'avait associé par un commentaire à la renommée impérissable de Boileau, Brossette est le type du commentateur servile, enthousiaste et minutieux. Tout lui est bon pour grossir son commentaire. Ce qui frappe surtout en lui, c’est l'assurance imperturbable , c’est la bonhomie de conviction avec laquelle il ressasse les anecdotes les plus niaises, les observations les plus puériles, Il est encore curieux de remarquer son exactitude à relever et à mettre en relief les passages que Despréaux a imités des anciens. Brossette est là, son Perse, son Juvénal et son Horace à la main, pour défendre pied à pied, même dans ses parties les plus médiocres, l'ouvrage d’un homme qu’il proclame infaillible. Dans Boileau il n'est rien qu’il ne cherche à louer ; chaque page et chaque vers, chaque pensée, chaque hémistiche, chaque expression a sa dose égale d’éloges et d’encens.
Mais laissons là ce commentaire , où se trouvent, au surplus, quelques anecdotes intéressantes au milieu de tant de fatras. Montrons Brossette dans ses rapports personnels avec Boileau. Le siècle de Louis XIV était révolu. Despréaux, après avoir, en 1699, recueilli les derniers soupirs de Racine, ne paraissait plus à la cour ; il avait perdu le talent de louer, il ne le regrettait pas : qu’en eût-il fait durant les dernières années du grand roi? Célèbre en Europe, admiré en France, mais consumé d’infirmités et d’ennuis, survivant à tous ses amis, il s’apercevait à peine de son influence et de sa gloire. L'homme qui s’intéressait le plus à lui dans ces tristes temps, c'était Brossette ; mais Brossette demeurait à cent lieues de Paris, et il y avait bien d’autres distances entre ces deux hommes. Aussi leur correspondance n’est-elle pas celle de la véritable amitié ; le ton de Boileau est celui d’un maître ordinairement bon, quelquefois chagrin, et Brossette, trop peu fait pour être son disciple, n’est qu’un éditeur futur, qui lui prend avec respect La mesure d’un commentaire. En lisant leur correspondance, on y voit, moins que cela encore, un valet de chambre bénévole, qui importune son maître des plus humbles prévenances, qui s’immisce officieusement dans ses moindres affaires, qui, sans en être requis , exécute ses commissions, qui va même jusqu'à se faire le camarade d'un valet que Boileau a chassé pour surprendre les secrets de leur commun patron. Rien de plus ennuyeux à lire que les lettres de Brossette à Boileau , si ce n’est peut-être les lettres de Boileau à Brossette. Despréaux, qui est parfois attachant dans quelques-unes de ses lettres à Racine, demeure constamment au-dessous de lui-même dans ses missives à son commentateur futur. On n’y trouve qu’une répétition ennuyeuse d’excuses de sa part, sur sa négligence ou sa lenteur à répondre à son correspondant, dont l’indulgence intéressée est inépuisable. Dans toutes les lettres de Boileau , qui sont au nombre de soixante et une, il en est à peine quatre ou cinq qui soient d’un intérêt réel pour l’histoire littéraire, celle entre autres où , d’un ton aïgre-doux, Boileau juge le Télémaque, et établit un parallèle entre son auteur et le romancier grec Héliodore, qui était évêque comme Fénelon. Du reste, Brossette, qui dans sa correspondance s’appesantit sur les virgules de Boileau, mérila de sa bouche cet éloge qui dut le combler : « Vous saurez bientôt mieux que moi-même votre Boileau. »
Brossette a fait, en etre, un commentaire des œuvres de Mathurin Régnier. C’est encore une œuvre de minufies. Cependant on y trouve sur la vie, la mort ct la fortune de Régnier, des documents particuliers, puisés dans des papiers de famille, et qui ne sont pas sans intérêt. Brossette avait fait aussi un commentaire de Molière, qui n’a jamais été imprimé, et qu'on croit perdu. Courtisan empressé de tous les gens de lettres, il fut en correspondance avec J.-B. Rousseau et même avec Voitaire, alors ennemi acharné de Rousseau le poëte, comme il le fut plus tard de Rousseau
le philosophe. Voltaire, qui possédait si bien la recette du compliment goguenard, écrivait à Brossette : « Vous ressemblez à Pomponius Atticus , courtisé à la fois par César et par Pompée. » Il y aurait eu là de quoi faire tourner la tête au commentateur de Despréaux, si en cette occasion Voltaire , sans doute sans le savoir, n'avait été le plagiaire de Boileau, qui à propos de fromages à lui envoyés par Brossette lui écrivait : « En comblant ainsi de vos dons l’auteur que vous avez entrepris de commenter, vous ne jouez pas simplement le personnage de Servius et d'Asconius Pédianus, mais de Mécénas et du cardinal de Richelieu. » La première édition du Boileau de Brossette (2 vol. in-4°) est de 1716. Il tenait chez lui une assemblée de littéraieurs et de savants, qui fut érigée en Académie de Lyon en 1700, et dont il se fit nommer secrétaire perpétuel. Sa femme étant morte, il imagina de faire détacher de son cerveau la glande pinéale, que quelques anciens regardaient comme le siége de l’âme, et il la porta constamment enchàssée dans une bague. 11 avait continué l’Éloge historique de la ville de Lyon, du père Ménestrier, de 1669 à 1711, et g’était approprié le tout sans façon. Charles Du Rozoir,
BROU. C’est le nom vulgaire que porte le mésocarpe qui entoure la noix proprement dite et quelques autres fruits analogues. Le brou de la noix est d’un vert foncé, teint les doigts, et s’ouvre plus ou moins régulièrement en quatre parties quand le fruit est mûr. Celui de amande est couvert d’un duvet blanchâtre, et sa couleur est d’un vert clair ; il s’ouvre en deux parties. Celui de la noisette laisse percer le fruit, et alors son sommet est découpé en manière de frange. On pourrait compter au rang des brous celui du marronnier d'Inde et du marronnier châtaignier, si l’on n’était pas convenu de l'appeler kérisson, à cause de la ressemblance de ses piquants avec ceux du hérisson. Le goût des brous varie suivant les espèces de fruits : celui de la noix est trèsamer et astringent, celui de l’amande est acide et âpre, celui de la noisette est très-acide et piquant. Le brou protège le fruit jusqu’à la maturité,
Les usages que différents arts retirent du brou des noix ont porté les chimistes à en faire l'analyse. M. Braconnot en a retiré de l’amidon , une substance âcre et amère très-altérable, de l’acide malique, du tannin, de l'acide cilrique, du phosphate de chaux, de l’oxalate de chaux et de la potasse. L’incinération du brou a donné pour produit de la potasse, de la chaux et de l’oxyde de fer.
Les brous de noix amoncelés pendant quelque temps perdent leur couleur verte et acquièrent une couleur brune. Si dans cet état on les fait bouillir dans de l’eau assez longtemps pour les réduire en pâte, on aura une eau qui donnera au bois de chêne ou de mérisier la couleur du bois d’acajou. On peut s’en servir pour donner aux planchers et aux carreaux de brique une couleur brune qui tient bien. Les teinturiers emploient aussi le brou de noix dans les couleurs brunes et communes.
Le brou de noix a encore la propriété de faire périr les pucerons et autres insectes qui dévorent les plantes, lorsqu’on les arrose avec de l’eau dans laquelle on l’a fait macérer, sans que cet arrosage soit en rien nuisible à ces plantes.
Enlin on en fait une liqueur connue sous le nom de Liqueur de brou de noix ou simplement brou de noix, et que l’on assure étre un bon stomachique, Pour obtenir cette liqueur, il faut prendre quatre-vingts noix déjà un peu grosses, mais non encore formées, les piler, et les faire infuser pendant assez longtemps dans quatre litres d’eau-devie; après quoi on les égoutte sur un tamis , au-dessus d'un vase, et l'on méle à la liqueur qui en provient la valeur d’un kilogramme de sucre, puis on la laisse reposer encore quelque temps, avant de la filtrer à la chausse et de la mettre en bouteilles,
BROU, hameau du département de l'Ain, à quelques kitomètres de Bourg, célèbre par son église gothique, d’une