‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 483 sur 527 · BROUCKÈRE — BROUETTE · texte numérisé non relu

BROUCKÈRE — BROUETTE

dans la session de 1828 par ses efforts heureux pour faire annuler deux décrets de 1815 restrictifs de la liberté de la presse et de la liberté individuelle, La même année il se prononça pour la liberté illimitée d: l’enseignement, vote qui le mit fort en crédit dans la coalition formée à cette époque entre les catholiques et les libéraux, et qu’en sa qualité de rédacteur de différents journaux influents il n'avait pas peu aidé à constituer. On remarqua toutelois vers 1830 qu’il se rapprochait visiblement de la politique gouvernementale, peut-être bien séduit par les brillants avantages que le pouvoir lui it, dit-on, entrevoir s’il consentait à servir ses intérêts.

Avant la lutte sanglante qui s'engagea en septembre dans les rues de Bruxelles, il avait eu, ainsi qu’un autre député de la capitale, une entrevue avec le prince Frédéric, qui se

trouvait à Vilvorde, et lui avait représenté dans les termes les ‘

plus pressants la situation grave où la couronne et la dynastie se trouvaient placèes. Il alla ensuite assister à la session extraordinaire des états généraux convoquée à La Haye ; et après les décisives journées de septembre il avait même encore hésité alors à se prononcer ouvertement contre la maison régnante. Mais, habile à s’accommoder aux circonstances, il ne tarda pas à se rattacher complétement au nouvel ordre de choses ; il vota donc dans le congrès national pour l’exclusion perpétuelle de la famille de Nassau-Orange, et plus tard aussi pour l'élection du duc de Nemours au trône de Belgique. Adversaire du traité des dix-huit articles, il se déclara ensuite contre l'élection immédiate d’un chef suprême de l'Etat, et repoussa la candidature du prince Léopold. Président du comité des finances sous le gouvernement provisoire, il fut par la suite ministre des finances du régent; portefeuille qu’il conserva dans le premier cabinet constitué par Léopold.

Après l’insuccès des opérations militaires entreprises contre la Hollande en août 1831, il accepta le ministère de la guerre, où il rendit de notabies services, par la meilleure organisation qu'il sut lui donner. Les chambres ayant refusé d’allouer les crédits qu’il demandait pour son département, et les débats lègislatifs relatifs à un marché de fournitures passé par lui d'urgence menaçant d’attaquer jusqu’à sa probité, il donna sa démission au mois de mars 1832; mais à peu de temps de là il était nommé directeur de la Monnaie, Il s'était démis en même temps de ses fonctions de représentant, en déclarant qu'il renonçait pour toujours à la carrière parlementaire. En 1834 il accepta une chaire gratuite à la nouvelle université libérale créée à Bruxelles, et plus tard une chaire d’économie politique à l'école de commerce de la même ville. Son cercle d'activité s'agrandit singulièrement quand, au commencement de 1835, il conçut le projet d’une banque nationale de Belgique. Devenu directeur de cet établissement, il contribua beaucoup par là au développement de l'esprit d'association dans son pays; mais en 1838 une crise, provoquée en partie par la jalousie d’une institution rivale, porta une atteinte irréparable au crédit de la banque de Belgique, et entraîna la ruine d’une foule d’entreprises industrielles où s’engouffrèrent d'énormes capitaux. M. de Brouckère donna alors sa démission des fonctions de directeur de ce grand établissement de crédit, pour ne plus se consacrer désormais qu’à la direction de la Monnaie ei à celle de la société de la Vieille Montagne, dont il tire des bénéfices immenses.

En 1840, malgré ses déclarations si positives, les électeurs de Bruxelles l’arrachèrent à ses occupations, exclusivement industrielles, pour lui confier de nouveau le mandat législatif. Vers la fin de la même annee, ie ministère Rogier le nomma bourgmestre de Bruxelles ; et dans l'exercice de ces fonctions il a su faire preuve de la plus louabie énergie, notaminent lors des crises produites en 1846 par la cherté des subsistances, et en 1849 par le choléra. Les services qu’il rendit alors ont fait oublier et ses manières rudes et blessantes, et de nombreuses fautes, resultat de son opiniâtreté et de sa précipitation. Ajouions qu'il présida le congrès des

DICT. DE LA CONVERS. — T. I

économistes tenu à Bruxelles en 1847 et le congrès agricole de 1848 ; enfin qu'il fut l’un des membres les plus actifs de la plupart des commissions nommées pour apprécier la production industrielle du pays. Nommé de nouveau en 1848 bourymestre de Bruxelles, il témoigna aux proscrits français des sympathies qui furent remarquées et donna sa démission en 1856, lors du retour des catholiques aux affaires, 11 fut réélu à la chambre, et mourut le 18 avril 1860,

BROUCKÈRE (Henri pe), frère du précédent, est né en 1801. Lorsque la révolution éclata, il était procureur du roi à Ruremonde. Envoyé au congrès national, qui le nomma l’un de ses secrétaires, il y déploya une grande activité, If fut du nombre des commissaires chargés d'aller offrir la couronne de Belgique au prince Léopold. Dans la chambre des députés, dont il fut membre jusqu’à la promulgation de la loi des incompatibilités, en 1848, il ne cessa de combattre avec une inébranlable fermeté, et quelquefois avec talent, les envahissements del'influence cléricale. Après avoir occupé pendant plusieurs années le siége de conseiller à la cour d’appel de Bruxelles, il fat nommé gouverneur d’Anvers en 1840, et envoyé plus tard en la même qualité à Liége, Chargé d'organiser en 1552 un ministère de conciliation, il en eut la présidence; la suppression de la contre façon littéraire, le traité de commerce avec la France, la conversion des rentes et l’enseignement par l’État, tels furent ses principaux actes. N’étant plus soutenu par la chambre, il se retira en mars 1855 et rentra dans l'opposition.

BROUET, breuvage qu'on portait autrefois avec solenuité aux nouveaux mariés, le lendemain de leurs noces, et aussi aux nouvelles accouchées; il était fait d’œufs, de lait et de sucre.

Le brouet noir des Spartiates, au dire de Plutarque, était le plus exquis de tous leurs mets; les vieillards surtout lui donnaient la préférence sur les viandes, qu’ils laissaient volontiers aux jeunes gens. On raconte qu’un roi de Pont, qui avait beaucoup entendu vanter le brouet noir, voulant en essayer, fit venir exprès de Sparte un cuisinier, qui fut chargé de lui apprêter ce mets fameux; et comme après y avoir goûté il s'étonnait de le trouver détestable, un Lacédémonien qui était présent lui dit qu’il y manquait deux choses:

‘les exercices du Plataniste et les bains de l'Eurotas, ré-

ponse pleine de sens, et qui prouve en effet que la plupart des choses n’ont qu’une qualité relative au goût, aux mœurs et aux habitudes d’un peupie. Quant à la composition de ce célèbre brouet, dont la frugalité des Spartiates n’est pas faite d’ailleurs pour donner une haute idée, il paraît qu'elle n’est pas bien connue: les uns prétendent que c'était un mélange grossier de sel, de vinaigre, de sang et de petits morceaux de viande ; d’autres, de la graisse de porc, assaisonnée avec du vinaigre et du sel. Quoi qu’il en soit, il n’est guère probable que nos gastronomes modernes aient à regretter de ne pas le mieux connaître, et il est passé dans l'usage de dire d’un mauvais potage, que c’est le brouel noir des Spartiates.

BROUETTE,, petit tombereau à bras et à une seule roue, employé dans le Jardinage et dans les travaux de terrassement. Quand il s’agit de faire des transports à une certaine distance, on emploie plusieurs brouettes, dont les rouleurs se relayent successivement ; il est important de les espacer de manière à obtenir le maximum d'effet. On a reconnu que le travail le plus avantageux est le transport d’une charge de 40 kilogrammes à une distance de 34 mètres ( c’està-dire qu'il iauarait plus de dépense si on diminuart la charge en &ugimentant la distance, ou si on diminuait la distance en ausinentant la charge) : le premier rouleur mène la brouette chargée à 34 mètres ; là il trouve le second, revenant avec sa brouette vide; il lui transmet la brouette chargée et retourne à vide au point de chargement. On peut établir ainsi une ligne de relais assez prolongée, tandis qu'avec la civière, par exemple, le changement de por

teurs est beaucoup plus incommode; il est plus difficile encore avec la hotte.

La résistance au roulement dépend de la nature du sol; il faut donc préparer avec soin la voie que doît parcourir la brouette, si lon veut que l'ouvrage soit fait économiquement : pour peu que le terrain ne soit pas résistant, il faut même le planchéier. Quand la-brouette doit franchir des pentes, on les dispose de manière à ce qu’elles ne dépassent pas huit centimètres par mètre,

C’est au célèbre Pascal que l’on attribue l'invention de la brouette, nommée d’abord vinaigrette, dont l'usage est si simple, si économique et si expéditif.

BROUGIHIAM AND VAUX (Henrt BROUGHAM [on prononce Broum], baron), ancien lord chancelier d’Angleterre, est né à Édimbourg, en 1779, d’une famille originaire du Westmoreland. Élève de l’école supérieure, puis de l’université d'Édimbourg, Henri Brougham y fut le condisciple d’une foule d'hommes dont le nom a jeté depuis de l'éclat, soit dans les sciences, soit dans la politique. Il eut l'immense avantage d’être dirigé dans ses études par son oncle maternel, le célèbre historien Robertson; et, suivant l'usage des écoles d'Angleterre, il fit partie d’une association (the Speculative Club ) au sein de laquelle se discutaient les plus hautes questions de morale, de religion et de politique. Malgré ses succès dans ces joûtes toutes scolastiques, véritables tournois littéraires où le talent naissant essaye ses forces et prélude aux luttes plus sérieuses du barreau ou de la tribune, Henri Brougham poursuivait en même temps des travaux d’un ordre tout différent. Tandis que Mansfeld, son condisciple, préludait par des vers aux triomphes qu’il lui était réservé de remporter dans la chambre haute, lui, il se livrait à l’étude des hautes mathématiques, et semblait bien plus désireux de s’illustrer dans le domaine des sciences que de parvenir aux honneurs et aux dignités qui dans notre système politique attendent infailliblement l’homme d’État et le jurisconsulte éminents. Il n’avait encore que dix-sept ans quand il composa un Essai sur la Vitesse de La Lumière, qui fut jugé assez remarquable pour obtenir les honneurs de l'impression dans les Philosophical Transactions. Plus tard, en 1803, il ajouta encore à sa réputation comme mathématicien par un Essai sur les propriétés de l'hyperbole conique et le rapport de la ligne harmonique aux courbes de différents ordres ; travail qui lui ouvrit d'emblée les portes de la Société Royale de Londres, au retour d’un voyage qu’il venait de faire avec son ancien condisciple, lord Stuart de Rothesay, dans la seule partie du continent alors accessible aux touristes anglais, la Norvège et la Suède.

Pendant la courte trêve qu’on appela Paix d'Amiens, Brougham était venu à Paris, et avait été présenté à Carnot, non comme homme politique, car rien alors ne faisait encore pressentir en lui le futur lord chancelier d'Angleterre, mais comme savant; et cependant jamais il n’avait sérieusement songé à faire des sciences l'occupation exclusive de sa vie. Dans cette carrière, en effet, il y a chez nous trop peu d'honneurs et surtout de trop médiocres émoluments réservés au lalent, pour jamais tenter un ambitieux. Ainsi que la plupart de ses condisciples, Brougham s'était livré à l’étude des lois, et comme eux il avait débuté au barreau d’Édimbourg. Mais là encore la gloiré, les honneurs, lui arrivaient trop lentement au gré de son impatience. Le champ-clos de la politique et ses luttes retentissantes avaient bien autrement d’attraits à ses yeux queles joûtes du prétoire et la défense de la veuve ou de l’orphelin. C’est vers la politique qu’ilsesentait donc véritablement entrainé. Aussi dès cette même année 1803 pubiiait-il son Znquiry into the colonial policy of the european powers (Londres, 2 vol.). Après un exposé fidèle des systèmes de colonisation suivis chez les Grecs, les Carthaginois et les Romains, l’auteur, arrivant à l'époque moderne, montrait l’origine et les progrès de la traite des nègres, ré- Oamait énergiquement non-seutement l'abolition de cet in-

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