‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 484 sur 527 · BROUETTE — BROUGHAM · texte numérisé non relu

BROUETTE — BROUGHAM

fâme trafic, mais encore celle de l'esclavage lui-même ; grandes et réparatrices mesures qu'il lui a été donné de voir réaliser depuis, et dont il peut à bon droit revendiquer l'initiative pour l'éternel honneur de son nom. II allait même plus loin encore dans l'ouvrage précité, puisqu'il y exprimait formellement l'espoir, « qu’un jour viendrait où dans les îles fertiles de l'Amérique on verrait les nègres africains, graduellement civilisés, obtenir la légitime et paisible possession d’un sol fécondé jadis par les sueurs et les souffrances de leurs pères. »

C’est à peu près vers la même époque que la plérade de jeunes gens de talent au milieu desquels Brougham avait été élevé conçut un projet à l'exécution duquel chacun d'eux consacra désormais tous ses efforts, et dont la réalisation n’a pas exercé une médiocre influence sur la direction de l'esprit public dans la Grande-Bretagne. Nous voulons parler de la fondation dela Revue d’Édimbourg.

Lors de la grande crise de 1790, au moment où la révolution française éveillait si puissamment les sympathies de toutes les nations, la ville d'Édimbourg n’était pas restée étrangère à ce mouvement général des intelligences. Une grande partie de sa jeunesse avait hautement embrassé et les idées et les espérances de l’époque, mais son imprudent enthousiasme avait été réprimé de la manière la plus sévère par des dispositions législatives. Bientôt, en criant à La trahison contre tous les réformateurs politiques, les tories réussirent à mettre de leur côté la grande masse de la population , à éteindre toute étincelle de libéralisme en Écosse, nous pourrions même dire dans la Grande-Bretagne. Fox et les autres membres de l’opposition firent bien retentir le parlement de leurs protestations ; maïs ils mettaient dans leur langage trop d’emportement et d’indignation ponr ne pas compromettre leur influence et leur popularité, à une époque où la nation, dans les paroxismes de sa fièvre antigallicane, paraissait avoir abdiqué sa raison. Les esprits sages comprirent alors l’inutilité d’une lutte violente, (ût-elle même parlementaire, et la nécessité d'amener une réaction dans l'esprit public sans recourir à des armes autres que celles du raisonnement. C'est dans une situation absolument semblable que la France s’est trouvée depuis, à l'époque de la restauration. Là comme chez nous, désespérant d’être jamais écoutés par des majorités parlementaires aussi compactes que bien disciplinées, quand même ils parviendraient à se glisser dans leurs rangs, les amis de la liberté et les partisans du progrès, retranchés derrière la presse, ne visèrent plus désormais à violenter l'opinion publique, mais à étendre par le raisonnement seul l'empire des idées libérales, convaincus que lorsque les esprits seraient assez mûrs, une révolution toute pacilique serait la conséquence de leur patriotique persévérance. Seulement, en Angleterre, la tâche des novateurs fut plus pénible, de même que le résultat de leurs efforts devait être plus lent, parce que les masses y ét ient encore tout imbues de préjugés et de bigoterie; en France, au contraire, le parti libéral, alors même qu'il était le plus opprimé par le pouvoir, a constamment formé la grande majorité du pays.

En fondant la Revue d’Édimbourg Brougham et ses amis ne se proposaient rien moins que la complète rénovation de la presse périodique ; or, pour opérer ce grand œuvre il fallait à la fo's du talent et du courage. A cet égard nos jeunes écrivains étaient en fonds ; et ils firent preuve de tact en choisissant pour théâtre de leur activité la capitale de l'Écosse, ville placée en dehors de l'influence gouvernemenlale et des agitations politiques. En effet ils étaient sûrs de trouver dans son université, antique foyer de science et de lumière, des intelligences pour comprendre leur entreprise et, au besoin, des talents pour la seconder. L'apparition de leur revue eut toute l'inportance d’un événement. Jamais en effet le torysme n'avait encore rencontré d'adversaires si habiles et si énergiques ; jamais doctrines si libérales, si fécondes, n'avaient encore été présentées aux méditations du peuple, Et ce ne

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