‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 490 sur 527 · BROUSSEL — BROUSSONNET · texte numérisé non relu

BROUSSEL — BROUSSONNET

l'erpédition la plus diflicile : la régente attacbait la plus haute importance à l’arrestation du vieux Broussel, et avant de sortir de la cathédrale elle avail réitéré ses ordres à Cominges, « Allez, lui avait-elle dit; et que Dieu vous assiste! » L’officier avait combiné son plan : il avait envoyé d'avance son carrosse, quatre gardes et un exempt à l’extrémité de la rue Saïnt-Landri, où demeurait Broussel, Les portières étaient abattues, les mantelets levés pour pouvoir donner des ordres en cas d'attaque. Ceminges s'empare de la porte de la maison, y laisse deux gardes, et pénètre dans l'appartement du magistrat. Le vieillard achevait son diner ; sa famille était réunie ; il n’était vêtu que d’une vieille robe de chambre. L’officier lui signifie l’ordre de la reine, et présente la lettre de cachet. Broussel ne demande que le temps de s’habiller ; sa famille se précipite éplorée; une vieille servante se place à une fenêtre, et crie à la foule qu'on veut enlever son maitre. Les groupes grossissent, on se dispose à briser le carrosse : les gardes en défendent l'approche. Cominges arrache le vieillard des bras de sa famille, et, le fer sur la poitrine, il le menace de le tuer s’il ne marche à l'instant. 11 l’entraîne, et le jette dans le carrosse; mais au premier détour la foule oppose ses masses compactes, et à peine est-on entré dans la rue des Marmousets, que de l'étude d’un notaire on lance un banc de bois qui barre le passage. Le carrosse ne franchit cet obstacle que pour aller se briser sur le quai des Orfèvres, vis-à-vis de l'hôtel du premier président. | -

L'officier a perdu l’espoir d'emmener son prisonnier, et ne songe plus qu’à sa sûreté personnelle : il s’élance de la voiture l'épée à la main, traverse les premiers groupes. Des soldats du régiment des gardes accourent à ses cris, le placent au milieu de leurs rangs serrés; d’autres courent pour s'emparer du premier carrosse venu : il s’en présente un ; ils forcent la dame qui l’occupe d'en descendre, et y font monter Broussel. Le carrosse de Cominges avait été entièrement brisé; l’autre carrosse se rompt. L’envoyé de la reine était perdu et son prisonnier délivré, si Guitaut, son oncle, capitaine des gardes de la régente, ne fût accouru à son secours. Il se précipite dans ce troisième carrosse avec Broussel, et parvient aux Tuileries, où l’attendait un relais qui le conduit au château de Madrid et de là à Saint-Germain, où il fait coucher le vieillard. Le président Blancménil avait été conduit sans obstacle au château de Vincennes. D’autres officiers des gardes portaient des lettres de cachet à trois conseillers qu’ils étaient chargés de conduire l’un à Mantes, l'autre à Provins et le troisième à Compiègne. Aucun de ces magistrats ne put être arrêté.

Cominges avait conduit à fin sa périlleuse entreprise ; mais.

Paris était soulevé ; des groupes armés, menaçants, parcouraient la ville; toutes Es boutiques se ferment ; bientôt douze cent soixante barricades s'élèvent comme par enchantement. Le maréchal de La Meilleraie marche à la tête du régiment des gardes. Les flots du mouvement populaire le pressent et l’arrêtent à chaque pas. Aux cris de Broussel! Broussel ! Vive le roiseul ! Vive Broussel ! des pierres sont partout lancées sur le maréchal et sur sa troupe; dégagé par le coadjuteur, il arrive au Palais-Royal. La régente était effrayée ; de nombreux courtisans cherchaient à la rassurer : « Ce n’était qu’un feu de paille, disaient-ils. Que pouvait faire une populace sans chef pour celui qu’elle s'était donné? Le tribun du peuple, Broussel, était au pouvoir de sa majesté. » Les rapports du maréchal et du coadjuteur sont considérés comme l'expression de la peur, qui exagère tout, et les courtisans beaux esprits répondent aux effrayants récits du coadjuteur et dn maréchal par des épigrammes et des éclats de rire. Bientôt, cependant, l’émeute gronde autour du palais; un lieutenant des gardes annonce que le peuple menace de forcer les postes ; le chancelier, pâle et tremblant, à grand'peine échappé aux groupes furieux , confirme l'imminence du danger. Le vieux Guitaut s’écrie : « 11 faut ren- DICT. DE LA CONYERS. — T. IH,

dre ce vieux coquin de Broussel mort ou vif. » Le cardinal de Retz appuie cet avis, « Je vous entends, monsieur le coadjuteur, dit la régente; vous voudriez que je rendisse la liberté à Broussel; je l’étranglerais plutôt de mes mains et ceux qui. » Et elle s’élance sur le coadjuteur avec un geste menaçant; le cardinal Mazarin l’arrête, lui dit un mot à l'oreille, et sa fureur s'évanouit,

Force était de céder enfin aux Parisiens. On fait publier que les prisonniers vont être rendus à la liberté; les amis que la cour compte dans le parlement proposent un arrêt qui fasse détruire les barricades et cesser les rassem-

: blements. Mais les Parisiens veulent voir de leurs yeux

Broussel en liberté, et bientôt le vieux magistrat est tiré de sa prison et ramené à Paris dans un carrosse de la cour, attelé de six chevaux. Son arrivée fut un triomphe : le calme se rétablit; à sa rentrée au parlement, il fut reçu en audience solennelle et complimenté par le premier président au nom de toutes les chambres, Ce calme, toutefois, ne fut qu’une trêve passagère : un cri général s'élevait contre Mazarin; le parlement et le peuple demandaient son renvoi. La reine, le roi et le cardinal avaïent été forcés de s'enfuir de Paris; les frondeurs restaient maîtres de la capitale. Le vieux Broussel avait été nommé gouverneur de la Bastille après la prise de cette forteresse par le peuple en 1649. Lorsque la paix fut rétablie entre les frondeurs et la cour, il fut convenu qu’il conserverait ce commandement et que le château ne serait pas immédiatement remis au roi. Il eut pour successeur dans ce poste son fils, qui donna quelques années après sa démission, moyennant une indernité de 90,000 francs. En 1652 les frondeurs, ayant destitué le prévôt des marchands, mirent à sa place Broussel, leur idole. Il avait été, avec un grand nombre de frondeurs, excepté de l’amnistie publiée après la rentrée du roi dars Paris. Le tribun du peuple n’était plus redoutable; il se survivait à lui-même. 11 ne s’était nullement opposé à la capitulation qui avait mis fin aux troubles. L’exception dont il fut frappé n’élait ni juste ni politique : c'était une infraction à la foi des traités. Le vieillard mourut en exil. Durey (de l'Yonne.)

BROUSSONNET ({ P1ERRE-MARIE-AUGUSTE), naquit à Montpellier, le 28 février 1761. Fils d’un médecin, les riches productions du lieu de sa naissance et les collections de son père firent de lui un botaniste avant même son entrée au collége : il connut Linné avant Virgile, et cela eut la plus grande influence sur sa destinée. Sa thèse doctorale Sur la Respiration (1778) atteste d’assez grandes connaissances en histoire naturelle : c’est un bon travail de physiologie comparée; on y trouve à la fois de l’érudition et de la sagacité. Après sa réception, le jeune Broussonnet vint à Paris. Il se lia alors avec les savants de la capitale; il étudia attentivement les belles collections du Jardin du Roi, et, peu satisfait des classifications de Buffon et de Daubenton, il conçut le projet qu’a depuis réalisé Cuvier, d'appliquer à toutes les parties de l’histoire naturelle la nomenclature si simple et si commode de Linné, qu’il mettait judicieusement audessus des autres arrangements systématiques. Peut-être ne prévoyait-il pas plus que Linné lui-même ne l’avait prévu, qu’il arriverait un moment où l’histoire naturelle ne serait plus qu’une vaine liste de noms barbares, qu’un aride catalogue, qu’un puéril alphabet, sans idées, sans vues, sans grandeur, à l’usage de ceux qui, au préjudice de la pensée, distribuent dans l’ordre le plus parfait des milliers de mots stériles dans leur vaine mémoire. Cette nouveauté un peu superficielle attira sur lui attention des savants, sans exciter en eux aucune sollicitude de rivalité, puisque après tout les idées de Broussonnet n'étaient qu’un simple reflet de celles de Linné, D'ailleurs, les zoologistes d’alors n'étaient pas fâchés de rompre indirectement, et comme malgré eux, avec Buffon, dont le grand nom, perpétuellement répété de toutes parts, avait quelque chose de blessant pour les contemporains survivants du célèbre écrivain.

Pour mieux accomplir son projet, Broussonnet résolut de visiter les principaux cabinets d'histoire naturelle del’Europe, espérant y trouver des espèces plus nombreuses que n’en possédait alors le Muséum de Paris. Sa première visite fut pour Londres; la générosité de Banks l'y retint longtemps, et lui rendit le séjour de cette ville aussi agréable que fructueux. C’est à Londres que Broussonnet publia sa Première décade des Poissons, commencement d'ouvrage qui le plaça tout d’abord au premier rang des naturalistes et le fit adopter par les deux premiers corps savants de l’Europe : la Société Royale de Londres et l’Académiedes Sciences de Paris. Il avait à peine vingt;quatre ans. Broussonnet publiä à peu près à la même époque une Histoire des Chiens de Mer,un Mémoire sur les Poissons électriques, les Silures, la Torpille, etc.; une Description des Vaisseaux spermatiques des poissons, un mémoire assez curieux touchant les mouvements comparés des animaux et des plantes, et un autre mémoire sur les dents des animaux de tout ordre, etc.

Broussonnet aurait pu fournir use carrière brillante sans quitter l’histoire naturelle; mais il se laissa aller à l’inconstance de son caractère , à la tentation provaquée par un administrateur de ses amis, M. Berthier de Sauvigni, qui l'attira vers l’agriculture en le nommant secrétaire de la Société Royale nouvellement instituée à Paris. Plus tard il quitta l’agronomie pour la politique, comme il avait déjà quitté la zoologie pour l’agriculture, et d’abord la botanique pour la zoologie.

Membre de l’Assemblée de 1789, il fut chargé plus tard de Vapprovisionnement de la ville de Paris de concert avec Vauvilliers. 1792 vint ensuite lui faire expier par de vifs regrets son ambition des trois années précédentes. Retiré d’abord volontairement dans une campagne des environs de Montpellier, Broussonnet fut ensuite emprisonné, comme girondin, dans la citadelle de cette ville, d’où il s’évada, comme par miracle. Ce fut avec beaucoup de peines, et non sans de grands dangers, qu’il se fraya un chemin en Espagne, où il eût essuyé les plus mortelles privations si la noble amitié de Banks ne se fût ingéniée à lui procurer de secourables consolations en lui expédiant 1,000 guinées. Protégé à Madrid par cet Anglais généreux, Broussonnet s’en vit repoussé par des Français, émigrés et malheureux comme lui, comme lui expiant des erreurs et fuyant l’échafaud, espérant comme lui des jours meilleurs, mais autrement que lui, fl lui fallut donc bientôt quitter Madrid, d’où il passa à Lisbonne; et comme la haïne ne manqua pas de le précéder jusqu’au sein du Portugal, Broussonnet fut trop heureux de devoir à la protection du duc de La Foëns, président de l'Académie ds Sciences de Lisbonne et prince du sang, la permission de vivre caché dans l’hôtel de cette Académie. Mais quand l’inquisition du lieu fut instruite par des Français de Madrid que la bibliothèque de Lisbonne donnait refuge à un franc-maçon de Montpellier, force fut à Broussonnet d’aller chercher à Maroc la liberté de vivre inoffensif et ignoré , qu'il n'avait pu trouver dans la péninsule,

Broussonnet s'était trouvé si libre et si heureux à Maroc, qu’au moment où la tranquillité fut rétablie en France il demanda instamment le consulat de Mogador, et plus tard celui des Canaries. Il venait d être nommé consul au cap de Bonne-Espérance, quand son parent, le célèbre Chaptal, alors ministre de l’intérieur, Pappela à la chaire de botanique de Montpellier, qu’il aurait dû pour son bonheur occuper vingt ans plus tôt. 11 succomba, en 1807, à une attaque d’apoplexie, qui avait d’abord déterminé des effets singuliers : après avoir assez promptement recouvré l'usage des sens, les mouvements, les facultés de l'esprit et la parole, Broussonnet ne put jamais ni prononcer ni écrire convenablement les noms substintifs et lés noms propres en quelque langue que ce fût, tandis que les épithètes et les adjectifs lui arrivaient en foule. C’est à Broussonnet qu'est due l'introduction en France du mürier à papier, plante dont il avait observé

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