BROUSSE — BROUSSEL
ministère des finances avait été remis à un autre Italien, Emerio, qui, pour avoir francisé son nom ( d’Émeri ), n’en était pas moins étranger. Cette double promotion avait contrarié de hautes ambitions; l'augmentation des impôts excitait de violents murmures. A la tête des frondeurs se signalait René de Longueil de Maisons, président à mortier. Le conseiller Broussel partageait ses opinions et ses vœux pour la réformation des abus; plus que septuagénaire, il avait encore toute l'énergie du jeune âge, et manifestait avec la plus courageuse fanchise sa haïne contre le despotisme ministériel La cour, effrayée de l’opposition du parlement et de son refus d’enregistrer les nouveaux édits bursaux , après avoir essayé de la violence et des moyens de séduction, avait été forcée de céder. Le parlement réclamait 1° la diminution des impôts; 2° l'établissement d’une cour de justice chargée de surveiller l’emploi des revenus de
l'État et de poursuivre les ministres et les autres agents con-
cussionnaires; 3° la suppression des intendants; 4° l’abolition des acquits au comptant. La régente, ou plutôt son premier ministre, avait envoyé au parlement une déclaration où l’on faisait les plus belles promesses pour l'avenir, et qui en réalité se bornait à une modique réduction des impôts existants. On délibéra longtemps si cette déclaration serait préalablement soumise au rapport d’une commission : la majorité opina pour l’affirmative. Le conseiller Broussel osa se charger du rapport ; ses conclusions ne furent point favorables au pouvoir
Le duc d'Orléans s'était constitué médiateur entre la cour
et le parlement ; il insistait pour l'enregistrement. Broussel persistait, au contraire , à soutenir ses conclusions pour le rejet :» Le nom d’intendant, disait-il, est si odieux et si suspect au peuple, qu’il faut en abolir et en ôter la mémoire ; il faut le rayer de nos fastes, comme de mauvais augure et pernicieux à la république. » Nos pères n’entendaient par ce ‘mot que l’intérét général du pays. Les délibérations du parlement sur cette déclaration se prolongeaient ; mais il était facile d'en prévoir le résultat. La cour fit remettre une nouvelle déclaration, moins restreinte, et qui ne fut pas mieux accueillie. Tout rapprochement devint dès lors impossible ; le ministère était à bout de voie: la nouvelle de la victoire de Lens lui rendit le courage et l'espérance; il se hâta d’exploiter à son profit l'enthousiasme populaire. Le ministère affecta la modération; il semblait ne pas vouloir profiter de
| ses avantages. Ji flattait le parlement. Mais Mazarin méditait
un odieux guet-apens contre les membres qui s’opposaient à ses usurpations. L’exécution du coup d’État fut ajournée au 26 août (1648 ), jour fixé pour le Te Deum : toutes les cours souveraines y assistèrent; le parlement s’y rendit en plus grand nombre qu’à l'ordinaire, précisément parce que la cour avait fait répandre le bruit qu’il avait résolu de rester étranger à cette solennité. Toutes les rues, depuis le Palais-Royal jusqu’à Notre-Dame, étaient bordées de gardes françaises et de gardes suisses, qui continuèrent à stationner après le retour du roi et de son cortége. Cette circonstance fut remarquée et provoqua dans le public une agitation inquiète. Cominges, lieutenant des gardes de la régente, et qui avait ordre d'arrêter Broussel, le president de Blancméhnil et Charton, était resté à l’église après la cérémonie : on s’étonnait qu'un officier des gardes du corps n'eût pas suivi la cour.
Les membres du parlement étaient encore à Notre-Dame; on leur donna avis du stalionnément -xtraordinatre des troupes de la garde royale, et on en concluait que leur liberté était menacée. Tous sortirent en même temps et avec précipitation; ils s'écoulèrent par toutes les issues. La foule accourue pour voir le cortége cireulait sur le parvis et dans les rues voisines; on s’aperçut de ce mouvement : dés groupes nombreux se formèrent, Cominges avait envoyé deux exempts pour se saisir de Blaneménil et de Charton; celui-
. ci, prévenu à temps, s'était évadé, Lui-même s'était réservé