‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 492 sur 527 · BROWN · texte numérisé non relu

BROWN

médicales, où lappelaient ses goûts et où il devait tenir un rang si élevé. Ayant obtenu des professeurs de l’université la faveur de suivre gratis leurs cours, dont le prix était trop élevé pour ses faibles moyens, il ne tarda pas à se concilier de la part des professeurs et des éleves une estime égale à celle dont il avait joui autrefois dans l’école de Dunse. S’étant marié en 1765, il prit des élèves en pension, dans le but de subvenir aux nouvelles dépenses que nécessitait la tenue de sa maison, ce qui lui réussit d’abord ; mais le défaut d’ordre et d'économie qui régnait dans son ménage et les excès auxquels il se livrait depuis quelques années amenèrent la plus grande confusion dans ses affaires domestiques ; Brown fit banqueroute. On dit que depuis lors sa conduite fut d’une scandaleuse irrégularité, et qu’il se livra à la débauche sans mesure comine sans scrupule,

Parmi les professeurs qui brillaient alors à l’université d'Édimbourg , le célèbre Cullen fut de tous celui qui l’entoura de plus de bienveillance. Brown fut admis comme précepteur dans sa propre maison, et Cullen lui facilita les moyens de répéter ses leçons aux étudiants de l’université, moyennant rétribution. Brown fut sensible à l'amitié dont Cullen l’honorait, et pendant longtemps il ne laissa échapper aucune occasion de lui rendre l'hommage que méritaient ses travaux et son caractère. Mais au bout de quelques années une violente inimitié succéda de part et d’autre à cette intimité si profonde. :

Ce fut en 1779 que pour la première fois Brown publia son ouvrage intitulé : £lementa Medicinæ (éléments de médecine), et qu’il donna des leçons publiques dans le but d'expliquer le système dessiné à grands traits dans son livre. Bientôt les hommes les plus forts de l’université d’Édimbourg s’attachèrent à lui : on ajoute que les plus déréglés des étudiants se passionnèrent pour son système. La conduite de Brown et le ton insultant de sa polémique envers les professeurs de l’université nuisirent à la hardiesse et à la nouveauté de ses idées; elles furent repoussées, et leur auteur fut accablé de mépris.

Au dix-huitième siècle trois hommes de génie, quoique d’un mérite différent , se disputèrent les suffrages de l’Europe médicale : c’étaient le vitaliste Stahl, le solidiste Frédéric Hoffmann, et le savant éclectique Boerhaave. Mais de même que la philosophie inclinait vers le matérialisme, la physiologie et la médecine s’engageaicent résolûment dans les voies du solidisme. Aussi la victoire resta-t-elle à Frédéric Hoffinann , que Cullen continuait à Édimbourg. Toutefois , les thcories mécaniques de Fr. Hoffmann, qui faisait de l'homme une simple machine, dont tous les actes pouvaient être nombrés et tous les désordres fonctionnels soumis aux inflexibles prévisions d’un chiffre, avaient quelque chose de trop déterminé et de trop grossier, pour qu’on s’y arrêtat longtemps. A la machine humaine, si ingénieusement combinée par Hoffmann, il ne manquait qu’une chose , la vie. Brown se chargea de la lui donner; il ressuscita le vitulisme.

Selon cet illustre et fougueux réformateur, les êtres vivants diffèrent des corps inorganiques par la propriété d’être affectés par les corps extérieurs de manière à ce que leurs fonctions s'exécutent. Les agents extérieurs et de plus certaines fonctions de l’organisme, comme les contractions musculaires, l’action cérébrale dans le double phénomène de la pensée et des passions, constituent ce qu’il nomme les influences de la vie. L’incitabilité est la proprièté ou la faculté en vertu de laquelle agissent ces deux genres d’influences : ces dernières sont les puissances incitantes, et l'incitation est l'effet résultant de l’impression des puissances inciantes sur l’incilabilité : c’est la vie elle-même. Inconnue dans son essence, l’incitabilité varie selon les individus, les différentes espèces d'animaux et selon les âges. Elle a son siége dans la substance médullaire du cerveau et des nerfs ainsi que dans la fibre musculaire : elle est une et indivisible dans

tout l'organisme vivant. Parmi les stimulants ( puissances incitantes ), il en est de généraux, qui agissent de manière à exciter tout l'organisme ; tandis que d’autres bornent leur action aux endroits sur lesquels ils sont appliqués, et n'affectent l'ensemble du corps humain qu'après avoir produit un changement local. L’incitation résultant de l’action des puissances stimulantes sur l'organisme, si l’action de ces dernières est en rapport parfait avec la somine d’incitabilité répandue dans l'économie, la santé sera le résultat de cette heureuse harmonie. Mais si cette action est trop faible ou trop forte, la santé est troublée , et dans le premier cas il y a accumulation de l’incitabilité dans les organes ou faiblesse directe; dans le second cas , épuisement de l’incitabilité par la violence du stimulus , ou faiblesse indirecte. D'où, selon Brown, deux classes de maladies : l’une par délaut, l’autre par excès d'incitation.

Dans ce système la santé et la maladie ne sont que des efforts divers du même principe d’action ; c’est-à-dire qu’elles résultent toujours de la désharmonie qui existe entre l’ac- Lion trop faible ou trop forte de puissances incilantes sur l'incitabilité. Toute maladie est générale ou locale. Les premières sont générales dès leur début, et supposent une opportunité ou diathèse préalable. Elles proviennent de ce que l’incitabilité a été primitivement affectée, Les secondes affectent toujours un point déterminé de l’économie, ne deviennent générales que dans leur cours, et ne supposent jamais l’opportunité. Partant de ces données, Brown n’admettait en dernière analyse que deux formes générales de maladie : la forme séhénique et la forme aus{henique, en d’autres termes, par excès ou par défaut d'incitation, Il niait de la manière la plus positive les maladies spécifiques, comme la syphilis, la goutte, etc., les idiosyncrasies ou dispositions individuelles et les maladies héreditaires. Aussi négligeait-il constamment les caractères qui auraient pu l’éclairer sur les différences que peuvent presenter les maladies, c’est-à-dire les symptômes, qu’il déclarait trompeurs. Pour lui, le rôle du praticien se bornait à reconnaitre si la maladie est générale ou locale, sthénique ou asthenique, et à quel degré de sthénie ou d’asthénie elle élait parvenue. Cette triple détermination une fois faite, il ne s'agissait plus que de fixer la médication; chose assez facile, puisqu'il en était des médicaments comme des maladies ; qu'ils étaient ou stimulants ou débilitants, selon qu’ils étaient réputés guérir les maladies asthéniques ou les maladies sthéniques.

Doué d’un esprit éminemment synthétique, Brown releva le vitalisme, entièrement banni par les théories mécaniques de Hoffinann. Par lui, la physiologie et la médecine, à jamais débarrassées du servage des explications physiques et chimiques , ont reconquis une indépendance qu'on essaye encore, mais inutilement, de leur faire perdre. Qu’ensuite son incilabililé ne soit qu’une hypothèse, qui le nierait? Qu'il ait erré sur la détermination des maladies s{héniques et asthéniques, cela se peut, cela est vrai. Mais pour en avoir fait une fausse application, la donnée n’en est pas moins juste, et de nos jours on ne conçoit encore d’autre division rationnelle de la multitude presqu'infinie de maladies dont le corps humain est susceptible, que la sthénie et l’asthénie, bien qu’on leur donne d’autres noms et qu’on les comprenne différemment Dans ces der niers temps, l’un des principes cardinaux de la théorie brownienne a été le sujet d'attaques aussi vives que peu méritées. Nous voulons parler de la diuthèse, dont l’école italiennes’est emparée, que l’école française nie d'une manière exclusive, et à laquelle l’école komæopathique accorde une faveur presque absolue, sans la nommer. Dans notre opinion, il en est de la diathèse de Brown comme de la sthénie et de l’asthénie; elle ne peut être niée sans absurdité, mais elle demande à être comprise autrement qu’elle ne l'a été jusque ici,

Toute fécoudk que soit la méthode analytique, à quelques

brillants résultats qu'elle nous ait conduits, elle laisse sans solution aucune les plus hauts problèmes de la science. Si elle nous a conduits d’une manière sûre à la connaissance des altérations de chaque organe et de chaque système organique pris en particulier, elle ne nous a rien appris sur la vie unitaire de tout organisme humain et sur les modificalions que la maladie imprime à l’homme tout entier, C’est dans cette direction, abandonnée mal à propos par la médecine française, que se feront désormais tous les progrès que la science médicale attend et désire.

Quoi qu'il en soit de ces réflexions, l’apparilion du syslème de Brown fut le signal d’une lutte acharnée. Ses partisans se liguèrent contre les professeurs d'Édimbourg, les médecins de l'hôpital, et la Société de médecine. On raconte qu’il s’éleva entre les étudiants des disputes si fréquentes et si pénibles que la Société de médecine émit ua règlement en vertu duquel tout membre qui en attaquerait un autre dans une discussion scientifique seraitexpulsé de la Société

Par suite de son inconduite, Brown fut mis en prison pour dettes. Ses élèves y allaient assister à ses leçons, el là il lançait l’anathème à ses ennemis avec une énergie que rien ne pouvait réfréner. Ce fut à cette époque qu'il se livra sans aucun ménagement à l’usage des liqueurs spiritueuses. En 1786 il quitta Édimbourg pour serendre à Londres, où il espérait que sa situation s’améliorerait. Dès son arrivée, un charlatan se présente, qui lui propose, moyennant une somme cons idérable, de prêter son nom à des pilules qu'il voulai déb ter sous lenom de pilules excilantes de Broun. Entraîné par la pauvreté et les besoins que ses excès et la négligence de ses affaires créaient autour de lui, il accepta. Mais sa position n’en reçut aucune amélioration, en raison du genre de vie qu'il menait. En 1787 il publia, sans se nommer, des observations qui étaient écrites pour le peuple. Il ne réussit pas mieux auprès de lui qu'auprès des savants. Enfin, en 1788, accablé de misère et de dégoûts, ruiné par les excès, il périt d’une attaque d’apoplexie, après avoir bu, en se couchant, une forte dose de laudanum, comme il avait coutume de faire tous les soirs. Brown laissa six enfants, que des secours bienfaisants sauvèrent de la misère, ainsi que sa veuve, pendant les premiers temps qui suivirent sa mort. L’aîné de ses deux fils a parcouru la carrière médicale avec honneur. D' Léon Simon.

BROWN (Rogerr), un des savants botanistes de notre temps, naquit le 21 décembre 1773, à Montrose (Écosse). Il servit d’abord comme chirurgien dans un régiment écossais. Sur Ja recommandation de sir Joseph Banks, on l’attacha comme botaniste à l'expédition chargée en 1801 d’explorer la Nouvelle-Hollande, sous les ordres de Flinders, Celui ci se vit forcé, par le mauvais état de son navire, de retourner en Europe, et Brown, qui était reslé à terre avec le peintre Ferdinand Bauer, visita d'abord une foule de lieux alors complétement à l'état de nature, passa ensuile dans la terre de Van Diémen, puis aux îles de Bass, et revint en Angleterre, en 1805, avec quatre mille différentes espèces de plantes de la Nouvelle-Hollande.

Choisi par Banks pour être le conservateur de sa collection d'objets d'histoire naturelle (1810), non-seulement il eut désorinais un sort agréable et assuré, mais encore les ressour« ces de travail les plus précieuses. Il imprima alors un Prodromus floræ Novæ Hollandiæ, ete. (Londres, 1810), dont il supprima plus tard toute l'édition, parce que, malgré l'excellence de ce travail, il n'en était pas complétement satisfait. Malgré cette précaution, ce remarquable ouvrage n’est pas demeuré perdu pour le monde savant; car Oken le publia dans son Zsis, et Nees d'Esembeck le réimprima (Nuremberg, 1827), avec des notes et des additions. Ce chef d'œuvre a donné une nouvelle direction à la phytographie, Dans ses General Remarks on the bolany of Terra Australis (Londres, 1814), ainsi que dans une publication

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