BRUNE — BRUNEAU
prononça ces affreuses paroles : Je vas le faire voir comment il fallait faire... Déjà il avait tiré son coup de carabine, et le maréchal Brune n’était plus. A peine a-t-il été question d'informer sur cette affaire, que cet homme a pris la fuite. » L’assassinat fut commis le 2 août 1815, l’acte d’accusation est daté du 2 juin 1820!
La veuve du maréchal Brune avait présenté une requête au roi, le 19 mars 1819, contre les assassins de son époux ; elle demandait l'évocation de laffaire devant une autre cour d'assises que celle du département de Vaucluse; elle désignait celle de Paris comme la seule où les juges et les jurés pussent prononcer avec une entière indépendance, et s’inscrivait en faux contre un procès-verbal qui attribuait la mort du maréchal à un suicide. Cette requête était signée par elle et par M° Dupin aîné, son conseil.
L'allégation de suicide ne pouvait soutenir un examen sérieux ; il résulte en effet du premier procès-verbal rédigé sur les lieux, et immédiatement, que la mort a été causée par un coup de feu porté par derrière le cou et tiré de haut en bas. La raison publique et les magistrats repoussèrent cette assertion comme mensongère et invraisemblable.
Le fait allégué contre le maréchal pour exciter la fureur des assassins était également atroce et faux : il avait été tout à fait étranger à la mort de la princesse de Lamballe : il ne se trouvait pas alors à Paris, mais à l’armée, et n’était arrivé dans la capitale que le 5 septembre, deux jours après les massacres, et sur un ordre du conseil exécutif provisoire.
Dans sa requête au ministre de la justice, en date du 19 mai 1819, la maréchale signale comme auteurs immédiats du crime, Fargès, faffetatier, et Guindon, dit Roquefort, portefaix. Le jeune homme qui le premier avait insulté le maréchal et excité la fermentation publique « était fils d’un personnage exerçant à Paris, au sein d’un des premiers corps de lÉtat, des fonctions dont l'influence s’étendait sur tout le département de Vaucluse; un autre jeune homme, M. Verger, fils du procureur du roi, commandait le poste qui arrêta les voitures du maréchal, lui demanda des passeports, éleva des difficultés mal fondées sur leur validité, et retarda sa marche jusqu’à ce que le rassemblement se füt accru au poirt de la rendre impossible. » ( Requélc au roi). Après un silence de plus de cinq années, laffaire fut envoyée devant la cour d’assises de Riom. Un seul accusé , Guindon, portefaix , fut signalé; il était contumax. Les débats, ouverts le 24 février 1821, se terminèrent le lendemain, et un arrêt par défaut condamna Guindon à la peine de mort.
M"° Brune, morte en 1829, a été réunie à son époux dans un même tombeau. Elle avait été fort belle à l’époque de son mariage, et était demeurée aussi spirituelle que charitable, En 1841 un monument a été élevé au maréchal Brune à Brives-la-Gaillarde, par une souscription de ses compatriotes. Durey (del’Yonne),
BRUNEAU ( Maruvrix), soi-disant Charles de France et de Navarre, fils d’un pauvre sabotier, aima mieux être fils de roi, et se donna Louis XVI pour père. C’est en cette qualité qu'il fixa l'attention publique pendant les deux premiers mois de 1818. 11 résulte de la procédure jintentée contre lui à la police correctionnelle de Rouen qu’il naquit en 1784, à Vezins ( Maine-et-Loire), où son père faisait des sabots. Se sentant de l’aversion pour ce métier, qu’on lui avait appris de bonne heure, et n’ayant de goût que pour une vie oisive et vagabonde, il abandonna sa famille en 1795, pour faire son tour de France. Partout il alla d’abord se donnant pour le fils du baron de Vezins, ancien seigneur de son village. Admis, cependant, malgré ce titre, corame domestique chez la comtesse de Turpin-Crissé, sa paresse et son inconduite le firent renvoyer au bout de quelques mois. On ne sait que vaguement ce qu’il devint ensuite; il est probable qu’il vécut dans le vagabondage et la mendicité; car en 1803 on le retrouve écroué à la maison de répression de
Saint-Denis, près de Paris, comme imbécille et sans asile. Re-
mis en liberté, le prétendu baron s'engagea dans le qua-
trième régiment d'artillerie de marine comme aspirant canonnier, et s’embarqua à Lorient sur la frégate la Cybèle. Le bâtiment étant arrivé en Amérique, Bruneau déserta, et parcourut une partie des États-Unis. 11 séjourna plusieurs années à New-York et à Philadelphie, où il exerça la profession de garçon boulanger. Il a prétendu avoir, pendant sa résidence dans ce pays, épousé une riche héritière, morte en lui laissant de nombreux enfants; mais il n’a pu justifier de ces faits.
En septembre 1816 il repartit pour la France, et débarqua à Saint-Malo, muni d’un passeport américain sur lequel il était désigné sous le nom de Charles de Navarre, ciloyen des Etats-Unis. S'étant dirigé vers son départenent, il y revit plusieurs individus qui l'avaient connu autrefois, et auprès desquels il s'obstina à se faire passer pour Louis XVII, dauphin de France, fable dont il avait vraisemblablement conçu l’idée depuis longtemps. Ses efforts pour la faire accueillir échouèrent à cette époque auprès des personnes qui se rappelaient ses traits, et il ne rencontra partout qu'incrédulité et que raillerie. Plus heureux dans une autre circonstance, il profita de l'erreur d’une femme dont le fils, parti pour l’armée, avait cessé depuis longtemps de donner de ses nouvelles, et se servit habilement de quelques particularités qui lui étaient connues pour jouer le rôle de ce fils, échappé aux dangers de la guerre. A ce titre il tira de la veuve Phelippeaux environ 800 francs. Les autorités locales ayant découvert l'imposture , il fut incarcéré. Alors, reprenant son auguste caractère, il écrivit, du fond de sa prison, au gouverneur de l’île anglaise de Guernesey une lettre signée Dauphin-Bourbon , par laquelle il linvitait à faire savoir au roi d'Angleterre que le fils de Louis XVI était dans les fers. Cette lettre ayant été interceptée, il fut dirigé vers la maison de détention de Rouen. Là, il fit la connaissance d’un nommé Branzon, condamné à la réclusion pour détournement de deniers publics , et il en fit son secrétaire. Les débats n’ont pu établir avec certitude si Branzon fut la dupe du roman fabriqué par Mathurin Bruneau , ou s’il crut, en se rendant l'instrument de cette intrigue, pouvoir la faire servir à sa fortune. Ce qu’il y a de positif, c’est qu’il ne tarda pas à devenir le confident intime du faux dauphin, au nôm duquel il écrivit à la duchesse d'Angoulême, puis à diverses autres personnes, dont il obtint des secours pour le royal prisonnier. La curiosité et l’amour du merveilleux amenèrent bientôt près du fils du sabotier nombre de personnes, dont quelques-unes, détrompées par ses manières basses et grossières, lui retirèrent l'intérêt que leur avait inspiré d’abord sa position, et dont les autres, douées d’une foi robuste, ou entrevoyant dans cette affaire quelque avantage personnel, se prêtèrent avec empressement à servir ses desseins. Dans cette dernière catégorie figurèrent un prètre et des femmes dont l'esprit enthousiaste avait saisi avidement l'espoir de replacer sur le trône un enfant longtemps persécuté, puis délaissé, et d'associer peut-être leur nom à son rétablissement. Ce fut probablement dans le mème but que se forma à Paris, vers la même époque, une association chargée de recueillir des dons volontaires pour le prétendu dauphin; mais la police, après avoir suivi quelque temps en silence la marche de cette intrigue, en fit arrêter les chefs, qui furent traduits devant les tribunaux. Il résulta de la procédure qu’ils n’avaient eu d’autre dessein que de profiter des circonstances et de l’extrême crédulité de quelques royalistes pour lever sur eux le tribut que paye trop souvent la bonhomie à l'astuce.
Cependant, du fond de sa prison, Mathurin Bruneau continuait à entretenir d’actives correspondances; on s’étonnait, non sans raison, de l'indifférence apparente avec laquelle le gouvernement recevait des réclamations auxquelles le devoir le plus sacré exigeait qu’il fût fait droit si elles étaient
fondées , et dont il fallait démasquer l’imposture si elles ne Vétaient pas. Enfin, en février 1818, le sabotier usurpateur, avec son secrétaire et ses principaux agents, fut traduit devant la police correctionnelle de Rouen. Une foule immense assista à ce procès, dans lequel le principal personnage, si l’on doit s’en rapporter au compte-rendu des journaux, sembla se charger de dissiper lui-même les préventions favurables qui pouvaient exister à son égard. L'incohérence de ses propos, la bassesse de son langage et de ses manières, son ignorance absolue des bienséances les plus communes, excitèrent le rire et soulevèrent le mépris de lauditoire. Quelques-unes de ses réponses auraient même paru déceler un esprit aliéné, si l’on n’avait eu lieu de soupçonner que cette imbécillité était feinte, d’après la remarque faite par plusieurs personnes, eten particulier par son secrétaire Branzon , qu'avant de paraître devant le tribunal il raisonnait et s’exprimait tout différemment. Enfin, dans son audience du 19 février , le tribunal correctionnel rendit un jugement qui condamna Mathurin Bruneau, comme convaincu d’usurpation de nom, d’escroquerie et de vagabondage, à cinq années de détention, à l'expiration desquelles il subirait une réclusion de deux autres années pour sa conduite turbulente et ses outrages envers les juges. L'arrêt portait, en outré, qu'après avoir subi la totalité de cette peine , il serait remis entre les mains de l'autorité militaire pour être pris, à son égard, comme déserteur, telle disposition qu’elle jugerait convenable.
Le faux dauphin entendit la lecture de cette sentence avec une tranquillité, une indifférence, que n’avaient pas donné lieu d’attendre de Ini les violences auxquelles il s'était laissé emporter durant les débats , et de laquelle on a même induit qu’il s'attendait à des conclusions plus rigoureuses. Ainsi se * termina cette affaire, qui, après avoir longtemps fixé les regards de‘Europe, finit par aller grossir l’histoire des impostures par lesquelles à toutes les époques des ambitieux plus ou moins adroits se jouent de la crédulité des peuples. Bruneau et ses coaccusés ne se pourvurent point en cassation. Pour couper court à la correspondance qu’il ne cessait d’entretenir depuis sa condamnation , on l’écroua , le 14 mai 1821, dans la prison de Caen, d’où il fut transféré, le 20 du même mois, au Mont-Saint-Michel. On prétendit à cette époque que l'individu qui avait comparu devant la police correctionnelle de Rouen n’était par le méme que celui qui précédemment s'était donné pour le fils de Louis XVI, et qu'entre les prisons et l'audience il y avait eu substitution de personne; mais qu'importe, après tout, ce bruit? qu'importe cette substitution vraie ou fausse? Que Mathurin Bruneau ait été ou n’ait pas élé un dauphin, qu'est-ce que la France pouvait avoir à perdre.ou à gagner à cela?
Depuis 1821 on n’avait plus entendu parler de Mathurin Bruneau, lorsque la Gazette des Tribunaux publia une lettre écrite de la Guyane française, le 5 août 1844, dans laquelle on remarque les passages suivants : « Il existe à Cayenne un homme que le monde appelle Mathurin Bruneau et qui signe Symphorien Bruneau. Il parait âgé d'environ soixante-cinq ans, est d’une taille élevée, a une figure toute bourbonnienne, 11 est arrivé à la Guyane fort peu de temps après le procès de Mathurin Bruneau , ef a reçu pendant longtemps la ration et des secours du gouvernement. Son éducation parait aussi peu développée et son langage aussi grossier que celui du fameux Mathurin Bruneau. Comme lui, il parle avec une prétention ridicule, et se sert souvent de la première personne du pluriel ; comme lui, il sait faire du pain; comme lui surtout il a un talent remarquable pour confectionner des sabots. Tout le monde ici le croit l'ancien dauphin, et, quand on lui en parle, sans l'avouer précisément, il ne prend pas la peine de le nier. Il résulte du procès du soi-disant fils de Louis XVI qu'il avait navigué quelque temps et séjourné plusieurs années aux États-Unis, Celui-ci à également habité ce pays, et passe pour assez bon marin,