‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 82 sur 527 · H. AUDIFFRET · texte numérisé non relu

H. AUDIFFRET

BIBLIOLITHES (de Bi6Xtov, livre, et Xfos, pierre). On donnait anciennement ce nom à des schistes de contexture lamelleuse et à certaines pierres portant l’empreinte de feuilles végétales, parce que ces diverses productions minérales offrent l'apparence des feuillets d’un livre.

BIBLIOLOGIE. Voyez BIBLIOGRAPHIE,

BIBLIOMANCIE (de B:6){x, Bible, et pavretæ , divination ), espèce de divination qui s'exerce au moyen ef par le secours de la Bible, ouverte au hasard, pour avoir une réponse à ce que l’on veut savoir. Elle était fort en usage dans le moyen âge parmi les juifs. ,

BIBLIOMANIE (de Bu@iov, livre, uavlæ, manie), fureur d’avoir des livres et d’en ramasser.

Descartes disait que la lecture était une conversation qu’on avait avec les grands hommes des siècles passés, mais une

conversation choisie, dans laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées. Cela peut être vrai des grands hommes; mais comme les grands hommes sont en petit nombre, on aurait tort d'étendre cette maxime à toutes sortes de livres et à toutes sortes de lectures. Tant de gens médiocres et tant de sots même ont écrit, que l’on peut en général regarder une grande collection de livres, dans quelque genre que ce soit, comme un recueil de mémoires pour servir à l’histoire de l’aveuglement et de la folie des hommes ; et on pourrait mettre au-dessus de toutesles grandes bibliothèques cette inscription : Les Petites Maisons de lespril humain.

11 suit de là que l'amour des livres, quand il n’est pas guidé par un esprit éclairé, est une des passions les plus ridicules. Ce serait à peu près la folie d’un homme qui entasserait cinq ou six diamants sous un monceau de cailloux.

L'amour des livres n'est estimable que dans deux cas : 1° lorsqu'on sait les estimer ce qu’ils valent, qu’on les lit en philosophe, pour profiter de ce qu’il peut y avoir de bon, et rire de ce qu’ils contiennent de mauvais; 2° lorsqu'on les possède autant pour les autres que pour soi, et qu’on leur en fait part avec plaisir et sans réserve.

J'ai oui dire à un bel esprit qu’il était parvenu à se faire, par un moyen assez singulier, une bibliothèque très-choisie, assez nombreuse, et qui pourtant n’occupait pas beaucoup de place. S'il achetait, par exemple, un ouvrage en douze volumes où il n’y eût que six pages qui méritassent d’être lues, il séparaït ces six pages du reste, et jetait l'ouvrage au feu. Cette manière de former une bibliothèque m’accommoderait assez.

La passion d’avoir des livres est quelquefois poussée jusqu’à une avarice très-sordide. J'ai connu un fou qui avait conçu une extrême passion pour tous les livres d’astronomie, quoiqu'il ne sût pas un mot de cette science; il les achetait à un prix exorbitant , et les renfermait proprement dans une cassette sans les regarder. Il ne les eût pas prêts ni même laissé voir à Halley ou à Monnier s'ils en eussent eu besoin, Un autre faisait relier les siens très-proprement ; et de peur de les gâter, il les empruntait à d’autres quand il en avait besoin, quoiqu'il les eût dans sa bibliothèque. Il avait mis sur la porte de sa bibliothèque : Z£e ad venden- Les ; aussi ne prêtait-il de livres à personne.

En général, la bibliomanie, à quelques exceptions près, est comme la passion des tableaux, des curiosités, des maisons; ceux qui les possèdent n’en jouissent guère. Ainsi en entrant dans une bibliothèque, on pourrait dire de presque tous les livres qu’on y voit ce qu’un philosophe disait autrefois en entrant dans une maison fort ornée : Quam mullis non indigeo! que de choses dont je n’ai que faire!

D’ALEMBERT , de l'Académie des Sciences.

Le bibliomane n’est pas toujours un homme qui achète indistinctement tous les livres qui lui tombent sous la main; il collectionne ordinairement d’après certains principes, mais en attachant à certaines circonstances et conditions, toutes fortuites et extérieures, des livres une valeur extraordinaire ; et il est déterminé dans ces acquisitions plutôt par l'existence de ces conditions que par l'importance scientifique ou littéraire des livres. Les principes qui le guident dans ses choix sont tantôt les destinées et l’âge des livres, tantôt leur matériel. Les collections de livres qu'on peut considérer comme faisant un ensemble, parce qu'ils se rapportent à un sujet ayant de l'importance aux yeux des bibliomanes (par exemple, les Res publicæ d'Elzevier), ou parce qu’ils sont fabriqués d'une manière à laquelle on attache un certain mérite, ou encore parce qu’ils sortent d’officines renommées (d’Elzévier, d’Alde, deGiunti, d’Étienne, de Bodoni, etc.) ont en outre relativementune valeur presque toujours scientifique, Toutefois, ilest plus commun de voir la passion des bibliomanes s'attacher aux conditions matérielles mêmes des livres, On paye souvent à des prix inouïs des édi-

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