GANS — GANT
sur les grands noms de Savigny , de Hugo et de la plupart des juriconsultes allemands.
Après un voyage fait en 1825 à Paris et à Londres, Sans fut nommé professeur agrégé à Berlin ; il mourut professeur titwaire en 1839. Dès 1820 il avait publié ses Scholies sur Gajus (Berlin, 1827). Mais l'ouvrage qui lui assure une place au premier rang des jurisconsultes estson Traité historique du Droit de Succession (4 vol., 1824-35). II fit paraître ensuiteson Système du droit civil des Romains, Ce furent ses cours publics qui le rendirent véritablement populaire, notamment ses leçons sur l’histoire moderne, où par sa franchise, par la chaleur de son débit, par ses vues ingénieuses et profondes, il savait électriser un auditoire non pas composé d'étudiants seulement, mais où venaient se confondre des hommes appartenant à toutes les classes de la société; leçons que l’autorité erut devoir suspendre tout à coup, en raison du caractère dangereux qu’elles lu: semblaient avoir. Gans répondit aux attaques dont sa doctrine était l’objet de la part de l’école historique dans son livre quiapour titre : Zssai sur les Fondements de la Possession ( Berlin, 1839), dans lequel il combat Savigny de la manière la plus piquante et la plus spirituelle, réfutant Popinion de celui-ci d’après laquelle la possession n’est qu'un fait, et s’efforçant de prouver que la possession est un droit, fondé sur des principes philosophiques. En se faisant l’éditeur des lecons de Hegel sur la Philosophie de l'Histoire, Gans ne mérita pas moins de la science; on peut même dire qu'il est le véritable auteur de cet. ouvrage, car Hegel n'en avait laissé que l'introduction.
GANSE, La passementerie et les tapissiers emploient en assez grande quantité un petit cordonnet rond, carré ou plat, auquel on donne le nom de ganse. Il est, suivant le besoin, d’or, d'argent, de soie, de coton ou de fil, et d’une grosseur indéterminée. Les très-petites ganses plates et toutes celles de forme ronde se fabriquent sur le métier à lacets, inventé par Vaucanson; mais les ganses plates , assez larges ou façonnées, c’est-à-dire montrant sur leur endroit des des- Sins, sont fabriquées sur le boisseau avec des fuseaux, ou bien au crochet des boutonniers, ou sur un métier à tisser avec la navette, comme les rubans et les galons. Les ganses ou tresses en cheveux ont offert dans leur fabrication plusieurs difficultés assez grandes, provenant du peu de longueur de la matière employée; cependant, en modifiant les poupées du métier de Vaucanson, on est arrivé à fabriquer des ganses en cheveux d’une longueur indéfinie, et sans que les raboutages se laissent apercevoir. Les ganses sont employées comme les lacets, ou dans les ornements de passementerie : les tailleurs en placent quelquefois aussi en guise de boutonnières sur les redingotes à la polonaise. Quant aux garses ou tresses en cheveux , elles sont portées comme souvenir en collier, ou bien en bracelets ou en bagues,
J. OpoLANT-DESNos.
GANT, partie de nos vêtements servant à couvrir les mains; soit pour les garantir des injures du temps, soit tout simplement par déférence aux décrets de la mode. On fait les gants en fil, coton, soie ou laine, sur le métier à bas, travail qui n’a rien d’extraordinaire et se rattache entièrement aux autres travaux du bonnetier, Mais on fabrique aussi, et même en bien plus grand nombre, des gants en peaux de Ghevreau, de chèvre, de chamois, de daim, de chien, d’élan, de cerf, d'agneau et de mouton, toutes mégissées à l'huile, Cette fabrication n’est plus aussi simple que celle du bonne:
tiér : d'abord, il faut savoir choisir ses peaux chez le mé- |
gissier, puis les dégrossir ou parer, afin de leur donner partout une égale épaisseur, et répartir ces peaux en raison de l'espèce de gants qu’elles sont destinées à fournir. Alors on les met à l’humide, en les humectant avec une brosse trempée dans de l’eau, et on les entasse les unes sur les autres pour les rouler par douzaines et les laisser ainsi pendant une heure environ. Après avoir, par ce repos, pris de la souplesse, chaque peau est ouverte ou débordée par un étirage qu’on lui fait subir de tous côtés sur les bords d’une
table. Un autre ouvrier dépèce la peau débordée en la divisant en deux si elle peut contenir deux gants, et il donne à coups de ciseaux une première forme très-grossière à ces gants, qu’il entasse par douzaines devant lui, en mettant sur chacun d'eux un pouce également ébauché, qu'il a pris dans un coin perdu de la peau, ou à défaut dans un autre morceau, Dans les gants Jouvin, le pouce fait corps avec le reste du gant. Ces peaux ainsi ébauchées portent le norn d’étavillons, et passent à un autre ouvrier qui leur fait subir le dolage, dont l’action est d'enlever, avec un couteau de forme particulière, à la peau fortement tendue sur un marbre, assez de chair pour la rendre également mince ef souple dans toutes ses parties.
L'opération du dolage terminée, un autre ouvrier reprend ces étavillons, les passe encore un peu à l’humide en les pressant dans une serviette mouillée, et les dresse, c’est-à-dire qu’i leur donne [a forme parfaite en les étirant sur sa table, en les pliant de manière qu’il n’y ait pas de couture droite du côté du pouce, et en les ébarbant pour les empiler au fur et à mesure sur une planche et les exposer ainsi sous une faible pression. Enfin, un autre ouvrier raflile ces gants; c’est lui qui enlève la place où se pose le pouce dans les gants où le pouce est à part, coupe chaque doigt à la longueur convenable et en arrondit les bouts. Un dernier ouvrier donne la seconde façon en garnissant le gant de toutes les pièces nécessaires : ainsi, il coupe les fourchettes placées entre les doigts et les carreaux ou petits losanges cousus au bas des fourchettes, pour donner aux doigts l’ampleur suffisante.
Les gants , étant ainsi coupés et préparés, sont livrés aux couseuses, puis à la brodeuse. Cette couture a longtemps été faite simplement à la main ; mais dans les grandes fabriques d'Angleterre, on emploie depuis bien des années une machine pour aider à coudre plus vite et plus régulièrement. Ce ne fut que de 1824 à 1825 qu’il nous a été permis de connaître cette invention, qui donnait aux Anglais la possibilité de vendre leurs gants à 30 pour 100 au-dessous des nôtres : cette machine, fort simple, estun étau en bois, dont une des mâchoires mobiles s'approche ou s'éloigne à volonté ; le dessus de ces deux mâchoires étant légèrement cannelé, il en résulte que l’ouvrière , en plaçant son aiguille au fond de chacune des cannelures, est toujours certaine de faire ses points à égale distance : aussi ce cousoir facilite beaucoup la couture , surtout en ligne droite. \
L'usage fréquent de ce vêtement a fait employer son nom au figuré pour exprimer une foule d'actions dans lesquelles on ne lui fait jouer qu’un rôle supposé. Ainsi, l’on dit que tel fat se donne les gants d’une maîtresse qu’il ne posséda jamais ; que tel courtisan est souple comme un gant ; l’on dit en outre, Jeter ou ramasser le gant. Cependant , cette dernière acception exprimait autrefois une action véritable : en effet, dans les tournois des temps passés, les chevaliers n’acceptaient pas toujours un défi en allant toucher de leur lance l’écu suspendu de leur adversaire; souvent c'était son gant qu’il avait réellement jeté pour défi au milieu du champ clos, et le combat était accepté par celui qui osait le ramasser. J. OnoLaANT-DESNos.
Pour donner aux gants ce lustre, ce brillant qui les a fait nommer gants glacés, on les trempe dans un mélange de jaunes d'œufs et d'huile d'olive arrosé d’un autre mélange d’esprit-de-vin et d’eau.
Au 15e siècle, d'après Olivier de La Marche, les dames françaises couvraient leurs mains de gants qui leur venaient d’Espagne, et qui élaient parfumés à la violette. L'Espagne est dépouillée de celte branche d'industrie ; et sauf les gants de Suède, que l’on contrefait même chez nous, non-seulement la France suffit à sa consommation, mais elle exporte les trois quarts de sa fabrication. En 1867 on estimait sa production annuelle en ganterie de peau à près de 2 millions de douzaines de paires, ce qui donnait une valeur de 70 à 80 millions de fr. Paris et Grenoble, en première ligne, puis Chaumont, Lunéville, Rennes,
Nancy, Blois, Niort, sont les principaux centres de production. L’Angleterre est, après la France, le pays qui produit le plus et le mieux. La Belgique, lAllemagneet l'Autriche font de préférence les articles inférieurs et à bon marché, c'est-à-dire en peau d'agneau; la Belgique fait aussi du chevreau. En Italie on fabrique à très-bon marché, mais la qualité est mauvaise. Les progrès de la fabrication sont notables en Espagne.
Ajoutons que les gants de coton pour l’armée et pour la livrée, ceux de fil, de laine et de soie, sont fabriqués en France et en Écosse au nombre de plus de 50 millions de paires par an.
GANT DE NOTRE-DAME ou GANTELÉE. Voyez CAMPANULE et DIGITALE.
GANTELET, espèce de gant très-fort, pièce essentielle de l’armure des anciens chevaliers, dont l'usage se répandit au commencement du quatorzième siècle. Notre gant à la Crispin peut en donner une idée, avec cette différence toutefois que les doigts du gantelet étaient recouverts de mailles de fer ou de lames d’acier en forme d’écailles , jonant les unes sur les autres, ce qui permettait au chevalier de mouvoir les doigts comme il voulait, La partie qui recouvrait une portion du bras se composait de pièces d’acier en forme de tuyaux, absolument comme les br assar ds. Le gantelet était de rigueur, ainsi que le casque, dans les anciennes marches en cérémonie. On jefait le gantelet pour appeler un ennemi au combat, et le relever c'était accepter le défi.
Gantelet se dit encore, en chirurgie, d’une sorte de bandage employé dans le cas de fracture, luxation ou brûlure de la main : ce bandage enveloppe la main et les doigts comme ferait un gant.
GANTELINE Voyez CLAVAIRE.
GANYMEDE, l’échanson et le favori du maître des dieux, était, suivant la Fable, fils de Tros, roi des Troyens, d’autres disent, fils d’un berger du mont Ida. Sa beauté était si merveilleuse qu’elle frappa Jupiter lui-même, qui voulut l'avoir à ses côtés dans l’Olympe. Il eut bientôt une occasion d'exécuter ce projet. La déesse Hébé, au moment de lui présenter la coupe immortelle, fit une chute maladroite, qui provoqua chez les dieux ce rire inextinguible dont parle Homère. Dès ce moment Jupiter, malgré les prières de Junon, ravit à Hébé le ministère qu’elle avait jusque alors rempli avec tant de grâce. Quelque temps après, Jupiter, planant sur le mont Ida, aperçoit Ganymède, et bientôt, descendu sous la forme d’un aigle, il enlève le jeune prince éperdu, qui, transporté dans l’Olympe, versa désorais le nectar à la troupe immortelle, et mérita par ses services d’être placé dans le zodiaque sous le nom de Verseau.
GAP, située dans le haut Dauphiné et nommée par les Romains Vapincum, était la capitale d’un pays qu'habitaient les Trinocrii. Au sixième siècle, lorsque la nation des Lombards franchit les Alpes Juliennes, Gap fut pillée et presque détruite. Elle souffrit plus tard des ravages des Sarrasins. Après avoir suivi le sort du Dauphiné, elle devint, lors du démembrement du comté de Bourgogne, au onzième siècle, la propriété des comtes de Forcalquier. Un de ces comtes, Guillaume, 2omme dévotieux , céda la seigneurie de Gap et le Gapençois à son évêque. Les habitants de Gap firent prisonnier l’évêque Othon. Celui-ci, pour les réduire, leur donna un second maître, plus puissant que lui, Charles d'Anjou. Les évêques de Gap rendirent hommage aux successeurs de ce prince jusqu’en 1447. A l'extinction de la maison d'Anjou, Gap revint à la Couronne de France. Dans le seizième siècle, Gap prit le parti de la ligue; mais elle se soumit une des premières à Henri IV, En 1644 elle éprouva un violent tremblement de terre, qui y renversa plusieurs édifices, Victor-Amédée, duc de Savoie, s'en rendit maître dans l’année 1692. Il la saccagea et la réduisit entièrement en cendres, Cette ville sortit peu à peu de ses ruines.
Elle est dans une large vallée, et forme une ellipse assez