‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 107 sur 552 · GARANCE — GARASSE · texte numérisé non relu

GARANCE — GARASSE

aième année, et alors elle se récélte avant l'hiver. A la fin de chaque automne, les planches doivent être recouvertes d’une couche de fumier, dont les débris sont jetés après les gelées dans l’excavation de la ligne laissée vide. Les cultivateurs qui ne la laissent que deux ans dans la terre obtiennent un produit moins beau, moins riche en principe colorant, et n’en trouvent pas aussi facilement le débit.

La garance peut être récoltée à la charrue si chaque rayon est isolé; puis la dessiccation doit étrecopérée dans des lieux aérés et à l'ombre. La racine ainsi séchée reçoit dans le commerce le nom de garance en branches ; celle qui a été dépouillée de l'épiderme et réduite en une poudre grossière est la yarance robée ou en grappes; enfin, la garance non robée est la garance pulvérisée avec son épiderme. La racine de la garance est d’une couleur jaunerougeâtre, d’une odeur nauséabonde, d'une saveur amère et àpre; elle contient trois matières colorantes, l’alisarine ou garancine, la purpurine,quisont rouges, el la œantine, qui est jaune. Déposée dans l’eau à 100°, elle lui donne une teinte brune foncée. Traitée par l'alun, clle précipite en rouge-brun; par les carbonates alcalins et par l’eau de chaux, en rouge vif et éclatant; par l’acétate de plomb, en brun. Une certaine quantité de sulfate ou d’acétate de fer mêlée au mordant alumineux fait prendre aux

tissus des teintes violettes. Elle teint en rouge les os et les | | modifiée par une loi du 19 juillet 1791 que quant aux péna-

urines des animaux qui en sont nourris. Cette singulière propriété a servi de base à plusieurs travaux importants de M. Flourens.

La garance triée, séchée, dépouillée de son épiderme et réduite en poudre, est conservée dans des tonneaux, d’où on la tire pour la teinture. Elle sert ordinairement à teindre le lin, le coton et la laine en rouge; on peut d’ailleurs, en variant le mordant, donner aux tissus toutes les nuances entre le rouge clair et le rouge foncé, entre le violet clair et le noir. Après le blanchiment on le dégraissage, selon la nature des tissus, les étoffes mordancées sont soumises à limmersion dans un bain de teinture. La racine de garance sert encore à préparer une la qu e d’une belle qualité, qui doit sa coloration à la purpurine seule. P. GAUBERT.

La garance, répandue dans le nord de la France dès le douzième siècle, fut introduite en Alsace sous Charles- Quint, et importée en 176) dans le comtat Venaissin, par l'Arménien Althen. Elle est devenue pour le département du Vaucluse l’objet d’une culture active et étendue, et lui procure, année commune, un produit de20 millions defr. On l’a transportée aussi en Algérie. La chaleur solaire exerce une influence très-marquée sur la garance : aussi dans l'Orient les racines sont rouges; elles sont rosées dans le midi de la France, et jaunes dans le nord; la première donne plus de matière colorante que les autres. Plusieurs chimistes ont essayé de tirer de cette propriété des rouges pour la teinture; les impressions qu’on a obtenues jusqu’à présent sont très simples comme dessin et comme association de couleurs. Mais le prix, assez élevé , de ces extraits, limitera peut-être leur emploi à la fabrication des articles portant des dessins légers.

GARANCINE. Voyez ALIZARINE et GARANCE.

GARANTIE, GARANT (Droit). Ces mots viennent de Vällemand Wuhren, garder. La garantie consiste dans l’obligation de defendre une personne d’un dommage éventuel, ou de l'inderniser d’un dommage éprouvé. Le garant est celui qui est tenu de garantir. La garantie est de droit lorsqu'elle est établie par la loi ; elle est de fait lorsqu'elle résulte des conventions des parties. On distingue encore la garantie en Jormelle et en simple. Elle est formelle lorsqu’elle a lieu en matière réelle : telle est la garantie que doit le vendeur à l'acquéreur d’un immeuble qui en est évincé; elle est simple lorsqw’elle a lien en matière personnelle : telle est celle invoquée par le débiteur solidaire d'un billet contre son co-obligé. Le Code Napoléon règle l'étendue et les effets de la garantie suivant les divers cas qui y don-

pent lieu. Le Code de Procédure (art, 175 à 184) con-

tient des règles communes aux diverses sortes de garanties,

En matière de commerce la garantie se règle par les dispositions générales du droit civil , toutes les fois que ja loi commerciale n’y déroge point. Nous renvoyons à cet égard aux mots AVAL, BILLET, COMMISSIUNNAIRE, ENDOSSEMENT, LETTRE DE CHANGE, VOITURIER.

Dans la langue du droit public on appelle garanties individuelles les moyens que la société assure à ses membres pour faire respecter les droits qu’elle leur reconnait. Ainsi, la liberté de la presse, celle des cultes, l'institution du jury Vinamovibilité des juges sont des garanties du droit de la liberté des opinions et des consciences et de la sûreté des citoyens.

On appelle encore garantie des fonctionnairespublics la protection dont la loi couvre un certain nombre d’entre eux, en défendant de les poursuivre sans une autorisation supérieure.

GARANTIE (Bureaux de). L'ancienne et la nouvelle législation ont, dans l'intérêt général de la société, assujetti les matières ouvrées d’or et d'argent à un contrôle légal, indicatif de la valeur intrinsèque des ouvrages de bijouterie, d'orfévrerie et de plaqué. La première ordonnance connue,

| et qui a servi de base aux règlements ultérieurs d’adminis-

tration dans cette partie, a été donnée par Philippe de Valois (1245). La législation antérieure à la révolution n’a été

lités contre les fraudeurs. Quant à la qualité des objets fabriqués, et à la contrefaçon des marques et poinçons, tous es règlements anciens et les changements que réclamait l'expérience ont été résumés dans la loi du 19 brumaire an vi (9 novembre 1797). Il y a, pour marquer les ouvrages d'oret d'argent, trois espèces de poinçons, savoir : celui du fabricant, celui dù titre, celui du bureau de garantie; un autre pour les ouvrages doublés, plaqués d’or et d'argent; un autre, dit de récence, qui s’applique par autorité publique, pour empêcher l’effet de quelque infidélité, etc. Le poinçon du fabricant porte la lettre initiale de son nom avec un symbole. Les poinçons du titre ont eu différentes empreintes. Les signes caractéristiques de ceux de garantie sont déterminés par l’administration des monnaies. Il y a en outre un petit poinçon destiné aux menus ouvrages d’or ; des poinçons pour les ouvrages d’argent; un poinçon pour les ouvrages vieux; un poinçon pour les ouvrages étrangers ; le poinçon de doublé ou de plaqué déterminé par l’administration des monnaies doit indiquer par chiffres la quantité d’or ou d’argent qu’ils contiennent et insculpter en toutes lettres sur l'ouvrage le mot doublé. Le poinçon de récence est déterminé par l'administration des monnaies. Telles sont les principales dispositions des lois relatives à la garantie des matières d’or et d'argent. Il a été établi des bureaux de garantie dans tous les départements, et suivant les besoins et l'importance des localités. Chaque bureau de garantie se compose d’un essayeur, d’un receveur et d'un contrôleur. Dans les communes populeuses, le ministre des finances peut autoriser un plus grand nombre d'employés à raison des besoins du commerce. Il ÿ a à Paris un vérificateur à la fa. brication des poinçons, coins et bigornes, un inspecteur des bureaux de la garantie et un vérificateur commis d'ordre. Les attributions de ces préposés, les pénalités prescrites pour les contraventions indiquées dans cette loi n'ont pas reçu depuis de graves modifications.

GARASSE (François), jésuite, dontlenom, comme celui de Zoïle, est resté honteusement célèbre, naquit à Angoulème, en 1585, entra à quinze ans chez les enfants de Loyola, et prononça ses vœux en 1618. I1se livra ensuite à la prédication en Frante et en Lorraine, où il obtint du succès auprès de la multitude, qu’il charmait en lardant ses sermons de quolibetset de bouffonneries. Tourmenté du désir de faire parler de lui, il prit part aux luttes littéraires et religieuses de son temps, et s’attaqua à toutes les réputations pour es. sayer de les flétrir en s’illustrant à leurs dépens. IL professait d'ailleurs un attachement fanatique pour son ordre, ef

s’enflamimait de haine contre ses advérsaires, distillant con: tre eux sans relâche le fiel et la calomnie. C’est ainsi qu’il poursuivit l'avocat général Louis Sefvin, qui n’airnait pas jes jésuites, et surtout le célèbre Étienne Pasquier, coupable d’avoir, en 1585, plaidé contre eux en faveur de l'université. Il est vrai que le factum de ce dernier avait sou+ lévé l'opinion contre la Société, en dévoilant hautement ses vues ambitieuses et son esprit d’enivahissement.

Fatigués des invectives journalières que Garasse ne cessait de vomir contre la mémoire de leur père, les fils de Pasquier y firent répondre par un avocat nommé Remi, qui, dans son Anti-Garasse, rendit à l’agresseur outrages pour outrages. Théophile, poëte renommé, fut aussi en butte aux traits de Garasse sans l'avoir provoqué : accusé d’athéisme, il avait tout à craindre des attaques du jésuite, qui pouvaient le conduire au bûcher. Mais les intérêts de la religion ou ceux de ses confrères n’excitaient pas seulement la bile de Garasse; il suffisait de blesser son amour -propre pour qu’elle débordât. Un prédicateur, François Ogier, ayant osé critiquer son livre intitulé La Doctrine curieuse des beaux esprits du temps, où il préchait la morale en style de la foire, tout semé de pointes et de turlupinades, Garasse fit pleuvoir sur lui un déluge d’injurés aussi ignobles que violentes; et cependant, s’il faut en croire l'historien de l’institut des jésuites, à/ était plein de modestie, de douceur et d’affabilité. Habitant Poitiers, où il avait, dit-on, été relegué par ses supérieurs , il sollicita, lorsqu'une maladie contagieuse fondit sur cette ville, la faveur d’aller soigner les malades à l'hôpital, et mourut victime de son pieux dévouement, le 14 juin 1631.

Outre ses écrits satiriques contre Servin et Pasquier, il a composé des poésies latines assez estimées, et une Somme théologique, qui fut censurée par la Sorbonne, comme renfermant des falsificalions des passages de l’Écriture. On a enco*e de lui plus de vingt volumes d’écrits ascétiques, restés manuscrits. SAINT-ProsrER jeune.

GARAT ( Dowmque-Jos£rn, comte), né le 8 septembre 1749, à Bayonne, était fils d’un médecin domicilié à Ustaritz, bourg peu distant de cette ville. Il reçut de son père et d’un parent, qui était curé, une excellente éducation, qu’il alla terminer à Bordeaux, au collége de Guyenne. Après s'être fait recevoir avocat dans cette ville, il vint à Paris, où il se lia avec les philosophes, et se fit bientôt connaître aväntageusement par ses Éloges de L'Hôpital (1778), de Suger (1779) ,de Montausier (1781), de Fontenelle(1784), dont les trois derniers furent couronnés par l’Académie Française ; il écrivit en même temps dans le Mercure français, dans le Journal de Paris, et fut chargé au Lycée du cours d'histoire qui venait d’y être fondé en 1785. En relation avec Condorcet et avec tous les publicistes qui surgirent des assemblées des notables, il habitait Paris au moment de la convocation des états généraux. Le tiers état du bailliage basque du Labour le nomma , lui, son frère et leur cousin d’turbide, leurs représentants à l’Assemblée nationale. On fut surpris de voir un oratéur d’un pareil mérite monter rarement à la tribune : peut-être la faiblesse de sa voix en fut-elle la cause. Du reste, il servit sans doute plus efficacement le parti des réformes par l'analyse raisonnée qu’il donnait des séances dans le Journal de Paris.

Porté deux fois au ministère dans les temps les plus oradeux de la révolution (à celui de la justice le 12 octobre 1799, à celui de l’intérieur le 14 mars 1793), ii eut, en la première qualité, à remplir le tristé devoir de notifier à Louis XVI son arrêt de mort. Peu de jours avant le 31 mai, il ne pouvait croire à la possibilité d’un attentat de la commune de Paris contre la représentation nationale, Il fut pourtant bientôt jeté dans les prisons; on le croyait perdu, des amis le sauvèrent. Après le 9 thermidor, il fut nommé ministre de l'instruction publique sous le titre de commissaire général; et quand l'École Normaie S'ouvrit, il y fit des leçons brillantes sur l'analyse de l'entendement. L'Insfitut, lors de sa formation, l’admit dans sa section des

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