GARASSE — GARAT
sciences morales et politiques, et le Directoire le choisit, en 1798, pour arnbassadeur à la cour de Naples. Nommé plus tard membre du Conseil des Anciens, il fut porté au Sénat après la révolution du 18 brumaire, prononça l'éloge de Kléber et de Desaix lors de l'inauguration du monument élevé à leur mémoire, et, comme président de la seconde classe de l’Enstitut, répondit, en 1803, au discours de réception de Parny.
Le sénat conservateur avait vu se former dans son sein une opposition fort modérée, composée de Grégoire, de Volney,de Destutt de Tracy, de Lanjuinaiset de Sieyès. Attiré vers l’empereur, qui l'avait fait comte, Garat, qu’on avait appélé jadis Ze jacobin malgré lui, n’osait pas non plus méconnaître où combattre la vive sympathie qui l'entrainait vers les opinions libérales, Ainsi, quoique admirateur et partisan de Napoléon, il penchait toujours vers l'opposition, et cependant son nom ne se retrouve point sur la liste des sénateurs appelés à la pairie lors de la première Restauration. Sénateur éliminé par les Bourbons , il ne fut pas davantage compris au nombre des pairs des cent jours, lors du retour de l’empereur, Mais, nommé à la chambre des réprésentants par les Basses-Pyrénées, il laissa de côté Foucher et ses intrigues, La Fayette et son opiniâtre utopie, et se déclara franchement pour Napoléon, dont le maintien lui paraissait indispensable au salut de la France. JL écrivit, au bruit du canon qui tonnait autour de la capitale, une déclaration de principes digne d’un grand peuple et portant l'empreinte d’un grand talent. Aussi, dans la réorganisation de l’Institut, fut-il expulsé de l’Académie Française, comme David de celle des Beaux-Arts.
En 1818, il publia ses Mémoires sur M. Suard et sur le dix-huitième siècle. Jamais l'indocile fécondité de son esprit ne s'était dévoilée plus ingénument : il n'avait d’abord voulu composer qu’une simple notice. Ce fut le dernier ouvrage qu’il fit imprimer; il donna seulement depuis quelques articles dans divers recueils littéraires. On lui doit, outre ses Éloges, un travail sur Moreau ( 1814); des Considérations sur la Révolution française (1792), et des Mémoires sur la Révolution (1795), dans lesquels il explique sa conduite pendant qu’il était aux affaires. Il a laissé encore un portefeuille riche de travaux importants ét variés, tels que des Éloges de Bossuet, de Condillac, de Montesquieu, et une Histoire des Basques, ses compatriotes, qu’on dit pleine d'intérêt.
Le comte Garat mourut lé 9 décembre 1833, à Ustaritz, peu dé temps après avoir été réintégré à l’Académie des Sciences morales et politiques, mais sans avoir été rappelé à l’Académie Française. Eug. GaRñAY DE MONGLAVE.
GARAT (Pienne-JEAN), neveu dn comte Garat, né à Ustaritz, le 25 avril 1764, fat le chanteur le plus étonnant que la France ait jamais eu. Fils d’un avocat distingué, il n'était point destiné à la profession d’artiste : guidé par un instinct irrésistible, il fut musicien dès son enfance. Sa mère lui donna les premières leçons; il apprit ensuite la vocalisation d’un Italien nommé Lamberti, qui habitait la ville de Bayonne. François Beck, compositeur d’un grand mérite, directeur de l’orchestre de Bordeaux, perfectionna le goût et le sentiment du beau qui étaient nalurels à son élève. À seize ans, il vint à Paris pour y faire ses études en droit : c’est à la musique, au chant, qu'il donna tout son temps. Il se lia avec le chevalier de Saint-Georges, violoniste fameux, prit part aux disputes des gluckistes et des piccinistes, profita des exemples précieux que Ini donnaient M6 Todi et Mara, virtuoses italiennes d’un talent différent, et pour la première fois il eut l'idée d’un chant pur, élégant, correct, d’une vocalisation parfaite et d’une expression naturelle, Son père, voyant qu’il négligeait tout à fait l'étude du droit, supprima la pension qu'il lui payait pour son entretien à Paris, Le comte d’artois l'indemnisa en ie nommant son secrétaire particulier, et le fit entendre à la reine Marie-Antoinette, qui l'admit à l'honneur de faire de la musique avec elle,