MERLIN
GARDE DE PARIS. Depuis la domination des Romains dans les Gaules, les villes municipales renfermant ane population au-dessus de 6,000 âmes étaient tenues d’a-
! zoir, à leurs frais, des gardes de police assez nombreuses
pour maintenir dans leur sein l’ordre et la tranquillité. Dès es premiers temps de la monarchie, les habitants de Paris furent protégés par des troupes urbaines, dont l'institution remonte à la première formation des milices gauloises, organisées par les Romains à l'époque de la conquête, ou par d’autres corps préposés à cet effet.
Sous les rois de la seconde race, on composa la garde de police d'hommes d’élite de la milice parisienne : ils furent soldés par la ville, et chargés de garantir ses rues des attaques nocturnes, de surveiller et d'arrêter les malfaiteurs, d’exercer enfin une police active et vigilante. Les chefs de cette troupe prenaient le nom de miles gueti, d’où est venue plus tard la dénomination de guet royal (vigiles regii ), donnée à une section de la garde de Paris. Les capitulaires de Clotaire et de Charlemagne s'occupent de la constitution de ce corps. L'histoire ne nous a transmis aucun renseignement précis sur son organisation pendant cette longue période de temps : on sait seulement qu’il se composait d'infanterie et de cavalerie, qu’il fut successivement muni de javelines , d’arcs et de flèches, d’épées et de pertuisanes, selon les temps et les innovations introduites dans l'armement des troupes. On se rappelle aussi que pendant le siége de Paris par les Normands, en 885, la milice bourgeoise et surtout les gardes de police défendirent ses remparts avec une héroïque bravoure; c'est à leur résistance et à leur courage opinitre que l’on dut le succès des négociations qui firent abandonner le siége.
On attribue au roi Jean la création d’une milice plus régulièrement organisée pour le maintien de l’ordre dans la capitale. En 1359, il la composa d’arbalétriers à pied et à cheval, lui assura une solde proportionnée à ses services , et lui accorda des priviléges. Déja, avant cette époque, saint Louis avait fixé la composition et l’organisation de la compagnie du guet. Au quinzième siècle la garde de police consistait en quatre compagnies, dont une de 120 archers, une de 100 arquebusiers, une de 60 arbalétriers , et une compagnie du guet de 120 hommes. La compagnie d’arbalétriers ayant , un peu plus tard, été armée de pistolets, les hommes qui la composaient prirent le nom de pistoliers. En 1594 toutes ces compagnies furent réunies en un seul corps ; on y adjoignit, dans le dix-septième siècle, une compagnie de fusiliers.
Pendant les guerres de religion qui désolèrent la France, et qui amenèrent la perturbation dans la capitale, la garde de Paris fut l’objet de l'attention spéciale des monarques : Charles IX et Henri III s’occupèrent de son organisation, et l'augmentèrent de quelques hommes. Louis XIV, préoccupé de ses projets de conquêtes, des grandes constructions de Versailles et de Marly, w’étendit pas sa sollicitude sur la garde de Paris; ce ne fut que sous les règnes de ses successeurs qu’elle reçut une organisation plus en harmonie avec sa destination. Elle ajouta à ses premières fonctions la garde des ports et des quais, la police des incendies, le service des
pectacles, des prisons et des tribunaux. A la révolution de 1789, elle se composait d’un état-major, de huit divisions d'infanterie de forces inégales, formant un effectif de 950 hommes et de deux divisions de troupes à cheval (8 brigades) de 66 cavaliers chacune. La division du guet était la dernière de l'infanterie. Cette garde se recrutait parmi les troupes de ligne et les militaires de vingt-quatre à quarante-cinq ans. Ils n'étaient point casernés, se logeaient et se nourrissaient à leurs frais. Moitié de l'effectif était de service toutes les vingt-quatre heures. II y avait en outre trois compagnies des gardes de l'hôtel de ville (312 hommes ) et une compagnie dite du guet de Paris, de 100 archers à pied et de 30 à cheval. Cette dernière était attachée au corps du Châtelet, et plus spécialement au service des prisons. Elle occupait une maison de la rue de la Roquette, portant le n° 90, et on lisaitsur la porte: Hôtel de la compagnie royale des chevaliers de l'arbalète et de l'arquebuse de Paris. Parmi les priviléges dont jouissait le corps entier, on remarquaiy celui de vendre 4,400 muids de vin