GARNERIN
né à Paris, le 31 janvier 1769, fit ses premières ascensions aérostatiques dans des montgolfières , au jardin Ruggieri, dans le courant de l'année 1790. Dès 1793, il proposait au comité de salut public l'application des aérostats au service de l’armée, et il appuyait son projet d’une ascension avec ballon à gaz hydrogène, retenu captif, et qu’on faisait manœuvrer dans l’intérieur du jardin du Luxembourg, Cette même année, Garnerin acceptait du comité de salut public une commission hasardeuse, celle d’aller inspecter le corps d'armée du général Ransonnet, et de rendre compte au comité de l'esprit de l’armée et de celui des habitants de nos frontières du nord , alors envahies par l'ennemi. 11 se rendit au camp de Marchiennes, fit une proclamation, passa les troupes en revue : on se battait le lendemain, et dans ce combat, de peu d'importance, Garnerin fut fait prisonnier parles Anglais, qui lelivrèrent aux Autrichiens. Ces derniers l'envoyèrent à Bude, en Hongrie, dans une forteresse où il subit, comme prisonnier d'État, une captivité rigoureuse de dix-huit mois.
De retour en France à la suite d’un échange de prisonniers, il se livra tout entier à son génie pour l’aérostation. Il ne vit toutefois dans cet art qu'une source de spectacle pompeux, un moyen de frapper vivement imagination de la multitude. Mêlant ses périlleuses ascensions aux fêtes brillantes du parc de Monceaux et d’'Idalie, il entreprit plus de soixante ascensions, dont quelques-unes durèrent tout un jour et toute une nuit ; à plusieurs reprises, il alla descendre de Paris à Aixla-Chapelle, de Paris au Mont-Tonnerre, franchissant ainsi par la route des airs une distance de plus de cent lieues. Il avait aussi imaginé les ascensions nocturnes, à ballon illuminé. Une expérience vraiment remarquable fut celle de la première descente exécutée au parc de Monceaux, le 22 octobre 1797. Dans un écrit intitulé : Voyage et captivité du citoyen Garnerin, ex-commissaire de la république, prisonnier d’État en Autriche, etc., écrit qu’il destinait à se justifier de quelques imputations calomnieuses, Garnerin raconte que l'idée de la descente en parachute lui vint dans les cachots de Bude. L'amour de la liberté, si naturel en prison, lui inspirait souvent les idées les plus extravagantes. Chercher à surprendre des sentinelles, à briser des portes bardées de fer, à percer des murs de dix pieds d’épaisseur, à se précipiter du haut d’un rempart ou d’une tour, telles étaient ses occupations de tous les instants. Ce fut en y réfléchissant que lui vint la pensée d’une descente en parachute. L'idée précédemment émise par divers physiciens, ef que Blanchard avait pratiquée déjà, de présenter de grandes surfaces à l'air pour neutraliser, par sa résistance, l'accélération du mouvement dans la chute des corps, lui servit de point de départ et de base. Après avoir déterminé les dimensions d’un parachute, pour se précipiter d’un rempart ou d'une montagne escarpée, il s’éleva, par une progression naturelle, jusqu'aux proportions que devrait avoir le parachute destiné à un voyageur aérien, dont le ballon ferait explosion à 1,000 ou 1,500 toises. L'expérience eut un plein succès. Garnerin coupa courageusement la corde qui le tenait suspendu au ballon, et il descendit à terre, mais rapidement. Le parachute, dans cette première expérience, oscillait considérablement. On reconnut que cela tenait à ce que l’air, refoulé dans la descente, était obligé, en s’échappant, de soulever les bords du parachute; on n’eut donc, pour compléter l'instrument, qu’à l'ouvrir à son sommet, afin de laisser passage à la colonne d’air, et de lui donner une surface plus considérable que celle qui avait d’abord été jugée nécessaire, Un grand nombre de descentes en parachute ont été exécutées depuis par divers aéronautes, et toujours avec succès.
Nous arrivons au moment ou Garnerin se trouva en eontact avec Napoléon. Ce fut lors du couronnement, en décembre 1804. Rien ne fut épargné vour rendre solen-
nelles les fêtes que la ville de Paris offrit en cette otcasion. Garnerin avait été mandé à Paris ; il prépara un ballon gigantesque, auquel était suspendue une couronne éclairée par 3,000 verres de couleur ; et quelques instants avant la fin du feu d’artifice, ce ballon, cette couronne, s’élevèrent majestueusement de la place du Parvis Notre-Dame, montèrent dans les cieux aux acclamations de la multitude, et au bruit répété en échos par les deux rives, de 60,000 fusées sillonnant l'air en tous sens. Le ballon cheminait dans les airs, et le lendemain les habitants de Rome voyaient poindre à l’horizon un globe radieux qui, toujours baissant, s’avançait à leur rencontre. 11 plana bientôt au-dessus de la coupole Saint-Pierre et du Vatican, veufs du descendant de saint Pierre; puis, s’affaissant tout à coup, il tarqua par des débris son passage dans la campagne de Rome, et vint s’abîimer dans les eaux du lac Braciano. Alors on put savoir ce qu'annoncait ce messager céleste. On le tira de l’eau; et l'inscription suivante fut imprimée, publiée , lue par toute l’Italie ; Paris, 25 frimaire an xui, Couronnement de l’empereur Napoléon par S. S. Pie VII.
Une circonstance, fort indifférente en elle-même d’ailleurs, vint donner aux yeux de Napoléon une haute importance et même une tournure politique (le croirait-on?) au voyage de ce ballon perdu. Le ballon, en rasant la terre, avait rencontré dans les environs de Rome le tombeau de Néron; il s’y était accroché, et pendant quelques minutes on put croire qu’il avait terminé sa course; mais bientôt, poussé par le vent, il avait continué sa route, laissant toutefois à l’un des angles du vieux monument une partie de la couronne. Les journaux italiens, qui n'étaient pas soumis à une censure aussi rigoureuse que les feuilles françaises, racontèrent innocemment la chose. Certains y ajoutèrent pourtant des réflexions rmalicieuses, désobligeantes pour l’empereur. Enfin, cela vint aux oreilles du maître; on alla jusqu’à en parler un jour dévant lui, à l’un de ses levers ; Napoléon témoigna hautement son mécontentement, et demanda avec humeur qu’il ne fût plus question du ballon de Garnerin.
Cetteexpérience du ballon du couronnement, bien conçue, parfaitement exécutée d’ailleurs, comme presque toutes celles qu’entreprit Garnerin, avait été malheureuse pour son auteur sous plus d'un rapport. Déjà, au départ du ballon de la place du Parvis, le 16 décembre 1804 à onze heures du soir, au moment où la couronne dépassa en s’élevant la hauteur des tours Notre-Dame, le vent avait éteint une partie des verres de couleur qui l’étlairaient. On comptait sur un spectacle magnifique , et le ballon ne produisit aucun effet. Puis cette chute sur un tombeau détruisit tout l’effet du miraculeux voyage de Paris à Rome accompli en si peu d'heures. Napoléon, en d’autres temps , avait applaudi au courage de Coutelle, chef des aérostiers militaires ; il avait apprécié et récompensé les efforts de Monge et de Meusnier pour arriver au perfectionnement des aérostats considérés comme machines de guerre ; Napoléon, qui avait fait élever des ballons en Égypte par Conté, ne dédaignant pas ce moyen de montrer aux Arabes la supériorité des arts de l’Europe sur les procédés grossiers de l'Égypte vieillie et dégénérée, Napoléon se laissa influencer par le rapprochement de cette couronne enlevée dans les airs, et qui va se briser sur l’angle du tombeau de Néron, le jour où lui-même, empereur des Français, en plaçait une sur son front... De ce jour date son indifférence pour l’art aérostatique. L'école ae Meudon, ainsi que les essais et les dépenses faites à ce sujet furent abandonnés. Garnerin cessa d’être employé par le gouvernement ; M Blanchard leremplaça dans la confiance dont il avait joui jusque alors, et fut chargée de toutes les ascensions qui eurent lieu depuis dans les fêtes publiques.
Garnerin mourut à Paris, le 18 août 1823 , des suites d’une attaque d’apoplexie foudroyante dont il fut saisi dans le jardin des Montagnes Françaises, au moment même où il se prépa-
rait à faire, avec Blanche Garnerin, sa fille adoptive et son élève , une nouvelle expérience aérostatique. Dupuis-DELCOURT.
GARNI. Voyez CHAmBre et HÔTEL GARNI.
GARNIER (Rogert), auteur dramatique, né en 1534, à La Ferté-Bernard, dans le Maine, remporta le prix de l’églantine aux Jeux floraux, à Toulouse, où il étudiait le droit. De retour dans sa ville natale, il y obtint la charge de lieutenant général du bailliage du Mans. La gravité de ses fonctions ne lui fit point abandonner la littérature théâtrale. Il aviit pris pour modèle Sénèque, dont il eut les défauts et les qualités. Moins fécond que Hardi et Jodelle, il les surpassa tous deux. « La tradition, dit l’auteur de l'Histoire du Théâtre français , assure qu’il était savant et bon orateur. Il harangua les rois Charles IX et Henri IN, qui lui proposèrent d'entrer à leur service. Il refusa, sous prétexte de la faiblesse de sa santé. » Hardi et Jodelle n'avaient imité les poëtes tragiques de la Grèce et de Rome qu'avec une grossière maladresse. Leur poésie sans rhythme, sans énergie, était diffuse et ampoulée. Et cependant, la Cléopâtre de Hardi était applaudie comme une merveille. Garnier s’attacha surtout à suivre scrupuleusement la règle des trois unités, et à peindre ses héros tels que les présente la tradition historique. Son style est plus correct, plus cadencé ; on lui doit la coupe régulière des rimes masculines et féminines. Sa Bradamante est son œuvre la plus remarquable ; c'est la première pièce qui ait été intitulée /ragi-comédie. Il donna successivement Porcie, en 1568; Hippolyte, en 1573; Cornélie, en 1574; Marc-Antoine, en 1578; La Troade, dans la même année; Antigone, ou la piété, en 1579; Bradamante, en 1580; Sédécias, ou les Juives, la même année. Ces neuf tragédies ont été imprimées en 1580, à Paris.
Ses travaux littéraires ne l’empéchèrent point de remplir avec la plus scrupuleuse exactitude ses devoirs de magistrat, et contribuèrent à son avancement. Il fut élevé par Henri IV au rang de conseiller au grand conseil, et faillit devenir luimême la victime d’une épouvantable tragédie : « La trahison de ses domestiques, dit Scévole de Sainte-Marthe, fut telle, et leur méchanceté parvint à un si haut point, qu'ils conclurent malheureusement entre eux d’empoisonner Garnier, sa femme et tous leurs enfants, pour piller leur maison, et s'enrichir ainsi lâchement de leurs dépouilles; et ce qui facilitait d'autant plus ce damnable dessein était la peste générale qui courait alors, parce que c'était à sa fureur qu'ils voulaient imputer les effets de leur funeste poison. Mais la justice du ciel en voulut ordonner autrement; car à peine la femme de nostre Garnier eut-elle innocemment pris un breuvage mortel qu’ils lui présentèrent en lui donnant à boire, que les signes du poison parurent d’abord en elle par des pamoisons et des syncopes qui la saisirent incontinent. » Les coupables furent livrés à la justice et punis de mort. Garnier mourut longtemps après ce tragique événement, en 1590. Durex (de l'Yonne),
GARNIER (JEAN-JaAGQuEs, abbé), né à Goron, bourgdu Maine, le 28 mars 1729, d’une famille pauvre, vint de bonne heure à Paris, où il fut d’abord employé au collége d’Harrourt. Dans cette position, qu’il n'avait pas espérée, il trafailla avec ardeur, et parvint en quelques années à acquérir une connaissance approfondie de la langue hébraïque ; le ministre Saint-Florentin, qui le protégeait, lui fit obteni: la chaire d’hébreu au Collége de France. Quelque temps après , il joignit à cette charge les fonctions d’inspecteur du Collége de France; fonctions qu’il exerça jusqu’en 1790. A cette époque, il refusa de prêter serment à la constitution civile du clergé, et quitta l'établissement, dont il avait relevé l'antique splendeur, Lalande, qui était son ami, le protégea dans la tourmente révolutionnaire, et lui fit obtenir une pension de 1,200 livres dans un moment de profonde détresse, Plus tard, il fut appelé à l’Institut, et sa position s’améliora. Garnier était un savant très-versé dans les langues anciennes, et aimant par-dessus tout les philovophes de la Grèce. Dans ses ouvrages d'érudition, il fit