GASTRONOMIE — GATES
nomme de goût, d'esprit et de jugement. Le gourmand et la gourmandise, c’est le pécheur, c’est le péché dans Jeur laideur. Le gastronome estle type épuré du gourmand ; l'extrême opposé, l'extrême honteux, c’est le g0 ulu. N'est pas gastronome qui veut. Le gastronome éclairé règle habilement sa vie : il repose et fortifie tour à tour son corps et son esprit par des essais de chimie culinaire, profondément médités, auxquels l'hygiène préside toujours ; il n’accueille que ce que la raison accepte; il n’adopte que ce que les convenances ont d’avance sanctionné. Il est lettré, poli, ouvert à sa table ou à celle d'autrui, gai, aimable, plus causeur qu’idéologue. Son appétit connaît des limites ; il ne se rendra jamais coupable d’un honteuseindigestion. Si la conversation des convives s’anime au cliquetis des verres ; si elle retrouve subitement le feu, l'éclat , la vivacité de l’ancienne conversation française, vous pouvez être sûr qu’il y a là un gastronome de première force qui fait jaillir l’étincelle et qui met tout en train. Sa politesse envers les dames est parfaite; et pourtant, il n’a ni moustaches, ni longs cheveux, ni pantalon zébré, ni redingote contrastant avec son âge. C’est un homme tout simplement convenable, qui vient
à nous de trente-cinq à quarante ans, sec, valide, indifféremment grand ou petit, ayant plus de trait que de sarcasme. Le gastronome est presque toujours un sage.
La gastronomie, triple et étrange phénomène, à la fois science, art, religion, a droit à notre respect, à notre amour, à notre foi. Philosophiquement parlant, elle est la seule chose possible dans ce monde; elle dirigeles autres sciences, et indique d’une manière positive l’état de civilisation d’une société : c’est même l’unique moyen de connaître, à n’en pouvoir douter, le degré de civilisation d’un pays. Si, dans notre Europe actuelle, la France en est arrivée au point où vous la voyez, il ne faut pas vous imaginer que les sciences ou la gloire en soient la véritable cause. La France n’est à la tête de l’Europe et du monde que parce qu’elle est la plus savante, la plus habile , la plus inventive dans la gastronomie; parce qu’elle a poussé le plus loin et perfectionné le mieux cet art si difficile et si précieux La Russie nous vole nos dessins d’étoffes, la Belgique a longtemps contrefait nos livres, l'Allemagne imite nos modes, l'Angleterre S’approprie nos inventions : on peut se méprendre dans le vol ou limitation de ces différentes nations. Mais il est un art sur lequel ni le vol ni limitation ne peuvent rien, et qui seul appartient à la France, comme Le signe le plus certain de son génie et de son intelligence , c'est la gastronomie. Si l’on veut bien vivre, vivre d'une manière artistique et civilisée : il faut recourir à notre France. Il faut la main d’un de ces cuisiniers civilisateurs, qui, au jour qu’il est, établissent avec tant d'éclat la supériorité de notre nation sur les autres naliôns du monde. Sous le premier empire et déjà sous celui-ci en à versé beaucoup de sang pour atteindre un but qu’il sera facile de dépasser d’une manière toute pacifique, rien qu’à l’aide de nos habiles cuisiniers.
* Nous voudrions pouvoir refaire ici l’histoire de la gastronomie, décrire ses phases brillantes, initier nos lecteurs aux somptueuxet élégants diners de Lucullus et d'A picius, leur faire sentir la puissante révolution qu’a produite dans les temps modernes ta découverte de la muscade et de la cannelle; leur faire ainsi traverser les siècles jusqu’au temps de Cambacérès , l’homme le plus poli, le flus artiste, le plus civilisateur de l’époque, l'intelligence la plus exquise et le produit le plus avancé de Ja révolution française ; mais un autre nous à devancé dans cette tâche ( Voyez CuLINARE [Art]).
On ne parle plus longtemps du poëme de la Gastronomie de Berchoux, seul titre de gloire de son auteur, qui pourtant a beaucoup écrit, Rabelais personnifie le ventre, l'appétit, la gastronomie, sous le nom de gaster , etil appelle gastrolätres les moines, que les satiriques accusent d’être gourmands. « Ils tous , dit-il, tenoient gaster pour leur grand Dieu, l’adoroient comme Dieu, lui sacrifioient COAOrS leur Dieu omnipotent. » (Pantagruel, liv. IV, ch. 58. Qu'il y a loin des habitudes brutales que fait sup-
DICT, DE LA CONVERS, —T, x,
poser cette sortie, à la délicate et intelligente gastronomie du dix-neuvième siècle!
GASTROTOMIE (de yaorfp, ventre, estomac, el téuvw, jecoupe). Ce nom désigne une opération chirurgicale très-remarquable, que M. le docteur Sédillot, professeur à la Faculté de Médecine de Strasbourg et directeur de l’hôpital militaire, a introduite dans la science. Cette opération consiste à établir aux parois de l'estomac une ouverture permanente, dans le but de fournir à l'alimentation une voie artificielle, chez les malades qu’un rétrécissement complet de l’œsophage condamne à mourir d’inanition. L'opération proposée par M. Sédillot a réussi d’abord sur les animaux, ensuite sur l’homme, et désormais elle prendra rang parmi les plus curieuses conquêtes chirurgicales de notre époque.
GÂTEAU, sorte de pâtisserie, presque toujours de forme ronde, faite ordinairementavec de la farine, du beurre et des œufs. Les petits gâteaux sont le principal objet de la gourmandise des enfants ; aussi est-il probable que leur nom dérive de la prodigalité avec laquelle on les gâte en leur distribuant cet encouragement ou celte récompense gastronomique. Décrire ici toutes les espèces de gâteaux serait fastidieux. Qu'on nous permette seulement de citer, parmi ceux dont la réputation est le plus répandue : le gdteau d'amandes, le gâteau de riz, le gâteau de feuilleté, le gâteau au lard, la Madeleine, le gâteau en losange, le gâteau de Savoie, le gâteau à la crème, le güteau à la royale( ou à l’impériale, si le cœur vous.en dit), le gâteau de brioche, la fougasse du Midi, le gâteau au fromage de Brie, les gdteaux fourrés, et, comme productions modernes du premier ordre, rentrant dans la même catésorie, le Savarin et le Saint-Honoré.
Les gâteaux de Nanterre ont longtemps joui d’une renommée égale au moins à celle de la sainte et héroïque vierge originaire de ce lieu. Les quelques marchandes, laides et vieilles, qui nous en offrent aujourd’hui de saapoudrés de poussière, sur le quai des Tuileries, ne sauraient nous donner la moindre idée de cette renommée, autrefois si chère aux enfants parisiens. Mais ce qui, par-dessus tout, a donné au gâteau en général une renommée universelle, c’est l’antique et patriarcale coutume du gâteau des rois, ou du roi de la fève, conservée dans presque toutes les familles. En certaines provinces, une part en est tirée pour le membre de la famille qui est absent. On la serre avec soin, ef, suivant qu’elle se conserve plus ou moins bien, on y trouve un augure favorable ou contraire à la santé du parent éloigné. Combien nous préférons à cet usage superstitieux la touchante habitude où sont d’autres familles provinciales de réserver dans le gâteau des rois La part du bon Dieu, qui devient soudain celle de l’indigence. On sait que la personne la plus jeune de la société est toujours chargée de prendre au hasard et de distribuer les parts de ee gâteau. Ce fut pour Barjac, valet de chambre du vieux cardinal de Fleury, l’occasion d’une spirituelle flatterie : xl trouva moyen de réunir, le jour des Rois, à la table de son maître, douze convives d’un âge si avancé, que l’Éminence nonagénaire, se trouvant la plus jeune. dut remplir les fonctions ordinairement attribuées à l'enfance.
Avoir part au gâteau est chez nous une locution métaphorique qui n’a pas besoin de commentaire. Lors du premier partage de la Pologne, elle donna l’idée d’une maligne allégorie : c'était une gravure représentant ce malheureux pays sous la forme d’une pièce de pâtisserie : autour de la table sur laquelle elle était posée, se tenaient l’impératrice de Russie, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche, qui en prenaient chacun une part; et on lisait au bas: Le gteau des rois. On sait que les morceaux en parurent si bons aux convives, qu'ils finirent par se partager le odteau tout entier. £ Ourry.
GATEAU FEÉBRILE. Voyez FÉBRILE;
GATES (Monts). Voyez GHATTES.
GATES (Horace), né en Angleterre en 1728, embrassa de bonne heure l’état militaire, et fit la guerre en Allemagne
sous fe prince Ferdinand, depuis duc de Brunswick. De retour dans ses foyers, il partit pour l’Amérique, avec le grade de capitaine d'infanterie dans le corps du général Braddock, et revint dans sa patrie après la paix de 1763. Mais, aimant le séjour du Nouveau Monde, il vendit son brevet pour y retourner, et acheta dans la Virginie une plantation, sur laquelle il vivait tranquille, quand là révolution éclata, Regardant l'Amérique comme sa patrie d'adoption, il prit les armes en faveur de l'indépendance, et parvint bientôt aux premiers grades militaires de l'Union. En 1777 il fut appelé an commandement en chef de l’armée américaine du Nord, réussit par d’habiles manœuvres à cerner le général anglais Burgoyne, son ancien compagnon d'armes des guerres d'Allemagne, etle contraignit à eapituler le 13 octobre. Ce fut le premier succès éclatant des patriotes. La générosité de Gates envers ses prisonniers rehausse encore le triomphe des républicains, et contraste singulièrement avec Pinhumanité des Anglais, mettant tout à feu et à sang, et brûlant jusqu’à la dernière maison de la petite ville de Kingston, après une victoire du général Vaughan en Virginie.
Gates, toujours attaché à son pays natal, et voulant forcer le ministère britannique à mettre un terme à ces atrocités, adressa une lettre au comte de Thanet, pair d'Angleterre, -son ancien ami, et en chargea le général Burgoyne. Mais les passions étaient trop exaltées dans le cabinet de Saint-James; la guerre continua avéc un nouvel acharnement. Le 25 juil-
let 1780, le congrès nomma Gates général en chef de l’ar- |
mée du midi. Là il essuya un grand échec dans la Caroline
septentrionale : à la tête de 6,000 hommes de milices améri- |
caines, mal disciplinées et peu aguerries ; il fut complétement battu par lord Cornwallis, qui n'avait sous ses ordres que 1,400 soldats de la ligne et 5 à 600 miliciens. Sans se laissèr décourager par ce revers, Gates faisait toutes ses dispositions pour le réparer, quand le congrès lui retira brutalement le commandement suprême. Il n'avait eu d’autres
naire d’Angleterre. La nouvelle de la mort de son fils unique, jeune homme de grandes espérances, vint encore aggraver ses chagrins. 11 se retira dans sa plantation du comté de Berkley, et y mourut, le 13 mars 1806, à l’âge de soixante-dix-huit ans.
GATH , l'une des cinq capitales du pays des Philistins, dont il est souvent fait mention dans l'Ancien Testament. Goliath était originaire de cette ville, où David vint chercher un refuge contre les persécutions de Saül. Quoique les Jsraélites se fussent à diverses reprises, et notamment sous le règne de David, emparés de Gath, ils ne purent jamais la conserver que passagèrement.
I y avait une ville du même nom dans la tribu de Sebulon : le prophète Jonas y était né. On en comptait aussi une dans la tribu de Dan.
GATINAIS, ancien pays de France, qui irait son nom de gastine, vieux mot par lequel on désignait l'endroit d’une forêt où le bois avait été abattu. Ce pays s'étendait en partie dans l'Ile-de-France, et en partie dans l’Orléanais, ce qui avait donné lieu à sa division en Gétinais français et Gdtinais orléanais. Le premier, qui avait pour capitale N emours, forme aujourd’hui la partie sud-ouest dn département de Seine-et-Marne; Montargis était la capitale du second, actuellement compris dans la partie orientale du département du Loiret, sauf quelques parcelles englobées dans ceux de la Nièvre et de l'Yonne, Au onzième siècle, le Gâtinais avait ses comtes particuliers. Geoffroi le Barbu, fils de Geoffroi Férole, comte du Gâtinais, ayant succédé à son oncle Geoffroi Martel, comte d'Anjou, les deux pays furent réunis. Mais Foulques le Réchin, second fils de Geoffroi Férole, après avoir dépouillé son père de ses possessions, le fit mourir en prison. Ce crime ayant attiré sur lui la colère de Philippe 1°", roi de France, il ne vit d'autre moyen d'apaiser ce prince que de lui céder une poclie de ses possessions, acquises au prix du sang. C'est
GATES — GATTILIER
ainsi que le Gâtinais fut réuni à la couronne, à laquelle il est {oujours resté annexé depuis. O. Mac-Canray.
GATSCHINA, ville de Russie, dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg, à environ 40 kilomètres de cette capitale , située d’une façon ravissante au pied des monts Duderhofsch et sur les bords d’un lac formé par l’Ischora, est régulièrement construite et compte 9,215 habitants. On y trouve un hospice d’orphelins, un collége et une école d’arboriculture; mais elle est surtout remarquable par son beau château impérial, édifice d’un style noble et simple, contenant six cent pièces à feu et entouré d’un des plus magnifiques jardins qu’il y ait en Europe. Il fut construit par le prince Grégoire Orloff, ef à sa mort, acheté par l’impératrice Catherine IL. En 1784, cette princesse en fit présent au grand-duc Paul, qui en fit son séjour favori et qui, en 1797, accorda les droits et les priviléges de ville au bourg qui s'était insensiblement formé près du châtéau. Un traité d’alliance et degarantie fut signé le 29 octobre 1799 à Gats china entre la Suède et la Russie,
GATTEAUX (Jacques-Énouarp) , né à Paris, le 4 septembre 1788,eut pour maîtres son père, Nicolas-Marie Gat- TEAUX, habile graveur en médailles et mécanicien ingénieux, et leseulpteur Guillaume Moitte, En 1809 il remporta le grand prix de gravureen médailles, et alla se perfectionner à Rome. Revenu en France en 1813, il exécutales médailles de Puget, d’'Edelinck, de Varin,de Rameau, et de Philibert Delorme, pour les grands prix de sculpture, de gravure en taille douce ; d’architecture, de gravure en médailles et de musique, décernés annuellement par l’Académie des Beaux-Arts. De 1816 à 1825, il fournit à la Galerienumismatique des grands hommes français, dont il était l’un des fondateurs, les médailles de Pierre Corneille, La Fontaine, Montaigne, Rabelais, Buffon, Mme de Staël, Saint Vincent de Paul, Cassini, l'abbé Barthélemy, Monge, Masséna, etc. En 1817, il fit celle du duc d’Enghien pour la collection de M. Du-
| rand, et celle de La Paix de 1814 pour la suite des métorts que de trop compter sur ses troupes et d’être origi-
dailles de la Restauration, Le gouvernement de Louis XVIII le chargea également de trois autres médailles : Za Sainte- Alliance, L'établissement du pont de Bordeaux, Le Réétablissement dela statue de Louis XITI à laplace Royale. En même temps M. Gatteaux exécutait le buste en marbre de Rabelais, aujourd’hui à Versailles, et ceux de Michelinge et de Sébastien del Piombo pour le Louvre. Depuis sette époque son burin s’est trouvé associé à un grand nombre d'événements de notre histoire contemporaine.
Quoique plusieurs critiques préfèrent ses médailles à ses statues, M. Gatteaux a eu quelques beaux succès dans la grande sculpture. On peut citer ses statues en bronze du chevalier d’Assas (1827 ), et de l’enseigne de vaisseau Bisson (1832), élevées par souscription, l’une au Vigan, l’autre à Lorient. En 1831 on avait remarqué au salon son Trip{olème, exécuté depuis en marbre. Mais l’œuvre préférée de l'artiste est une Minerve après le jugement de Péris (1836), où il a su s'inspirer des plus belles traditions de l’art antique. H a été moins heureux dans l'exécution d’une statue en marbre d'Anne de Beaujeu, pour le jardin du Luxembourg (1847).
Nommé en 1831 chevalier et en 1861 officier de la Légion d’honneur, élu en 1834 membre du conseil municipal de Paris et du conseil général de la Seine, dont il a fait partie jusqu’en 1848, M. Gatteaux a succédé en 1845 à Galle dans la section de gravure de l’Académie des Beaux-Arts:
GATTILIER, genre d'arbrisseaux de la famille des verbénacées, ayant pour caractères essentiels : Calice court,
cinq dents ; corolle à tube grèle et allongé, à limbe plan, vartagé en cinq ou six lobes inégaux et disposés en deux lèvres; stigmate bifide ; drupe contenant un osselet quadriloculaire et tétrasperme. Ce genre, renfermant environ vingt espèces, à pour type le gattilier d'Europe (viteæ agnus castus, Linné), plus connu sous le nom d’agnus castus, agneau chaste , nom qui rappelle les propriétés antiapbrodisiaques que Jui attribuaient lantiquité et le moyen Age.La persua-
! sion où l'on était que ses diverses parties pouvaient amorlir
GATTILLIER — GAUCHE
léé désirs chârnels avait fait imaginer aax prêtresses de Cérès , pour se conserver pures, de former leur couche avec les rameaux de cette plante, et d'en joncher les temples de la déesse. « Les dames d'Athènes, dit Brantôme, d’après Pline, pendant les fêtes des Thesmophories en l'honneur de Cérès, couchaient sur des paillasses faites de feuilles d'agnus castus, pour se refroidir et ôter tout appétit chaud, et parce qu’elles voulaient célébrer cette fête en plus grande chasteté ». Dans des temps plus rapprochés de nous, ses semences introduites dans les aliments des religieux, son bois porté par eux en manière d’amulette, devaient les mettre à l'abri des feux dévorants de l'amour. Il n’y a pas longtemps encore que l'on trouvait dans toutes les pharmacies , sous le nom d’agni casti semina, les fruits du gattilier d'Europe, dont on préparait un sirop appelé sirop de chasteté. Et cependant ces fruits, d’une saveur âcre et prononcée, contiennent une huile essentielle que l’on sait aujourd’hui douée de propriétés stimulantes, Leur odeur leur avait déjà fait donner les noms de pelil poivre, poivre sauvage, poivre des moines. Complétement abandonné par la thérapeutique, le gattilier d'Europe, qui croît dans les lieux secs et arides du midi de la France, a des rameaux grèles et blanchâtres, des feuilles pétiolées, opposées , digitées, cotonneuses en dessous; les fleurs sont violettes , purpurines ou blanches ; elles paraissent vers la fin de l'été, disposées en épis verticillés.
GAU, en langue gothique Gavi, dans l’ancien haut-alle. mand Kouwi, au moyen âge Gœuwe, mot d’origine incertaine, qu’on traduit ordinairement en latin par la mot pagus ou bien encore par ceux de regio ou provincia. C’est la dénomination donnée en Allemagne, et aussi par jes Francs dans les provinces Slaves qu'ils soumirent, à certaines circonscriptions dans lesquelles était divisé le territoire sous le rapport de l'administration civileet judiciaire, et aussi sous celui de l’organisation militaire. Il en est fait mention dans lhistoire dès le septième siècle, et il en existe encore aujourd’hui de nombreux vestiges dans les noms particuliers restés à certaines localités, comme Brisgau, Thurgau, Sundgau, Argau, Rheingau, etc. Les gaus eurent naturellement pour délimitations des montagnes, des vallées, des rivières et des forêts. Ce ne fut qu'à une époque de beaucoup postérieure, en Allemagne surtout, que la politique intervint dans la démarcation de leurs frontières. L’administration des gaus était confiée, sous l’autorité royale, à un ou plusieurs comtes appelés Gaugrafen , et en latin comites, d’où le mot comitatus employé dans cette langue comme synonyme de gau. Dès Île douzième siècle, lorsque les feudataires de la couronne eurent réussi à rendre Jeurs fiefs héréditaires, l'institution des gaus tomba en désuétude ; aussi seräit-il aujourd’hui d’une difficulté extrême, pour ne pas dire impossible, de préciser la ligne de démarcation exacte de certains gaus dont il est fait mention dans les chroniques, attendu que dans les grands il arrive souvent d’en rencontrer de moindres qui s’y trouvent englobés.
On peut croire qu'à certains égards le mot gau eut à une époque donnée et dans quelques localités les mots bant ( par exemple Rrabant) et Eiba (par exemple Weftereiba, d’où on a fait plus tard #etterau [ Weltéravie |) pour synonyines.
GAU (Crares-FRANÇoIs), célèbre par ses voyages et ses explorations en Nubie, né à Cologne, le 15 juin 1790, fit ses études à l'École des Beaux-Arts de Paris. C’est à Rome, où il s'était rendu en 1817, qu’il prit la résolution de compléter par un voyage en Nubie les travaux de lInstitut d'Égypte. Après avoir supporté les plus grandes fatigues et les plus grandes privations, il lui fut enfin donné d’apercevoir les Pyramides,
Au Caire, de mesquines rivalités cherchèrent à contrarier l'exécution de ses plans. Mais, grâce à la protection du consul de France Drovetti, il obtintenfin le firman indispensable pour pousser son voyage plus avant; et après trente-trois jours de navigation sur le Nil, ilatteignit enfin Thèbes. Là il put se procurer des Arabes pour l'accompagner, une barque, des
provisions pour son voyage, quatre matelots et un ancien mamelouck de la garde impériale pour lui servir d’interprète; et avec des vents favorables , il ne tarda pas à atteindre le but de ses efforts. Maitre de sa barque, il dépendait de lui de s'arrêter où bon lui semblait, 4e dessiner et de mesurer à loisir. Il trouva entre la seconde cataracte ct Philæ vingt-un monuments qui jusque alors étaient restés complétement inconnus ; le choix qu’il en fit, les descriptions qu'il en donna, furent partout approuvés. La vérité et la fidélité de ses dessins, qui n’ont rien perdu à la gravure, l'exactitude de ses mesures et d’autres qualités ont valu à ses Antiquités de la Nubie (13 livraisons. Paris, 1821-1828) les suffrages unanimes de la critique. Ce fut Niebubr qui se chargea en grande partie de la rédaction du texte joint aux planches.
Naturalisé français en 1825, Gau fut nommé l’un des architectes de la ville de Paris, qui lui est redevable de la restauration de Saint-Julien-le-Pauvre et de la prison de la rue de la Roquette; c’est sur ses dessins que s’éleva l’église gothique de Sainte-Clotilde, projetée] sur les anciens terrains Belle-Chasse. Malheureusement il dépassa de beaucoup ses devis , et n’arriva qu’à des résultats mesquins, ce qui lui fit retirer la direction des travaux de cette église. Cet artiste estimable mourut à Paris en janvier 1854.
GAUCHE, GAUCHER, termes que l’on fait dériver du grec yévooc, qui signifie oblique ou de travers, comme on se sert du verbe gauchir pour biaiser. Pourquoi signalet-on la gauche comme maladroite, faible, inhabile ou malheureuse? Pourquoi dit-on d’un individu qui paraît ridicule dans sa tournure ou dans ses actions qu’il est gauche ? Cependant, il ya des gauchers plus adroits que les droitiers et queles a mbidezxtres.C’est que la nature ou la coutume a donné la supériorité de force et d’habileté aux membres du côté droit Les physiologistes qui prétendent que l’homme éfait primitivement formé avec des membres égaux en vigneur et en toutes les aptitudes de leurs actions soutiennent que nous ne devons l’infériorité de la main gauche qu’à l’habitude contractée dès l’enfance de faire emploi toujours de prédilection de la main droite, Ils remarquent que les jambes sont communément de force pareille, et peut-être même que le soldat, qu’on fait toujours partir du pied gauche et tendre le jarret, acquiert plus de vigeur dans cette extrémité. Il est évident que l’accoutumance renforce le membre qui est le plus xxercé, fût-il originairement la plus débile.
Mais les naturalistes, étudiant la pondération primitive des forces dans les corps vivants, ontremarqué des inégalités naturelles de l'organisme, soit chez l'espèce humaine, soit parmi d’autres genres d'animaux. Prenons l’homme sur tout le globe : par quelle cause les nations les plus diverses se sont-elles accordées à préférer la main droite? Guillaume Dampier, qui fit l’un des premiers le tour du monde, s’étonnait de voir partout chez les sauvages, les nègres , etc., la main gauche moins employée et plus faible, comme chez nous. Presque partout chez les anciens le côté gauche était sinistre, la partie débile, celle du cœur. Le guerrier plaçait au bras gauche le bouclier ; aujourd’hui, l'épée , le poignard, sont situés à gauche, afin que la main droite soit plus à portée de les'saisir, Le côté sénestre est donc celui qu’on protège, tandis que la dextre est forte et agressive. Quand or veut faire honneur à quelqu'un, jadis comme aujourd'hui, on le place à sa droite : Dixit Dominus Domino meo : Sede a dextris meis. Siles anciens Perses attribuaient à cet égard la préférence au côté gauche, ils en donnaient pour motif que c’était la région du cœur et une marque de confiance de livrer ainsi la partie la plus vulnérable à leurs meilleurs amis.
De même, dans nos lultes politiques, le parti qui se présente comme le plus éminemment patriotique ou libéral occupe la gauche des assemblées, tandis que le côté droit est préféré par les amis de l’autorité et du pouvoir monarchique.
Personne n’ignore combien les présages obtenus à gau