GAUCHE — GAUCHOS
activité, ses répugnances pour la vie sociale, son insouciante ignorance, sa taille presque titanique et la maïigreur de ses formes, qui font de lui, comme du lion, un être tout force et tout muscles, lui donnent une physionomie des plus onginales, qui tient au merveilleux par plus d’un point, Cette misérable hutte où il s’abrite, et qui élève son large cône dans limmensité de la solitude, est une construction facile en tous lieux. Pourvu qu'il ait un cheval, un lasso et une bola, le gaucho saura toujours bien se procurer d’autres chevaux et s’approvisionner de bétail à demi sauvage, qui servira à sa subsistance. Ce asso est un lacet formé d’une bande de cuir très-fort et présentant à une de ses extrémités un nœud coulant. Du haut de son cheval, le gaucho le lancera avec tant d’adresse autour du cou, des cornes ou des jambes de l’animal, qu'il ne manquera presque jamais son coup. La bête enlacée. essayera de fuir; mais arrêtée dans son élan par la courroie, dont le bout est solidement fixé à la selle du chasseur, elle s’abattra et roulera à terre. La bola, comme son nom l'indique assez, est la boule attachée à l’autre extrémité, et qui sert de contre-poids.
La chasse du gaucho a-t-elle été longtemps heureuse, et se sent-il assez riche pour tenter les chances du commerce, il se rend bien vite à San-Miguel de Tucuman. Cette ville est le rendez-vous des gauchos que le sort favorise, Mais une fois la vente achevée, la centaure s’évanouit, et le joueur passionné lui succède pour demander aux cartes de poignantes émotions. Alors se déroulent invariablement les péripéties du drame d’un jeu effréné, tandis que l’enivrant Æawa coule à flots incessants dans d’avides gobelets de corne, et que le plus souvent le sang de l’une des parties ruisselle, pour couronner dignement ces orgies de sauvages. Comme dès sa plus tendre enfance la nourriture du gaucho se compose presque exclusivement de viande, comme les pampas sont presque partout imprégnées de sel, le gaucho a bientôt fourni aux premiers besoins de son existence, même dans les endroits les plus déserts, si jamais il luiarrive d’être banni et poursuivi.
Familier dès ses premières années avec tout ce qui a trait aux chevaux, à leurs mœurs et à leurs allures, dès lors cavalier par excellence, on peut dire qu’il passe sa vieentière à cheval. C’est à cheval qu’il va chercher l’eau, le maïs, le manioc, le tabac et ses autres provisions; c’est le seul mode de locomotion qu'il connaisse. S'agit-il d'aller à la messe, c’est à cheval qu’il se rendra à l’église. Mais il s’arrêtera religieusement à la porte du temple chrétien, et là, immobile sur sa selle, il priera jusqu'à ce que l’i£e missa est lui permettedereprendre son éternelgalop, qu’il ne modérera vers la fin de la journée que pour considérer encore, du haut de sa selle, les danseslascives dont sont le théâtre les sales stations de postes sesuccédant le long des grandes routes du commerce quitraversent les pampas. Femmes et enfants sont habitués à partager avec les hommes la plupart des plaisirs et des peines de cette vie. Il est rare de rencontrer des gauchos sachant lire; et écrire est pour eux le comble de la science. On peut dire qu'ils ne sont catholiques que de forme, puisqu'ils n’ont pas la moindre idée de ce que peut être une doctrine religieuse, et qu’une foule desuperstitions empruntées aux Indiens ont cours parmi eux. Cela ne les empèche pas d’attacher un prix infini à la sépulture ecclésiastique; aussi en temps de paix ont-ils l'habitude de transporter leurs morts de distances très-éloignées jusqu’à la demeure d’un prètre.
Gai, jovial, bienveillant et hospitalier, le gaucho, lorsqu'on l’irrite, est capable des plus affreuses atrocités; et il poursuivra avec la sagacité et la patience de l’indien un ennemi dont le sang seul peutassouvir sa vengeance. Les uns sont propriétaires de petits troupeaux; les autres se mettent en service dans de grandes métairies comprenant souvent une superficie de six à huit kilomètres. Endurcis par ce genre de vie, incapables de rester un instant -en repos, ils sont toujours prêts à s'attacher au premier parti politique venu et à entreprendre à son prolit et au leur quelque tentative de brigandage, La guerre civile qui pendant un
GAUCHOS — GAUDICHAUD
demi-siècle a désolé les provinces de la Plata leur a longtemps offert des occasions de donner satisfaction à ces instincts ; mais aussi elle a eu pour résultat de propager parmi eux une démoralisation telle, qu'après la chute de Rosas, qui lui-même a été gaucho, et l'apparence du rétablissement de l'ordre dans la capitale, il est fort douteux qu’il soit aujourd’hui possible de tenir en bride et de civiliser graduellement cette population à moitié sauvage.
GAUDE, plante tinctoriale du genre réséda, vulgairement appelée kerbe à jaunir ou herbe aux juifs (les ordonnances de police du moyen âge les forçaient, comme on sait, à porter une toque jaune, teinte dès lors avec la gaude). Elle fleurit en mai et mürit en juin et juillet. Quelques auteurs voient en elle le sérathium des anciens. La gaude (reseda lutéola, Linné) croît spontanément sur presque tous les points de la France ; mais dans quelques localités elle est l’objet d’une culture régulière. C’est une herbe haute de 66 centimètres à 2 mètres, qui se plaît dans les terrains incultes et croît spontanément au milieu des décombres et le long des grandes routes, surtout dans les terrains pierreux et sablonneux. Celle qui est cultivée donne au reste des produits plus estimés. Linné a observé, comme l’un des Caractères particuliers de cette plante, que l’épi de fleurs très-serrées el jaune verdâtre qui termine sa tige suit exactement le cours journalier du soleil.
La décoction de la gaude dans l’eau produit une pelle couleur jaune, et il s’en fait une assez forte consommation pour la teinture des étoffes de soie, de laine et de coton. A cet effet, on l’arrache tout entière avec ses racines à l’époque où ses graines commencent à mürir. On la fait sécher plus complétement soit sur place, soit dans les greniers, où on la conserve. La matière colorante de cette plante a reçu de M. Chevreul, qui l’a isolée le premier, le nom de Zutéoline. Elle s'offre en cristaux jaunes, qui s’obtiennent en précipitant par l’acétate de plomb une décoction de gaude. Elle est soluble dans l’eau, dans l’acool et l’éther. GAUDICHAUD (Cuarces BEAUPRÉ), botaniste et voyageur français, membre de l’Académie des Sciences, naquit à Angoulême, le 4 septembre 1789. D'abord pharmacien de la marine de l’État, il fit plusieurs grands voyages de découvertes, comme MM. Quoy, Gaimard et J. Arago, et plusieurs fois avec eux, sous la conduite des capitaines Freycinet, Durand et de Villeneuve-Bargemont. Mais il ne se borna point à recueillir des collections et des herbiers; il étudiait les lois | de la nature, et des effets essayait de remonter aux causes. | Disciple du botaniste Dupetit-Thouars, il adopta et
compléta plusieurs de ses théories de physiologie végé-
tale. Par exemple, il n’attribua point l'accroissement des ) arbres à ce fluide hypothétique que les botanistes appellent | cambium ; suivant lui, cet accroissement provient du dé- | veloppement des mérithales de Dupetit-Thouars, ou de ce | qu’il nommait lui-même des phytons, ou jeunes pousses ; il regardait chaque bourgeon comme une sorte de jeune | tige ou comme la plumule d’un nouvel embryon, dont les productions radicales vont accroître l’épaisseur de l’arbremère , soit en envoyant des fibres bien évidentes dans la | substance même du tronc ( comme dans les palmiers }, soit en enroulant la surface de ce tronc, comme dans nos arbres ordinaires à couches ligneuses circulaires. Chaque bourgeon, } mérithale ou phyton, se compose de fibres ascendantes ou tigellaires, qui servent à l’accroissement en hauteur, et de | fibres descendantes ou radicales , qui se juxta-posent aux fi- | bres du phyton précédent et au corps de l'arbre. Le fait est que ces fibres descendantes sont fort ostensibles dans la tige des palmiers et des dattiers, et même assez appréciables Lsur le tronc de nos arbres communs, où l'on voit chaque tbourgeon, chaque rejeton ou écusson nouveau dessiner de sa bpartie inférieure comme une broderie de petites racines capillaires sur le Bois déjà formé qu’elles recouvrent et vont lépaissir. C'est ainsi qu'il expliquait l'accroissement des arbres. Toutefois , on a adressé à Gaudichaud une objection qu'il n'a pas assez Combatlue. On lui à fait remarquer
que si vraiment le tronc ligneux ne s’accroissait qu'au moyen des fibres des nouvelles pousses, un jeune arbre, à bois incolore, qui reçoit des écussons de bois rouge ou noir, devrait lui-même rougir ou noicir dans les couches développées postérieurement à l'insertion de cet écusson, hypothèse que des faits n’ont pas justifiée.
Pour être juste envers Gaudichaud, on doit reconnaitre qu’il a porté dans ce qu’on peut appeler la philosophie de la botanique une profondeur et une clarté dont cette science n'avait pas l'habitude. C’est ce dont témoignent ses nombreux mémoires et son Organographie, qui est son œuvre capitale, En physiologie végétale, Gaudichaud fait tout dériver, comme pour la vie des animaux, des propriétés et des forces vitales, dont des effets physiques, physiquement inexplicables, lui révèlent l'existence. Il est métaphysicien, mais métaphysicien solidiste, si cela peut se dire. Nous avons déjà dit qu’il rejetait le cambium de Mirbel : ce fluide plastique lui parait être une pure fiction. Mais plus tard il tiendra compte de la sève, qui est pour les végétaux ce qu'est le sang dans des êtres plus élevés et plus complexes. Il serait sans cela organiciste jusqu’à l’excès; car dans les corps organisés vivants tout concourt et conspire pour les manifestations de la vie, les fluides vitaux comme les organes : et dans ce vaste ensemble d'éléments diversifiés, tout est agent; les organes ne peuvent pas plus sans les fluides, les eussent-ils engendrés, que ne peuvent les fluides sans les organes.
Nous résumerons ainsi qu’il suit la vie scientifique et laborieuse de Gaudichaud. A bord de quatre navires de l’État, L'Uranie, La Physicienne, L'Herminie et La Bonite, et sous la conduite de trois différents capitaines, il a fourni trois voyages de long cours, marqués par de terribles événements, par des découvertes nombreuses et d'immenses récoltes qui ont enrichi la science et le Muséum. C’est dans un de ces voyages que de sa nation il fut le premier, avec le docteur Quoy, à franchir les montagnes Bieues, et qu’il eut la douleur de voir naufrager L'Uranie, chargée de ses collections, dans l'archipel des îles Malouines , où ce célèbre navire s’est à jamais-abimé ( 14 février 1820 ). Ses herbiers restèrent dans l’eau salée pendant quarante jours, après quoi il réussit à sauver quatre mille plantes, qu’il lui fallut, durant quatre mois, laver une à une à l’eau douce, dessécher, classer, étiqueter, et avec lesquelles il a depuis composé sa Flore des îles Malouines, un des meilleurs des trente ouvrages, grands ou petits, que lui doit la botanique. Il a visité tour à tour l'Amérique du Sud, les îles d'Afrique, Bourbon, Maurice et Sainte-Hélène ; le port de Jackson et Botany-Bay, les Sandwich et la Terre de Feu, les Indes orientales et une partie de la Chine ; a vu Singapour peu après l’installation de ses premiers habiants, Calcutta dans sa puissance, Canton avant l’invasion anglaise , et la Nouvelle-Hollande, encore fière des Péron et des Baudin ; à séjourné à cinq reprises différentes à Rio-Janeiro, et doublé trois fois le cap Horn. Il avait perdu à ces glorieux voyages sa bouillante jeunesse, marquée par douze à quinze duels, constamment heureux, son repos, sa fortune patrimoniale et sa santé, qui avaient sombré comme L'Uranie. Il est vrai qu'il leur a dû de voir Alexandre de Humboldt attacher à son côté la croix d'Honneur ; d’être associé à vingt-huit compagnies savantes , et d'occuper à l’Institut de France le fauteuil d’Antoine-Laurent de Jussieu, ce prince des botanistes, honorable succession, qui lui fut annoncée à l’ile Bourbon, et qui ne coùûta aucune démarche à sa juste fierté et à cette ferme indépendance qui se fonde sur le caractère encore mieux que sur la possession, On a souvent accusé les savants de cumuler force places et sinécures : tel ne fut point Gaudichaud. Quoique membre de l’Inatitut, il resta jusqu'à son dernier jour simple pharmacien de la marine comme en 1820. Ses fortes et constantes études accablèrent par des souffrances les dernières années de sa vie. 11 croyait depuis longtemps n’avoir plus qu’un poumon; et il mourut à Paris, le 15 janvier 1854, des progrès croissants
Romans, Massilia avait été secourue par eux dès l'an 154 coulre des tribus liguriennes qui, descendant des Alpes mar ifimes, étaient venues attaquer ses colonies Antipolis et Nicæa. Mais les conquêtes véritables des Romains dans la Gaule Transpadane ne commencèrent à bien dire que par la soumission des Salyes ou Saluvii, peuplade celto-ligurienne que Marcus Fulvius envoya en l'an 125 au secours des habitants de Massilia, et dans le territoire de laquelle Caïus Sextius fonda, en lan 123, Aquæ Sextiæ (Aix ), la première colonie romaine établie dans la Gaule Transalpine. La soumission des Allobroges fut opérée dans les années 123 et 121 par Cneius Domitius et par Quintus Fabius. Cette con-
trée fut érigée alors en province romaine, et porta par excel- |
lence la dénomination de Provincia Romana ( Provence ). Par opposition à la Gallia Togata, et en raïson des longues et larges chausses ( braccæ ) que portaient ses habitants, Gaulois d’origine, elle reçut le nom de GazLra BRAGCATA ; et le reste de la Gaule Transalpine fut appelé GazziA Comara, à cause de l'habitude où étaient les Gaulois de porter leurs cheveux ( Coma)longs et enroulés sur le sommet de la tête. La Province avait pour limites au nord la Durance ( Druentia), dans la vallée de laquelle une route conduisait par le mont Genèvre et l'Isère ( /sara ) jusqu’au Rhône (Rhodanus), et le lac de Genève ( Lacus Lemanus). A l’ouest, elle ne tarda
pas à s’élendre par delà le Rhône, sur la rive orientale du:
quel les Cavares habitaient le pays où sont situées Arles ( Arelate) et Avignon (Avenio), et au nord de ceux-ci les Vocontii jusqu'aux Cévennes ( Sebenna), dont le versant était habité par les Helviens, et plus au sud encore, d’où les anciennes populations ibériennes avaient été expulsées par les Volcæ Arecomici dans les environs de Nîmes ( Nemausus ) et par les Volcæ Tectosages aux environs de Carcassonne ( Carcaso ), de Toulouse ( Tolosa) et dans le Roussillon ( Ruseino), jusqu'aux Pyrénées et à la Garonne ({ Garumna ) . En l'an 118, Quintus Martius Rex y fonda la colonie romaine de Narbo Martius ( Narbonne ). Quand Marius eut réussi à arrêter l'invasion des Cimbres et des Teutons, les Romains demeurèrent tranquilles possesseurs de ces contrées. Dans l’espace de huit années ( de 58 à 51) Jules César subjugua tout le reste de la Gaule Transalpine, c’est-à-dire la contrée bornée au sud par les Alpes Pennines, Ja Province et les Pyrenées; et séparée à l’est, de la Rhétie, par la large chaîne alpestre de la vallée du Rhin supérieur, puis par le Rhin et le lac Constance (Lacus Brigantinus) de la Vindélicie, et plus loin encore, des Germains , par le Rhin jusqu’à son embouchure.
D’après les trois grands groupes de populations différant les uns des autres par leur langue, leurs mœurs et leurs institutions, que César trouva dans ce pays, il le divise, dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, en trois régions dislinctes. La région méridionale, l’Aquitaine, était située entre les Pyrénées et la Garonne, habitée par plus de vingt petites peuplades, se rattachant toutes à la race ibérienne, et différant de la race celte. Les deux autres régions étaient habitées par des populations de race celte, dans le sens que nous attachons aujourd’hui à ce mot, à savoir : les Gaulois proprement dits, ou les Celtes, ainsi quils se qualifiaient eux-mêmes au témoignage de César, en se servant d’un nom ne diffèrant de celui-là que par la forme, de même origine d’ailleurs que les Gaulois de la Province et de la Gaule Cisalpine; et les Belges, de race très-similaire, mais pourtant assez distincte, même en ce qui était de la langue, pour que les Romains eux-mêmes pussent apprécier ce qui les différenciait les uns des autres. Les Belges, comme les Gaulois proprement dits, se subdivisaient aussi en un trèsgrand nombre de peuplades diverses, formant autant d’États particuliers, sauf que souvent les plus fatbles étaient placés sous la protection d’un plus considérable et plus puissant, Les Gaulois et les Belges étaient une race d'hommes grands ot vigoureux, au teint clair, aux cheveux blonds, trèsbraves, les seconds encore plus peut-être que les premiers. Chez l'une et l’autre de ces nations Ja caste sacerdotale,