GAULE
avec la ville de Divodurum, appelée plus tard Mettis( Metz), en Lorraine; sur les bords de la haute Meuse (Mosa) et de la Moselle ( Mosella), de même que dans le cours inférieur de cette dernière, les Zreviri, ayant pour chef-lieu Augusta Trevirorum (aujourd’hui Trèves); au nord de la forêt des Ardennes, dénomination sous laquelle on comprenait en outre des Ardennes les contrées que les Germains désignaient par les noms de Hohen-Veen ( Hautes-Fanges) et d’'Eifel, les Éburons, qui habitaient entre le Rhin et la Meuse, et que César extermina, remplacés par les Tungri (chef-lieu, Tongres) : les Aduatici, à l’ouest de la Meuse, et les Menapiens, entre la Meuse inférieure, l’Escaut et le Rhin. Les Tribocci, les Nemètes et les Vangiens (chef-lieu, Borbetomagus, aujourd’hui Worms}, qui habitaient le long des rives du Rhin l'Alsace inférieure jusqu’à Bingen (Bingium) ; au nord (sous le règne d’Auguste, des peuplades germaines allèrent encore s'établir plus bas), les Ubiens et une partie de la nation des Sicambres, qui, sous lenom de Gubernii, habitaient au nord de ceux-ci, étaient peut-être des populations de race germaine.
César, après avoir subjugué les Gaulois, leur avait imposé un tribut et avait laissé des garnisons dans leur pays, qui ne reçut cependant l’organisation propre aux provinces romaines que plus tard, sous Auguste, l’an 27 avant J. C. Auguste le partagea alors en trois provinces, placées chacune sous l’autorité d’un gouverneur impérial, à savoir : 1° lPAquitania (Aquitaine), qui, étendue maintenant au delà de ses limites primitives, comprit tout le pays situé entre les Pyrénées , la Loire et les Cévennes; 2° la Gailia Lugdunensis ( Gaule Lyonnaise), qui s’étendait entre la Loire, la Seine, la Marne et la Saône jusqu’à Lugdunum ; 3° et la Gallia Belgica, dans laquelle furent incorporés les Séquaniens et les Helvétiens. L'ancienne Province, désor-
mais désignée d'ordinaire sous le nom de Gallia Narbo- : nensis (Gaule Narbonnaisce), futreplacée en l'an 22 sousl'admi- !
nistration du sénat. Sur les bords du Rhin, la partie de territoire habitée par des Germains fut, à partir de Tibère, considéréecomme séparée de la Gaule et divisée comme Germanie Cisrhénane en deux parties (la-Germania Prima ou Superior, et la Germania Secunda ou Inferior), dont la Moselle farmait la ligne de démarcation, sans d’ailleurs constituer de province particulière. Huit légions y étaient cantonnées et réparties, vers la Germanie Transrhénane, entre un certain nombre de lieux fortifiés et de camps, devenus euxmêmes par la suite autant de chefs-lieux, par exemple : Argentoratum (Strasbourg), Mogontiacum (Mayence ), Confluentes (Coblentz), Bonna (Bonn), Colonia Agrippina ( Cologne), dans le pays des Ubiens, Castra Veta (Xanten). Au troisième siècle de notre ère, chaque province fut subdivisée en plusieurs parties; de telle sorte que vers la fin du quatrième siècle on comptait dans les Gaules dixsept provinces, à savoir :
1° La Narbonensis Prima (1"° Narbonnaise), chef-lieu Narbo, accrue sous les Visigoths et appelée alors Septimania ( Seplimanie), avec Tolosa pour chef-lieu ;
2° La Narbonensis Secunda (II° Narbonnaise), avec Aquæ Sexliæ pour chef-lieu ;
3° Les Alpes maritimæ (Alpes maritimes), chef-lieu £brodunum (Embrun );
4° La Provincia Viennensis (la Viennoïise), chef-lieu Vienna (Vienne) ;
5° Les Alpes Graiæ (Alpes Grecques) et Penninæ (Pennines), le Pays de Vaud et le nord-dest de la Savoie, provenant toutes les cinq de l’ancienne Province Narbonnaise;
6° La Novempopulania (Novempopulanie ), située entre les Pyrénées et la Garonne, chef-lieu Civitas Auscorum (Auch); 7e L’Aquitania Prima (1° Aquitaine), chef-lieu Biturigum (Bourges), partie orientale du pays situé entre la Garonne et la Loire ;
8° L’Aquitania Secunda (11° Aquitaine), partie occidentale de ce même pays, chef-lieu Burdigala (Bordeaux ); toutes trois provenant de l’ancienne Aguitania ;
DICT, DE LA CONVERS, — 7, x,
9° La Zugdunensis Prima (1"° Lyonnaise), chef-lieu Lugdumum (Lyon);
10° La Zugdunensis Secunda (If Lyonnaise), chef-lieu Rotomagus (Rouen);
11° La Lugdunensis Tertia(Xll° Lyonnaise), chef-lieu Cévitas Turonum (Tours) ;
12° La Lugdunensis Quarta (IV Lyonnaise), appelée aussi Senonia, chef-lieu Civitas Senonum (Sens), provenant toutes les quatre du démembrement de l’ancienne Gallia Lugdunensis ;
13° La Belgica Prima (1"° Belgique), chef-lieu Civitas Trevirorum (Trèves );
14° La Belgica Secunaa (XI° Belgique), chef-lieu Civitas Remorum (Reims) ;
15° La Germania Prima (1° Germanique), chef-lieu Colonia Agrippina (Cologne) ;
16° La Germania Secunda (XI° Germanique), chef-lieu Mogontiacum (Mayence);
17° La Maxima Sequanorum (Grande Séquanaise), chef lieu Vesontio (Besançon); provenant toutes les cinq du démembrement de la Gallia Belgica.
Sous Constantin, la Gaule constitua un diocèse de la praæfectura Galliarum.
[ Sans être à beaucoup près aussi peuplée qu’au dix-huitième siècle, la Gaule n’était pas un pays à moitié désert, couvert de bois et de marais, comme il a plu à quelques amplificateurs de collége de la peindre, sans réfléchir qu’ils se mettaient en contradiction avec les éloges que Polybe, Strabon, Méla , Suétone , Justin, Pline, donnent à la fertilité de ce territoire. Aujourd’hui, il contient environ quarante millions d'habitants ; alors, d’après les inductions et les calculs comparatifs les mieux raisonnés, il en avait à peu près douze millions. La culture étant nécessairement proportionnée à la population, il en résulte naturellement que l'étendue des forêts et celle des terrains marécageux était
! beaucoup plus grande qu’elle ne l’est de nos jours. Cette
masse de forêts se déroulait plus particulièrement à l’est et au nord-est. Celle des Ardennes partait presque des bords du Rhône, et s'élevait au nord jusqu’à l’Escaut et à la Meuse; en largeur, elle occupait tout l’espace compris entre le Rhin et la Meuse, qu’elle passait vers Bavay, en se dirigeant vers la mer du côté de Dunkerque. Il ne faut cependant pas croire que cette étendue de bois, dont le nom gaulois signifie avec raison la grande forét, fût compacte et impénétrable comme celles du Canada au seizième siècle . De larges clairières en interrompaient la continuité, et contenaient des villes, des bourgs et des villages, entourés de terres cultivées.
Les arbres, les planteset les fruits de la Gaule étaient en général ce qu'ils sont encore aujourd’hui, excepté quelques espèces, qui y ont été apportées de pays plus méridionaux. La culture de l'olivier, du figuier, du citronnier, de loranger y fut introduite par les Phocéens de Marseille; la vigne est venue d'Italie. On y trouvait les mêmes espèces d'animaux domestiques que de nos jours; les pores et les oies s’y rencontraient surtout en abondance. César parle detrois espèces d'animaux sauvages comme étant particuliers à la Gaule; c’étaient l'urus, le bison et l'alces, ou l'élan. Les eaux thermales et minérales abondaïent en Gaule, et les monuments qu’on a découverts prouvent que presque toutes celles qui sont fréquentées aujourd’hui l’étaient sous la domination romaine. Les côtes de la Méditerranée et de l'Océan occidental fournissaient du sel en abondance , et les salines de Vic, chez les Médiomatrices , et de Salins chez les Séquaniens, étaient connues. 11 y avait des mines d’or et d’argent dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes et les montagnes de l'Auvergne ; le fer était abondant dans plusieurs provinees. Il faut même que leur produit ait été assez considérable, puisque les Romains crurent pouvoir suspendre l’exploitation de leurs mines d'Italie.
La Gaule ne fut jamais, comme on l’a prétendu, un État confédéré : un état pareil suppose nécessairement une organisation générale, un gouvernement central, soit résidan(
dans un des co-Etats, soit attenant entre eüx ; uhe assemblée centrale régulière, ayant une autorité reconnue par tous. Rien de tout celà n’a existé dans l’ancienne Gaule proprement dite. Les différentes nations ou tribus qui la composaient étaient indépendantes les unes des autres; aucun lien ne les unissait que la communauté. de langäge et d’origine et celle de là religion. Cette dernière paraît même avoir été, pour deux motifs précieux, le lien le plüs puissant et ce qui a eïnpêclié la nation gauloise de s’éteindre par la destruction réciproque de ses membres, D’après cette organisation générale, il est facile de juger que César avait raison de dire que la Gaule était divisée en fuctions ; et cet esprit de factions ne s’étendait pas Seulement dans l’intérieurde chacun des peuples qui composaient la nation, mais Mmêmesouvent jusque dans l'intérieur des familles. En ce pays il ny avait que deux classes d'hommes jouissant des honneurs et comptées pour quelque chose: les druides etles chevaliers. Quant au peuple, il était presque considéré comme esclave, n’osäit rien par lui-même et n'était admis dans aucun conseil public. La plupart des Gaulois, perdus de dettes, écrasés d'impôts, victimes du caprice des puissants, se vouaient au servicé des nobles, qui exerçaietit sur eux les mêmes droits que les maîtres sür leurs serviteurs. En définitive il y avait égalité de droits; mais de fait l'inégalité était frappante. Les citoyens puissänts, grâce à une fortune héréditaire ou à un crédit et à des richesses acquises et conservées par la valeur et la force, jouissaient sur leurs concitoyens pauvres d’un pouvoir dû à la misère et aux besoins de ces derniers. Mais la volonté du peuple se formulait les armes à la main, et älors l'égalité rendissait. On concevra facilement qu'une situation pareille dut faire tendre continuellement la nätion vers sà décadence. Elle s’est soutenue longtemps, et n’a pu être complétement vaincue que par là politique roniaine, la classe des puissants, ainsi que le dit César, étant éminemment guerrière, Les hommes qui se mettaient au service des grands étaient de deux espèces : ceux qui se plaçaient librement sous leur protection 2t donnaient en récompense leurs services, ceux que les, Romains appelaient clientes où ombaètes (an, bäghaidh très-dévoués ) ; et ceux que les grands prenaient à leur solde, et que les écrivains lâtins appellent so/durii (Soldoir, de soladh, soldh, gain, émolument, gage). Les uns et les autres (et c'était un des traits caractéristiques des mœurs gâuloises) professaient envers leurs patrons une fidélité à toute épreuve; ils auraient été déshonorés s’ils les avaient abandonnés dans le danger, et bien rarement îls se décidaïént à leur survivre.
Nous ne dirons rien de la législation gauloise , pârce que nous n'avons aucun monument historique qui s’y rattäche : le peu qu'on trouve sur ce sujet dans César et dans d’autres écrivains appartient peut-être autant à l'histoire dés mœurs qu’à celle de la législation.
Les trois nations appelées en commun Galates étaient divisées chacune en quatre tétrarchies, cé qui faisait douze cantons, gouvernés chacun par un tétrarque, ayant sous lui un juge, un chef militaire et ses deux adjoints. Chacune des deux nations avait un chef unique pour la religion, un temple commun et des assemblées générales ou conciles nationaux. Les Gaulois étaient adonnés aux cérémonies religieuses (relligionibus, dit Césàr), ét par conséquent superstitieux. IS étafent dans l’usagé dé vouer à la Divinité le butin pris sur l’ennemi, et pratiquaiént des sacrifices humains, usagé malheureusement répandu dâns le monde entier, et que les Rémains conservèrent durant presque toute la durée dé leür république. Nous né nous étendrons pas sur les divinités que les écrivains rothäîns Attribuent aux Gaulois. Le fond de léur retigiôn étaît le Sfiritualisme ; elle reposait sur l'immortalité de l'âme. Des, Dé, Dio, était chez eux le nom de l’Étré suprême ; lés Romains en ont fait Pluton. Dans toutes leurs Süpputätions dû terps, la nuit précédait le jour, de même que le néant, là nuît totale, a précédé, pour les mondes créés; la lürnièré de lexistétice.