‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 153 sur 552 · GAUSSIN — GAUTIER · texte numérisé non relu

GAUSSIN — GAUTIER

Elle était fille d’un laquais du célèbre Baron, et d’une ouvreuse de loges. Le goût du théâtre se développa chez elle dès le plus jeune âge, favorisé par les exemples qu'elle avait sans cesse sous les yeux. Douée d’un organe touchant, d’un regard exprimant la tendresse et d’une physionomie pleine de candeur et d’ingénuité, elle débuta dans la capitale, à l'âge de dix-sept ans, et ravit tous les suffrages dans Junie, Iphigénie, Monime, Andromaque , ainsi que dans les amoureuses ingénues; car alors les comédiens ne se renfermaient pas exclusivement dans un genre. Le mérite de la nouvelle débutante n’échappa pas à Voltaire, qui lui confia le rôle de Zaïre, et n’eut qu’à se féliciter de son choix. Le succès de la pièce fut prodigieux : le public courut en foule admirer plus encore le jeu de l'actrice que l'œuvre du poëte, et, soit défaut de goût de la part des spectateurs, soit par la faute de l’acteur chargé de représenter Orosmane , l'amant de Zaïre fut à peine remarqué. Il fallut que Lekaïin le réhabilitât. A partir de cette époque, M'° Gaussin prit rang parmi les corÿphées de la scène, enleva pendant trente ans les applaudissements du public, et reçut les hommages des auteurs empressés de placer leurs ouvrages sous le patronage de son talent. La Chaussée surtout lui dut la plus grande part de ses triomhes.

° Mais si M'° Gaussin était sans égale pour exprimer la tendresse et la modestie, elle ne possédait ni la sensibilité ni l'énergie indispensables à qui veut peindre les fureurs d'Hermione et le courroux de Clytemnestre. Il lui fallut céder ici le pas à M! Dumesnil, plus tard à M! Clairon, et son infériorité sur ce point, qu’elle n’osait s’avouer, fit le tourment de sa vie. Marmontel en cite un exemple remarquable au sujet de sa tragédie de Denys le Tyran : elle voulut s'emparer du rôle d’Arétée, qu’il destinait à Mlle Clairon. Celle-ci conduisit l’auteur dans la loge de Mlle Gaussin, à qui elle dit : « Tenez, je vous l’amène, pour vous faire voir si je l’ai séduit. Si j'accepte son rôle, ce ne sera que de votre main. » Après un vif débat avec Marmontel et un long combat avec elle-même, Mile Gaussin finit par aller rendre le rôle à sa rivale. Ne pouvant tenir le premier rang dans la tragédie, où elle était forcée de céder à l’ascendant de talents supérieurs au sien, elle s’en dédommagea dans la comédie : c’est là qu’elle obtint et mérita d’unanimes suffrages, qui se soutinrent jusqu’à sa retraite de la scène. A cinquante ans, elle jouait les amoureuses ingénues, telles qu'Agnès, Nanine, Lucinda, où elle paraissait encore avec les grâces et les charmes de la jeunesse. Sa taille avait conservé toute sa flexibilité, son organe toute sa fraicheur.

Le talent d’imiter, quoiqu'il ait des bornes, offre de singulières anomalies : c’est ainsi que Mlle Gaussin aimait à jouer en société les rôles de Cassandre, et réussissait à merveille dans un genre si opposé au sien dans le monde. Modeste et spirituelle, elle portait dans sa vie privée une douceur et surtout une facilité de caractère dont on lui faisait un reproche. Les Mémoires du temps assurent même qu’elle portait celte dernière qualité au point de ne refuser personne. Quoi qu’il en soit, elle se maria, à la fin de sa carrière en 1759, à un danseur nommé Tavolaigo, qui lui fit expier cruellement cette dernière faute par les plus indignes traitements. Mile Gaussin quitta le théâtre en 1763, le même jour que la célèbre Dangeville, n’emportant que le souvenir de ses succès et 1,500 livres de rente, formant la meilleure partie de sa fortune. Elle mourut en 1767, dans l’oubli et l'isolement. SAINT-PROSPER jeune,

GAUTAMA. Voyez BoupprA.

Fi mre ee I-IV, comtes de Brienne, Voyez BRIENNE AalsO e}:

GAUTIER (TnéormLe). Le nom de cet écrivain restera pour toujours lié au souvenir des luttes littéraires qui éclatèrent en France vers 1830. Très-jeune alors, car il est né à Tarbes, le 31 août 1814, M. Gautier n'avait guère que dix-huitans le jour de la première représentation d’Hernani

il devint bientôt l’un des plus ardents apôtres du romantisme. Dans ce beau temps d’effervescence poétique, les succès de théâtre étaient chaudement disputés, et plus d’une fois il fallait défendre unguibus et rostro les hardiesses du chef d'école, M. Gautier, reconnaissable de loin au luxe d’une chevelure abondante, ne fut pas le moins vaillant dans ces héroïques mêlées. Il ne tarda point à se lancer luimême dans la carrière entr'ouverte. Abandonnant l'atelier du peintre Rioult, chez qui il avait travaillé deux ans, il laissa le pinceau pour la plume, conservant toutefois dans son imagination quelque chose de coloré et de pittoresque qui devait lui valoir son prochain triomphe. Il s’attacha d’une manière toute spéciale à l'étude des rhythmes, etrajeunit, non sans grâce, quelques-unes des formes poétiques du seizièmesiècle. Là était le véritable talent de M. Gautier. La, richesse de la rime, la mélodie de la césure mobile, l'harmonieux mécanisme du vers, furent les plus importants de ses soucis; et dans cet art dificile il fut bientôt passé maître. Malheureusement M. Gautier, sous le rapport du sentiment et de l’invention, est toujours resté fort pauvre. Il se hasarda néanmoins dans le roman. Quelque temps après la publication d’Albertus, recueil de poésies, il écrivit un volume de nouvelles, Les Jeune-France (1833). Mademoiselle de Maupin suivit d'assez près ce premier essai dans la voie de l'imagination. Il y eut à propos de cet ouvrage succès et scandale. L’immoralité du détail, l’extravagance du plan, la verve et l'éclat du style appelèrent sur cet étrange roman l’attention de la critique. Rarement, même en ces années de délire, on avait été plus fou, plus impertinent, plus bravache.

Du reste cette littérature fanfaronne et débraillée avait de tout temps séduit M. Gautier. Déjà avant Mademoiselle de Maupin il avait publié dans La France littéraire une série d'articles sur les poëtes excentriques du dix-septième siècle, Saint-Amand, Colletet, Scudéry, etc. Ces études, réunies en volumes sous le titre de Grotesques (1843), forment une attrayante lecture; mais elles sont sans valeur au point de vue de l’histoire littéraire. Les noms, les dates y sont défigurés à plaisir. D'abord romancier et poète, M. Gautier devint plus tard journaliste. La Presse le chargea du compterendu des théâtres, besogne aride, monotone, et qui semble condamner l'écrivain à d’éternelles répétitions. M. Gautier a su pourtant jeter dans le feuilleton assez de style, d’aumour et de verve paradoxale, pour donner à sa critique sinon beaucoup d'autorité, du moins beaucoup de lecteurs. Toute gravité lui est impossible, sa sérénité rabelaisienne ne s’émeut de rien; mais quand il parle d’une tragédie ou d’une pantomime des Funambules, il abonde en saillies qui font sourire. Son audace imprudente le pousse parfois à aborder des questions sérieuses, à côté desquelles il tombe bientôt vaincu, comme un papillon au pied du flambeau où il a brûlé son aile étourdie. M. Gautier, nous l'avons dit, a fait ses premières armes dans l'atelier d'un peintre : les curieux ont vu desa main plusieurs eaux-fortes d’un dessin fantasque et qui, moins le piquant de l’exécution, rappelle la manière de Célestin Nanteuil. On retrouvera une de ses vignettes en tête de La Couronne de Bluets, roman de M. Houssaye, M. Gautier s’estégalementessayé dans la peinture; une Vénus, production barbare et maladroïte, a désenchanfé ceux qui, sur la foi de ses amis, croyaient l'artiste aussi habile que le poëte. Passionné pour les arts , il fait tous les ans dans la Presse, l'analyse des expositions du Louvre, et il y déploie un grand talent descriptif; mais M. Gautier west pas un critique, c’est-à-dire un esprit impartial et savant, un connaisseur, qui soit à la fois frappé de la beauté d’une œuvre et de ses imperfections. Il raconte plutôt qu’il n’apprécie, et lorsqu'il sort de la description, son éclectisme légare, et il reste le plus indulgent, le plus capricieux de tous les juges.

Indépendamment des livres que nous avons cités, M. Gautier a publié: La Comédie de la Mort (1838), réimprimee

avec Albertus dans lerecueil deses poésies complètes ; For-

Gaules, gouverna avec gloire sa’ patrie, l'Espagne et la Bretagne, vainquit et fit trembler les Germains, et périt après six ans de règne, assassiné par un ambitieux, qui essaya de lui succéder (266), mais dont les armées firent une prompte et sévère justice. Les deux Victorins et Marius ne régnèrent en tout qu’un an environ, et l'empire des Gaules passa au Gaulois Tetricus, auteur caché des intrigues qui l’y portèrent (267). Son caractère, sa conduite, sa cruauté et son avarice, l’exposèrent bientôt à la haine du peuple. Pour s’y soustraire, il trabit sa patrie. Aussitôt qu’Aurélien, vainqueur de Zénobié, put disposer de toutes les forces de l’Italie et de l'Orient, Tetricus l’appela lui-même Jans la Gaule, et lui ouvrit le passage des Alpes, en reculant devant l'armée romaine jusque dans les plaines de Châlons-sur- Marne. Là, l’irritation des légions gauloises le força de s’arrêter pour livrer bataille; mais dès le matin, sans faire aucune disposition de combat, le misérable passa à l'ennemi avec ses complices, à qui il avait confié les commandements les plus importants, Les légions gauloises, attaquées dans une position désavantageuse, disputèrent la victoire avec une valeur héroïque ; enfin elles succombèrent, et avec elle l'indépendance de leur patrie Le lâche Tetricus alla jouir en Italie des dépouilles de ses concitoyens.

En l'an 291 Probus parvint à comprimer la révolte de Bonosus et de Proculus; mais les désordres et la confusion générale provoqués par la mauvaise administration des représentants de l’autorité impériale et par les impitoyables exigences des agents du fisceurent pour résultat d’appauvrir les villes et de dévaster les campagnes, et provoquèrent à l'époque de Dioclétien la ligue des Bagaudes, composée des classes inférieures de la population, que la misère poussa à une insurrection, dont toute la cruauté de Maximien ne put venir à bout, et qui se reproduisit encore avec une violence extrême au cinquième siècle. Au quatrième siècle, Julien, que Constance avait envoyé en Gaule en 355 avec le titre de césar, s'était efforcé de cicatriser les plaies du pays. Lui aussi il guerroya avec succès contre les Francs et les Alemans ; et ces derniers, après lui, furent encore battus par Valentinien 1° en 366 et par Gratien en 377. Mais les incessantes irruptions de ces peuples transformèrent à la longue en un vaste désert toute la contrée limitrophe du Rhin ; et dans le cours de ce même siècle les Francs prirent posses. sion du territoire gallo-romain au nord, etles Alemans à l’est (jusqu'aux Vosges). Sousle règne d'Hononus, vers Ja fin de l'année 406, la Gaule fut inondée par d'innombrables hordes de Vandales, de Suèves et d’Alains. Il n’en resta bientôt plus que des débris, notamment des Alains, la plus grande partie ayant poussé jusqu’en Espagne (409). Par contre, les Bourguignons s’y établirent d’une manière fixe, et des territoires qui leur avaient été assignés sur les bords du Rhin supérieur, s’étendirent jusqu’au Rhône et à la Durance, où ils fondèrent le royaume de Bourgogne. Une partie de l’Aquitaine en deçà des Pyrénées fut encore abandonnée aux Visigoths (voyez Gorus), qui lors de leur expédition en Espagne dévastèrent, en l’an 413, le midi de la Gaule; et leur roi Ataulf s’y fixa, à Tolosa. C’est avec leur secours qu’Aétius, général des armées de Valentinien III, qui exerça encore une fois une prépondérante influence dans les intérêts de la puissance romaine et comprima l'insurrection de PArmorique, vainquit, en 451, aux champs Catalauniques, Attila, qui avait ravagé une grande partie de la contrée. Valentinien, après avoir fait assassiner Aétius en 454, périt lui-même de la même façon l’année suivante, Dans l’horrible confusion à laquelle le pays se trouva alors en proie, l’Arverne Avitus se fit proclamer empereur en Gaule; mais il fut déposé par Ricimer dès l'an 426. Majorien, à qui celui-ci conféra la pourpre, rétablit encore une fois la tranquilité dans la Gaule, A sa chute, arrivée en l'an 461, l'empire des Visigoths sur la côte fut étendu jusqu'au Rhône, et bientôt après au nord jusqu’à la Loire, L’extrémité occidentale de la Gaule reçut de la Bretagne un accroissement de population celte, et se déclara indépendante (voyez BrerAoNE), Enfin, en 486, le France

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