GÉANT
phaïm, ceux devant lesquels nous tombons en défaillance ; d'Émim, lesterribles ; de Ghibborim, les forts. Les Néphilim vivaient avant le déluge. Les Émims, anciens habitants du pays de Moab, avaient tous des proportions démesurées ; ils faisaient partieintégrante des Réphaïm, les premiers possesseurs connus de la terre de Canaan. Les Énakim ou les fils d'Énak, dans la Palestine, étaient d’une taille si effrayante, que les éclaireurs de l’armée de Josué rapportèrent « qu'ils avaient vu un peuple devant lequel ils n'étaient que comme des sauterelles ». En faisant ici la part de l’exagération des terreurs paniques, il semble, d’après le témoignage de l'Écriture et des historiens, que cette race d'hommes particuliers appartenait presque exclusivement à la Palestine, où naquirent Og, fils d'Énak, roi de Basan, dont le lit avait plus de cinq mètres, et Goliath, haut de six coudées et une palme. Voici à ce sujet le verset précis du Livre des Rois : « En ce temps-là il y avait des géants sur la terre, et aussi depuis que les enfants de Dieu s’allièrent avec les filles des hommes. » Il est des Pères de l’Église qui, dans leurs visions ascétiques, et trompés qu’ils furent par le livre d'Énoch, se sont imaginé que les géants avaient été la production du mariage des anges avec les filles des hommes.
Parmi les géants de l’Écriture, Nemrod, qui fonda Ninive et Babylone, est le plus illustre, après Og; les plns remarquables furent les fondateurs de la ville d'Hébron, surnommée la cité des géants, et les hommes de guerre Achiman, Sisai, Tholmaï. Il nous faut réduire à cela notre croyance aux géants de l’Écriture, et telle est l'opinion des Pères de lÊglise les plus éclairés, entre autres, de saint Chrysostôme. Toutefois, un érudit n’a pas craint, dans un tableau spécial, dressé par dates et générations, d’assigner à Adam 40,20, et à Ève 38,60, d'où il étahlitune règle de proportion entre la taille des hommes et celle des femmes, à raison de 25 à 24. Cette taille démesurée serait allée, selon lui, toujours en dégénérant : Noé aurait eu déjà 6°,50 de moins qu'Adam; Abraham n’en aurait ea plus que 9,10; Moise, 4, 20; Hercule, 3,25 ; et ainsi de suite, jusqu’à Jésus-Christ, époque où, heureusement pour nous et pour notre postérité, s'arrêta cet appauvrissement de l’espèce humaine.
Ce qui fortifiait cette opinion, ce fut sans doute ces monstrueuses images d'hommes, ces statues colossales de rois qui dominaient, comme des montagnes, les avenues des temples de Memphis et de Thèbes : telle était celle d'Osymandyas, dont un pied seul avait sept coudées de longueur. Cependant, ces hommes-colosses, ces phénomènes si communs dans la Phénicie, dont rendaient témoignage les chroniques des Hébreux, frappèrent vivement l'imagination des Grecs, qui n'étaient point assez voisins de cette contrée pour qu'ils ne mélassent pas impunément le mensonge à la vérité. Ils donnèrent bien vite place aux géants dans leurs mythes. Ces êtres monstrueux sont au premier plan dans l’histoire de leurs dieux. Ils les font enfants du Ciel et de la Terre ; et, ce qui revient à peu près au même, leur poëte théologue, Hésiode, les fait naître du sang qui jaillit de la blessure d’Uranus, le Ciel dans leur idiome. Comme les géants de la Bible , ils sont injustes, violents, cruels ; comune les géants de la Bible, après leur mort, ils ont pour demeure l'Enfer. Le Tartare, que quelques mythologues, quelques poëtes, leur donnent pour père, justifie cette imitation biblique. Mais bientôt les convulsions géologiques, qui entouraient les colonies d’Agénor, de Cadmus, de Cécrops, de Danaüs, les monts orageux incessannnent foudroyés, les îles labourées par les volcans, les antres pullulant de. reptiles éclos des fanges d’un déluge, toutes ces terribles images fermentèrent dans les cerveaux helléniques, et les voilà personnifiant jusqu'aux roches inorganiques. Ils assignèrent à plusieurs d’entre elles un être monstrueux dans la nature, malfaisant et furieux. Des pierres, ce peuple de poëtes fit leurs os; des exhalaisons, des flammes souterraines, des vents embrasés, leur haleine; des forêts, leur chevelure : des torrents, leurs cent bras, et des dragons rampants, leurs jambes. Pallène, péninsule sur les côtes de la Macédoine,
retraite de Protée et de ses phoques, les champs phlégréens, ce sol de feu, les plaines de la Thessalie, furent, dans leurs bons jours, leurs demeures de prédilection ; c’est de là qu’ils se ruèrent sur le mont Olympe, où ils assiégèrentJupiter, venu récemment de Crète prendre possession de ces sommets flamboyants, Leurs armes à eux étaient des roches qu’ils détachaient, des arbres qu’ils déracinaient des monts Ossa el Pélion. Celle de Jupiter était la foudre. L’artillerie éthérée ne prévalut pas; les dieux prirent la fuite et se cachèrent en Égypte sous la figure d'animaux.
Ces divinités n’étaient que de faibles chefs que ce roi-dien avait sous ses ordres; mais bientôt il appela Hercule-Alcide (le chef fort) à son secours ; et les géants défaits furent ensevelis sous ces rocs mêmes qu'ils avaient lancés : Encelade, sous les laves coulantes de l'Étna ; Typhon, sous les noirs blocs d'Ischion. Éclos pour la plupart du cerveau d’Hésiode, d'Homère et des poëtes théologues, on comptait dix-sept géants : les principaux furent Encelade, Polybotès, Alcyonée, Pophyrion, les deux Aloïdes, Éphialte, Othus, Eurytus, Clytius, Tityus, Pallas, Hippolytus, Agrius, Thaon et Typhon, le plus redoutable. Le berger Polyphème, dans l'Odyssée, est un diminutif des géants thessaliens, Polyphème est le type de nos ogres, Orion, Antée, Hercule, Hyllus, son fils, Cécrops,Ajax, Eryx, Oreste, Pallas, fils d'Évandre, Géryon de Gadès, les Cyclopes, dont les monstrueuses constructions, découvertes de nos jours, sont appelées, de leur nom, cyclopéennes, passaient, après les incommensurables assaillants de Olympe, pour les hommes de la plus haute taille dans Pantiquité.
L'Orient du moyen âge eut aussi ses géants : c’élaient les Djinns chez les Arabes, et les Dives chez les Persans ; leurs femmes étaient les Péris, comme eux d’une taille prodigieuse, mais d’une beauté sans pareille, Ainsi que les géants de la Grèce, les Dives gisaient sous d’affreuses montagnes,
GÉANT — GEDIMIN
connait une soixantaine d’espèces, qui habitent les régions chaudes des diverses parties du globe, Leur taille se rapproche généralement de celle de notre lézard commun. Leur corps déprimé est recouvert sur toutes ses parties d'écailles grenues, parsemées de tubercules plus gros, qui lui donnent un aspect chagriné et assez repoussant. En même temps leurs allures pouvant se comparer à celles des salamandres et même des crapauds, les préjugés populaires ont fait des geckos un objet d'horreur, ainsi que le rappelle le nom de père de La lèpre que leur avaient imposé les Égyptiens, persuadés que leur contact suffisait pour souiller tout ce qu'ils touchaient. De graves écrivains ont même attribué des propriétés vénimeuses à leur morsure, à leur urine, à leur salive , etc. Cependant Cocteau a établi l'innocence de ces animaux timides, incapables de nuire par leur morsure ou l’action de leurs ongles, vivant d'insectes , qu’ils poursnivent surtout la nuit et que quelques espèces viennent chasser dans les maisons, qu’elles débarrassent ainsi d'hôtes incommodes. D’autres, plus sauvages, prélèrent les lieux déserts et sablonneux ; d’autres, enfin, se tiennent sur les arbres, et atteignent leur proie en sautant lestement de branche en branche. Dans leurs diverses manœuvres, les geckos sont favorisés par leurs doigts présentant inférieurement une série de lames articulées et crénelées au moyen desquelles ils font le vide et se maintiennent sur des corps assez lisses. Leurs ongles, ordinairement crochus et rétractiles de diverses manières, les aident aussi beaucoup dans leur mode de locomotion.
GED ( Wicuram), orfèvre écossais, dirigea son atten-
| tion vers l’art typographique, et arriva l’un des premiers à
la découverte des véritables principes de la stéréotypie. En 1725, Ged parvint à mouler des pages, et sur le relief
! qu’il obtint, il put imprimer en 1739 un Sallnste, dont il
mais liés et garrottés par Div-bend (le lieur de Dives ), Tha- | hamurah, troisième monarque de Perse, qui les vainquit. | Les roches terribles de ces montagnes forment une chaine ,
appelée Caf par les Orientaux. Ils prétendent qu'elle est la ceinture de la terre. Demrusch est encore un géant des
Indes ; il demeure solitaire au milieu de ses trésors, dont |
il est l'unique gardien, Notre moyen âge eut aussi ses géants. Il les opposait aux nains, ainsi que la Grèce avait opposé les siens aux Pygmées. Chez nous, ils habitaient des tours noires et isolées, ou des palais merveilleux, peuplés de
jeunes et belles femmes captives. Le type de ces géants, à |
l'âme paisible et bénigne, est Gargantua, cette sublime création de Rabelais. Ses proportions sont appréciables ; car lorsqu'il prenait des bains de pieds, et c’était ordinairement dans la Seine, il s’asseyait sur une des tours de Notre-Dame, o DENNE-BaroN.
GÉANTS ( Chaussée dès). Voyez CnausséE pes GÉANTS. GEANTS ( Combat des), nom sous lequel est souvent désignée la célèbre bataille de Marignan, gagnée, en 1515, par François L‘" sur les Suisses et le duc de Milan. GÉANTS ( Montagne des ). Voyez RIESENGEBIRGE. GÉANTS (Palaisdes ). Voyez Druiniques (Monuments). GEBELIN ( Avroie COURT ne). Voyez Courr.
GEBER ou GIABER (Amou-Moussan-DyAFAR-AL-SOrI) se fit un nom célèbre parmi les Arabes en eultivant l’'alchi-
mie et en écrivant plusieurs traités sur cet art. Suivant |
l'historien Aboulféda, il était de Hauran, en Mésopotamie, et vivait dans le huitième siècle. Cardan, partageant l’enthousiasme des adeptes pour Geber, a contribué à lui faire attribuer l'invention de l'algèbre; le nom de cette science dériverait même de celui de l’alchimiste arabe. Cependant rien n’est venu corroborer cette opinion, et les livres qui nous restent de Geber sont exclusivement consacrés à l’alchimie, à la médecine empirique et à quelques notions d’astronomie,
GECKO ( onomatopée rappelant imparfaitement le eri de quelques espèces ), genre de reptiles sauriens dont on
donna en 1744 un second tirage. C’est un in-18 de 150 pages; il est d’un aspect fort peu agréable. Malgré sa laideur, le Salluste de Ged est recherché des bibliophiles; il est d’ailleurs d’une grande rareté. L'invention de l’orfèvre d'Édimbourg ne lui profita guère ; il tomba dans la détresse,
, et mourut fort misérable; ses presses, ses pages de plomb,
tout fut vendu au poids du métal. On a publié en 1781, à Londres, sa vie en un volume in-8°, Son procédé, encore imparfait, fut abandonné après sa mort, G. BRUNET.
GEDDA. Voyez DsEpna.
GÉDÉON, juge d'Israel, fils de Joas, chef de la famille d’Ezri, était occupé, un jour, à moudre du grain, quand un ange lui apparut, et lui dit qu'il délivrerait Israel du joug des Madianites. Puis il lui ordonna de détruire l'autel de
: Baal : Gédéon, craignant les hommes de sa tribu, exécuta
de nuit cette mission; ce qui lui valut le nom de Jérobaal, ou vainqueur de Baal. A la tête de 300 Israélites, il envahit le camp ennemi, à un signal convenu ; 300 trompettes éclatent avec accompagnement de vases brisés. Les
Madianites, éveillés en sursaut et saisis d'une terreur pa- …
nique, s’entretuent au nombre de 120,000 , à ce que dit l'É-
criture. Les 15,000 qui échappent à celte boucherie sont :
poursuivis par la tribu de Manassès; et Gédéon, s'emparant d’Oreb et de Zeb, princes de Madian, les fait mourir.
Les Israélites affranchis offrent le sceptre à Gédéon, qui se contente, de 1349 à 1309 avant J.-C., du titre de juge. Il mourut très-âgé, laissant soixante-dix enfants : ils furent tous, à l'exception de Jonathan, tués par Abimelech, leur frère naturel, qui succéda à Gédéon,
GEDIMIN ou GIEDYMIN, grand-duc de Lithuanie, vivait de 1315 à 1340. I déclara la guerre aux chevaliers de l’ordre Teutonique, et dirigea ensuite ses armes contre les principautés russes du sud. Après la déroute et la mort de Wladimir, prince de Wolhynie, Gédimin s'empara de toute la partie sud-ouest de la Russie, sur la rive droite du Dnieper, et même de Kiew, qu'il unit à la Lithuanie. 1 fonda ensuite la ville de Wilna, qui devint la capitale de ses États, et ravagea plusieurs fois le Brandebourg jusqu’à l'Oder. 11 périt dans une bataille livrée aux chevaliers de l’ordre
GEDIMIN — GEIJER 191
Teutonique, Tous les efforts du pape Jean XXII pour le convertir au christianisme demeurèrent inutiles. Jagellon fut son petit-fils.
GLEEFS (Gurzraume), le plus distingué des sculpteurs belges de notre époque, et d'ailleurs l’un des artistes contemporains les plus remarquables par leur talent, est né en 1806, à Anvers, où son père exerçait une profession manuelle. Après avoir étudié les éléments de son art dans sa ville natale, et s'être ensuite perfectionné à Paris, il revint en Belgique, et s'établit à Bruxelles. Ses principaux ouvrages sont le monument du comte Frédéric de Mérode, dans la cathédrale de Bruxelles; le monument du général Belliard; le grand monument élevé à la mémoire des victimes des journées de septembre 1830, qui orne la place des Martyrs à Bruxelles ; la statue de Rubens en bronze, à Anvers, haute de trois mètres ; une chaire dans la ca thédrale de Saint-Paul, à Liège; la belle statue en pied de l'emperesr Charlemagne, dans l'église Saint-Servaas , à Maestricht: enfin la statue colossale du roi Léopold Ier, pour ie grand vestibule du palais national, L'artiste à su s'approprier toutes les qualités de l’ cole française, et en même temps se préserver de ses défauts. Sa manière est tout à la fois pleine de noblesse ct d'originalité; dans sa statue de l'Amour, d:ns sa Françoise de Rimini, dans son Lion amoureux (1851), on admire un sentiment vif et profond joint à une indicible douceur d'expression. Comblé de faveurs par la famille royale, il est mort le 10 mai 1860, à Bruxelles. Sa femme, Fanny Gers, née Corr, s’est fait aussi un nom comme portraitiste et comme peintre degenre.
GEEEFS (Josepn), frère cadet du précédent, né en 1808, habite Anvers. Son œuvre la plus connue est son Démon, renrésenté sous la forme d’un homme physiquement beau mais dont loule la figure exprime la plus profonde perxersité, Puis nous citerons un Adonis, les statues de Vésale et de l’empereur Baudouin, qui sont à Bruxelles, et la statue équestre de Zéopold Ier. Il est membre de J’Acadér.ie royale de Belgique.
GEEFS (ALoys), frère puiné des précédents, né en 1816, mort en 1841, annonçait un talent de premier ordre. Dès Pâge de douze ans, il remporta le prix de sculpture à Anvers. On a de lui un beau buste de la Béatrice du Dante.
GEELONG, chef-lieu du comté de Grant, dans la province de Victoria (Australie), à 63 kil. de Melbourne, avec lequel il est réuni par un chemin de fer, possède un port sur la baie de Corio et compte (1871) 22,618 habitants, en y comprenant ses faubourgs. C’est une ville de fondation toute récente, bien bâlie, avec 15 écoles, un tribunal de commerce, des ateliers de construction de navires, 16 églises, etc.
GEFFRARD (Farre), président de la république d'Haïti, né le 19 septembre 1806, dans celle ile, est issu d'un mulâtre. qui était général, et d’une négre:se. Adopté par le co'onel Fabre, dont il unit le nom au sien, il s’engagea dans son régin.ent, et ne devint capitai:.e qu’en 1843. À celte époque il prit part à l'insurrection contre le président Boyer, el les talents militaires qu'il déploya, jo'nts à sa mod ration, lui valurent le grade de général de brigade. En 1845 il ét it général de division; mais il (tomb en disgrâce et perdit son commandement. Soulouque le lui rendit, Le créa duc de Tabara et l’employa dans les expéd\tions contre les Dominicains. A la fin de 1856 il accepta, après beaucoup d’hésitation, le rôle de chef du soulèvement qui eut lieu aux Gonaives contre Pempereur noir. Le 15 janvier 1859 il entra à Port-au-Prince, et protégea le départ de Soulouque et de sa famille, Le nouveau président rétablit la forme républ cine; mais il eut d’abord le tort de laisser en place les fonctionnaires du gouvernement déchu, qui, à l’instigation d’un des ministres, conspirèrent contre sa vie el massacrtrent l’une de ses filles. Geffrard mit de l’ordre dans l'administration, déve-
loppa l'instruction publique, fit progresser la culture du coton et du café, remplit les obligations contractées avec l'étranger, el par des mesures d'économie, put arrêter l'émission du papier-monnaie. Il se vit néanmoins en butte à des complots sans cesse re naissants. Le 8 mars 1867 un gouvernement provisoire prononça la déchéance de Geffrard, Celui-ci, abandonné de ses troupes, envoya sa démission au sénat, et sem barqua, le 13, pour la Jamaïque, où il établit sa résidenc e. Salnave lui succéda comme président,
GEFLE, ville commerçante de Suède, chef-lieu du bail. liage de Gefle ou Gefleborg, et en particulier de la contrée appelée Gæsirikland, bâtie sur plusieurs îles, à l’embouchure du large et rapide Gefle Au, dans le golfe de Bothnie, est le siège d’un tribunal supérieur, et possède 14,000 âmes, un gymnase, une bibliothèque assez riche, un des plus beaux hôtels de ville qu’il y ait en Suède et un port, Cette ville renferme des manufactures de toile à voile, de cuir et de tabac, des raffineries de sucre, etc. Centre d’une active navigation , c’est après Stockholm et Gothenbourg, la cité la plus commerçante de la Suèce, et il s’y fait des affairés considérables, surtout en fers, en grains et en bois.
Gefle est la ville la plus ancienne du Nortland suédois, et était jadis en possession exclusive de tout son commerce. Un incendie détruisit en 17 27 le vieux château de Ge berg, construit au seizième siècle par le roi Jean III. Au mois de février 1792, le roi Gustave IIE vint habiter le château neuf pendant la diète tenue dans cette ville, et il y: chappa à une tentative d’ossassinat, renouvelée à quelque temps de là à Stockholm. Un incendie des plus violents a failli détruire cette ville en juillet 1869 : 50 rues et 7 places, formant un groujie d'environ 700 inaisons, furent la proie des flammes; son bel hôtel de ville fut entièrement détruit. Plus de 8,000 per-onnes se trouvèrent sans abri,
Lebailliage de Gefleborg compte (1870) 145,834 habitants, sur une superficie de 247 myriamètres carrés,
GEHENNE ( Gehenna ), terme de l’Écriture Sainte, qui à fourni longtemps matière aux investigations des commentateurs, et que les auteurs de la Vulgate ont latinisé, vient des deux mots hébreux, Gui Hannon, la vallée des enfants d'Hannon, ou la vallée d'Hannon. Là les Cananéens et, après eux, les Israélites sacrifiaient des enfants à Moloch, en les faisant brûler sur son autel. On appelait aussi ce lieu Tophet, où Topheth, horreur, et Li y battait le tambour pendant le sacrifice, pour qu’on mentendit pas les cris des malheureux enfants. Josias, roi de Juda, renversa l'autel de Moloch, que sous Manassès, successeur d’'Ezéchias, les Hébreux avaient relevé, et il voulut que la vallée de Topheth, ou d'Hannon, devint lhorrible réceptacle où seraient déposées et brülées les immondices de la ville. Les Juifs prireut depuis cette vallée en si grande aversion, qu'ils en firent le lieu où, dans la vie future, seraient punis les méchants et les ennemis de Dieu. Les Arabes et les Mahométans ont pris d'eux celte dénomination. Elle est passée aussi chez les chrétiens comme l'image la plus vive du lieu de supplice destiné aux réprouvés (voyez ENFER ). CHAMPAGNAG.
GEIJER (ErtK-GUSTAvE), célèbre historien suédois, né le 12 janvier 1783 en Wermland, mort à Stockholm, le 13 avril 1847, était le fils d’un imaître de forges, et fit ses études à Upsal, où ilobtint, en 1806, le titre de docteur en philosophie. Comme étudiant, il avait remporté dès 1803 le grand prix d’éloquence à l'Académie royale de Stockholm, Le sujet proposé était l'éloge de Steen-Sture, administrateur du royaume à l’une des époques les plus critiques de l’histoire de la Suède. Professeur agrégé d'histoire à Upsal à partir de 1810, il fut nommé en 1815 professeur suppléant, ét bientôt après , en 1817, professeur titulaire. JI siégea à deux reprises à la diète, en qualité de représentant de l'uuiversité d'Upsal, à savoir dans les sessions de 1828 à 1530 et de 1840 à 1841. Bien qu’il ne fût ni ecclésiastique ni
à deux reprises au choix du roi pour évêque ; mais il] se déroba à cet honneur, afin de pouvoir poursuivre en toute liberté ses travaux historiques.
Parmi ses nombreux ouvrages , nous citerons d’abord sa Svea rickes Hæfdar (Histoire primitive de la Suède), dont il n'a paru qu'un volume (1825). Commencée sur un plan trop vaste, cette histoire est plutôt une large et poétique peinture de la péninsule scandinave, qu’une judicieuse appréciation de ses anciennes choniques et de ses premiers monuments historiques. Si l’auteur avait dû continuer ce travail jusqu’à nos jours dans les mêmes propositions qu'à son début, il eût fait au moins vingt volumes. En 1832, il recommença la tâche qu’il s'était proposée, et adopta cette fois un plan beaucoup plus restreint pour sa Svenska Folkets Historia (Histoire du peuple suédois), dont trois volumes seulement ont paru (1836-1842), et qu'il a laissée également inachevée, car elle s’arrête au règne de Christine, mais qui n’en demeure pas moins, tout incomplète qu’elle est, un des ouvrages historiques les plus remarquables de notre siècle, où l'on admire un grand talent de style uni à une grande profondeur d’aperçus et à une rare élévation de pensées. Nous devons encore mentionner son Histoire de la situation de la Suède, de 1718 à 1772 (1839); sa Vie de Charles-Jean XIV (Bernadotte), et ses Mélanges de politique, d'esthètique, de philosophie, de théologie et de pédagogie, intitulés : Valda smxrre skrifter (3 vol., 1841-42). En dernier lieu il publia les Ecrits laissés par Gustave III, et restés pendant cinquante ans sous les scellés (2 vol., 1843). En politique, Geïjer avait longtemps appartenu au parti conservateur ; il le déserta dans les dernières années de sa vie, et cette éclatante défection eut un immense retentissement. En effet l’homme qui jusqu'alors avait soutenu les principes de l'autorité et du despotisme arborait le drapeau de l'indépendance et proclamait les principes du libéralisme le plus avancé. Ce n’est pas en Suède seulement qu’on a eu de nos jours l'exemple de pareilles transformations.
Geijer n’était pas senlement historien et homme politique, il avait aussi cultivé les beaux-arts et la poésie, Il était tont à la fois poëte et musicien ; et plusieurs de ses chants sont devenus nationaux en Suède, tant pour les paroles que pour la musique. 11 les publia dans l’/duna. journal littéraire, et dans les Skaldestycken, recueil poétique (Upsal, 1835).
GEILER DE KAISERSBERG (Jean), fameux prédicateur allemand, né en 1445, à Schaffhouse, fut, après la mort prématurée de son père, élevé par son aïeul, à Kaisersberg, en Alsace, et mourut en 1510 à Strasbourg. On dit que c’est en son honneur, et pour rappeler le succès prodigieux de ses sermons, que fut construite la chaire magnifique qui orne la cathédrale de cette ville. Ses serons (qui furent prononcés en allemand, mais qu’il a rédigés en latin) témoignent des peines infinies que se donnait l’orateur pour impressionner vivement son auditoire; afin d’atteindre ce but, il ne dédaignait ni les pointes ni les plaisanteries, pas même la moquerie. Ses sermons sont autant de tableaux de la vie réelle, pleins de chaleur et de coloris ; mais son zèle le pousse souvent à employer une satire amère, qui ne saurait se concilier avec les idées que nous nous faisons aujourd’hui de la dignité qui doit caractériser l'éloquence sacrée. Son style ost vigoureux, animé, mais quelquefois libre jusqu'à la licence; aussi Geiler peut-il étre, à plusieurs égards, considéré comme le précuseur d’Abrahama Sancta Clara. Parmi ses écrits, devenus très-rares aujourd’hui, nous citeruns : Le Navire des Fous (Das Narrenschiff, Navicula, sive speculum Jfatuorum), ouvrage composé de 142 sermonx (Strasbourg, 1510), et auquel il donnait :e même titre que celui d’un ouvrage alors en vogue, de Séb, Brandt; Le Navire de la Pénitence (Augsbourg, 1511); Pèlerinage chrétien à l'éternelle patrie (Bâle, 1512).
GEILNAU, petit village situé près de Fachingen, dans le duché de Nassau, st renommé par ses eaux miné-
GELJER —:
surtout théologien, le cergé de deux diocèses le proposa |
GEISMAR
rales, qui appartiennent à la classe des eaux acides et ferrugineuses, Comme on n’a encore construit à Geilnau aucun établissement propre à recevoir des baigneurs, ses eaux ne se boivent guère qu'au loin, où on les expédie en houteilles. On les emploie plus particulièrement contre les faiblesses des organes de la génération , contre les affections de la peau, des glandes lymphatiques, et du système vasculaire, et surtout contre les maladies des reins et les maladies vésiculaires, contre la pierre, la gravelle et les engorgements.
GEISER ou GEYSER, vieux motislandais, dont la signification est {ourbillon. C’est le nom donné en Islande à de grandes sources d’eaux jaillissantes et thermales, dont les plus renommées sont le grand et le nouveau Geiser ; toutes deux sont situées au nord du mont Hécla, dans une vallée unie, percée d’une multitude de sources thermales, entourée de toutes parts de montagnes rocheuses, et située à environ 3 myriamètres de Skalholt. Les Geiser appartiennent au genre de sources dites intermittentes, c’est-à-dire ne lançant de l’eau que de temps à autre; mais contrairement à ce que l’on observe pour cette espèce de sources, ils n’ont rien de bien régulier en ce qui touche la quantité et la durée de leurs éruptions ainsi que l’époque où elles ont lieu. Au sommet de petits monticules hauts de 10 mètres environ et formés par le gravier que dépose l’eau bouillante des sources, ils jaillissent de grands bassins circulaires de 20 à 25 mètres de diamètre, au fond desquels se trouve un caual de conduite, et d’où s’échappent continuellement d’épais nuages de vapeur. A l’approche de l’orifice des sources, on aperçoit d’abord l’étroit bassin, rempli à peu près jusqu’à moitié d’une eau aussi transparente que le cristal, cependant en constante ébullition, et s’élevant insensiblement jusqu’au bord. Quand elle arrive à ce point, et quelquefois plus tôt, on entend un bruissement souterrain et semblable à celui du canon, qui fait trembler le sol, le soulève et menace de le faire entr'ouvrir. En même temps la masse d’eau se gonfle, puis elle est rejetée hors du bassin avec une force énorme, tandis qu’un immense nuage de vapeurs se développe dans les airs. Les jets d’eau ont de deux à trois mètres de diamètre; ils sont entremélés de graviers et de pierres, et enveloppés d’une vapeur épaisse qui reste longtemps stationnaire. Ils s’élèvent perpendiculairement, d’abord à quatre et cinq mètres de hauteur, puis, aux éruptions qui se succèdent ensuite rapidement, atteignent une élévation de quinze et même quelquefois de plus de trente mètres. Les reflets du soleil et de la lune sur cette masse nébuleuse produisent les accidents de lumière les plus variés et offrent souvent un spectacle vraiment magique. Les éruptions se succèdent tant que le bassin n’est pas complétement vide; alors survient une période de repos et de silence, jusqu’à ce que le phénomène se produise de nouveau.
Le grand Geïser est de la plus haute antiquité; le Sérockr ou nouveau Geiser, situé à peu de distance, ne date que de 1784, et fut produit alors par un tremblement de terre. Si le nouveau Geiser est inférieur à l'ancien sous le rapport de la force et du volume de l’eau, il emporte souvent pour la magnificence et la beauté des effets. On explique ce phénomène, sans contredit l’un des plus curieux du globe, puisque c’est là une espèce de volcan d’eau, par la force expansive de la vapeur. L'eau renfermée dans les cavités d'où jaillissent les sources est tellement échanffée par un feu brûlant à l'intérieur, qu’elle se transforme en vapeur. Comprimée d’abord par la masse liquide ainsi que par les parois étroites des conduits d'échappement, cette vapeur s'accumule rapidement, finit par se frayer de vive force un, passage, et alors soulève l’eau avec une puissance qi produit d'admirables effets hydrauliques, surpassant mille fois en beauté et en magnificence tout ce que l'art humain pourra jamais imaginer et créer.
GEISMAR (Fnépénie, baron pe), général russe, né en 1783, aux environs d'Ahlen, dans le ci-devant évêché de
GEISMAR — GELATINE
Munster, fit dès 1799 la campagne d'Italie comme cadet dans l’armée autrichienne. Il venait d'obtenir les épaulettes de lieutenant en 1804, lorsqu'il quitta le service autrichien avec l'intention d'aller servir l'Angleterre dans les grandes Indes. Déjà il était arrivé à Corfou, se dirigéant vers Ceylan, quand il accepta les offres qui lui furent faites pour entrer au service de Russie. Nommé enseigne dans le régiment des grenadiers
e Sibérie, alors en garnison à Corfou, il fit avec ce corps
a campagne de 1805 contre Naples. La bataille d’Auster-
litz ayant contraint les Russes à évacuer l'Italie et bientôt:
après Corfou, Geismar suivit son régiment en Podolie, puis, en 1906, quand éclata la guerre contre les Turcs, en Moldavie et en Valachie. Pendant cette guerre, il eut occasion de se signaler par diverses actions brillantes. Découragé, à ce qu'il parait, de n’avoir pas obtenu la récompense qu’il jugeait due à ses services, il donna sa démission en 1811, pour se retirer dans un petit domaine situé aux environs de Bucharest , qu’il avait pris à ferme. Mais quand la guerre éclata entre la Russie et la France, Geismar accourut à Saint- Pétersbourg , où il fut placé en qualité d’aide de camp auprès du général Bachmetief. Blessé grièvement à l'affaire d’Ostrowno, il ne put rejoindre l’armée qu’en 1813, à Kalisch. Les nombreux et signalés services qu’il rendit pendant les campagnes de 1813 et de 1814 ne lui valurent d’autre récompense que le grade de colonel et force décorations; ce ne fut qu’en 1820 qu'il obtint les épaulettes de général. A l’époque de la guerre de 1828 contre les Tures, il fut chargé du commandement de l'avant-garde du 6° corps aux ordres du général Roth. Détaché dans la petite Valachie, il surprit, le 29 septembre 1828, le pacha de Widdin, qui l’avait attaqué deux jours auparavant, et le mit complétement en déroute, La campagne de 1829 lui fournit l’occasion d’exécuter encore avec succès d’autres expéditions sur le territoire turc ; au mois de juin il s’empara de la forteresse de Rachowa, et par la rapidité de ses mouvements, ainsi que par la vigueur de son attaque , il déjoua le projet de tomber sur les derrières de l’armée russe conçu, après la signature du traité d’Andrinople, par le pacha de Scutari. L’insurrection de la Pologne en 1830 fournit au général Geismar de nouvelles occasions de se signaler. Il commanda alors un corps de cavalerie légère; mais ce corps, après avoir dû fuir le 19 février 1831 devant les forces aux ordres de Dwernicki, fut presque complétement anéanti le 31 mars suivant à Ja suite d'une attaque tentée la nuit contre le camp russe par le général Skrzynecki. Le général Geismar demanda et obtint son congé en 1839; mais il reprit du service au moment où l’empereur de Russie se décida à faire envahir par un corps d’armée la Hongrie à l'effet d'y comprimer l'insurrection. Il mourut à Saint-Pétersbourg, en 1850.
GELA, colonie commune des Rhodiens et des Crétois, sur la côte méridionale de la Sicile, et sur les bords du fleuve du même nom, non loin de l'endroit appelé aujourd’hui Terra Nuova, fut fondée vers l’an 690 avant J.-C. Dès l’an 582, une colonie nouvelle, partie de Géla, fondait la ville d’Agrigente ; l’époque de sa plus grande prospérité fut le temps où, après que Cléandre s’y fut déjà emparé du pouvoir souverain vers l’an 505, elle obéissait aux lois de son frère Hippocrate, lequel sounit presque toute la Sicile jusqu’à Syracuse. Gélon, successeur d’'Hippocrate, s’'empara de cette dernière ville, et y établit le siége de son gouvernement, abandonnant à son frère Hiéron l'administration de Géla, qui tomba tout à fait en décadence sous la prépondérante influence d’Agrigente et de Syracuse, surtout lorsque Phintias, tyran d’Agrigente, eut fondé et peuplé la ville de Phintiade avec des habitants de Géla.
GÉLASE 1°", pape, fut élevé sur la chaire pontificale en 492, après la mort de Félix 11. Ce pontife joignit à une vie sainte et austère un profond savoir et une prudente fermeté pour le maintien de la discipline ecclésiastique. Son zèle s’exerça tour à tour contre les eutychiens, les pélagiens,
les ariens, les manichéens, qu’il attaqua dans différents ouvrages, Dans un concile qu'il tint à Rome en 494, il fit régler LICT. DE LA CONVERS, — T, x,
le catalogue des livres de l’Écriture, pour les purger des apocryphes. 11 mourut en novembre496, après un pontificat de quatre ans, huit mois et dix-huit jours. Il est compté au nombre des saints. Ce pape à écrit plusieurs ouvrages estimés, entre autres des hymnes qui ne sont pas venues jusqu'a nous. Il reste de lui : 1° des ZLellres ; 2° un traité du Liende l’Anathème, contre Euphemius de Consfantinople; 3° un Traité contre Andromaque, pour empêcher les débauches extravagantes des Lupercales, qu'un sénateur de ce nom voulait rétablir; 4° un Trailé contre Les Pélagiens; 5° un livre Des deux Natures en Jésus-Christ, contre les hérésies de Nestorius et d’Eutychès; 6° un Sacramentaire, sorte de rituel, qui contient un recueil de plusieurs messes et l’ordre des cérémonies pour l’administration des sacrements.
GÉLASE I, appelé auparavant Jean de Gaèle, du lieu de sa naissance, fut le successeur de Pascal II. Religieux de Saint-Benoît, puis cardinal de la création d’Urbain 11, il n’était pas encore prêtre lorsqu'il fut élu pape, en 1118. Un intrigant, qui s’était opposé à son élection, lui suscita des troubles, et le força de se retirer dans sa ville natale, où il reçut la prêtrise et l’épiscopat. De retour à Rome, peu de temps après, il se vit encore chassé par l’empereur Henri V, qui poursuivait la querelle des investitures, et qui lui opposa un prétendu pontile sous le nom de Grégoire VIII. Gélase se réfugia en France, et tint à Vienne un concile contre les fauteurs du schisme. Il mourut à l’abbaye de Cluni, le 29 janvier 1119, après un an de pontificat.
L L'abbé C. BANDEVILLE.
GELATINE. Ce mot, dérivé du latin gelu, gelée, désigne une des substances qui existent dans les matières solides des diverses parties des animaux. La gélatine est, suivant M. Dumas, ainsi composée : Carbone 50,99, hydrogène 7,07, azote 18,72, oxygène 23,22. On l'extrait des matières dont elle est le principe immédiat, en les traitant par l’eau bouillante ; elle prend alors la forme d’une gelée demi-transparente, incolore, inodore, insipide, plus pesante que l’eau, d’une dureté et d’une consistance variables. La gélatine solidifiée n’éprouve aucune altération par l'air; elle est insoluble dans l'alcool, dans l’éther et les huiles, mais l’eau chaude la dissout parfaitement. L'’extraction de la gélatine des os a été l’objet de l’attention de plusieurs chimistes : Proust est le premier qui ait trouvé le moyen de la solidifier et d’en faire des fablettes. On avait d’abord tenté l'extraction de la gélatine des os en broyant ceux-ci avant de les soumettre à l’ébullition ou à l'action du digesteur ou marmite de Papin. Darcet fils essaya de l’obtenir en séparant le tissu gélatineux des os des matières salines qui entrent dans leur composition, à l'aide de l'acide muriatique, qui a Ja propriété de détruire ces sels osseux sans attaquer le tissu. Ce procédé a eu un succès complet, et l’on a vu des têtes de bœuf, traitées de cette manière, parfaitement conservées, et formant un squelette entièrement gélatineux. Le tissu gélatineux ainsi préparé se conserve pendant plusieurs années quand on a eu soin de le préserver complétement d'humidité. Cent parties d’os en laissent à nu trente de tissu gélatineux. La gélatine a été préconisée par Darcet comme propre à faire des bouillons économiques. Cependant si l’on veut employer la gélatine à cet usage, on doit ajouter à ce bouillon une partie de viande. Diflérents observateurs ont prouvé, particulièrement Ganna let après lui M. Donné, et l’Institut a fina lement reconnu et fait savoir que la gélafine dont en com posait des bouillons économiques pour les malades des hôpitaux et les prisonniers n’est aucunement nutritive ; en sorte que de tels bouillons gélatineux n'avaient eu pour effet que de rendre la diète plus expresse. Cela n'ôte pas à la gélatine ses autres propriétés, dont les arts et l’industrie ontsu tirer parti. Elle sert à coller et clarifier les vins blancs, à faire une colle forte et une colle à bouche de quatité supérieure, des pains à cacheter, à clarifier le café. La solution aluruineuse de gélatine est employée pour coller le papier, Combinée avec le tonnin, la gélitine convertit les peaux
d'animaux en cuirs imputrescibles. L'art du mouleur luimême à su tirer parti de celte matière, qui permet d’obtenir des épreuves sans coutures. On l’emploie, en photographie, pour enlever un cliché au collodion de la glace sur laquelle il a été obtenu.
GELÉE ( de gelu, froid ). Lorsque la température qui maintient certaines substances à l’état liquide vient à baisser d’une quantité suffisante, ces substances se durcissent et passent à l’état solide. Pour exprimer ce changement d’état, on dit alors que ces matières gèlent : l’eau, par exemple, gèle lorsque le thermomètre centigrade indique un degré de froid au-dessous de zéro de l'échelle de l'instrument ; les eaux stagnantes gèlent plus tôt que les eaux courantes; les huiles, en général, gèlent par un degré defroid moindre que la température qui fait passer les eaux à l’état de glace ; les liqueurs spiritueuses, telles que les vins, les eaux-de-vie, léther, etc., negèlent que par un degré de froid très-élevé ; le mercure ne se soldifie que par un abaissement de ternpérature de 40 degrés au-dessous de zéro.
Les gelées sont plus ou moins funestes aux végétaux et aux animaux ; mais leurs effets sur les végétaux sont les plus désastreux lorsqu’elles ont lieu immédiatement après un dégel, des pluies, une fonte de neiges, c’est-à-dire lorsque les plantes sont le plus imbibées d’eau, par la raison que ce liquide, ayant la propriété d'augmenter de volume en passant à l’état de glace, l’organisation de la plante se trouve détruite en tout ou en partie par les glaçons interposés entre ses éléments, et qui en ont altéré la contexture. On explique de la même manière la promptitude avec laquelle des fruits gelés entrent en dissolution sitôt qu'ils sont exposés dans un lieu dont la température est élévée.
Les corps des animaux ayant une organisation analogue à celle des végétaux, une forte gelée peut, en solidifiant les liquides qu’ils contiennent, détruire la contexture de leurs fibres, les parois des canaux des vésicules, etc., dans lesquels circulent ou se réunissent ces liquides : aussi un membre est-il perdu pour toujours si, lorsque étant exposé à un très-haut degré de froid, on le laisse se geler sans y apporter d'obstacle ni de remède (voyez CoNGÉLATION [ Pathologie}). TEYSSÈDRE.
GELÉE (Art culinaire et Pharmaceutique). On comprend sous ce nom diverses compositions d’oflice et de pharmacie, qui ont une certaine analogie avec l’eau devenue solide par le froid (gelée). Ce sont des liquides qui conservent leur fluidité tant qu’ils sont chauds, et qui acquièrent de la consistance aussitôt qu’il sont refroiïdis : le bouillon de viande très-rapproché fournit un exemple commun de ces sortes de préparations.
Les gelées sont formées exclusivement de substances animales, ou de substances végétales, ou de mélange des unes etdes autres. La base des premières est la gélatine, et surtout celle fournie par la colle de poisson ou la corne de cerf râpée. La solution de ces corps gélatineux procure un liquide qui se prend aisément en gelée transparente ; les pieds de veau sont communément employés pour l'obtenir : on les fait bouillir plus ou moins de temps avec des viandes blanches, telles que celles de veau ou de poulet, et quelquefois de poisson, ainsi qu'avec des légumes doux et sucrés : après avoir suffisamment rapproché le bouillon, on le clarifie avec un blanc d’œuf ; bientôt il acquiert la consistance de gelée, et prend la forme des vases dans lesquels on le verse. Ces préparations , qui ne sont sapides qu’en raison des sucs de viande qu’on ajoute à la gélatine, offrent sous un petit volume une quantité considérable de matière alibile : c’est pourquoi elles sont d’un usage fréquent dans la convalescence, dans diverses maladies chroniques, notamment dans les affections des intestins, surtout la diarrhée chronique.
Les gelées végétales sont plus variées que les précédentes, et ont des avantages certains qui les recommandent, soit pour les malades, soit pour les personnes valides, On les prépare avec différents fruits: les groseilles rouges et blanches, les coings , les pommes, l'épine-vinette, le raisin, etc.
GELATINE — GELÉE
(voyez Conrirure). Le suc de groseilles est presque le ser: qu'on puisse faire passer sans feu à l’état de gelée avec le sucre, parce qu’il contient beaucoup de matière muqueuse. On est obligé d’ajouter de la colle de poisson, c’est-à-dire de la gélatine, pour faire prendre les autres : elle est induspensable pour le suc de cerises. Toutes ces gelées végétales sont exemptes d’inconvénients, et on les appète plus ou
: convalescence des malades, et elles figurent, très-conv.
moins vivement: elles sont d’une grande ressource avan.
blement dans tous les desserts. On prépare aussi pour les convalescents une gelée avec la mie de pain, ou avec l’émulsion d'amandes douces, qu'on appelle blanc manger: l'un et l’autre ont beaucoup d’analogie avec la crème de riz, qui est mème préférable, en ce qu’elle est promptement et facilement préparée. On fait bouillir la mie de pain émiettée dans de l’eau en ajoutant un peu de cannelle, du sucre ou du bois de réglisse. On obtient ainsi une sorte de bouillie claire, qu’on passe et qu’on condense avec de la colle de poisson. C’est aussi avec cette dernière substance qu’on fait prendre en gelée le lait d’arnaudes, La gelée de choux rouges, que plusieurs personnes considèrent, malheureusement à tort , comme un moyen efficace dans les maladies de poitrine, s'obtient par un procédé semblable : on fait bouillir les choux, on rapproche le bouillon; on y ajoute du sucre, et ensuite de la colle de poisson ou toute autre gélatine. Le bouillon de mou de veau et de navets peut être condensé de même. Une préparation pharmaceutique qui était fréquemment employée il y a quelques années est la gelée de lichen d’Islande : elle fut réputée comme étant très-efficace dans les maladies de poitrine ; mais l'expérience n’a pas justifié cette réputation, comme celle de tant d’autres medicaments. La mousse de Corse fournit une gelée dont on fait usage pour les enfants qui recèlent des vers dans leurs intestins. Mais ces préparations de lichen d’Islande et de mousse de Corse sont difficilement tolérées par l’estomac chez plusieurs individus : aussi ne doit-on en faire usage qu'avec réserve. s D° CHARBONNIER.
GELKÉE (CLaune), plus connu sous le nom de Claude le Lorrain, paysagiste justement célèbre, naquit en l’an 1600, au château de Champagne, près de Toul en Lorraine, de parents au service du seigneur de l’endroit, et qui le laissèrent orphelin de bonne heure. Son intelligence, dans les premières années de sa vie, resta longtemps si épaisse et si lourde, qu’il n’apprit absolument rien à l’école où on l'avait placé, qu’il parvint tout au plus à savoir signer son nom, et manqua toute sa vie des notions les plus simples et les plus rudimentaires. En désespoir de cause, ses parents le mirent en apprentissage chez un pâtissier, où il ne fit guère preuve de plus de dispositions. Resté seul et sans appui à l’âge de douze ans, il s’achemina à pied vers la ville de Fribourg, où son frère exerçait la profession de graveur sur bois, Celuici lui donna sans succès quelques leçons de dessin. Plus tard, un de ses parents l’emmena à Rome ; suivant une autre version, ce serait comme vagabond et en errant de grande route en grande route avec d’autres jeunes aventuriers de son âge, qu’il serait arrivé dans la ville éternelle. Quoi qu'il en soit de l'exactitude de ce détail, il est facile de concevoir qu'étranger, ignorant la langue et ne sachant absolument rien faire , il dut bientôt s’y trouver dans le plus grand embarras pour subvenir à ses premiers besoins. Sa bonne . éloile voulut que dans cette situation critique il fût rencontré un beau jour par un peintre paysagiste, élève de Paul Bril, appelé Agostino Tassi, qui le prit à son service pour broyer ses couleurs, apprêter ses repas, panser son cheval et s'acquitter de tous les autres soins de son ménage. En sus de ses gages, il lui donnait quelques leçons de dessin dans le but de tirer le meilleur parti possible de son domes= tique,
Avec son intelligence bornée, le pauvre Claude Gelée eut d’abord toutes les peines du monde à profiter de ces leçons & cependant, il finit par y prendre goût. Vers cetle epoque, quelques paysages envoyés de Naples à Rome par Goftredi