‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 170 sur 552 · GELÉE · texte numérisé non relu

GELÉE

Wals, élève de Tassi, achevèrent de lui dessiller les yeux et de lui révéler sa vocation. 11 sollicita la faveur d’être admis au nombre des élèves de Wals, resta longtemps dans son

atelier, puis rentra dans celui de son premier maitre, Plus |

tard, il se rendit à Naples, puis en Lombardie et à Venise,

où il étudia les paysages du Giorgione et du Titien, s’appro- |

priant le faire et le coloris de ces grands maîtres. A force

patience et de travail, il était parvenu à connaitre tous |

les secrets de l’art, et à l’âge de vingt-cinq ans il brillait déjà parmi les grands peintres. Après un rapide voyage fait en France pour revoir une dernière fois les lieux où il était né, il revint en Italie, et s'établit, en 1627, à Rome, où il jouit constamment , jusqu’à sa mort, arrivée en 1682, à la suite d’une attaque de goutte, d’une grande aisance, par suite du prix de plus en plus élevé donné des productions de son pinceau par les admirateurs de son talent.

Les grandes galeries d’Italie, de France, d'Angleterre, d’Espagne et d'Allemagne contiennent beaucoup de tableaux précieux de lui. Quatre de ses plus belles toiles, les quatre paysages qui ont été gravés par Haldenwang sous le titre de Le Matin ,Le Midi, Le Soir, et Le Crépuscule, ornent aujourd’hui la galerie impériale de Saint-Pétersbourg. Dans l'origine , ils faisaient partie de la galerie de Cassel. Les Français s’en emparèrent, et les emportèrent à Paris, où on les fit servir à orner la Malmaison , domaine appartenant à Vimpératrice Joséphine. L’empereur Alexandre en fit l’acquisition en 1814. On ne les estime pas moins de 500,000 francs. Deux autres paysages admirables de Claude le Lorrain ornent la galerie de Dresde; et il y en a aussi dans la galerie Doria, à Rome, deux non moins remarquables, parmi lesquels celui dit Ze Moulin est regardé comme lun des plus parfaits de son œuvre. Notre galerie du Louvre

ossède seize tableaux de ce maître, tous de la plus grande beauté. Lorsqu'il s’en présente dans les ventes publiques, ils sont tout aussitôt couverts d’or, et le prix en va toujours croissant. De toute son œuvre. le tableau que Claude Gelée estimait le plus est celui qui représente un petit bois de la villa Madama. Le pape Clément XI en offrit une somme immense à l'artiste; mais celui-ci préféra garder un paysage qui lui servait comme étude, copié qu’il était d’après la nature.

A une richesse immense d'invention, qui lui permit de varier à l'infini la composition de ses sujets, Claude le Lorrain réunissait une étude sérieuse et approfondie de son art. Pour la vérité avec laquelle il savait rendre les effets du soleil aux différentes heures de la journée, la légèreté des nuages, l'humidité de la rosée, les vapeurs d’une atmosphère embrasée, on ne peut lui comparer que Gaspard D'ughet, qui le surpasse peut-être sous le rapport de la beauté et de disposition des masses dans les paysages, mais qui reste bien loin derrière lui pour co qui est de son incomparable chaleur de coloris et aussi de cette vapeur aérienne, de ces lointains admirables qui semblent être la nature elle-même, Il avait coutume de fondre ses touches et de les noyer dans un glacis qui couvre ses tableaux; art dans lequel il est resté sans rival. Une seule chose est à déplorer dans ses paysages, c’est la faiblesse des figures, quand elles sont de sa main; car la plupart de celles qu’on voit dans ses tableaux sont de Lauri et de Francesco Allegrini, qu’il avait le bon esprit d'appeler à son aide. Les sujets qu’il aimait le mieux à traiter étaient les points de vue sans limites, dans le vague lointain desquels l’œil se perd. Il aimait à orner ses paysages de monuments d'architecture, et aussi à les animer par le représentation de scènes empruntées à la mythologie, à l'histoire ou à la vie champêtre. H avait appelé Libri de Verita les collections des dessins faits par lui pour ses tableaux, et on y retrouve la même entente de couleurs et d'effets que dans ses tableaux. Elles forment six volumes. Deux de ces volumes, contenant 200 dessins qui ont été gravés et publiés en Angleterre par Boydell, sous le litre de Liber

-Veritalis (Londres, 1777), sont aujourd’hui la propriété

du due de Devonslire ; lord Holland en possède un renfer-

Page 1