‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 18 sur 552 · FROID · texte numérisé non relu

FROID

que les loups passaient d’un reyaume à l’autre : cet hiver (rès-désastreux est surnommé le grand hiver par les historiens; la plupart des arbres fruitiers et des vignes furent détruits en France. Hiver rigoureux en 1420 en Allemagve , en Hollande et à Paris : cette ville éprouva une mortalité si extraordinaire qu’elle fut presque entièrement dépeuplée; les loups entraient jusque dans son enceinte pour y dévorer les cadavres.

Froids excessifs en Allemagne et à Paris en 1422. En 1426 autre hiver rigoureux à Paris et dans ses environs. Froid extraordinaire en France et dans toute l’Europe en 1433 et en 1434 : la gelée commença à Paris le 31 décembre, et dura deux mois et vingtet un jours; la neige tomba pendant quarante jours consécutifs, la nuit comme le jour; il en fut de même dans les Pays-Bas; en Angleterre, la Tamise fut gelée jusqu’à Gravesend. Froid excessif en France et en Allemagne en 1458, 1468, 1469 : durant l'hiver de cette dernière année, dit Philippe de Comines, on coupait le vin avec la hache et la cognée dans. le pays de Liége, et on le vendait au poids, En 1499 un froid excessif et la famine détruisirent en Valachie une armée de 70,000 Turcs, levée contre les Russes, En 1515 à Londres les voitures passèrent la Tamise sur la glace. Froids excessifs en Angleterre en 1525 : un grand nombre d'habitants perdirent l'usage de leurs membres. Hivers très-rigoureux dans toute l'Europe en 1537, 1543, 1544. En 1570 en France, en Allemagne et en Angleterre, le froid dura trois mois entiers dans toute sa rigueur etsans aucune interruption ; en Provence et en Languedoc, les arbres fruitiers furentatteints jusque dans leurs racines; dans d’autres provinces de la France, les gelées durèrent depuis la fin de novembre jusqu’à la fin de février. En 1595 des froids excessifs eurent lieu à Paris, en Allemagne et en Italie. É

En 1608 hiver très-rigoureux dans toute l’Europe. Un froid excessif, qui se fit sentir à Paris dès le 21 décembre 1607 , dura pendant deux mois entiers : les approvisionnements de la capitale en combustibles étaient devenus si rares que la charge de cotrets se vendit 35 sols. Les troupeaux périrent en grand nombre dans les étables, et toutes les espèces de gibier dans les campagnes et dans les forêts. Les plus grands fleuves de l’Europe furent saisis par la glace à une si grande profondeur qu’ils portaient des chariots pesamment chargés ; en plusieurs pays, les noyers, les vignes, les oliviers, etc., gelèrent jusqu’à la racine. Les rigueurs de cet hiver ont été décrites dans les plus grands détails par Mézerai. En 1621 froid extraordinaire en Italie et en Allemagne : une partie de la mer Baltique se couvrit d’une glace très-épaisse. En 1655 froïd excessif en Hollande, en Allemagne et en Bohême. En 1658 froid général en Europe; la Baltique fut profondément prise par les glaces : les bras de mer connus sous le nom de Grand et de Petit Belt en furent couverts; le roi de Suède Charles X traversa ces deux bras de mer sur la glace, à la tête d’une armée de 20,000 hommes, avec son artillerie, ses chevaux, ses bagages, et s'avança jusqu'aux portes de Copenhague.

En 1683 hiver long, froid et très-âpre en France, notamment en Touraine ; un grand nombre d'oiseaux périrent; le tiers des habitants des campagnes voisines de Tours mourut de faim et de misère, disent les écrivains du temps. Cet hiver fut très-rigoureux en Angleterre; les gelées durèrent treize semaines en France, en Allemagne, en Italie. En 1684 froid extraordinaire dans toute l’Europe : à Londres, la Tamise fut prise à une profondeur de trente centimètres, depuis novembre 1683 jusqu’en mars 1684; sur les côtes de Normandie, les matelots de Saint-Valery furent enfermés par les glaces à treize kilomètres de distance en mer. En 1695 le froid fut excessif dans toute l’Europe.

En 1709 la Baltique se gela dans une si grande étendue que du haut des tours es plus élevées bâties sur ses bords J'œil ne pouvait apercevoir tout l’espace couvert par les frimas. Dans la même année l’Adriatique fut gelée complétement. Ce froid extrême occasionna dans toute l’Eu-

rope une disette qui fit périr un grand nombre d'habitants des classes pauvres et laborieuses; les denrées de première nécessité se vendirent un prix excessif : on fabriqua à Ver: sailles et à Paris du pain d'avoine, qui fut servi jusque sur la table des riches et des princes ; enfin, l'impossibilité de conserver l’eau et le vin à l’état fluide fit interrompre en France la célébration de la messe. La rigueur de la saison, qui fut également excessive en Angleterre depuis décembre jusqu’en mars de la même année, ne se fit presque pas ressentir en Écosse et en frlande. Froids extraordinaires en Europe en 1724 et 1733. Le naturaliste Gmelin évalua à 67° 8/9 lé froid qu'il ressentit le 5 janvier 1735 sur les bords du Jénisséi , dans la Tartarie chinoise.

Le missionnaire danois Egède, qui a laissé des observations curieuses sur le Grœnland, où il avait passé une grande partie de sa vie, cite plusieurs exemples du froid excessif qu’il éprouva dans ce pays : en l’année 1738, le 7 janvier, la cheminée de sa chambre se remplit de glace jusqu’à l'ouverture du poêle, et, malgré le feu qu’il eut soin d’y entretenir, cette glace ne fondit point de toute la journée; tout fut gelé dans les habitations : le linge dans les armoires, les bois de lit, les plumes et le duvet des coussins étaient recouverts d’une couche de glace d’un pouce d'épaisseur. En 1740 l'hiver fut encore plus rigoureux en Europe, et notamment en Russie, que celui de 1709 : on construisit à Pétersbourg un palais de glace de 177,50 de longueur, su: 52,50 de largeur; la Newa, où furent pris les blocs em ployés à ce bizarre édifice, était gelée à 0,66 et 1 mètre d’é paisseur ; on façonna autour de ce palais six canons de glace, et deux mortiers à bombes; les canons étaient de 6 livres de balles ; on les chargea de 125 grammes de poudre, gt un boulet de fer, lancé par l’une de ces pièces, perça une planehe épaisse de 5 centimètres à 60 pas de distance : quoique, le, canon lui-même n’eût que 0,10 d'épaisseur, il n’éclata point. La même année, le froid fut-très vif en Hollande ; il y eut à, Rotterdam , à Delft età La Haye, de nombreuses émeutes produites par le renchérissement des denrées.

En 1748 le froid fut excessif à Pétersbourg : le thermomètre descendit à 30 degrés dans plusieurs parties de l’Europe, et particulièrement en France. En 1754 les gelées détruisirent un grand nombre d'arbres; un froid extraordinaire se fit sentir dans le nord de l’Europe. En 1760 le détroit du Sun d fut entièrement pris par les glaces. En 1768, dans quelques provinces de France, plusieurs voyageurs périrent sur les routes; des arbres se fendirent dans une grande partie de leur longueur. A Paris, on brisa plusieurs cloches en les sonnant ; à Lyon, le thermomètre destendit, le 1°* février, à 17°,etle 18 janvier, à Pétersbourg, à 26°. Des oiseaux étrangers parurent sur les bords de la mer, près du Hâvre : plusieurs étaient si excédés de fatigue qu’ils se laissèrent prendre à la main; enfin, on trouva sur les côtes de plusieurs pays de grandes quanlités de poissons morts que la mer avait abandonnés sur le rivage. En France, froids extraordinaires en 1774 et 1776. En 1779, froid très-intense en Angleterre pendant quatre-vingt-quatre jours; en 1784, pendant quatre-vingt-neuf jours ; et en 1785, pendant cent quinze jours. Le 5 novembre 1786 le mercure gela en piein air à Pétersbourg par un froid de 30°; le 1° décembre le thermomètre y marqua — 40°; le 7 il descendit jusqu’à 60 : le mercure se congela en masse solide de manière à pouvoir être battu du marteau à plusieurs reprises.

Le 30 décembre 1788 le thermomètre descendit à Paris à 18°; l'épaisseur de la glace, mesurée à Versailles le 22 dé cembre, fut de 0M,34. Le même froid se fit sentir en Angleterre, où il dura un mois entier : la Tamise fut prise par les glaces. En 1789 autre froid extraordinaire dans le même pays, pendant sept semaines ; la glace dont la Tamise était couverte se brisa le 14 janvier, pendant qu’on y tenait une foire. Froïds excessifs en 1794 : la durée de la gelée à Paris fut de soïixante-huit jours, et 18° Je point le plus élevé du froid. En 1796 on ressentit à Londres le froid le plus excessif qu'on y eût éprouvé. En 1799 un froid très-rigoureux se

fit sentir dans presque toute l’Europe. En 1810 le mercure gela à Moscou. En 1811 la Tamise fut prise par les glaces.

L'hiver de l’année 1812 est surtout à jamais mémorable par les désastres de l’armée française en Russie : le thermomètre ne descendit cependant pas au-dessous de 16 à 18°, température peu extraordinaire pendant cette saison dans le nord de l’Europe. Le 27 décembre 1813 froid extraordinaire en Angleterre, pendant six semaines, accompagné d’un épais brouillard, qui dura huit jours, et qui s’étendit à plus de 50 milles de Londres dans toutes les directions. Froïd excessif dans le même pays en 1814 : la Tamise fut prise dans la plus grande partie de son cours à une telle profondeur qu'on put la couvrir de maisonnettes et de cabanes. En 1820, le 10 janvier, le thermomètre marqua 20° à Berlin, 120 à Paris; la neige, à Florence, atteignit une hauteur de 0,66. L'hiver de 1829 à 1830 fut aussi trèsrigoureux. Aug. SAVAGNER.

En 1540, le jour de l'entrée des restes de Napoléon Ier à Paris, le 15 décembre, le thermomètre descendit à 170. L'hiver de 1864 fut des plus rudes : la Seine gela à Paris la Saône à Lyon, le Pô en plusieurs endroils; on patina À Naples sur le grand bassin du château royal; à Toulon les c tronniers éclatèrent comme des pièces d'artifice, il yeut d: la glace jusqu’à Suez. Le 2 janvier 1868, la Seine fut entièrement prise à Paris, et on put la lraverser jusqu'au 15 janvier. L'hiver de 1870 fut aussi froid et plein de neige : nos malheureux soldats en eurent cruellement à souffrir.

FROIDEUR. C’est une sorte de calme extérieur qui gêne et éloigne {ous ceux qui sont en rapport avec vous. La froideur, au reste, n'exclut pas toujours la violence de passions : elle sert seulement à la mieux voiler. Ilest des hommes qui n’ont dans la vie qu’un seul attachement ou une seule affection; ils s’en nourrissent sans cesse quand ils sont nés avec ce que l’on appelle de la froideur : en effet, ce que celle-ci empêche surtout, c'est de s’épancher avec les autres, que l’on tient à distance. Il en résulte que les hommes froids, dès qu’ils rencontrent des obstacles qui menacent de les arrêter longtemps, se portent à des excès, ou à des crimes,

Les orateurs qui n’ont que du feu arrivent quelquefois à d’admirables effets; mais ils compromettent souvent, en retour, la cause qui leur est confiée; ils font mieux l'affaire de leur propre réputation que celle du client qui les a choisis. Dans la vie intime, une très-grande froideur, surtout lorsqu’elle est habituelle, vous retranche, pour ainsi dire, de la famille dont vous faites partie. On n'est jamais bien à l'aise avec vous, même en dépit des plus excellentes qualités; c’est que celles-ci ne doivent pas avoir que leur utilité, il faut aussi qu’elles aient leur agrément , et à moins de ces circonstances extraordinaires où l’on peut déployer les plus rares vertus, la froideur ne mène, avec ceux qui vous connaissent, qu’à une estime paisible et réfléchie ; il importe d'aller un peu plus loin : pour étre heureux, il faut être aimé, SAINT- PROSPER.

FROISSART ou FROISSARD (JEaw), prêtre, chanoine trésorierde l’église collégiale de Chimai, et chapelain de Gui de Châtillon, naquit à Valenciennes, vers l’an 1337. On conjecture que son père était peintre d’armoiries. Pour lui, dès sa jeunesse, il fut destiné à l’église, quoiqu'il fit preuve chaque jour d’un caractère peu compatible avec la gravité du sacerdoce, Naturellement porté à la dissipation, il préférait à l'étude la chasse, la musique, les danses, la parure, la bonne chère, les femmes; et lorsqu'il eut embrassé l’état ecclésiastique, il se mit fort peu en peine de combattre ces penchants, Néanmoins, si la poésie recevait ses hommages, il aimait plus encore l’histoire. 11 ne faisait que sortir de l’école et avait à peine vingt ans, lorsqu’à la prière de son cher seigneur et maitre messire Robert de Namur, chevalier, seigneur de Beaufort, il entreprit d'écrire les guerres de son temps , particulièrement celles qui suivirent la bataille de Poitiers, Comme Hérodote, il recueillait en voyageant les

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