‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 19 sur 552 · FROID — FROISSART · texte numérisé non relu

FROID — FROISSART

notions dont il devait faire usage : en conversant avec ceux qui agitaient le monde, il apprenait à connaître leurs mœurs, leurs desseins ; il écrivait, pour ainsi dire, sous leur dictée, et transmettait aux lecteurs l'impression immédiate des faits, sans aucun système de composition, sans se douter que l’histoire pût être critique, philosophique, ou pittoresque.

Quatre ans après, étant allé en Angleterre, il présenta une partie de ses chroniques à la reine Philippe de Hainaut, femme d’Édouard 111. Cette princesse, à qui il avait su plaire, devina que Froissart, tout frivole qu'il était en apparence, éprouvait les tourments d’un amour malheureux. En effet, il aimait une femme dont on ignore le nom, mais qui était d’un rang si distingué que Les rois et Les empereurs l'auraient recherchée. En lisant avec elle le roman de Cléomadès, rimé par un {rouvère de la cour de Henri III, duc de Brabant, il avait senti les premières étincelles du feu qui avait fini par l’embraser. Cette passion cependant, si puissante qu’elle fût, ne le détournait pas d’une autre, plus impérieuse encore, celle de reproduire son siècle, Il pénétra jusqu’en Écosse, se rendit en France à la suite du prince Noir, et visita la cour de Savoie. Ce fut à peu près vers ce temps qu’il perdit sa protectrice, la reine d'Angleterre, qui l'avait nommé clerc de sa chambre. Étant retourné dans son pays pour distraire ses chagrins, il y obtint la cure de Lessines, à deux lieues d’Ath. De tout ce qu'il fit dans l’exercice de son ministère, il ne nous apprend autre chose sinon que les taverniers de l'endroit pendant son court rectorat eurent 500 francs de son argent. Froissart s’attacha depuis à Venceslas de Luxembourg, duc de Brabant, gentil, noble, joli, fresque, sage, armeret et amoureux. Ce Venceslas avait du goût pour la poésie : il fit recueillir ses chansons, rondeaux et virelais par Froissart, qui, y joignant plusieurs pièces de sa composition, en forma une espèce de poëme sous le titre de Méliador, ou le Chevalier au Soleil d’or, ‘ouvrage qu’on n’a pas encore retrouvé. A la mort du due,

, Froissart trouva un autre protecteur dans Gui de Châtillon, ‘ comte de Blois, qui l’engagea à reprendre son histoire, qu’il avait interrompue,

En 1388 notre chroniqueur se rend à la cour de Gaston Phæbus, comte de Foix et de Béarn, pour y puiser des renseignements. Sur sa route, il rencontre un chevalier du comté de Foix, messire Espaing du Lyon, qui à joué un grand rôle, et qui lui fait des récits dont s’enrichiront ses chroniques. Villes, châteaux, masures, plaines, hauteurs, vallées, passages difficiles, tout excite la sympathie de Froissart, et rappelle à la mémoire du chevalier les diverses actions qui s’y sont passées sous ses yeux, on dont il a oui parler à ceux qui y ont assisté. Enfin, il arrive auprès de Gaston, dont il reçoit l’accueil le plus flatfeur. 1] lui üt son roman de Méliador, et en apprend des particularités qu'aucun autre n’aurait été en état de lui révéler, En six mois, il passe du Blaisois à Avignon, ensuite dans le comté de Foix, d’où il revient encore à Avignon, et traverse l’Auvergne pour gagner Paris. On le voit, en moins de deux ans, successivement dans le Cambrésis, dans le Haïnaut, en Hoilande, en Picardie, une seconde fois à Paris, dans le fond du Languedoc, puis encore à Paris et à Valenciennes, de là à Bruges, à l'Écluse, dans la Zélande, enfin dans son pays. C’est en Zélande qu’il trouve un chevalier portugais qui l’entretient des guerres d’Espagne, sur lesquelles il n’a entendu parler jusque là que des Espagnols et des Gascons, Il y avait vingt-sept ans qu’il était parti d'Angleterre, lorsqu'à l’occasion de la trêve il y retourne, en 1394. Là, nouveaux récits, nouvelles investigations historiques. Le trône étan occupé par Richard, qui moult bien parloit et lisoit fran: çois, et qui fut enchanté du poème de Méliador. Après trois mois de séjour, Froissart prit congé du roi, et vécut encore quatre ans au moins, Il est impossible de fixer l’année de sa mort.

Son histoire s'étend de 1826 à 1400. Elle ne se borne pas aux événements quise sont passés en France dans ce long espace de temps; elle comprend aussi ce qui est arrivé de

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