‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 189 sur 552 · GENÈVE — GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

GENÈVE — GENEVIÈVE

cents dames, de tous rangs, se vouèrent au service d’infirmières. Lors de l'exposition universelle de Paris, en 1867, les comités des divers pays se réunirent pour former l'association internationale de secours aux blessés, qui exposa au Champ-de-Mars, dans des tentes sur lesquelles brillait la croix rouge, les modèles et le matériel des deux variétés principales d'ambulances : ambulances divisionpaires et ambulances volantes, Quand la guerre eut êté déclarée entre la France et la Prusse, au mois de juillet 1870, le comité français de l'association internationale de secours aux blessés fit appel au dévouement des médecins civils et à la charité de tous les citoyens. Les journaux se mirent à la tête du mouvement ; les souscriptions qu'ils réunirent formèrent l’ambulance dite de La Presse, l’une des plus promptement organisées. Chacune des ambulances de l'association fut établie d’après le système américain, les blessés et les malades pouvant être traités sur place jusqu’à suérison complète. A chaque ambulance furent adjointes des dames hospitalières, chargées de diriger la lin-

gerie et la pharmacie, et ayant à leur service un certain:

nombre d’infirmières soldées. Le gouvernement français et le gouvernement prussien élevèrent, chacun à leur tour, contre les saldats ennemis, l'accusation d’avoir volontairement dirigé leur feu sur des ambulances. On se plaignit aussi que l’armée allemande eût couvert ses approvisionnements et ses caissons du drapeau international. Des récriminations du même genre furent plusieurs fois élevées, des deux parts, jusqu’à la fin de la guerre.

GENEVIÈVE (Sainte). Cette patronne de Paris naquit à Nanterre, vers l'an 423, de Sévère et Géronce, riches habitants de ce village. Elle n’était âgée que de sept ans lorsque saint Germain d'Auxerre, traversant cette localité, la distingua dans la foule qui s'était portée sur son passage, lui imposa les mains, et attacha à son cou une médaille en cuivre, sur laquelle était gravée une croix, en lui enjoignant de ne jamais porter d’autres bijoux. A quinze ans, elle fit vœu de virginité, et ayant perdu ses parents, elle vint habiter chez sa marraine à Paris. À l'approche d’Attila elle assura les Parisiens qu’ils n’auraient rien à souffrir de ce barbare. Elle devint bientôt l’objet de la vénération publique; on la consulta dans les occasions importantes, et l'esprit de Dieu l’éclairant, elle rendit les plus grands services à la ville de Paris, qu’elle parvint à approvisionner à ses frais pendant un blocus, en y faisant entrer onze bateaux de vivres venus de Bourgogne, qu’elle distribua aux habitants. Était-ce doncu ne bergère, comme le rapporte la légende?

D’après quelques écrivains, la conversion de Clovis fut en partie son ouvrage, et ce monarque fit bâtir à sa prière la basilique des Apôtres, dédiée à saint Pierre et à saint Paul, où, en 512, on enterra Geneviève, morte celte année à quatre-vingt-six ans. Les vertus qu’elle pratiqua pendant sa vie, les miracles opérés sur son tombeau et par son intercession, la firent mettre au nombre des saints, et la basilique qui contenait ses restes prit son nom. Les corps de Clovis et de sa femme Clotilde, qui avait fondé auprès de cette église une abbaye dont les chanoines réguliers s’appeièrent génovéfains, furent déposés dans la crypte où était celui de Geneviève, que l'on en retira pour l’enfermer dans une châsse en argent, œuvre, dit-on, de saint Éloi. Il ne reste plus maintenant des anciennes constructions qu’une haute tour carrée, bâtie en 511 sous Clovis, qui se trouve engagée dans les bâtiments de l’abbaye, maintenant lycée Henri IV. La rue de Clovis occupe aujourd’hui emplacement de l’ancienne église. En 1212 la châsse de Saint Éloi fut remplacée par une autre, beau. coup plus riche, en vermeil, On employa 193 marcs d’argent et 8 marcs et demi d’or pour la dorer. Les princes se plurent à l’orner de pierres précieuses ; Marie de Médicis y ajouta un bouquet en forme de couronne, monté

. endiamants.

Cette châsse état derrière le maître autel, soutenue par DICT. DE LA CONVERS, — T, x,

quatre statues de vierges plus grandes que nature; et elle était placée si haut, que ce n’était qu’au moyen d’une longue perche qu’on pouvait l’atieindre pour y faire toucher les objets présentés par les fidèles. C’étaient le plus souvent des bagues , des chapelets , ou des chemises , des draps destinés à couvrir les malades, dont on espérait ainsi obtenir la guérison. Lorsqu'un péril menaçait, ou pendant la maladie d’un prince, on découvrait une partie de la châsse ; si le danger augmentait , elle était découverte en entier, et dans les grandes calamités elle était promenée par la ville. Cette procession assez rare n’avait guère lieu que tous les vingt ans. Les autres châsses des diverses églises l’accompagnaient, suivies d’un grand nombre de fidèles, dont quelques-uns n’étaient vêtus que de leurs chemises. On peut évaluer à cent le nombre de sorties de la châsse. On la promena pour le succès de Los armes contre les Anglais, souvent aussi dans nos guerres de religion; quelquefois pour obtenir de la pluie, mais plus souvent pour avoir du beau temps; elle était considérée enfin comme le talisman de la capitale. Les génovéfains ne la remeltaient aux échevins et magistrats de la ville que contre des otages.

La basilique de Sainte-Geneviève tombait en ruines : en 1757 on commença, sur les dessins de Soufflot, un nouvel édifice à l’occident de l’ancienne église ; les frais en furent prélevés sur les billets de la loterie qu’à cette occasion on éleva de vingt sous à vingt-quatre; sous le dôme de ce monument devaient être placées les reliques de la vierge de Nanterre. L'édifice n’était pas achevé lorsque éclata la révolution de 1789. En novembre 1793, la châsse fut retirée à l’église et portée à la Monnaie. Le Moniteur du temps contient le procès-verbal de louverture qui en fut faite par les commissaires de la commune. Les ossements de la sainte avaïent-ils échappé aux profanations des Norman ds ? les moines de Sainte-Geneviève, donnant un démenti à plusieurs historiens , ont prétendu avoir à chaque danger emporté avec eux dans la Cité leurs précieuses reliques; ce qui est certain, c’est que le 1er frimaire an 1 (23 novembre 1793), elles furent brûlées en place de Grève, en présence de tout le peuple et devant la troupe rangée en bataille, On lit dans l’arrêté qui ordonne cette exécution : « Le conseil de la commune entend la lecture du procès-verbal de dépouillement de la châsse de sainte Geneviève et arrête que ce procès-verbal sera envoyé à toutes les sections, ainsi qu’au pape. Arrête en outre que les ossements et les guenilles qui sont trouvés dans cette boîte seront brûlés sur-le-champ en place de Grève, pour yexpier le crime d’avoir servi à propager l'erreur et à entretenir le luxe de tant de fainéants. La dépouille de cette châsse a produit 23,830 livres. Sur l'observation d'un membre que ce produit lui paraît bien médiocre, attendu que lon pouvait à peine supporter l'éclat du brillant de cette châsse, le rapporteur répond que les objet: qui l’ornaient sont encore en nature à la Monnaie ; que la plupart des diamants sont faux, et notamment le fameux bouquet, dont le prix serait inestimable s’il était en pierres fines. »

Une partie des cendres fut-elle sauvée par une pieuse fraude, comme quelques-uns l’ont dit? Les commissaires de la commune constatèrént que tous les ossements du corps ne se trouvaient pas dans la châsse. L'église de Saint- Étienne du Mont n’a jamais possédé la châsse de sainte Geneviève. La châsse qu’on voit au dessus du maîlre autel est celle de saint Pierre et saint Paul, patrons de cêt ancien monument.

En 1803, on retrouva dans les caveaux de l’ancienne église Sainte-Geneviève la pierre provenant du sépulcre de la sainte. On réédifia son tombeau dans celle de Saint- Étienne du Mont. Là le pape Pie VII vint prier quand il se rendit à Paris pour sacrer Napoléon. Devant la chapelle, sous une voûte ogivale, basse et très-enfumée, est ce tombeau vide, sans ornements, consistant en une simple pierre entourée d’une grille massive en fer avec un fort grillage.

Sur cette grille il y a deux cents piquets destinés à recevoir Les cierges qu’on y brûle. Une porte pratiquée à l’une des extrémités de cette grille permet de poser sur la pierre les courounes blanches et les bouquets que les fidèles y ap portent en grand nembre, ou de faire toucher la pierre du tombeau aux objets qu'on veut sanctifier.

Pendant la neuvaine de la sainte, qui commence le 3 janvier, sa chapelle de Saint-Étienne du Mont est étincelante de cierses allumés par les fidèles; les deux cents piquets ne sulfisent plus. Au dehors de l’église, s’établissent en plein vent de petits marchands qui vendent les images de Ja vierge de Nanterre, sa vie, des livres d'église, des chapelets, des rosaires, des croix, des bagues et tous les objets de piété auxquels, en donnant son obole, on va faire toucher le tombeau de la sainte.

Le monument de Soufflot, élevé pour remplacer l’ancienne église Sainte-Geneviève, avait été, par un décret du 4 avril 1791 , érigé en Panthéon destiné à la sépulture des grands liommes , et avait reçu les dépouilles mortelles de Voltaire, Mirabeau, Marat, etc. Menaçant ruine dès son élévation, il fallut sacrifier à sa solidité l’'admirable élégance de l’intérieur, et malgré tout ce qu’on a pu faire, l’inclinaison de cet édificé est sensible à l'œil. Le 20 février 1806, Napoléon le rendit au culte. Une loi du 26 août 1830 le rétablit Panthéon; aujourd’hui la croix le surmonte de nouveau. Par décret du 6 décembre 1852, l’empereur Napoléon III Pa restitué au culte sous l’invocation de sainte Geneviève. Le nouveau temple fut rouvert à la piété des fidèles le 3 janvier 1853. La chapelle du sud, consacrée à la vierge de Nanterre, rappelle l’ornementation de l’ancienne église, avec les quatre vierges soutenant la châsse. Pendant la neuvaine, la nouvelle châsse apportée de Notre-Dame fut placée au milieu du temple sous le dôme. Là aussi elle est entourée de près de 200 bougies toujours allumées, et l'on peut compter par milliers les fidèles qui viennent s’agenouiller à Saint-Étienne du Mont et à Sainte-Geneviève; car le Parisien qui a conservé la foi de ses pères ne déserte par le culte de sa patronne, soit qu’il se la représente, d’après les vieux tableaux, sous les {raits d'une pauvre bergère, filant au fuseau en gardant quelques moutons, soit qu’il la considère au milieu de sa pompe céleste, telle que la montrée Gros dans la coupole de l'église qui lui est consacrée. Une des plus curieuses bibliothèques de Paris, appartenant jadis à l’abbaye de Sainte-Geneviève, porte aussi son nom,

GENEVIEVE DE BRABANT, fille d’un duc de ce pays, fut mariée au commencement dun huitième siècle à Siffroi ou Siffrid , palatin d’Offtindink , dont le chäteau, nommé Hohen-Simmeren , s'élevait dans le canton de Meifeld , au pays ‘le Trèves. Geneviève élait enceinte sans le savoir, lorsque Siffroi la quitta pour suivre Charles Martel contre les Sarrasins. L’intendant Golo, chargé de veiller sur elle, n’ayant pu la séduire, l’accusa d'infidélité à ses devoirs et d’avoir inis au jour le fruit de son adultère. Siffroi, sans rien exaiiner, écrivit à Golo de faire noyer la mère et l'enfant. Mais les serviteurs chargés d'exécuter cette cruelle sentence ne furent pas insensibles à la pitié, et ahbandonnèrent Geneviève et son fils dans le lieu sauvage où ils devaient les faire périr. Geneviève y resta, dit-on, depuis le 6 octobre 732 jusqu’au 6 janvier 737, que Siffroi la découvrit en poursuivant, à la chasse, la biche qui fournissait à la malheureuse princesse une partie de sa nourriture. Siffroi vit le doigt de Dieu marqué dans cet événement; il reconnut l'innocence de sa femme, et fit écarteler le perfide Golo par quatre taureaux indomptés; {tandis que, moins pressée de se venger que d'exprimer sa reconnaissance, Geneviève, à l'endroit même où elle avait été trouvée, bâtissait à la Vierge la chapelle de Frauenkirchen, dont les ruines existent encore et attirent beaucoup de pèlerins.

Telle est cette aventure, plus intéressante que vraisemblable, dont le fond se retrouve dans le roman du CAevalier au cygne, où la reine Béatrix, calomniée par la très-iniue Matabrune, est placée dans les mêmes circonstances

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