‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 191 sur 552 · GENGA — GÉNIE · texte numérisé non relu

GENGA — GÉNIE

GENGA (AxNIBaie bELLA). Voyez Léon XII.

GENGIS-RHAN. Voyez Dnemiz-Kuan.

GENGIS-KRHANIDES. Voyez Dsincniz-KHANIDES,

GÉNIE, l'un des mots dont l’acception est la plus vague et l'usage le plus étendu dans les idiomes modernes. On le retrouve sous la mème forme, et changeant seulement de désinence, chez tous les peuples de l'Europe. Malgré son origine romaine, ila pénétré parmi les races teutoniques. Les Allemands, dont le dictionnaire renferme assez peu d'emprunts faits à l’idiome latin, lui ont donné droit de bourgeoisie ; les Anglais s'en servent fréquemment; les Italiens lui ont conservé sa signification primitive et romaine. En France, il s’est paré d’un éclat nouveau, d’un sens presque merxeilleux. Rien de plus incomplet que le dictionnaire qui semble le plus complets rien de moins exact que lexactitude des lexiques ; jamais ils ne rendent les nuances presque infinies que les diverses races prêtent à la même parole; ce sont les mêmes sons, mais ron plus le même sens. On se trompe si l’on croit avoir exprimé la même idée en se servant des mots genius (latin), genio (italien), genius {anglais), genius (allemand), et génie (français).

Pour les anciens Romains (et il est difficile de remonter plus haut), le mot génie se confondait avec les idées théogoniques qui présidaient à toute la religion de l’ancien monde. Le genius était l'esprit élémentaire qui avait présidé à la création, qui avait concouru à enfanter l'univers, et qui, mêlé aux éléments et aux actions des hommes, jouait un rôle invisible et puissant dans le drame du monde. Parmi ces forces élémentaires et créatrices, il y en avait dont l’existence s’associait à celle des fleuves, des ruisseaux, des montagnes ; d’autres, qui protégeaient la fondation des empires ; d’autres, enfin, qui couvraient de leurs ailes divines la destinée de chaque homme, depuis son berceau jusqu’à sa mort. A l’idée de création s’associait l’idée de protection et d’inspiration pour les faibles mortels. Ce génie , l’ange gardien du paganisme, farmait la pensée de son protégé, enfantait, pour ainsi dire, son âme ( gignebat). Ainsi, toutes les inspirations philosophiques de Socrate étaient dues à son génie ; le génie du second Brutus lui apparut la veille de sa mort et de sa défaite. Le génie était associé au caractère, aux penchants bons ou mauvais, aux désirs et aux passions ; c'était une espèce de second instinct. On disait d’un homme qui se livrait à ses penchants, et qui, loin du bruit des affaires et des sévérités de la discipline, choisissait pour délassements la chasse, la pêche, ou la culture des arts : Cet homme cède à son génie (genio indulget). Tel est encore

lacception que le même mot a conservée chez les Italiens :

| donna di genio volubile signifie : femme aux penchants

capricieux, à l’âme el à la pensée mobiles.

Les Français, beaucoup plus éloignés des Latins que les Italiens, fils du Zatium, n’ont conservé qu’une partie de cette acception. A leurs yeux, le génie aété spécialement élémentaire et créateur : il a représenté la force intellectuellequi enfante, dirige, organise. Les Français, amoureux du succès, luiattribuant toujoursla supériorité, ont reconnu chez le conquérantf, le législateur, le grand poëte, les attributs du génie. Toute espèce de puissance intellectuelle, accomplissant de grandes œuvres à été désignée par le mot génie. Il a étél’auréole divine parmi les hommes : il a séparé les intelligences supérieures de la foule des mortels. 11 a indiqué l’enfantement, la création, l'instinct presque céleste confié à la pensée humaine. Pendant que le christianisme triomphant rejetait dans l'ombre et dans l'oubli l’être surnaturel et protecteur que Socrate avait adoré, l'inspiration de toutes les grandes choses était attribuée à ce mot vague génie; et Vextrème indécision de cette parole on augmentait le

prestige. Charlemagne, qui reconstruit l'Europe; Napoléon, qui la bouleverse; Corneille le tragique, Bossuet, l’orateur chrétien, sont des ommes de génie, au

1 même titre et au mème niveau. La nation française, peuple d’action, et qui va toujours au fait, veut que le génie fasse ses preuves, ct qu’il se consacre lui-même par des actes

visibles: ilne reconnaît guère les génies inconnus; il s’attache moins à la puissance Inême que Dieu a confiée à l’homme, à sa valeur intrinsèque et réelle, qu'aux résultats obtenus par cette puissance. Au contraire, parmi les peuples du Nord, le génie est considéré en lui-même et pour lui-même, Chez les Anglais, le mot génie a étrangement dégénéré. Pour eux un homme de génie est plutôt celui qui a des dispositions naturelles que celui qui marque son passage sur le globe par des actions mémorables.

Ce n’est que du milieu du dix-huitième siècle que date définitivement l’acception que reçoit ce mot aujourd’hui parmi nous, et dont plusieurs écrivains ont fait abus : pendant le seizième et le dix-septième, on l’employait beaucoup plus fréquemment dans le sens du génie propre, individualité de caractère. Il fallut une nouvelle expression qui donnât l’idée des conquêtes de l'intelligence, et de l'extrême supériorité conquise par la pensée sur la force brute, lorsque toute la hiérarchie féodale de Louis XIV fut sur le point de crouler à la fois. Mais la pensée, comme toutes les conquérantes, ne manqua pas de s’exagérer à elle-même sa propre victoire: elle se proclama créatrice, et choisit à dessein, pour exprimer l’orgueil de son pouvoir, le mot qui exprimait la faculté d’enfantement et de création, génie. Une fois ce terme accepté, beaucoup de difficuités et des questions à peu près insolubles se soulevèrent : comment distinguer le éalent du génie? faut-il admettre sur la même ligne que les génies cultivés le génie sauvage et inculte ? Cette inspiration qui préside soit aux grandes œuvres d’art, soit aux prodiges des législateurs et des guerriers, se développe-t-elle par uninstinect spécial, par une grâce d’en haut ou par une meilleure conformation des organes? Les honneurs du génie appartiennent-ils seulement aux orateurs et aux poëtes ? ou peut-on les décerner à l'inventeur d'une machine, à l’industriel qui a enrichi son pays? La perfection labcrieuse de Virgile trahit-elle l’homme de génie? et si ce titre est accordé au chantre d’Énée et de Didon, le donnerez-vous également à l’exagération déclamatoire et puissante de Lucain? Ces différents problèmes et beaucoup d’autres prouvent jusqu’à l'évidence le vague et l’incertitude du mot éclatant dont nous essayons l’histoire. Génie signifie-t-il inspiration créatrice, sa définition la plus vulgaire? Parcourons la liste des hommes de génie incontestés : nous les trouvons tous, non pas créateurs, mais imitateurs. Virgile copie Homère ; la vision du Dante est empruntée mot à mot aux pieuses fictions du moyen âge; il n’y a pas une seule pièce de Shakspeare dont le plan, les situations et les caractères ne setrouvent dans les contes italiens du quinzième siècle; les trois plus beaux ouvrages de Corneille sont des imitations de l’espagnol ; Bossuet a mis à contribution les Pères de l'Église ; Racine est l'enfant des Grecs; le second Bacon a volé sans pudeur le premier Bacon ; toutes les idées de l’£mile de Jean-Jacques se trouvent chez Locke; Voltaire a puisé à pleines mains chez les Anglais; Byron a pillé nonseulement Montaigne et Spenser, mais Gœthe et Chàteaubriand. Expliquons-nous |!

Dans l'atmosphère d’un homme supérieur, tels que Shakspeare et Dante, mille éléments confus et errants flotient au hasard, Ils sont dus au passé, à la nationalité spéciale des peuples, et aux circonstances dans lesquelles ces peuples se trouvent : tels sont les éléments de la création; tout le monde les possède, personne ne peut se les attribuer en propre. Du temps de Shakspeare, les contes d'Italie ont frappé l'imagination populaire. On les traduit, on les imprime, ils se vendent dans tous les carrefours ; c’est l’amusement des oisifs, c’est le délassement des femmes, c’est la ressource des pauvres auteurs. Il ya des manœuvres littéraires qui les exploitent de leur mieux ; d’autres qui les élaborent patiemment, qui en font des sonnets, des élégies, des drames : quelquefois on trouve du talent dans ces ouvrages ; mais à tous il manque quelque chose : à ceux-ci l'étude du caractère, à d’autres la moralité ; à la plupart, l’ensemble , l'énergie, la poésie, l'observation. Que Shaks-

>eare vienne à s'emparer précisément des mêmes matériaux; en se servant d’un travail absolument identiqne à ses contemporains, il accomplit tout autre chose. Leur œuvre était à leur siècle, et son œuvre n’est qu’à lui; il a puisé tous les éléments qu’il emploie chez le peuple, qui est le premier es hommes de génie; mais ces matériaux deviennent sa propriété. Il a si bien l’air de ne faire que tout ce que le monde fait, que ses contemporains ne s’aperçoivent pas qu il est un grand homme. Richesse de poésie méridionale, imitée de l'Italie ; traditions septentrionales, que le peuple a conservées; mouvements passionnés, empruntés aux contes italiens : analyse des caractères, qui a toujours fait les délices de l’intelligence britannique ; caricature populaire , transformée en admirables portraits : tout cela se trouve réuni et oncentré dans l’œuvre shakspearienne. C’est cette même fusion de

ce qu’il y a de plus grand et de plus fort dans les éléments

contemporains qui distingue spécialement Dante, le représentant de l'Italie républicaine et catholique au moyen âge; Corneille, qui a donné une voix si grandiose à la France espagnole du dix-septième siècle ; Rousseau , le précurseur de la révolte du dix-huitième siècle ; Racine , qui représente la perfection de la littérature et de l’art composites que la France emprunta à la civilisation grecque et à la foi catholique; Gæthe, qui concentra dans ses œuvres toute l'intelligence poétique de l'Allemagne; Walter Scott, qui satisfit les goûts bizarres d’une époque fatiguée, en lui donnant de l'histoire dans le roman , et du roman dans l’histoire. Toutefois, deux remarques importantes restent à faire : c’est que l'homme de génie inspiré parles passions de la masse, par ses souvenirs, ses études, surtout par ses désirs, qu’il devine, ne marche jamais servilement à sa suite,æt n'est point son flatteur ; il le guide, comme Moïse, vers le pays inconnu que son âme espère. Philarète CHaAsLes.

GÉNIE (4rt militaire), mot qui à succédé à l’ancien terme enginerie (construction des engins, art de s’en servir, lieu de leur fabrication). L'esprit d’abréviation a appelé génie l’ensemble des ingénieurs : telle est la filiation qui a francisé le mot génie mililaire, vieux à peine d’un siècle.

Les opérations actuelles du génie ont regardé jadis le grand-maître des arbalétriers; à des époques plus rapprochées, elles ont concerné les maîtres et le grand-maître de Partillerie : ce grand-maître décidait, en temps de guerre, des travaux de fortification à exécuter, ordonnait les ponts de campagne à établir. Henri IV n’avait point de corps du génie. Mais Sully sentit la nécessité de celte institution ; il encouragra des officiers d'infanterie à se livrer à des fonctions d'ingénieurs militaires, et il appela à ce genre de service des Italiens. Louvois et Colbert cessèrent d’avoir recours au savoir des étrangers; Vauban fut le fondateur du corps des ingénieurs civils et militaires. Ce corps prit naissance en 1668, et eut pour chefs des directeurs : la séparation de la branche civile et de la branche militaire s’opéra en 1750, peu après l’établissement de l’école de Mézières. On peut regarder cette époque comme celle de la naissance d’une arme qui, par conséquent, n’est vieille que d’un peu plus d’un siècle, Jusque là le mot génie, employé dans le sens actuel, n’était pas encore praliqué. De 1755 à 1758 l’artillerie et le génie furent fondus en un seul corps, qui se partagea de nouveau sous le ministère du comte de Belle-Isle. Le génie eut alors dans ses attributions les fortifications, la castramétation et les mines. Mais au commencement de la guerre de la révolution cette dernière branche passa dans le service de l'artillerie, et maintenant la castramétation semble plutôt ressortir du corps d'état-major que de celui du génie; mais à cet égard la loi se tait, et la science du campement est si peu avancée que personne ne #’en dispute les soins et les travaux. Le génie a] fait longtemps les fonctions du corps de l'état-major, Ia été, suivant les emps, ou séparé du corps des ingénieursgéographes, ou fondu avec ce corps. Longtemps formé

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