GENOUDE — GENRE
simuler qu’à la chambre, le bouillant journaliste fit fiasco.
La révolution de Février 1848 se montra bien ingrate à l'égard de l'inventeur du suffrage universel. Le nom de Genoude ne fut pas même prononcé à l’occasion des élections pour l’Assemblée constituante ;et on peut croire qu’un poignant découragement s’empara alors de cet homme, qui ne s'était mêlé à tant d’intrigues et à tant d'agitations, dont la vie, on peut le dire, n’avait été qu’un combat, que pour arriver, au déclin de sa carrière, à se trouver en présence de la ruine des siens et de l'irréparable naufrage des intérêts politiques à la défense desquels il avait voué toutes ses forces et toute son activité.
Genoude mourut à Hyères, le 17 avril 1849. Comme à propos de tant d’autres acteurs de la comédie contemporaire qui, après avoir fait ici-bas beaucoup de bruit pour pas grand’ chose, much noise about nothing, manquent aujourd’hui à lappel, nous entendows souvent démander ce que dirait, ce que ferait, où serait l'abbé de Genoude, s’il vivait encore; et à ces questions, il en est qui répondent que, suivant toute apparence désabusé, il se fût rallié avec empressement à la généreuse mais utopique idée de la réconciliation des partis, et que dès lors il serait à l'heure qu'il est archevêque, sénateur, et en train de passer cardinal. Au fait, les restrictions mentales n’ont-elles pas été inventées à l'usage de ces sortes de gens, pour leur permettre de concilier en toute sécurité de conscience les urgentes nécessités du moment avec les véritables vœux de lenr cœur, avec leurs secrètes mais indestructibles sympathies? Bien fol qui s'y fie!
GENOUILLÈRE, partie de l’'armure des anciens chevaliers et gendarmes, couvrant le vide laissé entre les cuissards et les grèves ou jambières, et s’adaptant sur le genou de manière à le défendre sans en comprimer les mouvements. Dans certaines armures, elle formait sur le devant du genou un coin tranchant, et était garnie sur le côté extérieur d’une pointe longue et aiguë , pour empêcher l’homme d'armes d’être serré de trop près par d’autres cavaliers, dont les chevaux auraient alors été blessés par le tranchant ou la pointe de la genouillère.
En artillerie, la genouillère est la partie du revêtement intérieur d’une batterie à embrasures, comprise entre le sol et l’arête horizontale intérieure de l'embrasure. Sa hauteur est, au-dessus du terrain, de 1,19 pour les batteries de plein fouet, et de 1°”,33 pour celles à ricochet.
-GÉNOVÉFAINS, chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, connus également sous le nom de chanoines de la Congrégation de France, furent précédés dans ce monastère par des chanoines séculiers, que l’invasion des Normands en chassa en 845 et 846. Ils y rentrèrent cependant; mais le relâchement introduisit peu à peu de tels abus au milieu d'eux, qu'en 1148 Eugène III n’hésita pas à renouveler cette maison. 11 y appela des religieux de Saint-Victor, et l’érigea en abbaye. Odon, élu premier abbé, y rétablit la discipline. Mais quand les guerres des Anglais vinrent de nouveau jeter Ja désolation dans les environs de Paris, l’oubli de la règle pénétra avec elle dans l’abbaye, et parut pendant fort longtemps devoir résister aux efforts tentés pour l’extirper. Le parlement eut beau informer sous François I® , le désordre ne persévéra pas moins ; il parut même jeter des racines d’aufant plus profondes que l'abbé de l’ordre, Benjamin de Bri- Chanteau , fils du marquis de Nangis, était aussi évêque de Laon, etque l'administration de son diocèse, en l’éloignant de son abbaye, lui rendait impossible une surveillance active, À sa mort, en 1619, Louis XIII donna Sainte-Geneviève au Cardinal de La Rochefoucauld, dont le zèle rencontra d’abord des obstacles, mais qui, en 1624, put enfin appeler de Senlis douze religieux, auxquels cinq seulement des anciens consentirent à se joindre, pour devenir avec eux le noyau d’une sage et pieuse réforme, qu’autorisèrent des lettres patentes de 1626. Le père Faure fut nommé supérieur, et contribua par sa modestie, sa douceur et sa piété, à seconder les vues du cardinal-abbé jusqu'à sa mort, en 1644,
Depuis cette époque, la congrégation de France devint une des plus nombreuses et des plus distinguées de toutas celles des chanoïnes réguliers : elle eut à la fois plus de cent maisons, répandues dans les différentes provinces de France. Elle comptait dans le royaume vers le milieu du siècle dernier, 67 abbayes, 28 prieurés conventuels, 2 prévôtés et 3 hôpitaux de cet ordre; et dans les Pays-Bas, 3 abbayes, 3 prieurés , et un assez grand nombre de cures. Le chancelier de l’université de Paris était toujours pris parmi ses membres. C’est à l’un d’eux, le père Jean Fronteau, nommé en 1648, que l’on doit la fondation de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, à laquelle le cardinal Le Tellier, archevèque de Reims, légua tous ses livres par son testament. Parmi les autres génovéfains littérateurs, il ne faut pas oublier les père Lallemand, Du Molinet, Le Bossu, Mercier de Saint-Léger, etc. La tourmente de 1793 ne repecta pas plus la congrégation de France que les autres maisons religieuses. Sa bibliothèque, riche d'ouvrages précieux, tant ascétiques que dogmatiques et de controverse, est tout ce qui reste de cette pieuse institution; elle se compose de 150,000 volumes imprimés et de 3,000 manuscrits.
Quelques priviléges, assez singuliers pour mériter d’être cités, avaient été accordés à l’abbé de Sainte-Geneviève : ainsi, il donnait des monitoires comme les évêques, et quand, dans une calamité publique , on portait processionnellement la chässe de la patronne de Paris, non-seulement il avait, ainsi que ses religieux, la droite sur l’archevêque et sur le chapitre, mais il bénissait le peuple comme le prélat. Les armes des génovéfains étaient d’azur à une main tenant un cœur enflammé, et pour divise : Super emineat charitas. Ils portaient habituellement une soutane de serge blanche, avec un collet fort large, et un manteau noir quand ils sortaient de l’abbaye; au chœur, pendant l'été, un surplis de toile, l’'aumusse sur le bras gauche , et le bonnet carré; l’hiver, un long camail noir avec un capuchon à peu près semblable à celui encore en usage à Paris, et une chape également noire. Leurs constitutions ne les avaient pas tellement éloignés du clergé séculier, qu’ils n’en partageassent encore les sollicitudes et les fonctions. Ils desservaient les paroisses, administraient spirituellement les hôpitaux et les maisons de charité, dirigeaient les séminaires , et rendaïent aux fidèles tous les services du ministère actif. L'abbé J. DupLessis.
GENOVINO D’ORe Voyez FLORIN n’0R.
GENRE (en latin yenus, en grec yévos, race, famille, espèce). Ce terme désigne, dans les sciences, un groupe ou collection d'espèces analogues entre elles, et qui peuvent se réunir sous des caracteres communs. L'espèce est constituée par l’identité des formes; le genre s'établit par leurs degrés de similitude. Sans doute, comme Buffon le reprochait à Linné, l’âne n’est pas un cheval, mais il s’en rapproche par ses caractères plus que tout autre animal; il appartient non à la même espèce, mais au même genre. Pareillement, le lion, letigre, leléopard, etc., sont de gros chats : formes du corps, dents, griffes, yeux brillants de nuit, instincts sanguinaires, rien d'essentiel ne leur manque, ni l’art de guetter leur proie, ni le saut foudroyant pour la saisir. Toute la nature se trouve ainsi composée d’une infinité d’autres espèces d'animaux (oiseaux, reptiles, poissons, coquillages, insectes, vers ), et de plantes innombrables, ayant plus ou moins de ressemblances fraternelles, constituant une multitude de genres et de familles naturelles, qu'on sait même reconnaître à ja première vue, pour peu qu’on s’habitue à cette charmante étude. C'est ce que les naturalistes appellent aussi Aabitus ( l'aspect ). Quel plaisir en effet de rencontrer dans telle fleur des Indes ou d'Amérique une congénère, et pour ainsi parler une parente, une sœur de telle autre espèce de nos climats? Ainsi, des roses, des chênes, habitent diverses régions de l'univers : famille dispersée sur te globe comme les enfants du premier père, et peut-être modifiée, dégénérée par la misère, ou enrichie par un sol fécond et prospère. Qui pourrait nous dire toutes les aventures par lesquelles a
GENRE
passé sans doute cette immense variété d'espèces pour qu’elles différassent autant entre elles du type primordial? Ou bien ont-elles été créées originairement diverses comme aujourd’hui et dans des formes fixes, inaltérables? Toujours est-il certain qu’on voit plantes, animaux, se grouper en /amilles naturelles, qui décèlent une origine commune, incontestable. Voilà ce qui forgait l'illustre Linné à soutenir que les genr& sont naturels.
Et en effet, comment dix insectes ou plantes, dont l’un habite le Japon, l’autre la terre de Diémen, l’autre le nord de l’Europe, celui-ci le Chili, celui-là le Cap de Bonne-Es-
. pérance, etc., auraient-ils des caractères analogues du papillon ou d’une bruyère, s'ils ne sortaient pas d’un moule analogue, sans être pourtant semblable? Il y a donc des genres, Mais parmi ces groupes plus ou moins nombreux en espèces (car on à vu des genres qui en contenaient klusieurs centaines ), il est utile d'établir des subdivisions, des sousgenres ou sections, afin de mieux distinguer leurs caractères et d'arriver plus aisément à la distinction des espèces. Or, c’est dans cette découpure de genres, que font plus ou moins arbitrairement les botanistes, les entomologistes surtout, que réside la dispute. Sans doute, à mesure que des espèces nouvelles viennent enfler immensément les catalogues, il convient de discipliner ces recrues en nouveaux bataillons et de leur nommer un chef; cependant, on doit conserver toujours l'uniforme du régiment ou le titre primitif de Ja famille. La dispute sur la fixité ou la mobilité des genres cessera, pourvu qu'il soit bien établi que, sauf les subdivisions fondées sur lutilité de l'étude et livrées à l’arbitraire des auteurs, il existe de vrais genres ou familles d'êtres, voisins, alliés, analogues entre eux, soit pour les caractères de l’organisation, soit pour les propriétés et les attributs.
Ce n’est pas toutefois un travail stérile que cette classification des espèces en genres. D'abord, on apprend ainsi à les rattacher à un plan d'organisation; l’on voit quelles parties sont plus fixes : par exemple, celles de la fructification chez les plantes, celles de la nutrition dans les animaux. On étudie ainsi la marche de la nature, les causes des déviations des races et espèces, les affinités ou rapports qui rättachent entre elles les familles de ces créatures, les modifications dues au climat ou à la température, au sol, à la station montagnarde ou des bas-fonds, etc.; comment les géraniées du Cap de Bonne-Espérance portent deux pétales plus longs; pourquoi les herbes aquatiques submergées présentent des feuilles subdivisées, laciniées ou fenestrées ; comment des animaux des déserts sablonneux et arides ont les jambes conformées pour y courir, etc. Il en nait autant de caractères distinctifs capables de motiver des sections génériques. J.-J, VirEy.
GENRE ( Grammaire ). I1 n’est peut-être pas dans toutes les choses humaines une question qui ait été aussi fréquemment et aussi inutilement discutée dans tous les temps que le genre des noms. On doit remarquer d’abord qu'aucun des grammairiens de Rome et d'Athènes ne nous offre une solution du genre des noms de sa propre langue. Aussi, dans notre France, toute grecque et toute romaine au quinzième, au seizième, et au dix-septième siècle, grande fut la peine de nos grammairiens, qui, embarrassés de la triple difficulté du genre des noms grecs, latins et français, voulaient trouver une solution qui expliquât d’un seul coup le genre dans les trois langues. Chaque fois qu’ils abordent cette grande question, comme irrités de l’inutilité de leurs efforts, ils manifestent leur mauvaise humeur par les mots sans cesse répétés d’absurdité, de sottise, d'arbitraire, etc. C’est dans un de ces moments de mauvaise humeur que Duclos a dit, dans son commentaire sur Port-Royal : « L'institution ou la distinction des genres est une chose purement arbitraire, qui n’est nullement fondée en raison, qui ne paralt pas avoir le moindre avantage, et qui a beaucoup d’inconvénients. » Ne trouvant de lumière nulle part, les auteurs de l’article Genre des noms dans la grande ÆEncyclomédie ont été forcés de faire cet aveu : « Ce serait une
peine inutile, dans quelque langue que ce fût, que de vouloir chercher ou établir des règles propres à faire connaître le genre desnoms.»r Depuis cette époque nos grammairiens n'ont pas été plus heureux dans leurs recherches. Notre grammaire générale n'offre pas plus une solution du genre que la simple grammaire des écoles ; et si l’une ou l’autre donne quelques règles, on peut presque toujours démentir ces règles par une foule d'exemples tirés de nos plus grands écrivains. L’Æncyclopédie moderne à donc résumé la longue histoire de cette grande question de notre grammaire, quand elle a dit : « L’irrégularité et l'arbitraire qui règnent dans la distribution du genre, surtout en français, font de cette partie de notre grammaire une des plus grandes difficultés... Les maîtres semblent désespérer de la lever. »
Heureusement ceci n’est plus aussi vrai. L’erreur de uos grammairiens était de vouloir expliquer par le même moyen le genre des noms dans toutes les langues. 11 semblaient ignorer que chacune à des secrets qui n’ont leur solution que dans les mœurs du peuple qui la parle, et que si un principe explique le genre dans une langue, ce sera souvent un principe tout opposé qui l’expliquera dans une autre. Toutefois, nos grammairiens ont généralement senti qu’en français il doit exister une relation immédiate entre le genre d’un nom, sa signification et sa forme ; mais ayaient-ils jamais soupçonné qu’il pouvait exister le moindre rapport entre le genre d’un nom et la pensée qui domine dans la phrase où il se trouve? Et cependant, c’est dans ce rapport si méconnu qu'est tout le secret du genre des noms français. L'homme, comme on le sait, s’assimile dans la nature tout ce qui est fort ; il se l’approprie, il en fait son domaine. Mais ce n’est point assez pour le Français de s'emparer de la force partout où elle se décèle; par un traail bizarre, mais réel, de son imagination, il veut que tout être fort lui ressemble et soit masculin comme lui. Ainsi, lorsque Voltaire, dans La Henriade, veut peindre Élisabeth, tous les mots qu’il emploie sont masculins, et il finit par ce dernier trait, qui caractérise sa pensée :
Et l’Europe vous compte au rang des plus grands hommes,
Ce vers prouve mieux que tout raisonnement que la masculinité accompagne le penchant de l'homme à s’approprier tout ce qui annonce de la grandeur, de la force, et de la supériorité. L’exemple suivant nous prouvera, à son tour, que la fémininité exprime cette douceur, cettegrâce, cette bonté, cette touchante faiblesse, qui rendent la femme si intéressante. Châteaubriand, dansle Génie du Christianisme, adit: « Il n’appartenait qu’à la religion chrétienne d'avoir fait deux sœurs de l'Innocence et du Repentir. » Cebel exemple, qui n’a jamais était cité, met dans tout son jour la vérité que nous essayons d'exposer. Elle brille ici du plus grand éclat! Ze Repentir, sœur de l’Innocence ! Vérité touchante! beauté admirablé, mais qui eût pourtant écrasé nos grammairiens matérialistes, s’ils eusssent osé l’attaquer ! C’est à cette harmonie qu’il faut rapporter le double genre des noms aigle, amour, automne, couple, orgue, etc. Édouard BRACONNIER.
GENRE (Peinture de). Pris d’une manière absolue, ce terme comprend la bambochade, les scènes de la vie qui n’ont pas le caractère du style assigné à celles du genre historique; la représentation, même de grandeur naturelle, des animaux considérés isolément, et non comme accessoires du paysage et du tableau d'histoire; les vues d’édifices aussi prises isolément, les intérieurs, les fleurs, les instruments, les ustensiles, enfin ce qu'on appelle la nature morte. Longtemps les tableaux de cette dernière espèce ont été seuls compris sous la dénomination de tableaux de genre; les autres s’appelaient fableaux de chevalet.
La définition que nous venons de donner de la peinture de genre, n’est pas de celles qu’on accepte'sans conteste, et on disputera probablement longtemps encore sur la question de savoir s’il convient ou non de comprendre sous cette dénomination telle ou telle production se rattachant peut-être
plus directement à'une spécialité nettement tranchée de l’art. La difficulté consiste en effet à bien déterminer, parexem:ple , le point de départ qui sépare la peinture historique de la peinture de genre, définie comme nous venons de le faire, alors qu’elle comprend des figures humaines. Ne peuton pas, au reste, dire qu’en représentant une figure humaine, un artiste a un but double : qu’il veut nous la montrer ou comme manifestation purement physique, dans cet état où tout individu ne vaut que ce qu’il est réellement, ou bien comme expression de l’âme humaine relativement à un fait au-dessus de la portée des sens ? Dans le premier cas il fait, suivant nous, de la peinture de genre, et dans le second, de la peinture historique. Ainsi, lorsqu'il arrive à Beukelaer de nous peindre le Sauveur que Pilate montre au peuple, non pour nous le représenter dans ses souffrantes, mais au milieu d’un grand marché, où sur le premier plan nous apercevons des marchands de légumes et de poissons, tandis que le divin Rédempteur est relégué tout au fond du tableau; et quand Paul Véronèse nous représente les noces de Cana comme un grand banquet, sans que rien y mette en saillie la présence de Jésus-Christ, qui doit cependant opérer des miracles, nous disons que l’une et l’autre de ces toiles n’appartiennent pas au genre historique, mais bien à la peinture de genre. Le peintre de batailles qui traite un sujet conformément aux règles de ce genre, comme Van der Meulen, nous fait apercevoir la bataille complète avec tous ses incidents; tandis que, comme peintre d'histoire, Raphael, dans la bataille de Constantin, nous peint le vainqueur avec son céleste secours au moment où son adversaire est vaincu; et c’est sur ce moment que l'artiste fait coopérer tous les autres groupes de son tabeau à l’expression de cette pensée. La peinture de genre s’accommode par conséquent tout aussi bien de scènes accidentelles de la vie que d'importantes situations historiques ; elle n’a pas besoin de les traiter conformément aux règles élevées du beau, mais elle les représentera accidentellement telles qu’elles sont. Pour elles aussi les accessoires n’ont pas moins d’importance que le sujet principal. Aussi le plus souvent les détails d'architecture ou de paysage occuperont-ils plus de place dans les tableaux de genre, tandis que les figures y seront de petite dimension.
L’antiquité avait déjà établi en peinture une classification analogue à celle qui est comprise aujourd’hui sous la dénomination de peinture de genre, laquelle a pour berceau le Nord et surtout les Pays-Bas. Après que l’école d’Eyck en traitant les sujets pieux eut montré du penchant à y représenter la nature vulgaire, sans pourtant négliger pour cela le caractère religieux et les exigences de la peinture poétique, Lucas de Leyde et Albert Dürer commencèrent à représenter dans leurs tableaux et leurs gravures de véritables scènes populaires. L'ainé des Breughee se servit de scènes triviales pour des allégories burlesques, et les sujets empruntés par Téniers l'ainé à la vie populaire des Pays-Bas ne tardèrent pas à être généralement goütés. La réformation ayant porté par tous pays un grave préjudice à la peinture religieuse, l’art divisa alors ses forces entre la représentation des paysages et celle de scènes de la vie ordinaire, Les bambochades de Pierre van Laar on Bamboche firent d’abord en Italie la fortune de cette branche de l’art, qui parvint à une rare perfection en Hollande et en Flandre, grâce aux travaux dé maitres tels que Terburg, Brauwer, Van Ostade, Rembrandt, Téniers le jeune, Metzu, Gérard Do w, etc. Quel que soit, sous le rapport de la manière caractéristique et joviale dont la vie commune y est représentée, le mérite d’un grand nombre d'ouvrages de ces artistes, d’autres prouvèrent aussi que par une grande délicatesse d'imitation et une certaine habilété de pinceau on peut communiquer un charme indéfinissable aux figures et aux scènes les plus indifférentes ; ei comme il ÿ avait là de quoi satisfaire un grand nombre d'amateurs et d'artistes, cette espèce de peinture perdit de plus en plus toute portée intellectuelle jusqu’à ce que dans
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