‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 197 sur 552 · GENS — GENTIANE · texte numérisé non relu

GENS — GENTIANE

fains lieux. Aussi quand il est question de l'expulsion prononcée contre l’un des membres d’une gens, est-il fait mention de la renonciation solennelle aux sanctuaires communs, nécessairement faite alors, et appelée detestatio sacrorum, ainsi qu'aux tombeaux communs, De même , toute gens était tenue de prendre des résolutions sur les affaires communes, et, le cas échéant, chacun de ses membres pouvait invoquer le secours de ses parents , gentiles. Ces conditions du droit privé (jus gentilitium ) se maintinrent jusque dans les premiers temps de l'empire. Gaius en fait mention comme étant déjà tombées en désuétude.

GENS, GENT. En ce sens, ce mot ne s'emploie au singulier que figurément : la gent moutonnière, les moutons, ou ceux qui se laissent mener comme eux. Au pluriel, il n’est d'usage que dans cette locution : le droit des gens. Hors de là, il signifie personnes, et n’a point de singulier. L’adjectif qui précède est féminin, celui qui suit est masculin : quelles méchantes gens! voila des gens bien fins. Les vieilles gens sont soupçonneux. Suivi de la préposition de et d’un substantif qui désigne une profession, un état quelconque, gens signifie tous les membres d’une nation , tous les habitants d’une ville qui exercent cet état, cette profession , soit qu’iis forment un corps particulier dans la société générale, soit que l’esprit les rassemble sous une seule et même idée : les gens de robe, d'église, d'épée, de loi, de mer, de finance, d’affaires, de pied, de cheval : Les gens de lettres; les gens d'armes (voyez GENDARMES ). Gens se dit encore de ceux qui sont d’un parti, par opposition à ceux qui sont de l’autre : Nos gens ont battu l'ennemi ; de ceux qui sont d’une même partie de plaisir : Nos gens arrivèrent au rendez-vous ; des domestiques , des hommes à gage : Il a appelé ses gens. On entendait naguère par gens du roi les procureurs et avocats généraux, les procureurs et avocats du roi.

GENS (Droit des). Voyez DROIT DES GENS.

GENS DE LETTRES. Voyez LETTRES.

GENSERIC, roi des Vandales, partage avec Alaric, roi des Goths, et Attila, roi des Huns, la gloire d’avoir été un des plus grands conquérants du cinquième siècle. Il naquit en 406, à Séville, et était fils du roi Godégisile, L’Espagne était alors divisée entre les Alains , les Suèves, les Visigoths et les Vandales, qui se disputaient par les armes leur commune conquête. Appelé en Afrique par le comte Boniface, qui voulait se venger d’une disgrâce, il se brouilla aussitôt avec cet allié, qu’il vainquit, et, maître de Carthage, en 430, il y établit le siége de son empire. Son pouvoir était déjà très-étendu ; il avait surtout une marine redoutable, lorsque l’impératrice Eudoxie implora son secours contre Maxime, qui l'avait épousée, après avoir assassiné son premier mari, Valentinien III. En 455, Genséric arrive à Rome, livre la ville au pillage, charge ses vaisseaux de butin, et emmène un grand nombre de cap: tifs, parmi lesquels était la malheureuse Eudoxie. Non content de cette facile victoire, il envoie ses flottes ravager les côtes de l'Espagne, de la Gaule, de l'Italie, et fait trembler les empereurs Léon et Zénon, derrière les murs de Constanfinople. Gensérie mourut en 477, laissant un empire qui paraissait inébranlable, et qui, cinquante-huit ans plus tard, devait tomber sous les coups de Bélisaire. On reproche à ce prince, qui était arien, d’avoir perséeuté les catholiques avec acharnement, F. Harry.

GENSONNE (Arwanp), né à Bordeaux, en 1753, fut destiné au barreau dès sa jeunesse, et devint un des avocats les plus distingués de sa ville natale : ses connaissances en législation le firent nommer membre du tribunal de cassation, lors de sa fondation, Élu à l’Assemblée législative, il y forma, avec ses collègues Vergniaud et Guadet, le noyau du parti qui, du département de la Gironde, prit le nom de Girôndins. Avant son‘élection, Gensonné s'était fait connaître par la publication d'un mémoire dans lequel il demandait l'émancipation des hommes de couleur. Vers la fin de sa longue session, l’Assemblée constituante le

chargea d’aller, en qualité de commissaire, Gans les départements de l’ouest, chercher à vaincre la résistance que les prêtres apportaient à la mise en œuvre de la constitution civile du clergé. Le 9 octobre 1791 il aborda pour la première fois la tribune, où il vint lire son rapport sur cette mission. On lui confia, comme membre du comité diplomatique, la rédaction du rapport à la suite duquel, le 1°° janvier 1792, un décret d'accusation fut rendu contre les deux princes frères de Louis XVI, le prince de Condé, l’exministre de Calonne etle vicomte de Mirabeau. Président de l'Assemblée, le 16 mars, il proposa et fit adopter, à l’unanimité moins une foix, le 21 avril, le décret portant déclaration de guerre à l’Autriche. Dans la séance du 25 mai, Brissot dénonça formellement avec lui l'existence du comitéautrichien, etdémanda qu’au décret d’accusationrendu, le 10 mars, contre le ministre de l’intérieur Delessart on en joignît un autre, contre les ex-ministres Montmorin et Bertrand de Molleville. L'assemblée se borna à ordonner une enquête contre ces derniers.

Après la destitution de Roland, de Clavière et de Servan, c’est-à-dire après l'expulsion des Girondins du ministère, le 13 juin, Gensonné redoubla d'énergie contre la cour jusqu’à la journée du 20 juin, où les Girondins laïssèrent agir le peuple. Ce mouvement n’ayant pas répondu à leur attente, ils continuèrent à poursuivre le ministère feuillant ; mais bientôt, effrayés des progrès du parti montagnard et prévoyant que la chute du trône profiterait plus à leurs rivaux qu'à eux-mêmes, ils firent une nouvelle halte dans leur course républicaine. Des négociations s’ouvrirent entre le roi et les Girondins par l’intermédiaire du peintre Boze, qui remit à Louis XVI un mémoire rédigé par Gensonné. Le monarque ayant cru trouver un plus solide appui dans la Montagne, Gensonné, Guadet et Vergniaud secondèrent alors, avec leurs collègues de la Gironde, le mouvement qui devait aboutir au 10 août. Dans cette journée, où périt la monarchie, les trois amis présidèrent successivement l'assemblée, et ce fut sur la proposition de Vergniaud qu’elle régla et décréta les attributions du conseil exécutif, destiné à remplacer provisoirement le gouvernement royal. Sans doute ils restèrent étrangers aux massacres de septembre ; mais on peut leur reprocher de n’avoir rien fait pour les empêcher.

Élu député à la Convention par la ville de Bordeaux, Gensonné demanda sur-le-champ à l’Assemblée vengeance des attentats qui avaient ensanglanté Paris ; mais les massacreurs lui répondirent en l’accusant lui-même d’avoir été l’un des agents de la cour, stipendiés par le ministre Narbonne. A cette imputation le Girondin opposa une profession de foi républicaine explicite, et la corrobora bientôt de son vote pour la mort de Louis XVI et contre le sursis. Cependant, il avait été un des plus ardents promoteurs de l’appel au peuple. Après le lugubre drame du 21 janvier, il demanda que la Commune répondit à la France de la sûreté de la reine, du dauphin et de tous les membres survivants de la famille royale. Président de la Convention le 7 mars 1793, il n’arriva au fauteuil que pour être témoin des attaques de la Montagne contre la Gironde, et fut alors l’un des plus infatigables athlètes qui prirent part à cette lutte.

Marat et Drouet le dénoncèrent comme le confident et le complice du transfuge Dumouriez. D'étroits rapports avaient existé, il est vrai, entre eux ; mais c’était avant la défection du général. Sa conduite n’en fut pas moins déférée à l'examen d’une commission. Bientôt les événements du 31 mai et le décret du 2 juin vinrent encore aggraver sa position. Mis en surveillance dans sa demeure, comme ses collègues, il refusa les moyens d'évasion que lui offrait le ministre de l’intérieur Garat. Décrété d'accusation le 3 octobre 1793, sur le rapport d’Amar, il parut le 24 devant le tribunal révolutionnaire, avec Vergniaud, Brissot, et dixhuit autres conventionnels. Condamné à mort, il périt le 31 octobre, à l’âge de trente-cinq ans. Eug.G.; DE MONGLAvE.

GENTIANE, genre de la classe des dicotylédones monopétales, de la famille des gentianées, Il en existe un asser

grand nombre d’espèces. La gentiane jaune ( gentiana lutea, Linné), grande gentiane, est une plante vivace des pays montueux; sa racine est allongée et cylindrique, marquée de rides annulaires, brune à l'extérieur et jaunâtre à l'intérieur ; sa tige est droite et simple; ses feuilles radicales sont ovales, d’un vert pâle, marquées de cinq ou six nervures longitudinales; les fleurs, jaunes et grandes, verticillées à laisselle des feuilles supérieures, ont un calice membraneux à cinq lobes, une corolle en forme de roue, cinq étamines insérées au tube de la corolle, un ovaire surmonté de deux stigmates; le fruit est une capsule à uné loge, à deux valves. La racine, employée en médecine comme tonique, fébrifuge et stimulant, renferme un principe amer (gentianine) qui lui est propre ; on l’administre en poudre, en infusion, en vin, en extrait ou en élixir. La racine en poudre, à la dose d’un gramme, est un tonique propre à activer les fonctions de l'estomac; on l'associe à d’autres substances pour former l’électuaire de gentiane, qui se donne à la dose de quatre grammes, et le vin de gentiane composé, prescrit à la dose de quelques cuillerées. Les autres espèces, telles que la gentiane purpurine (gentiana purpurea, Linné), la gentiane ponctuée (gentiana punctata, Linné), la gentiane croiselte ( gentiana cruciata, Linné), etc., jouissent de propriétés amères et toniques, et peuvent servir à remplir les mêmes indications, P. GaAURERT.

GENTIANÉES, famille naturelle de plantes, dont les caractères sont : Corollemonopétale, régulière, à cinq lobes ; cinq étamines alternant avec ces lobes ; capsule à une ou deux loges, s’ouvrant en deux valves, renfermant les graines attachées à des placentas pariétaux. Elle a pour type le genre gentiane. P. GAUBERT,

GENTIL, GENTILLE, GENT, GENTE, joli, aimable, grasieux, agréable, du latin gentilis, dérivé de gens, gentis parce que, dit Ménage, d’après Charles Loiseau, ce qui est à la mode chez un peuple est trouvé joli, aimable, gentil. Faire le gentil, c’est affecter des manières gentilles, agréables, Vous faites là un gentil métier, se dit en mauvaise part, ironiquement ; Vous êtes un gentil personnage, s'emploie dans le même sens. Jadis cette épithète fut donnée à la noblesse par préférence, II n'est guère de terme plus usité chez nos vieux romanciers que celui de gentil chevalier. Dans les deux derniers siècles, un auteur était flatié d'entendre vanter la gentillesse de son style, et Gentil Bernard, baptisé ainsi par Voltaire, en eut une vive reconnaissance pour son parrain littéraire. Nos poëtes ont aujourd’hui de plus grandes prétentions. Aucun ne s’accommoderait de ce surnom, et c’est tout au plus à un vaudeville qu'il est permis encore d’appliquer cette modeste louange.

GENTIL (Bois). Voyez Darané.

GENTIL BERNARD, Voyez BERNARD,

GENTILE DA FABRIANO, peintre italien, qui vivait au commencement du quinzième siècle, Michel-Ange disait de lui : «Les toiles de Gentile sont comme son nom. » On dirait le frère de Fiesole, tantil lui ressemble; mais un frère qui a pris la cape et l'épée, tandis que Pautre a pris le froc. Gentile naquit, on ne sait pas précisément à quelle époque, à Fabriano, petite ville de la Marche d’Ancône, et apprit de son père les mathématiques et la physique, tandis que son premier maître de peinture semble ‘avoir été Allegrelti di Nuzio. Toutefois, il ne tarda pas à se rendre à Florence, où il fréquenta l'atelier de Fiesole. L'un de ses premiers ouvrages fut une fresque de la cathédrale d'Orvieto représentant une Madone. 1 peignit ensuite pour l’église de la Santa- Trinila de Florence une Adoration des Mages, qu'on voit aujourd’hui dans la galerie de l’Académie de cette ville, Cette toile porte la date de 1423; c’est l’une des plus remarquables productions sorties des écoles qui se rattachent à celle du Giotto, De la même année date aussi une autre Madone de cet artiste, que possède le musée de Berlin, ainsi que La Présentation au Temple qui orne le Musée du Louvre. Dans les années suivantes Gentile travailla pour les églises

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