‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 198 sur 552 · GENTIANE — GENTILHOMME · texte numérisé non relu

GENTIANE — GENTILHOMME

de Sienne, de Pérouse, de Gubbio et de sa ville natale ; mais il ne s’est presque rien conservé des tableaux qu'il y exécuta. Il se rendit ensuite à Venise, où il travailla avec beaucoup de succès à l'ornementation de divers édifices publics et particuliers, et où il finit par être admis à prendre part aux travaux de peinture exécutés au palais des doges, dans la salle du grand conseil, Il représenta avec tant de bonheur la san. glante bataille livrée à la hauteur de Pirano entre la flotte de la république et celle de l'empereur Frédéric Barbe-Rousse, que le.sénat le décora de la toge patricienne et lui assura une pension d’un ducat par jour pour le restant de sa vie. Il y a longtemps aussi que cette toile n’existe plus. Mais elle fit parvenir le nom de son auteur jusqu'à Rome, où il fut appelé en même temps que Vittore Pisanello, par le pape : Martin V, pour orner l’église Saint-Jean de Latran. Gentile y peignit des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste, cinq prophètes et le pape Martin avec dix cardinaux, Rogier de Bruges l'y vit encore travailler en 1450, 11 n’avait pas achevé Ja tâche dont il s'était chargé, lorsque la mort le surprit, à l’âge dequatre-vingts ans, dit-on. Les toiles de Fabriano sont pleines d’une douce gaieté ; l'air et le jour y abondent, L’artiste prend un plaisir naïf à y représenter des objets d’un grande magnifcence, et à les orner d’or, sans jamais tomber cependant dans l’exagération,

GENTILHOMME,. Ce mot vient de gentilis homo, terme qui s’employait à Rome pour désigner des gens nobles, nés de parents libres , et dont les ancêtres n’avaient été ni esclaves m repris de justice. Ménage et Loiseau le font dériver, au contraire, du mot gentil, pris dans le sens d’idolâtre, de païen, parce que les Francs, qui n'étaient point encore chrétiens lorsqu'ils conquirent la Gaule, reçurent ce nom des habitants, qui professaient déjà le christianisme, On a donné encore une autre origine à ce terme : Comme il y eut sur la fin de l’empire deux compagnies de guerre, l’une appelée gentilium, et l’autre scutariorum, on prétend tirer de ce fait les deux noms d’écuyers et de gentilshommes. Chez nous, un gentilhomme fut un homme né de race noble, et dont la noblesse n’avait été ni achetée ni donnée comme accessoire d’un emploi. Longtemps cette particularité, due au hasard de la naissance, procura des priviléges que le temps et la raison ont enfin abolis, en substituant pour tous les citoyens d’un même pays l'égalité devant la loi. Mais ce progrès a été lent, et ce ne fut pas sans peine qu’on y arriva.

D'après les idées d’honneur répandues dans la caste des gentilshommes , celui d’entre eux qui dérogeait, c’est-à-dire qui s’alliait à une famille roturière, ou selivrait au commerce, était regardé comme indigne, Un gentilhomme devait rester pauvré plutôt que de s’avilir en travaillant, et on en a vu, sous l’ancienne monarchie, qui croyaient s’honorer beaucoup en vendant aux caprices des rois et des ministres leurs femmes et leurs filles, destinées ainsi à remplacer le produit, toujours engagé par avance, de leurs terres et de leurs manoirs, C’est ce qui a tant contribué, surtout dans les deux derniers siècles, à amener enfin le renversement de la noblesse. Dans le système féodal, un ber baron, un nobile baron, comme disent nos vieux poëmes, ne devait point savoir lire, Ceci était un æ&rt de clergie, regardé comme étant au-dessous d’un chevalier et d’un homme d’armes. On avait alors ordinairement avec soi un chapelain, qui lisait et écrivait pour son seigneur. Les gentilshommes étaient quelquefois pourtant assez instruits pour leur temps, et bon nombre d'entre eux nous ont laissé des compositions qui ne sont pas sans charmes. Dans la suite, quand les lumières eurent fait plus de progrès, ils eurent honte de leur ignorance, et ne s’avisèrent plus de déclarer qu'ils ne signaient point les actes qu'on leur présentait, altendu qu'ils étaient nobles, Ils étudièrent et s’instruisirent ; mais cette nouvelle direction donnée à leur esprit fit crouler peu à peu le système féodal, qui n'était busé que sur du fer, et où l'éclat des hauberts, des écus et des masses d’armes, fut remplacé par les vives lumières que jetèrent par-

| tout sur leur passage les sciences , les lettres et la civilisa- | tion. Le motif de dérogation tiré du trafic fut plus difficile à déraciner que l’indignité résultant de l'étude. Pour renverser ce dernier préjugé, il ne fallait chez une nation

| polie, douce et galante, comme le fut toujours la nôtre

(relativement du moins au temps et à ses voisines ), qu'un peu plus de réflexion et un peu moins de barbarie. On commença à faire ce qui aurait dû toujours exister chez tous

| les peuples : on déclara que l'agriculture était chose ho-

norable, et qui n'emportait point indignité. C’est alors qu’on

| vit des gentilshommes sy livrer; seulement, comme il

| faut que chez nous le ridicule soit toujours mêlé à ce qui

| est bien, les nobles que le mauvais élat de leur fortune

força à s'occuper de culture portèrent dans les soins de leur nouvelle profession les manières et le ton de la cour. C’est ainsi qu’on en vit qui ne labouraient qu’en grand costume et Pépée au côté. D’autres se firent accompagner aux champs par des laquais. Nous préférons de beaucoup à cette affectation puérile le trait de ce vieux noble breton, qui, obligé par le délabrement de ses affaires à se livrer au commerce, assembla sa famille. « Mes enfants, leur ditil, voici mes titres de noblesse, que je remets en vos mains; voici l'épée de mes pères, qui a vu tant de batailles. Appendez cette dernière aux murs de ma maison; gardezmoi fidèlement les autres. Aujourd’hui, je ne suis plus qu’un roturier, qu’un trafiquant ; mais lorsque je serai devenu riche, et que je reviendrai dans ma patrie, alors je me referai noble de nouveau, et je vous redemanderai ces

| gages de l'antiquité de ma race. »

On à employé le mot de gentilhomme dans un sens dérisoire. Ainsi l’on a dit : C’est un gentilhomme de Beauce, c'est un gentilhomme bas-breton, c'est un gentilhomme à lièvre, pour dire un gentilhomme pauvre. Les gentilshommes verriers, qui avaient été établis par François I°”, prêtèrent également à la plaisanterie, Maynard, pour se moquer de Saint-Amaud, dont le père était gentilhomme de cette façon, parce qu’il exerçait la profession de verrier, alors regardée comme un art, a écrit de lui :

Gentilhomme de verre, Si vous tombez à terre, Adieu vos qualités !

On employait également, dans le style satirique, le mot de gentilhommerie. Dans le style familier, on disait d’une petite maison de gentilhomme : C’est une gentilhommière. Enfin, on se servait encore, pour exprimer un homme de noblesse douteuse, ou qu’on dédaignait, du terme de genlillâtre. M°° du Noyer a dit, dans une lettre : Votre amie fut visitée, l'autre jour, par un gentillâtre campagnard.

Achille JupiNAL, ancien député.

GENTILHOMME DE LA CHAMBRE, titre honorifique en usage à la cour des anciens rois de France, et attaché à une charge dont la création remonte à François I°", qui remplaça le grand chambrier de France par un gentilhomme de la chambre. X\ existait à la cour de Versailles deux catégories de gentilshommes de la chambre. L'une ne comprenait que quatre dignitaires, qualifiés de premiers genti lshommes ; on n’en comptait d’abord que deux. Leur service se faisait par quartier ; ils jouissaient des grandes e ntrées; leurs fonctions étaient tout intérieures. En l'absence du grand-chambellan , ils servaient le roi quand il mangeait dans sa Chambre, et suppléaient aussi, dans leurs fonctions domestiques, les princes du sang et les princes légitimés. Quand ils étaient présents au petit lever, ils avaient alors l'honneur de présenter au roi sa chemise ; tous les officiers de la chambre recevaient d'eux leur certificat de service, ils avaient sous leurs ordres les intendants, les trésoriers généraux des menus plaisirs, la haute police des théâtres royaux de Paris en tout ce qui concernait le personnel , les débuts et le répertoire de ces établissements. Les gentilshommes de la chambre de la deuxième catégorie, dits gentilshommes ordinaires, furent créés par Henri SIT, au nombre de

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