‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 204 sur 552 · GEOFFROY SAINT-HILAIRE · texte numérisé non relu

GEOFFROY SAINT-HILAIRE

admet done qu'une espèce peut toujours se déduire charnellement, matériellement, d'une espèce voisine, et il établit, par conséquent, le rapport matériel de toutes les espèces entre elles. Telle fut aussi la pensée de Buffon dans ses Époques de la Nature, de Lamarck dans son Hydro-

géologie, de Maillet dans son Zelliamed, œuvre parfaite- .

ment logique dans la conception qui nous occupe, mais que l'école renie, parce que les conséquences de sa doctrine y sont poussées jusqu’à l’absurdité évidente. +

Cuvier, au contraire , affirmait, et tous ses admirables travaux ont eu pour but de démontrer, « que la nature avait pris un soin extrême d'empêcher l'altération des espèces , de maintenir fixes les formes dans les corps organisés, de telle manière que les espèces actuelles ne pussent jamais étre des modifications des espèces détruites. » Cette proposition peut évidemment être généralisée ainsi : « Une espèce ne peut jamais être déduite matériellement ( c’est-à-dire par voie de génération) d’une espèce voisine » ; et, par conséquent les rapports qui existent entre les diverses espèces animales n'existent qu’au point de vue de l'esprit. Ainsi, Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire admettaient fous les deux lunité typéale, mais l’un l’admettait comme une conception synthétique de l'esprit , et l’autre comme un fait existant matériellement dans la chair. C’est là , suivant nous, l'erreur fondamentale de Geoffroy, et ce fut là aussi la cause de ces graves dissidences qui éclataient si souvent, et avec tant de violence, entre ces deux antagonistes dans le sein de l’Académie des Sciences. On comprendra la fréquence de ces dis cussions, si l’on fait réflexion que les règlements de l’Académie ne permettaient pas la discussion formelie des principes, et que par conséquent cette discussion devait nécessairement se reproduire à propos de chaque petite proposition de détail, puisque cette proposition, qu’elle füt émise par Cuvier ou par Geoffroy Saint-Hilaire, était toujours une conséquence du principe général où chacun d’eux était placé.

On comprendra aussi l’aigreur de ces disputes si l’on fait réflexion que dans chacune d’elles il s'agissait de nier ou d'accepter la base de toute science, de toute philosophie, de toute morale, puisqu'il s'agissait en principe de l'existence méme de Dieu. En effet, si les espèces animales ne peuvent pas être déduites l’une de l’autre, puisqu'il est démontré qu'il a paru dans la succession des âges géologiques des espèces animales nouvelles, il faut nécessairement admettre que ces espèces nouvelles ont été créées : donc l’activité créatrice (Dieu) est intervenue directement et successivement dans la formation de notre globe, et il a manifesté son intervention d’une manière irrécusable par la création de formes organiques nouvelles : donc Dieu existe. Si, au contraire, toutes lesespèces existantes peuvent être déduites générativement d’une espèce primitive, il serait absurde d'admettre l’intervention de la puissance créatrice dans la succession des époques géologiques, puisque cette intervention eût été complétement inutile; c’est aussi ce qu'affirme positivement Geoffroy Saint-Hilaire. Mais il va plus loin encore, en adoptant avec Lamarck et toute l’école du progrès continu, l'hypothèse émise par Pascal, « que les êtres animés étaient au principe des individus informes et ambigus » ; ce qui revient à dire qu’il existait dès le principe de la matière organisée et de la matière inorganique; enfin, Geoffroy affirme en dernier lieu que ces deux formes de la matière sont co-éternelles avec Dieu; donc Dieu n’a pas créé la matière brute, puisqu'elle lui est co-éternelle; donc Dieu n’a pas créé la matière organisée, puisqu’elle est coéternelle à la matière brute; donc Dieu n’a pas créé les formes organiques qui ont successivement paru à la surface du globe, puisque ces formes sont déduites de la matière organisée primitive; donc Dieu, l’activité créatrice, n’a rien créé; donc Dieu n'existe pas.

Nous donnons cette argumentation comme inexorable, et nous disons positivement que la conclusion que nous vepons de formuler dans toute sa netteté est virtuellement

renfermée dans les travaux de Lamarck, de Geoffroy Saint- Hilaire, Pierre Leroux, etc., et de tous les philosophes de cette école : non pas que nous prétendions aflirmer que Geoffroy ait lui-même déduit la conclusion de ses prémisses : car sa vie tout entière, laborieuse, chrétienne, et dévouce aux meilleurs intérêts de la science, prouve surabondamment le contraire; mais nous voulons affirmer que si les prémisses sont exactes, la conclusion est forcée, et qu’une logique plus inexorable que celle de Geoffroy Saint-Hilaire, la logique humaine, la déduira inévitablement. C’est pour cela qu’il importe d'apporter toute l'attention possible à la discussion des prémisses elles-mêmes. Nous disons donc, en résumé, que lorsque les philosophes qui admettent la théorie générale du progrès continu affirment l'existence de Dieu, ils affirment un être auquel logiquement ils ne doivent pas croire, puisqu'ils admettentune existence qu’ils démontrent être inutile. Nos lecteurs possèdent maintenant la véritable clef des discussions qui du vivant du grand Cuvier faisaient retentir l'Académie des Sciences ; ils possèdent aussi une indication qui doit leur suffire pour lire avecfruit tous les travaux de Geoffroy Saint-Hilaire, et pour distinguer ce qu’il faut admettre de ce qu’il faut rejeter. BELFIELD-LEFÈVRE.

GEOFFROY SAINT-HILAIRE (Isore), fils du précédent, a personnellement montré assez d'aptitude et travaillé avec assez de zèle pour se faire un nom, s’il n’eût pas hérité d’un nom tout fait. Jeune encore, il fut nommé, en 1833, membre de l’Académie des Sciences, où il succéda à Latreille. Comme son père, il est professeur de zoologie au Muséum d'Histoire Naturelle (mammifères et oiseaux). Il a été quelque temps inspecteur général de l’université. 11 a composé plusieurs ouvrages estimés. Nous citerons au premier rang sa Tératologie (en 3 volumes in-8°,avec 20 planches ), ou traité des monstruosités, expliquées et classées d’après les lois d’organogénésie à la fondation desquelles Étienne Geoffroy, son père, a consacré les dernières années de sa vie. Il s’est aussi beaucoup occupé de la classification des animaux vertébrés, et plus particulièrement des mammifères, ainsi que de la domestication de quelques animaux sauvages que l’homme pourrait avoir intérêt à rapprocher de lui et à s’assujettir. IL a fait sous ce rapport des efforts qui tiennent du prodige et que le succès a plus d’une fois couronnés. M. Isidore Geoffroy a tant d’heureuse bonhomie, tant de douceur et de mansuétude, et son excellent caractère le rend si compatissant à tous les instincts dont la contrariété engendrerait la souffrance, que sans doute il a tiré plus de secours de ces qualités que de sa volonté même pour dompter des natures farouches. Le langage de la bonté, qui attire, est en effet plus simpathique et généralement mieux obéi que celui de la rigueur, qui inspire l’éloignement et l’effroi. Jusque alors on connaissait quarante espèces d'animaux que l’homme avait réduites en domesticité. M. Isidore Geoffroy, aidé de son prosecteur, M. Florent Prévost, travaille avec zèle à augmenter le nombre de ces animaux domestiqués, et non - seulement il s'applique à rendre domestiques des animaux sauvages, ce qui n’est pas facile; mais il s'attache également à cosmopoliser des animaux qui, comme le chien, la vache et le cheval, ne sont domestiques que dans leur patrie. Ses tentatives dans le premier genre ont surtout réussi à l'égard de l’'hémione et pour l’oie d'Egypte. Le gouvernement encouragea ces essais, qu'une sociélé spéciale s’appliqua à généraliser. Déjà administrateur du Muséum d'histoire naturelle, ï] fut nommé président de la Société d’acclimatalion qu’il avait fondée (1854), puis directeur du merveilleux Jardin du bois de Boulogne. Il contribua beaucoup à faire enter la viande de cheval dans la consommation publique. Il est mort le 10 novembre 1861, à Paris.

M. Isidore Geoffroy a encore publié : Zssais de Zoologie générale (1841); Vie d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1847); Historre naturelle générale des règnes organiques (1852-1857, 5 vol.), ouvrage inachevé: etc.

Né en 1805, et livré dès l'enfance à l'étude de l’histoire naturelle, M. Isidore Geoffroy composa un premier mémoire sur les mammifères en 1826, commença à professer à l’âge de vingt-quatre ans, et il n'avait que vingt-sept ans quand il fut nommé membre de l’Académie des Sciences de l'Institut, Ce jour-là son père présidait ; et ce dut être pour lui une des grandes joies de sa vie que de proclamer le résultat du scrutin. D° Bourpon.

GÉOGÉNIE (de yf, terre, et yewéw, engendrer), ou génération de la terre, est un mot qui a été employé dans l'école wernérienne pour désigner la science qui a pour objet de rechercher ce qui a rapport à la formation du globe terrestre. La géogénie n’est, à proprement parler, qu'une sous-division de la cosmogonie, qui veut remonter à la formation de tout l'univers. Si l’on prétend s'élever à la cause première, qui ne saurait étre que Dieu, la géogénie devient une science religieuse, qui appartient aux théologiens avant d’appartenir aux savants. Pour l'ordinaire, la géogénie ne remonte pas si haut, en admettant le premier fait de la création, ou du moins en prenant l'existence de la matière comme un fait dont elle n’a point à s'occuper, pour ne point s’exposer à reculer encore jusqu’à la folie des atomes; elle examine les phénomènes présents et passés, et cherche à en trouver la cause dans les lois communes de la nature, En se renfermant dans un système de causalités secondaires, elle s’efforce d’enchainer les uns aux autres tous les phénomènes qu’elle rencontre, et les considère tantôt comme effet d’un premier phénomène, tantôt comme cause des phénomènes subséquents. Dans ce dernier cas, c’est-à-dire quand la géogénie part d’un phénomène parfaitement connu et dont l'existence est démontrée, elle marche avec l'assurance et la certitude des sciences exactes. Voici quels sont alors les objets dont s'occupe la géogénie : elle examine la formation des terrains, remonte à l'origine des sources, aux causes qui font si prodigieusement varier la nature des eaux qui én découlent. Elle cherche à deviner la cause des volcans, la nature des substances qu’ils vomissent, à reformer pour ainsi dire les roches qui ont été fondues, altérées et décomposées par l’action du feu et la présence des agents atmosphériques. Elle veut savoir comment ont été formées ces montagnes qui dépassent souvent de huit kilomètres le niveau naturel tracé par la surface des eaux, comment se sont formés ces vallées, ces fentes, ces grottes, ces cristaux ; comment des rochers étrangers ont été transportés à de si grandes distances du lieu de leur origine ; pourquoi les cavernes de certaines montagnes calcaires sont remplies d’ossements de divers animaux, qui, dans la nature, ne sont pas habitués à se trouver ensemble. Comment se fait-il que l’on rencontre au sommet des montagnes des tourbes, qui n’appartiennent qu'aux terrains marécageux ? D'où viennent ces forêts que l’on trouve enfouies dans des terres alluviales ? ces houilles, ces amas de végétaux, que l'on exploite sous le nom de lignitesP Quelle est la grande révolution qui a laissé sur les continents actuels cette épaisse couche d'animaux marins que l’on voit dans le cœur des rochers, au sommet et dans toute la profondeur des montagnes ammonéennes?.… Si la terre entière s’est vue quelque temps couverte par les eaux de la mer, quelle cause a pu produire un trouble aussi extraordinaire ?... II suffit de cette courte énumération pour comprendre que la géogénie doit plus souvent se composer de conjectures que de réalités, L'abbé Renpu, évêque d'Annecy.

GÉOGNOSIE (de y, terre, et yy&oç, connaissance). Faire connaître le globe terrestre, sa masse solide, les eaux qui le recouvrent, le fluide aérien qui l'enveloppe et les rapports que toutes ces parties ont entre elles; pénétrer l'écorce du globe aussi loin qu'il est possible à l’homme de le faire, examiner sa structure, énumérer les substances qui entrent dans sa composition; rechercher dans quel ordre elles sont groupées et disposées; classer tous les êtres organisés dont Ja terre garde les vestiges, décrire tous les phénomènes qui se passent à sa surface ou dans son intérieur, tel est l'objet

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