GEOLE — GÉOLOGIE
agent principal dans toutes les perturbations dont ils avaient besoin. Ce moyen commençant à s’épuiser, on eut recours au feu. Le fameux Leibnitz, dans son Pro/ogæa, représenta le globe terrestre comme une masse vitrifiée par un feu ardent; Buffon, en partant du même principe, lui assigna, dans ses Époques de la Nature, une manière d’agir différente, Stenon et Ray cherchèrent dans les volcans la cause de toutes les révolutions du globe. Mais on ne tarda pas à revenir à l’eau : l'Anglais Whiturst et le Suédois Wallerius représentèrent la terre comme un dépôt aqueux et non comme une soufflure.
Tous ces édifices, conçus par l'imagination et renversés aussitôt qu’ils étaient construits, firent sentir la nécessité d'imprimer une autre marche à l'esprit humain, On comprit qu'avant de construire le monde, il fallait connaître les matériaux à employer, il fallait l'analyser et, autant que possible, examiner pièce à pièce toutes les parties de sa structure. Bacon traça la marche à suivre dans l'étude de toutes les sciences , et une foule de savants se mirent à la suivre. Tandis que Newton jetait la lumière dans les sciences physiques et astronomiques, Bergman publiait sa Géographie physique, Fuchsel donnait à l'Allemagne son Historia Terræ et Maris, etc., qui serait encore un bon manuel de géologie. Pourtant, ce n'est qu’à la fin du dix-huitième siècle que les sciences géologiques sortent pour ainsi dire des entrailles de la terre, sous les immortelles investigations d’une foule d'hommes distingués. Saus sure étudie les Alpes, et va peser l'atmosphère au sommet du mont Blanc. Werner classe les roches, montre la place que chaque substance minérale occupe dans l'écorce du globe terrestre, et par ses travaux nombreux mérite d’être appelé le créateur de la géognosie. D olomieu interroge les volcans; Voigt décrit les basaltes; Spallanzani, le célèe bre professeur de Pavie, descend dans les cratères de la Sicile, analyse toutes les laves, et, par ses expériences ingénieuses, mesure l’intensité des feux souterrains. De Luc, Pallas, Patrin, Ramond, enrichissent la science d’une foule d'observations utiles. Peu à peu, les différentes parties du globe se rapprochent, pour laisser voir leurs analogies et leurs dissemblances. Grâce aux nombreux voyages entrepris et exécutés depuis cinquante ans, chaque savant peut maintenant, sans sortir de son cabinet, examiner les sommités des Andes, le pic de Ténériffe, les feux du mont Hécla, les pays de l'Auvergne, les rochers soulevés de la Westphalie et les cratères de l’Etna. Brochant de Villiers, Mohs, Escher, Éber, ont analysé les Alpes, Ramond les Pyrénées, d'Engelhardt le Caucase; Omalius d'Halloy a décrit la Belgique et la France; Freiesleben, Heim, Voigt, de Hoff, ont exploré la Franconie et quelques autres provinces du Nord; de Raumer la Saxe et la Silésie; D’Aubuisson et Charpentier ont parcouru différentes parties de l’Europe; de Buch a interrogé les montagnes de la Norvège, celles de l'Italie et de plusieurs îles de l’Afrique; la Hongrie et la Transylvanie ont été décrites par Esmark; la Suède l’a été par Haussmann, et l'Angleterre par une foule de savants anglais; Humboldt, le savant universel, la plus vaste intelligence du dix-neuvième siècle, a poursuivi la nature dans toutes les parties du monde, et, après avoir examiné les sommités des Cordillères, les mines des montagnes de la Sibérie et les volcans de l'intérieur de l'Asie, a livré aux savants une foule de matériaux capables de les étonner.
Ces études si multipliées ont donné lieu à la découverte d'un fait d'une grande importance pour la géologie, c'est l'existence de différentes espèces de fossiles dans différentes couches terrestres. Jusque là les débris de corps organisés rencontrés dans les masses minérales n'élaient regardés que comme un accident qui accompagnait le dépôt général. Mais dès que les observations les plus multipliées eurent démontré qu'en s'enfonçant vers le centre de la terre on trouvait des restes d'animaux qui différaient des espèces vivantes, ou même qui étaient entièrement disparues, 0%
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en conclut que la seule inspection d'un fossile pouvait servir à déterminer la profondeur du terrain dans lequel il avait été trouvé. Dès lors la connaissance des fossiles est devenue nécessaire à tous ceux qui s'occupent de la connaissance de la terre. Cuvier et Alexandre Brongniart, qui peuvent être considérés comme les créateurs de cette nouvelle branche de la géologie, ont tracé la marche à suivre dans l’étude des fossiles, et l'ont enrichie d’une foule de travaux importants. Blumen bach et de Schlottheim en Allemagne, Bueckland, Lyell, Murchison, en Angleterre, ont rivalisé avec leurs modèles. Bientôt nous posséderons les matériaux nécessaires pour compléter la zoologie et la botanique antédiluviennes. Sans parler des travaux géologiques auxquels on se livre en Angleterre, en Prusse, en Russie, en Allemagne et en Italie, la France possède un grand nombre de savants uniquement voués à cette science. Férussac, Bouée, Rozet, Jobert, Omalius @’Halloy, MM. Élie de Beaumont, Adolphe Brongniart et beaucoup d’autres ont travaillé avec autant de zèle que de succès à la propagation des sciences géologiques.
La masse de la terre n’est pas composée de parties homogènes ; la chimie porte à près de soixante le nombre des substances simples et pondérables qui entrent dans sa composition. En se combinant entre eux , ces éléments premiers forment de petites masses qui, agglomérées entre elles, constituent les roches dont se compose le globe. La chimie remonte aux éléments , la géologie s'arrête aux roches et aux terrains.
Les montagnes connues, qui s'élèvent jusqu’à 5,900 mètres au-dessus du niveau de la mer, les mines, qui s’abaissent jusqu'à 414 mètres au-dessous , ont fourni à l’homme le moyen d'observer une croûte du globe dont l'épaisseur équivaut à 5,900 + 414 — 6,314 mètres, c’est-à-dire à un millième environ du rayon terrestre. C’est trop peu pour donner une grande confianee aux jugements que nous portons sur la partie inconnue. En étudiant la structure de cette croûte terrestre sur le flanc des montagnes, dans les grottes, au milieu des éboulements, dans les fentes des rochers, dans les vallées profondes, au fond du lit des torrents, dans les mines et dans les substances que l’on retire des puits artésiens, on a reconnu dans sa formation une régularité qui a permis de diviser cette croûte en plusieurs couches distinctes. Ces couches, qui différent les unes des autres, ou par leur composition , ou par leur texture, ou par les êtres organisés qu’elles contiennent, ou par un âge évidemment différent, ou enfin par des principes générateurs qui n’ont pu être les mêmes, semblent se correspondre sur les différentes parties de la terre, et lui former chacune une enveloppe particulière. Quoique en général on puisse considérer ces enveloppes comme concentriques, il arrive souvent que, par l’effet des inégalités de la surface du globe, ces enveloppes se dépassent les unes les autres, soit en descendant, soit en montant. Ainsi, l'enveloppe granitique, qui est assez enfoncée dans la série des terrains qui forment la croûte visible, perce toutes les enveloppes supérieures, et souvent s'élève aux plus grandes hauteurs, Malgré cette irrégularité dans leur marche, on les a retrouvées placées dans le même ordre, partout où les observations ont été faites sur une surface étendue. La reconnaissance de cette loi de la nature est extrêmement favorable aux progrès de la géologie ; elle fournit au géologiste le moyen de reconnaître avec rapidité Ja nature du terrain qu’il observe. Par-là même qu’il a déterminé une roche, il sait quelles sont les roches supérieures et celles qui doivent se trouver au-dessous. Pourtant il est bon d’observer que pour ce qui concerne les détails des formations géognostiques il serait téméraire d'affirmer que l'on ne se trompe point en assignant le rang que doit toujours occuper dans un groupe telle ou telle roche particulière. Les observations que nous possédons sont loin d’être assez étendues pour donner lieu à des inductions qui soient tout à fait à l'abri de l'erreur. Quand on connaiîtrait tous les continents, ce ne serait encore que la plus petite portion
du globe, et l’on sait que l’analogie tire sa force de la multitude des comparaisons; mais il n’y a sur ces continents que quelques points qui aient été soumis à un examen complet; les parties les plus étendues mont pas été décrites, ou ne l'ont été que par peu de voyageurs, qui ont vu en général trop rapidement, et peut-être avec la préoccupation d’un système déjà arrêté. Cependant, tout en portant Ja défiance dans la classification admise pour chaque couche, ou même pour chaque groupe, nous croyons qu'en se bornant à un petit nombre de formations, il n’est pas facile de se tromper en assignant l’ordre de leur superposition. Les divisions générales ont des caractères frappants , et d’ailleurs se montrent sur des étendues assez considérables pour exclure l'erreur ; mais il n’en est pas ainsi des subdivisions, dont les caractères sont souvent équivoques.
En partant d'un point quelconque de la surface du globe terrestre, et en descendant vers le centre, on trouve souvent une série de petites couches qui, quoique composées de différentes substances, paraissent cependant avoir été formées par le concours des mêmes circonstances, dans une même révolution ou du moins dans l’une de ses crises. On juge de cette identité d’origine par le mode de formation, par la présence des mêmes corps organisés, par le parallélisme des couches, et quelquefois aussi par les alternances des diverses substances qui se retrouvent dans le même groupe. On a donné à ces séries de couches liées entre elles par des rapports d’crigine les noms de formations, terrains ou groupes. Ces groupes ne sont pas formés par une même espèce de roches : s’il en était ainsi, leur étude serait facile; mais chaque groupe contient souvent de toutes ou presque toutes les roches qui entrent dans la composition de l’enveloppe terrestre. Ainsi le groupeliasique, par exempie, contient du calcaire, des marnes, du grès, des arkoses, etc., et les couches de chacune de ces roches se montrent souvent plusieurs fois dans le même groupe, et dans un ordre qui n’est pas constamment le même. Ce n’est pas tout, la transition d’un groupe à l’autre, soit en montant, soit en descendant, n'est pas tellement marquée, que l’on puisse assigner le point précis qui les sépare. Si l’on examine le point central d’un groupe, A, et qu’on le compare au point central du groupe B, qui vient à la suite, la différence peut être frappante par tous les signes caractéristiques ; mais à mesure qu'on s'éloigne de ces deux centres pour arriver au point deréunion, les différences s’effacent, les caractères particuliers à chaque groupe se mêlent, de telle sorte que sur une certaine étendue on rencontre alternativement des couches qui appartiennent aux deux groupes. On peut donc poser en principe que dans la partie s0lide du globe la transition d’un terrain à l’autre est insensible, à moins que des circonstances accidentelles n'aient interverti cette loi de la nature.
La partie la plus considérable de la croûte du globe terrestre est stratifiée ; les couches, strates, bancs ou lits, varient pour l'épaisseur et la position. Quoique les géologistes représentent les différents groupes géognostiques comme des enveloppes superposées, qui entourent le globe, il ne faut pas en conclure que les couches sont toujours honzontalement placées les unes au-dessus des autres. L'observation prouve, au contraire, queles strates, de quelque nature qu’ils soient , font le plus ordinairement avec l'horizon un angle plus ou moins aigu, et qu'ils arrivent quelquefois jusqu’à la verticale. De sorte que s’il est possible d’assigner une loi à la position des couches terrestres, c’est qu’elles sont toujours plus ou moins inclinées. La position horizontale est si rare, qu’on peut la considérer comme un accident. C’est précisément le contraire de ceque l’on a cru jusqu'à pré. sent. Mais, il faut le dire, on ne s’est pas attaché à l'examen de ce grand fait géognostique. Si l’on avait des atlas bien faits, indiquant l’inclinaison des principales masses stratifiées du monde, le degré, la direction de cette inclinaison, ses rapports avec la nature des terrains et avec l'axe des principales chaines de montagnes, nous regardons comme
infiniment probable que cette connaissance donnerait lieu à la découverte de plusieurs lois importantes pour la théorie de la terre. L’'inclinaison des strates a fait naître la théorie des soulèvements; et partout où l’on voit inclinaison, on conclut qu’il y a eu! soulèvement; mais, quoique sur certains points l'existence des soulèvements soit démontrée, qui sait si le phénomène de l’inclinaison , mieux examiné et mieux commu, ne servira pas à démontrer l’impossibilité du soulèvement pour le plus grand nombre des montagnes ?.… Ce fait, l’un des plus importants des sciences géologiques, mérite toute l'attention des savants, et tant qu’on ne laura pas étudié sur les différents points du globe , nous sommes persuadé que l’on doit regarder comme très-suspectes toutes les théories que l’on fera sur la formation de la terre.
Il arrive souvent que les couches de terrains sont coupées dans divers sens par des masses minérales auxquelles on donne les noms de filons, de veines, de dykes où même de couches, selon leur forme ou leur direction. Quelquefois aussi les minéraux sont comme parsemés dans la masse, et agglomérés avec la substance des couches rocheuses, et souvent même dans un état de combinaison chimique. Les nom: breuses substances contenues dans les filons s'y montrent pour l'ordinaire à l'état cristallin. C’est là que l’on trouve tous les métaux qui sont d’un si grand usage dans les arts. Quoique les métaux ne se trouvent qu’accidentellement dans la masse stratifiée, cependant il en est qui ne se rencontrent pour l'ordinaire qu'avec certains groupes de l’écorce terrestre.
Les corps organisés qui se rencontrent dans l'enveloppe solide de la terre, ces débris d’êtres vivants, dont un grand nombre ont été contemporains des révolutions qui ont changé plusieurs fois la face de la planète que nous habitons, semblent devoir être des témoins qu'il faut interroger sur l’âge et les vicissitudes du monde. Les êtres organisés qui sont mêlés à la partie solide du globe y forment une masse considérable.
Chaque géologiste a une méthode particulière pour étudier et présenter aux yeux la forme de l'écorce terrestre. Cette écorce se divise pour lordinaire en plusieurs tranches ou étages pris dans son épaisseur ; mais comme les points de section ne sont pas parfaitement marqués dans la nature, il arrive que les divisions admises par les savants peuvent être différentes, et cependant assez justes. Il est des auteurs qui ont pris pour base de leur classification l’ordre purement chronologique, et d’autres qui se sont appuyés sur le mode de formation. Comme ces méthodes tiennent plus ou moins à des hypothèses, elles ne paraissent pas avoir des caractères de fixité. Avant de donner la division que nous avons adoptée, nous croyons devoir faire connaître celle de deux savants géologistes : ces comparaisons sur les différentes méthodes jetteront plus de jour sur la forme de l'écorce terrestre que ne pourrait le faire une longue discussion sur les motifs qui ont guidé ces auteurs. Commençons par celle de M. d’Omalius d’Halloy :