SECONDE SÉRIE
GÉOLOGIE
L'ordre le plus naturel d’une description géognostique nous paraît consister à prendre un rayon terrestre par Vextrémité qui nous est connue, et à le suivre aussi loin qu'il est possible de le faire, en décrivant toutes les différentes substances qui se présentent dans les différentes profondeurs. Mais comme ces substances se présentent sous une variété infinie, cette description se réduirait à une nomenclature sans intérêt, et par là même inutile, puisqu’elle n’aurait pas pour but de montrer les rapports qui se trouvent entre certains dépôts, les liens qui forment les groupes. La géologie doit essentiellement tendre à découvrir les lois qui ont présidé à la formation de l'écorce du globe, sans quoi elle serait une science stérile : or, elle ne le peut qu’en étudiant les rapports. Il faut donc grouper les substances en réunissant entre elles toutes les parties qui ont un assez grand nombre de caractères communs pour faire croire qu'elles appartiennent à un même ordre de choses, sans trop se mettre en peine de la cause qui a pu produire ces analogies.
Structure intérieure de La terre.
EE È É crasses ne $ 2 Des ELE- ER ESPÈCES ET RESTES ORGA- TE A VARIÉTÉS. NIQUES.
Æ ol Le Fluide aéri- { Air pur.
ë forme. Air nébuleux. # $ | Eléments Eau englace, 4e fluides. Fluide Eau liquide, 2 aqueux. Eau minéralia | sée.
Laves, boues, Produits es bituignés ol à Basaltes, tra- Cette enveloppe ë Élements | produits chytes. contient des restes DR oearns [aarépoutes Rue D ide > V Produits vé- | Détritus. 5 £ gétaux. Tourbes. a RE Produits flu ke Alluyions réviatiles. centes.
Tufs.
Depôt arénacé.
/ Graviers, cail- | loux. Débris des grands Falun. mammifères terres- | Ossements des tres. x Meubles. cavernes. Les animaux et les Blocs errati- plantes nombreuses 5 ques. qui setrouvent dans È Fer d’alluvion. | Cette enveloppe ne o, 2) See Lignites et s'éloignent que trèsmai marnes, peu des espèces acz Argiles, tuelles. Les premiers Gypses. ne sont point encore Mollasses. fossiles ou ne font Grès. que commencer à le Cohérents. Agglomérats. |devenir. On y trouve Brèche osseuse, |aussi des restes de Calcaire gros- }lindustrie humaine, sier. | ‘Har créta- Zoophytes : gry- Ro juras- phées, peignes, téré.
Roches sique. bratules, bélemnibrutes. Terraln vos- tes, spires, dents des J gien. poissons NRA re - 5 Terrain carbo- | dues reptiles, etc, ë scans frère Végétaux : cyca- (2 3 ê Terrain anthra- / déens, conifères, si- > cifère gillaires.
(< Terrain schis- Equisetum, cala- Roches cris- PATTES mites, fucoïdes, lépitallines, TU AE dodendrons, et auqueux. tres végétaux.
Terrain grani- Plus de trace de toïde. vie.
{ Leptinites. La plupart des géo : | Syénites. logistes regardent ss | #ù Granitoïdes, Eurytes. ces substances d’Ap- 2 9. ments Crntre tes parence cristalline ad” solides. Dioïltes. et souvent vitreuse > comme ayant été Ë Porphyroï- DRE ete, | soumises à l’action des / du feu.
Nous avons cherché les caractères de la division que nous avons admise dans les formes extérieures, dans la position, la manière d’être des substances, en un mot, dans des modifications purement descriptives. Nous avons divisé la croûte terrestre qui nous est connue en cinq enveloppes, entre lesquelles les transitions nous paraissent assez bien marquées. Comme la géologie doit s'occuper de tout le globe, notre tableau commence par l'enveloppe des fluides, qui forment une partie si considérable de l'écorce du globe. Les produits volcaniques ont toujours embarrassé les divisions géognostiques, et pour deux raisons, parce qu'en même temps qu’ils se trouvent à la surface du globe, où ils se forment encore chaque jour, ils se retrouvent à toutes les profondeurs de la masse, et appartiennent à tous les âges et à toutes les révolutions; c’est pour cela qu’un certain nombre d'auteurs en ont fait une classe à part. Pour nous, sans nous inquiéter des différences d’âge de ces produits, ni même de leur élévation ou de leur profondeur dans la masse géognostique, nous les avons tous placés audessus de tous les produits modernes, et c’est là en effet qu’on les retrouve le plus habituellement. Il en est de même des tourbes et des madréporites, qui tiennent en même temps aux terrains modernes et à presque tous les groupes des premières enveloppes terrestres. Pour donner une idée des rapports qui existent entre la zoologie et la géologie, nous avons placé dans notre fableau une colonne où sonf indiqués les fossiles qui accompagnent ordinairement chaque enveloppe de ?’écorce du globe.
La seule inspection de la série des éléments qui entrent dans la composition de l'écorce terrestre suffit pour montrer qu'il ya progression de densité en allant vers le centre : depuis l’éther jusqu’au porphyre, qui est la dernière limite de nos connaissances dans l’intérieur du globe. Cette pro gression est à peu près constante, de telle sorte que si tous les éléments qui forment cette masse avaient été mélangés dans un liquide, le dépôt se serait formé dans l’ordre qui nous est connu. N’est-il pas bien probable que la progression de densité continue jusqu’au centre de la terre? N'est-ce point par l'effet de cette densité que les éléments fluides sont maintenus à la surface? S’il y avait un vide intérieur, les eaux y parviendraient par les fentes, les fissures, les ouvertures des tremblements de terre et les conduits volcaniques.
Quoique, dans le tableau qui précède, comme dans tous ceux des autres géologistes, les éléments soient superposés dans le sens du rayon terrestre, il ne faut pas en conclure qu'ils sont ainsi disposés dans Ja nature. Peut-être n'est-il pas un seul point de la terre où l’on pût retrouver la série tont entière; mais on les voit pour ainsi dire affluer, chacun à son tour, à la surface du globe, et y occuper des espaces plus ou moins étendus. On suppose que l’ordre naturel a été détruit par les cataclysmes et les perturbations que la terre a éprouvés. Les inclinaisons des couches stratifiées, les éboulis, les corrosions, les dépôts de tous les genres, ont altéré la forme qui semble la plus analogue aux lois connues de la nature, et ce n’est qu’à force de travaux et d’examens attentifs que les savants parviennent à rétablir l'échelle géognostique en assignant à chaque pays le degré qu'il doit y occuper.
Quoïque la paléontologie soit la partie la plus conjecturale de la géologie, cependant il est impossible de ne pas admettre une chronologie relative des diverses formations. Quand on se borne à diviser l'écorce du globe en un petit nombre de groupes, comme nous l'avons fait, leur différence d'âge saute aux yeux. On ne peut mettre en doute qu'il ne s'opère sur le globe une révolution constante, qui renouvelle sans cesse la dernière croûte de la terre. si l’on passe de la troisième enveloppe à celle qui suit, c’est-à-dire du terrain appelé diluvien au terrain ammoncen (d’Omalius), la différence est tout aussi frappante. Dans le premier, on trouve un mélange désordonné de toutes les substances qui apparaissent à la surface de la terre, et l'on voit aussi clairement que possible qu'avant d’avoir été déposées, ces
substances ont été mêlées, déplacées, roulées, altérées par une inondation qui a couvert toutes les terres connues. Il est encore évident que eette révolution est postérieure à la révolution qui a donné lieu aux montagnes ammonéennes. C’est une chose bien digne de remarque que les terrains de la dernière grande révolution contiennent desroches de toutes les montagnes actuellement existantes , tandis que les monfagnes calcaires qui forment un grand système de formation ordinarement appelée secondaire ne contiennent presque pas de roches primitives. Ceci semblerait d'accord avec l'opinion qui place l’origine des montagnes primitives à une époque plus rapprochée que celle des montagnes secondaires.
Chaque phénomène de la nature a donné lieu à des systèmes particuliers, et le monde, qui est le premier et le plus grand des phénomènes, a donné lieu à plus de systèmes que n’en ont fourni toutes ses parties. Les faits principaux dont se sont occupés les géologistes sont les montagnes, les vallées, les cavités souterraines, les dépôts diluviens, lessources thermales, les volcans, et enfin le globe dans son ensemble. Ces masses de terres, de rochers, de débris organisés, qui s'élèvent si fort au-dessus du niveau des eaux, et que l’on appelle montagnes, offrent pour l'ordinaire des caractères non équivoques d’une origine aqueuse. On a cru longtemps que ces vastes dépôts avaient été laissés dans leur position actuelle par une vaste révolution opérée dans la position des eaux du globe. Mais dans ces derniers temps on a supposé qu'après avoir été formées par dépôt au-dessous des eaux, ces masses ont été soulevées par des forces intérieures. La vue des montagnes volcaniques, de quelques montagnes et de quelques iles formées depuis les temps historiques, l’inclinaison des couches, l'ordre de superposition des terrains, exemple de quelques rochers qui portent des traces évidentes de soulèvement, ont servi de preuves à ce système, qui n’a peut-être d'autre tort que la généralité qu’on a voulu lui donner
Les premiers systèmes sur les vallées les présentaient comme des lits creusés par les eaux descendues des grandes sommités pendant que ces dépôts étaient encore récents et peu cohérents. Les directions transversales, les angles rentrants correspondant avec les angles saillants, les eaux qui y coulent encore, favorisaient cette opinion ; mais ellea dû tomber avec le système des soulèvements, qui présente les vallées commeune conséquence nécessaire dessoulèvements ; car une surface horizontale ne peut être soulevée sans éprouver un déchirement au point du soulèvement, et par conséquent laisser voir des fentes, et ces fentes seraient les vallées. On ne peut nier qu’il n’y en ait de cette espèce; mais les grandes vallées, celies des Alpes, par exemple, portent dans leur structure et leur stratification des preuves mathématiquement évidentes de l'impossibilité de cette origine,
Les cavernes, ces vastes souterrains qui se présentent dans toutes les montagnes et souvent dans un prolongement de plusieurs lieues, qui montrent aux curieux des cristaux, des stalactites, des eaux dormantes et des eaux courantes, des ossements d'animaux et des substances métalliques , offrent de grandes difficultés. Les grottes volcaniques sont suffisamment expliquées par l’éjaculation des substances auxquelles elles ont donné passage ; mais les autres grottes restent sans explications satisfaisantes. Ni les bouleversements survenus dans les soulèvements, ni l’éruption des eaux intérieures, ni l'éruption des gaz acidulés provenant de l'hatérieur de la terre, ne peuvent satisfaire des esprits un peu habitués à ne demander aux causes que les effets qu’elles peuvent produire.
Tout le monde convient que la présence sur toute la terre d’un grand dépôt de substances mêlées est un témoin irrécusable de la présence des eaux sur tous les continents; mais en admettant un déluge universel, on est peu d’accord sur les causes, On assigne un changement de l’axe terrestre , qui aurait en partie déplacé l'Océan ; une contraction subite du globe, qui aurait ouvert les abimes et vomi sur la terre toutes les eaux intérieures ; un changement en tu de tous les fluides aériformes, qui aurait précipité sur
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la terre les cataractes des cieux ; enfin, un soulèvement subit des montagnes trachytiques du Nouveau Monde, qui aurait refoulé la mer sur l’ancien. 11 me semble que parmi toutes ces causes , qui ne sont que des possibilités, il eût été facile d’y ranger une loi ou volonté particulière de celui qui peut tout sur les éléments.
La chaleur des eaux des sources thermales était regardée comme un effet de la chaleur produite par l'oxydation des métaux intérieurs, et en général par l’action d’un calorique provenant des combinaisons chimiques, qui doivent être fréquentes dans l’intérieur de l'écorce terrestre. Maintenant on trouve dans la chaleur centrale un moyen extrêmement simple de rendre raison des eaux thermales, des évaporations gazeuses , des eaux minérales, et même des fontaines ardentes. Sans nous étendre ici sur les volcans, nous nous contenterons de répéter que l’on trouve leur cause dans la chaleur terrestre centrale, qui tient les substances intérieures dans un état de fluidité et dans une contraction lente que doit éprouver le globe par le refroidissement successif.
Venons aux hypothèses faites sur la formation du globe, La géologie a donné lieu à plus de systèmes que toutes les
autres sciences à la fois : on dirait que l’homme, jaloux de «
la puissance de Dieu, veut essayer ses forces pour deviner au moins Ja manière dont il s’y est pris pour créer. Chaque géologiste a son monde à lui, Dans un rapport que Cuvie a fait, en 1806, à l’Institut de France, ce célèbre savant dit que le nombre de ces systèmes s'élève à plus de quatre-vingts. De La Métherie en classe et en analyse plus de soixante dans ses Leçons de Géologie. Plusieurs philosophes anciens ont pensé que la terre était un animal recouvert d’autres animaux. Kepler, Lehmann et Gatrin, parmi les modernes, se sont beaucoup rapprochés de cette idée. Tantôt les faiseurs de systèmes supposent que tout a commencé par la terre et le feu ; que le dernier, en agissant sur l’autre, a dégagé l'air et l’eau, qui ont pris position, et en même temps fait cristalliser la plus grande partie de l’écorce terrestre; tantôt ils supposent que tout était dans un état aériforme, et que la condensation n’est venue que lentement à la suite des siècles ; tantôt que les corps de tout notre système planétaire ne sont que des portions arrachées à l'atmosphère du soleil, et ensuite devenues solides par condensation ; tanlôt on suppose que le globe a commencé par un état de fusion ignée, tantôt qu’il a commencé par un état de liquidité aqueuse. Les partisans du fluide gazeux sont Herschell , Laplace, De La Métherie, Vaumons, et même quelques philosophes anciens. Les partisans de la liquidité ignée sont Kircher, Descartes, Leibnitz, Buffon, Hütton, Playfer, sir James Hall, Fleurieu de Bellevue et Breislak. Enfin, les principaux partisans de la fluidité aqueuse primitive, qui semble plus d’ac-
cord avec les paroles de la Genèse, sont Thalès, Platon, et
en général les plus anciens philosophes de toutes les nations, et parmi les modernes Brunet, Woodvard , Wiston, Scheuchzer, Swedenborg, Linné, Maillet, Pallas, Dolomieu, André de Gy, De Luc et Werner. La plupart des savants ont pris la narration de l'Écriture pour point de départ, et en laissant à Dieu la création de la matière, et même la première configuration du globe, ils ont cherché dans les lois de la nature le moyen d’echever l'œuvre, ou du moins de lui donner les formes que nous lui voyons. Ils supposent done qu'un grand espace de temps s’est écoulé entre k création de la matière et ces époques divisées en jours, où Dieu la rend habitable et la couvre d'êtres animés, Walerius s’aftache à suivre l’œuvre des six jours avec la plus scrupuleuse exactitude , et se contente d'appliquer les lois de la physique et de la chimie aux différentes opérations que l'Écriture se contente d'énoncer,
Il est impossible de raconter tous les subterfuges inventés par l'imagination pour se passer de l’action directe de Dieu dans la formation du monde et la production des divers phénomènes qui se montrent à sa surface. Changement de figure du globe, changement d'état, augmentation et ensuite diminution de son volume, transposition de son centre