‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 232 sur 552 · GESSLER — GESTA ROMANORUM · texte numérisé non relu

GESSLER — GESTA ROMANORUM

mise, de l’autre, cependant, le doute est bien permis quand on voit par les Documents pour servir à l'histoire de La Confédération (Lucerne, 1835), publiés par Kopp, que dans la liste des baillis de Kussnacht ne figure pas un seul individu du nom de Gessler. Peut-être bien pourtant n’y a-t-il là qu’une erreur de nom. ;

GESSNER ( Sazowon }, poëte et artiste allemand, né à Zurich, en 1730. Son père était libraire dans cette ville, et membre du grand conseil. La première éducation de Gessner fut des plus défectueuses, et était si loin de faire bien augurer de ses facultés qu’en desespoir de cause on le confia aux soins d’un curé de campagne. Celui-ci discerna mieux, à travers cette timidité trompeuse qui donne souvent aux enfants un air stupide, la vive sensibilité et lintelligence de son élève. Cet homme de sens sut stimuler l'imagination craintive de Gessner, par l'aspect des beautés pittoresques de Ja nature, et, en fixant son attention sur les heureuses imitations de Théocrite et de Virgile, il éveilla en lui le goût de l'étude. Celle du dessin avait déjà exercé l'enfance de son disciple; il ne cessait pas de s’essayer en modelant d’instinct des figures en cire : la lecture de Robinson les lui fit bientôt remplacer par,des inventions multipliées de voyages et d'aventures analogues à celles de son héros. Les Pastorales de Brockes tournèrent ensuite son imagination vers ce genre, auquel l’appelaient ses facultés instinctives. L'amour lui inspira aussi bientôt des chansons et des odes, Cette muse nouvelle, l’objet de ses vœux, était la fille de son instituteur.

Envoyé par son père à Berlin (1749) pour y apprendre la profession de libraire, et promptement rebuté de ne pouvoir qu'empaqueter et colporter ces chers livres qu’il dévorait en idée, le jeune apprenti ne tarda guère à quitter la boutique pour se livrer à ses inclinations et fréquenter ceux qui les partageaient. Dépourvu de ressources, il imagina de s’en procurer à l’aide du dessin. Après avoir peint force paysages, il fit voir ses nombreux essais au peintre de la cour Kempel, qui l'avait pris en amitié. L’inexpérience évidente de l’élève-artiste n’empêcha pas Kempel de discerner

* dans ces ébauches le germe d’un vrai talent. Salomon s’étonnait de ce que ses peintures ne séchaient pas. Kempel, tout en riant de la méprise de l'apprenti, qui, au lieu d'huile de lin, avait employé l’huile d'olive pour broyer ses couleurs, le consola en lui disant : « Que ne fera pas dans dix ans celui qui compose de pareils ouvrages, tout en ignorant les premiers procédés mécaniques de l'art? »

Cependant, Gessner, revenu dans le sein de sa famille, était retourné aux essais du poëte. Les conseils de Ramler le décidèrent à adopter pour ses compositions une prose poétique. Le poëme de La Nuit fut son début, qui fit peu de sensation. Celui de Daphnis (1755 ) eut plus de succès. Des détails pleins de grâce et d'intérêt commencèrent la renommée de l’auteur; son premier recueil d’idylles le plaça, en 1756, au premier rang des poëtes modernes dans le genre pastoral. La Mort d’Abel (1758 ) mit le sceau à sa gloire. Mais, par une singularité remarquable, la célébrité du poëte allemand eut plus d'éclat en France et dans les autres pays de l’Europe que dans sa patrie; ce phénomène durerait mêine encore si ce qu'on appelle le romantisme ne s'était pas étendu fort loin des bords du Rhin.

L’année 1762 vit paraitre le premier recueil de ses œuvres, accrues de plusieurs idylles, du poëme intitulé Le premier Navigateur, et des pastorales dramatiques, sous les titres d’Éraste et d'Évandre. C’est à celle d'Éraste que Marmontel à emprunté le sujet de son opéra de Sylvain, si longtemps populaire, grâce à la charmante musique de Grétry. Le second recueil des idylles , qui détermina l’adoption complète du poëte suisse par la France, ne parut qu’en 1772, avec sa Lettre sur le Paysage.

Gessner ne s’était pas livré avec moins de passion à son goût pour le dessin et pour la gravure qu’à son génie poétique. Il dut à ce goût une compagne aimable, qui fit le bonheur de sa vie, M'° Heidegger, fille d’un amateur, que sa

collection de tableaux , de gravures et de dessins, avait faft rechercher par le poëte, et dont celui-ci avait obtenu l’amilié.

Gessner, grâce à son talent de dessinateur et de graveur, aux produits de la librairie héréditaire dont il était l’un des gérants en titre, mais surtout aux soins assidus et au dévouement de son épouse, toujours attentive à le suppléer dans cette gestion, goûta avec elle les douceurs d’une honnête aisance. 11 fut jusqu’à la mort, arrivée le 2 mars 1787, à la suite d’une attaque d’apoplexie, un centre de réunion pour tous ceux que distinguaient, à Zurich, l’esprit, le goût des arts, l'amour de la raison et de la vertu. Le tableau de sa vie intérieure et de son ménage a été reproduit heureusement par M" de Genlis, dans ses Souvenirs de Félicie.

Les Allemands, pour qui (le croira-t-on? ) Gessner est surtout renommé par son talent dans la gravure à l’eau-forte, reprochent à ses pastorales le défaut de couleur locale et de vérité dans les mœurs : ils réprouvent aussi sont style, comme dépourvu d'élégance et entaché d’idiotismes suisses.

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