‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 233 sur 552 · AUBERT DE VITRY · texte numérisé non relu

AUBERT DE VITRY

GESTA ROMANORUM ou HISTORLIÆ MORA- LISATÆ. Tel est le titre sous lequel les littérateurs connaissent une collection d’historiettes et de récits passablement apocryphes, empruntés pour la plupart à l’histoire des Romains les plus célèbres. C’est un des nombreux ouvrages qui furent composés pour offrir aux moines une lecture tout à la fois instructive et intéressante, et qu’on lisait dans les réfectoires aux heures des repas. Ces narrations sont courtes, dépourvues de’ toute pompe oratoire, de toute description prolixe, de tout dialogue, de toute mise en scène tragique. Elles empruntent leur charme à leur naïveté, à leur simplicité presque puérile, mais tournant parfois au mysticisme, On attribue la rédaction de cette compilation à un moine de l'ordre des bénédictins et du nom de Bercheur, né aux environs de Poitiers, dans le treizième siècle, et mort à Paris, prieur de l’abbaye des bénédictins de Saint-Éloi. Elle obtint durant plus de deux cents ans une vogue immense; les manuscrits s’en multiplièrent ; dès son début, l'imprimerie se hâta d’en répandre réimpressions sur réimpressions ; des traducteurs la firent passer dans toutes les langues de l’Europe; les prédicateurs la citèrent avec honneur dans leurs sermons ; plusieurs conteurs italiens et Shakespeare lui-même ont placé dans leurs écrits des incidents empruntés aux Gesta. Oubliés lorsque survint l’époque de la renaissance, ces récits païfs attirent l’attention depuis que d'infatigables érudits fouillent en tous sens les annales littéraires du moyen âge. Douce et Swan les ont fait connaître à l’Angleterre ; Græsse en a donné une traduction allemande, accompagnée d’un ample commentaire (Dresde, 1843, 3 vol. in-12); suivant lui, le véritable auteur ou compilateur des Geséa ne serait pas Bercheur, mais bien un certain Elinandus, duquel nous ne savons rien, si ce n’est que ce devait être un moine anglais on allemand, autant qu’on peut en conclure des germanismes et des anglicismes qui fourmillent dans les Geséa. A. Keller a publié, en 1844, à Tubingue, une édition fort soignée du texte latin, et il a promis d'y joindre un volume d'introduction et de notes. En France, nul travail spécial n’a

. jusque ici été consacré à l'ouvrage dont Bercheur ne fut que

le metteur en œuvre, et qui tel qu'il est, malgré ses longueurs et ses puérilités, mérite d’être connu du public français. Les Gesta se composent de 180 à 200 chapitres; les éditions les plus anciennes sont les moins complètes ; chaque chapitre contient une histoire, qui s’appuie toujours de l’autorité de quelque écrivain de l'antiquité ; e’est principalement le témoignagne des auteurs de second ou de troisième ordre, tels qu'Anlu-Gelle, Hygin, Macrobe, qu’invoque le narrateur ; et d'ordinaire, en l’auteur qu'il cite, on ne trouve rien qui se relate au récit qu’il déroule. Les personnages historiques se présentent maintes fois sous un aspect tout autre que celui que nous leur connaissons; Domitien se montre sous les traits d’un prince juste et clément ; des empereurs imaginaires, tels que Golimon et Licinius, sont offerts à notre admiration, Chaque histoire est accompagnée d’une ex-

plication religieuse et morale, chargée d'interpréter les allégories du texte. S'agit-il des aventures d’une fille de Pompée, que son père mit sous la garde de trois dames des plus respectables , et qui devint toutefois la victime des machinations d’un chevalier, on nous explique qu’elle est l’emblême de l’âme; les trois dames représentent les trois vertus théologales, et dans le chevalier il est impossible de méconnaître le démon.

Parfois les Gesta mettent en scène des personnages grecs, ou bien ils racontent des traits de sorcellerie, des paraboles dont l'origine remonte aux conteurs orientaux que le grand mouvement des croisades fit connaître à l’Europe.

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