GILBERT — GILLES
ignoblement « être au pain d’un archevêque ». Mais il arriva qu’un jour, Gilbert pénétra à toute force dans les appartements de l’archevêché, criant : « Je suis perdu! je suis damné ! » Le malheureux était tombé en démence à la suite d’une chute : une blessure qu'il avait reçue à la tête se présentait si grave, qu’elle nécessitait le trépan, opération alors difficile et dispendieuse, dont le succès pouvait être plus sûr et plus prompt à l'Hôtel-Dieu. C’est donc avec raison, et par un motif d'humanité, que l'archevêque y fit placer son protégé, qui y fut traité sur sa recommandation, et sous ses yeux même. Une fièvre cérébrale presque continue laissait à peine quelque espoir de guérison, quand, dans un de ses accès, il avala, à l'insu des surveillants , la petite clef d’une cassette où il avait quelque argent : vainement montrait-il par signes sa gorge, le siége de sa douleur ; on attribuait ces démonstrations violentes à la folie, lorsqu'enfin il expira dans d’horribles angoisses, le 12 novembre 1780, à l’âge de vingt-neuf ans. Après sa mort, on trouva cette clef arrêtée dans les tendons de l’œsophage.
Ce fut huit jours avant cette fin déplorable que, dans un intervalle lucide, Le poëte malheureux, justifiant le titre lugubre de sa première pièce académique, composa les strophes si touchantes et si connues, dont l’une commence par ces vers :
Au banquet de la vie, infortuné convive, J'apparus un jour, et je meurs ! etc,
Quelques odes et deux satires ont à elles seules fait l’illustration de Gilbert ; mais ces satires sont un grand pas dans la carrière. Le correct, le pur Boileau, s’est plu à imprimer son stigmate sur chaque mince auteur, tandis que Gilbert à lancé le premier chez nous la satire générale, la satire de mœurs. Cependant, il-faut avouer que le poëte doit sa célébrité plutôt à ce qu’il promettait de faire qu’à ce qu'il a fait. DENNE-BaroN.
GILEAD (Baume de), espèce de térébenthine que l’onextrait par incisions du tronc ou des branches du balsamier de Giléad. Son odeur, d’abord vive et piquante, diminue par l'exposition à l’air. Sa saveur est âcre et rude. Dans l'antiquité, le baume de Giléad était regardé comme un remède universel. Encore aujourd’hui les Arabes s’en servent dans toutes les affections de l'estomac et des intestins; ils le rangent au nombre des plus puissants antiseptiques, et le croient un préservatif assuré contre la peste. Cependant son principal usage est comme cosmétique, pour la toilette des dames turques.
Le baume de Giléad a reçu ce nom parce que c'était autrefois de Giléad, en Judée, que les marchands apportaient ce produit en Égypte. La même substance a aussi porté les noms de baume blanc, baume de Judée, baume de La Mecque,baume de Syrie, baume vrai, baume de Constantinople, baume du grand Caire, baume d'Égypte.
GILLE est un vieux mot qui signifie érsmperie, mensonge; mais il paraît qu’un bouffon, nommé Gilie, a transmis son nom à cet emploi. Faire Gille, en locution proverbiale, c’est faire banqueroute, en langage populaire Lever le pied. Gille est le niais, le bouffon des tréteaux et de la parade. Ce mot a quelque chose de méprisant, d'injurieux ; mais le gille dans les farces n’est pas toujours un imbécile, c’est quelauefois un tracassier, un faiseur de cancans. H. AUDIFFRET,
GILLES (Pierre ), en latin Gillius, naquit en 1490, à Albi. Passionné pour la science, il visita Lout le littoral italien de Adriatique et de la Méditerranée, puis il revint en France auprès de l'évêque de Rodez, Georges d’Armagnae, son protecteur, rédiger son traité De Vi e£ Natura animaliuwm. Dans son épitre dédicatoire au roi François Ier il emettait le vœu de voir confier par le prince à des savants le soin d'explorer et de décrire les contrées redevenues barbares qui avaient été le théâtre de la civilisation antique. Cette pensée fut comprise du roi, qui le chargea de visiter
tous les pays soumi aux Turcs, Gillius partit aussitôt, mais
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à peine était-il en Asie Mireure qu'il vit ses ressaurces complétement épuisées. N’osant ou ne pouvant recourir à la générosité du roi, le savant prit un parti héroïque; il #engagea dans les troupes de Soliman IT qui guerroyait alors contre la Perse. Pendant cette guerre, il eut la douleur de perdre ses collections. Heureusement pour lui, ses amis qu’il avait informés de sa détresse lui firent tenir des secours ; il acheta son congé et gagna Constantinople. Après avoir fouillé les ruines de Chalcédoine, non sans profit pour la science, il revint en France avec le baron d’Aramont, am. bassadeur de François I‘* auprès du sultan. Puis il alla retrouver à Rome son protecteur d’Armagnac qui avait été fait cardinal, et mourut peu de temps après dans cette ville, . Un 1595.
On a de lui, outre l'ouvrage mentionné ci-dessus : 1° deux discours latins, dans lesquels il invite Charles-Quint à relâcher le roi de France, sans rançon, et trois autres, où il invite le roi d'Angleterre à renoncer au titre de roi de France ; 2° Ex Æliani historia latini facti, ilemque ex Porphyrio , Heliodoro, Oppiano, libri XVI; 3° De gallicis et latinis nominibus piscium ; 4° De Bosphoro Thracio, libri LIL; 5° De Topographia Constantinopoleos et de illius antiquitatibus, libri IV; 6° une description latine de l'éléphant; 7° des traductions latines du traité de Démétrius de Constantinople De Cura Accipitrum Canumque, et du Commentaire de Théodoret, évêque de Cyr, Sur Les douze petits prophètes.
GILLIES (Jon), helléniste célèbre et historien érudit, naquit en 1747, dans l’ancienne ville épiscopale de Brechin, comté d’Angus, en Écosse. Ses études, commencées au coljége de sa ville natale, s’achevèrent avec succès à l’université de Glasgow. Une éducation particulière dont il fat alors chargé lui fournit l’occasion de visiter une grande partie de l'Europe, et d'acquérir ainsi une connaissance parfaite des langues française et allemande. De retour en Angjleterre, il se décida à reprendre ses travaux littéraires trop longtemps abandonnés. Ses premiers ouvrages se ressentirent de la nouvelle direction donnée à ses études et du goût ardent qui s'était ranimé en lui pour les littératures anciennes. Ce fut d’abord une éloquente Défense de l'étude et de la litérature classique, puis une traduction des Harangues de Lysias et d’Isocrate. I fit ensuite paraître son principal ouvrage, c’est-à-dire son Histoire de l'ancienne Grèce, de ses conquëtes, jusqu'a la division de l'empire macédonien (1785, 2 vol. in-4°), qui en moins de quatre ans obtint cinq éditions. Ce beau livre, que la traduction défectueuse du Girondin Carra fit fort imparfaitement connaitre en France, est toujours en grand crédit auprès des savants d’Angleterre et d'Allemagne. Vingt ans après, Gillies voulut donner une suite à ce grand ouvrage, mais il échoua; son Histoire du Monde depuis Alexandre le Grand jusqu'à Auguste (1807, 2 vol. in-4°) ne mérita ni n’obtint le même succès. Cependant Gillies avait reçu Ja récompense de ses travaux ; après la mort de Robertson, le roi l'avait nommé son historiographe pour le royaume d'Écosse, avec un traitement de deux cents livres sterl. Pour justifier l'octroi de cette gracieuse sinécure, il donna alors un recueil assez inréressant d'anciennes poésies et chansons gaéliques : GCollection of ancient and modern gaelic poems and songs. Gillies, que l'étude des temps anciens préoccupait toujours, même en présence des grands événements contemporains, fit encore paraître l'ouvrage ayant pour titre : Aperçu du règne de Frédéric IT, roi de Prusse, et parallèle de ce prince avec Philippe II, roi de Macédoine. Ce livre, fait par Gillies d’après ses souvenirs d’un voyage à Potsdam et à Berlin, est instructif et intéressant. Aristote considéré dans ses ouvrages de politique et de morale fut aussi l’objet de ses études. En 1797 il donna une traduction des œuvres morales de ce grand philosophe; et cherchant, dans les notes savantes et l'analyse générale dont il accompagna ce travail, à montrer la solidité et la profondeur de ce vaste génie, il tenta un dernier effort pour réhabiliter ie péripaté-