GIBRALTAR — GIBSON
veaux corps d'armée arabes. Et le promontoire de Calpé, où le croissant brilla pour la première fois sur la péninsule espagnole, prit le nom de l’heureux général, Gebel-al- Tarik (rocher de Tarik), dont la postérité a fait Gibraltar. Le roi de Castille Ferdinand II réussit, il est vrai, à enlever aux Maures cette importante position, en l’an 1302; mais dès l'an 1333 ceux-ci s’en rendirent maîtres de nouveau, et ils la conservèrent jusqu’à ce que, sous le règne de Henri IV de Castille, Guzman, duc de Medina Sidonia, la leur prit pour toujours. Gibraltar dépendit ensuite des couronnes de Castille et de Léon. Charles-Quint, qui comprit toute l'importance de ceite place, en fit refaire et agrandir les vieilles fortifications mauresques par le célèbre ingénieur Speckel, de Strasbourg, d’après les règles de l'art moderne. À l'époque de la guerre de la succession d’Espagne, cette forteresse fut enlevée parles Anglais aux Espagnols, qui la gardaient mal. Le 21 juillet 1704, une flotte anglaise aux ordres de l'amiral Rook, qui parut tout à coup dans les eaux de Gibraltar, mit à terre un petit corps d’Anglais et de Hollandais, fort de 1,800 hommes au plus, mais troupes d’élite, commandé par le prince Georges de Hesse-Darmstadt, feld-maréchal-lieutenant au service de l’empereur, et chargé, eninterceptant cette unique voie de communication, d’empêcher que la ville pût être secourue par terre. Tous les vaisseaux de la flotte allèrent ensuite s’embosser sous les mu- ‘railles de la ville, et en quelques heures y lancèrent plus de quinze mille boulets : la garnison se rendit avant l’assaut. Elle n’était que de cent cinquante hommes.
Pour reprendre cette place, le roi Philippe d'Anjou la fit attaquer par terre, le 12 octobre de la même année, par une armée de dix mille hommes, tandis que du côté de la mer l'amiral Poyez l’investissait avec vingt-quatre bâtiments de guerre. Mais l’entreprise échoua, tant par suite de la solidité de la place, défendue par de nombreuses batteries, qu’à cause de l'assistance que la flotte anglo-hollandaise vint prêter à temps aux assiégés. Une tentative nouvelle faite en 1705, à Vinstigation du maréchal de Tessé, n'eut d’autre résultat que de faire battre l'amiral Pontis dans le port même de Gibraltar. Le traité de paix d’Utrecht adjugea définitivement la possession de ce rocher à Angleterre, qui depuis a tout fait pour rendre inexpugnable une position dont elle a fait le boulevard de son commerce dans la Méditerranée. Mais comme, à mesure que cette place prenait des proportions plus formidables, l’intérêt qu'avait l'Espagne à la récupérer s’accroissait, le 7 mars 1727 un nouveau siége s’ouvrit; il échoua, comme le précédent, par suite de l’arrivée d’une flotte anglaise de onze vaisseaux de ligne, aux ordres de l’amiral Trager. L'Espagne offrit alors à l’Angleterre une indemnité de deux millions de livres sterling pour que celle-ci consentit à lâcher sa proie; mais tous ses efforts furent inutiles, et, en vertu du traité de paix conclu en 1729 à Séville, elle dut même renoncer solennellement pour toujours à ses prétentions sur Gibraltar. En 1779, les Espagnols l’investirent de nouveau, tant par terre que par mer, et à cet effet établirent un Camp retranché près de Saint-Roch. Mais l'amiral anglais Rodney réussit à introduire dans la place menacée les troupes de renfort nécessaires à sa défense, ainsi que les vivres et les munitions dont elle avait besoin pour soutenir un long siége. Alors la garnison non-seulement opéra le 27 novembre 1781, sous les ordres de l'amiral Elliot et du général Ross, une sortie victorieuse du côté de la terre contre les Espagnols, mais encore, par son feu bien dirigé, elle réussit à détruire les batteries et autres travaux élevés Par les Espagnols. Le plan audacieux conçu par ceux-ci d'enlever la place du côté de la mer à l’aide de batteries flottantes échoua également contre les mesures habiles du brave général Elliot (13 septembre 1782); et bientôt après la paix de 1783 assura à jamais aux Anglais la possession de cette place forte, dont l'investissement et le siége avaient de 1779 à 1783 coûté aux puissances belligérantes près de 300 millions de Jrancs. Depuis, dans toutes les guerres qui ont eu lieu entre les Anglais et les
DICT, DE LA CONVERS. — T, x,
Espagnols, ou les Français etles Anglo-Espagnols, Gibraltar n'a plus été investi que du côté de la terre. Après la restauration de Ferdinand VII sur son trône, et surtout à partir de 1821, Gibraltar devint un centre d'action pour les libéraux mécontents du gouvernement de ce prince; el dans les dernières guerres civiles qui ont désolé la Péninsule, ç’a toujours été une place d’armes pour les christinos.
Le Gibraltar d'Amérique est un gros bourg de la Venezuela, devenu célèbre par les expéditions des flibustiers, et surtout par le fameux tabac de Maracaïbo , que l’on xecueille dans les plaines qui l’avoisinent.
GIBSON (Jonn), sculpteur anglais, né en 1791, à Gyffin, près Conway (pays de Galles), était fils d’un jardinier. Une vocation décidée pour les beaux-arts l’amena de bonne heure à Londres, où il suivit les cours de l’Académie; mais il ne tarda point à se rendre à Rome (1820), où il commença d’abord par fréquenter l'atelier de Cano va, et où il s'établit plus tard tout à fait. Dans ses premiers travaux il se montra le fidèle disciple de ce maître, dont il réussit à s'approprier complétement la gracieuse mollesse. Mais il n’en resta pas là. Peu à peu l’antique l’emporta dans son esprit; et en suivant cette direction il s'éleva à une pureté tout idéale de la forme, ainsi que le prouve la comparaison attentive de ses travaux postérieurs. Son premier ouvrage important fut une Nymphe déliant ses sandales. On a prétendu que la nature était mal comprise dans ce travail ; cependant, on ne peut nier que ce ne soit un délicieux morceau. Vint ensuite un groupe, Psyché portée par des Zéphyrs, que l’artiste exécuta pour le duc de Leuchtenberg, et dont il a fait depuis de nombreuses copies, comme il en a agi du reste pour plusieurs autres de ses ouvrages. Il fit ensuite pour un tombeau placé dans l’église Saint-Nicolas, à Liverpool, un bas-relief représentant un Ange gardien guidant dans le périlleux chemin de la vie un voyageur déjà dans la force de l’âge. Pour lord Townshend il exécuta une Aurore, au moment où elle sort des flots pour annoncer le jour; œuvre d’une grâce peu commune. Le marquis de Westminster lui commanda une Amazone blessée. À deux reprises, il fut chargé de la statue du ministre Huskisso n; ef la seconde de ces statues, celle qu’il exécuta pour être placée dans le cimetière de Liverpool, marque un important progrès surla première. Un Chasseur avec son chien, groupe dont l’exécution annonce un artiste consommé, porte l’empreinte d’une profonde étude de la nature. Nous citerons encore de lui un Narcisse, appuyé sur le bras gauche et regardant son visage dans le miroir de l’onde. En 1845 Gibson vint à Londres, où il modela d’après nature le portrait de la reine Victoria pour une statue qui doit être placée a Windsor, où elle fera pendant à la statue en pied du prince Albert par Émile Wolff. La figure est conçue à l’antique; et les draperies, de même que les attributs royaux, sont aussi exécutés à l'antique. L'artiste a encore été chargé de l’exécution du monument voté par le parlement à sir Robert Peel dans l’abbaye de Westminster. Il est mort le 27 janvier 1866, à Rome.
GIBSON (Tnouas MILNER), membre du parlement anglais, où il représente la ville de Manchester, est le fils d’un major, el naquit en 1807, à la Trinilé. Après avoir fait ses études à Cambridge, il épousa en 1832 la fille de sir Thomas Cullum, et entra au parlement en 1837 comme député d’Ipswich. 11 avait été élu par les conservateurs ; mais reconnaissant qu’il Re pouvait sans mentir à sa conscience défendre plus longtemps la politique de ce parti, il résigna son mandat en 1839, et exposa à ses commettants les motifs qui lui avaient fait prendre cette détermination. La nouvelle élection ne lui fut pas favorable, et peu de temps après il ne fut pas plus heureux à Cambridge. Mis de la sorte en dehors du mouvement parlementaire , il se jeta de cœur et d'âme dans l'agitation qui avait pour but l'abolition des impôts perçus sur les objets de première consommation, et ne tarda point à être compté parmi les orateurs les plus populaires de l’anti-corn-law-leaque. Lors des élections générales qui eurent lieu en 1841, on l’invita à se mettre
sur les rangs dans l’importante ville de Manchester; et, après une lutte opiniâtre, il lemporta sur sir George Murray, ministre de la guerre dans le cabinet présidé par Robert Peel. Dès lors Gibson figura en première ligne avec Cobden parmi les partisans du libre échange, jusqu’à ce qu’on eut obtenu, en 1846, l’abolition des lois sur les céréales. Lord Russell offrit à Gibson une place dans le nouveau ministère : celui-ei accepta, et fut nommé vice-président du bureau de commerce; mais {rès-peu de temps après, on put remarquer de profondes dissidences poliliques entre lui et ses collègues, surtout par suite de
leur résistance à la réforme électorale, et, en avril 1848, il
se sépara d'eux, S'identifiant de plus en plus avec les doctrines soutenues par Cobden et Bright, 1l protesta avec vivacité contre lintervention de l’Angleterre dans la guerre d'Orient, et perdit à cette occasion le mandat de Manchester. Réélu toutefois par le bourg d’Ashton (1857), il rentra aux aflaires en acceptant la présidence du bureau de commerce, qu’il conserva depuis 18:9 jusqu’en 1865. D epuis lors il n’a cessé d’être un des chefs du parti radical dans la chambre basse; c’est à lui qu’on doit la suppression du timbre des journaux et de l'impôt sur Je paier.
GICQUEL, inscrit en 1777 au tableau des avocats au parlement de Paris, et mort avocat de la cour royale, en 1827, vit encore dans la mémoire des dile{tanti du Palais par son austère franchise et l'esprit d'originalité qui animait ses brusques reparties. Dès les premiers orages de la Révolution il s’abstint de la plaidoirie. On avait imaginé en 1791 de créer des avoués, qui n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd’hui : tout ancien juge, avocat, procureur ou greffier, avait droit de se faire inscrire en prêtant serment comme avoué près un tribunal; mais c'était un titre insignifiant, qui ne conférait aucun privilége, puisque tout mandataire d’une partie avait droit de prendre et de signifier des conclusions écrites , ou de présenter une défense orale. On lit dans les Souvenirs de Berryer père qu'il eut le premier le courage de plaider devant les nouveaux tribunaux, dans une affaire qui intéressait la trésorerie nationale. Gicquel était présent comme curieux; peu s’en fallut qu’il ne l’apostrophât rudement comme renégat ou parjure. Gicquel consentit à rentrer au barreau sous le Consulat et l’Empire; mais il ne voulut point abjurer les anciennes traditions. Une messe solennelle eut lieu dans la grande salle du Palais-de-Justice, en 1803 , pour l'installation de la nouvelle cour de cassation, Les magistrats y assistaient pour la première fois en robes rouges ; le premier président Muraire et le procureur général étaient revêtus de l’épitoge. Les avocats avaient repris la robe noire, la toque et la chausse. « Voilà, dit tout haut Gicquel, un superbe buisson d'écrevisses; mais cela ne vaut'pas notre ancienne messe rouge ! Ces gens-là ne me persuaderont jamais , les uns qu’ils sont les héritiers de l’ancien parlement, les autres qu’ils sont les successeurs des Gerbier, des Tronchet et des Bonnières. » Un jour qu’il devait plaider devant Seguier à la cour impériale, il se fit longtemps attendre, En arrivant, il s'excusa sur ce qu'il venait de défendre à la cour de cassation un arrêt de la cour d’appel. « Les arrêts de la cour, répondit Seguier, se défendent d'eux-mêmes. — Je l'avais cru jusque ici, répliqua vertement Gicquel; mais l’arrêt que moi-même je trouvais excellent a élé cassé tout d’une voix. » BRETON,
GIDDAH. Voyez Drenpau.
GIEBICHENSTEIN, village situé d’une manière ravissante sur les bords de la Saale, à cinq kilomètres au nord de Halle, l’un des plus riches domaines de la couronne de Prusse, est célèbre par les ruines de son château-fort et les traditions populaires qui s’y rattachent. Vers la fin du onzième siècle, l'empereur Henri IV y retint longtemps prisonnier le duc Geoffroy de Thuringe, qui parvint à recouvrer sa liberté en s’élançant hardiment du haut d’une de ses fenêtres, qu’on montre encore aujourd’hui, dans les flots de ia Saale. Cette fenêtre n’est pas à moins de 40 mèl:es
GIBSON — GIELGUD
au-dessus du niveau de cette rivière, qui ne’coule point immédiatement au-dessous du roc sur lequel est construit le Château; circonstance qui permet de douter que ce soit accompagnée de telles circonstances qu'ait eu lieu la miraculeuse évasion du duc de Thuringe.
A partir du seizième siècle, ce manoir tomba de plus en plus en ruines; et en 1636, à l’époque de la guerre de trente ans, il fut détruit de fond en comble. Les quelques débris de murailles qui en subsistent encore, et qui menaçaient à chaque instant de s’écrouler, ont été en 1844 étayés et repris en sous-œuvre par ordre de l'administration prussienne. La tour qui y est adossée est de construction moderne.
Les bains thermaux de Witekind, qu’on y a ouverts en 1846, n’y attirent pas seulement chaque année beaucoup de malades, mais aussi un grand nombre de voyageurs, qui s’y rendent en parties de plaisir, notamment de Leipzig.
GIEDYMIN. Voyez GEpmin.
GIELGUD ( ANTOINE ), général polonais, né vers 1792, en Lithuanie, appartenait à l’une des familles les plus considérées de cette province, dont son père était staroste. En 1812 lui et un autre gentilhomme lifhuanien vinrent se joindre à la grande armée, chacun à la tète d’un régiment d'infanterie, qu’il avait levé à ses propres frais. C’était bien le moins assurément que Napoléon donnât le grade de colonel aux deux braves qui répondaient ainsi à l’appel qu’il avait adressé aux populations de la Lithuanie. Ces deux régiments furent préposés à la garde de la forteresse de Modlin, dont ils formèrent la garnison. Ce service ne fournit point à Gielgud d’occasions de s'initier à l’art de la guerre, les Russes, lors de la retraite de l’armée française, s’étant bornés à bloquer la place, qui ne se rendit qu’à la fin de 1813. Cependant, quand le grand-duc Constantin s’occupa de l’organisation d’une armée polonaise, il n’en conféra pas moins à Gielgud le grade de général de brigade.
Au moment où éclata la révolution de novembre 1830, Gielgud suivit l’élan général : toutefois, il ne manqua pas dès lors de patriotes qui tinrent son zèle et son dévouement pour suspects. Lorsque Diebitsch entra en Pologne, la sanglante bataille d’Ostrolenka donna à Gielgud le temps de quitter le 25 mai Lomza, qu’il occupait, pour franchir le Niémen et se jeter en Lithuanie à l’effet d'appuyer les insurgés de cette province, Son corps d'armée ne rencontra d’abord aucun obstacle sérieux; il put opérer sa jonction avec Sierakowski, et le 29 mai il remporta un avantage décisif sur le général Sacken, qui dut se replier sur Kauen et Wilna. Après cette affaire, Gielgud marcha vers la Samogitie, pour s’y réunir aux insurgés. Chlapowski, qui pendant la bataille d’Ostrolenka avait aussi pris la direction de la Lithuanie , opéra sa jonction avec lui sur l’autre rive du Niémen, où Dembinski, à la tête d’une division de cavalerie, vint encore grossir son armée. L'entreprise débutait sous les plus heureux auspices. Malheureusement Gielgud perdit tout par son irrésolution et son manque d'expérience militaire. Après un sanglant combat livré le 19 juin, il dut se retirer le long de la Wylia. Il avait perdu la confiance des soldats, et tous les liens de la discipline se trouvèrent bientôt rompus dans les débris de son armée. Pressé de toutes parts par les Russes, et toute retraite lui étant coupée, il tint un conseil de guerre dans lequel il fut décidé qu'on se réfugierait sur le territoire prussien. Chlapowski se soumit à Ja décision du conseil; mais Sierakowski et Dembinski refusèrent d’y obtempérer, et se séparèrent du gros de l’armée pour se frayer de vive force avec une poignée de braves un passage à travers l’ennemi. Le 12 juillet le corps d’armée aux ordres de Gielgud atteignit la frontière prussienne à Schlaugtten, près de Langallen. La marche rapide des Russes hâta la conclusion de la convention signée le jour suivant avec les autorités prussiennes, Déjà une division commandée par Chlapowski avait passé la frontière et déposé ses armes, quand l'approche de l’armée russe força Gielgud à la franchir à son tour. Cependent une partie de ses troupes fit volte-face, et au lieu de le suivre alla rejoindre la division
GIELGUD — GILBERT
aux ordres du général Robland, qui venait immédiatement après. Dans ce moment critique, Gielgud à cheval au milieu de son état-major parcourait les lignes, quand un ofcier du corps de Rohland appelé Slaski lui dechargea un pislolet à bout portant dans le cœur, en s’écriant : « Ainsi meurent les traîtres! » fin déplorable et qualification odieuse que n'avait point méritées Gielgud. Mais, dans les temps de révolution, on paye souvent les fautes plus cher que les crimes. | ;
GIEN, chef-lieu d'arrondissement du Loiret, sur la rive droite de la Loire, avec 7,068 âmes (1872), est une station du chemin de fer de Paris à Nevers. Il y a un tribunal civil ct une bibliothèque publique, quelques fabriques et un commerce actit de grains, vins, bois, laines, charbon de terre. Le château, rebâti en 1494 par Anne de Beaujeu, domine la plus ancienne partie de la ville. Au moyen âge elle avait le litre de conté. Occupée par les Allemands en décembre 1870, elle fut reprise sur eux le 15 janvier suivant, à la suite d’un court engagement.
GIESSEN , ville du grand-duché de Hesse-Darmstadt, avec 12,225 âmes (1871), est siluée sur la Lahn et le chemin de fer de Cologne à Francfort. Elle est le siége d’une université, fondée en 1607, et fréquentée par 400 étudiants. L'université, qui comprend une facullé de théologie catholique, possède une riche bibliothèque, un amphithéâtre d'anatomie, une clinique médicale, ane école d'accouchement, un laboratoire de chimie, un riche cabinet de ph; sique, un jardin botanique, un observatoire, de belles collections, ainsi qu’une école vétérinaire. Il y a en outre à Giessen une école forestière, un pædagogium ou école normale pour les instituteurs primaires, et un institut philologique.
GIEFORD (Waizuraw), fondateur du Quarterly Review, né en 1757, à Ashburton, dans le Devonshire, devint orphelin de très-bonne heure, ne reçut en conséquence qu’une trèsinsuffisante éducation; et ses tuteurs ne tardèrent pas à se débarrasser de lui en le faisant embarquer comme mousse à bord d’un bâtiment caboteur. Au retour de sa première campagne, il fut placé en apprentissage chez un cordonnier, et là il mit à profit tous les instants qu’il pouvait avoir de libres pour satisfaire son goût pour l'étude des mathématiques et aussi pour tenter quelques essais poétiques, mais sans pouvoir, faute d’encre et de papier, les mettre par écrit. Il était déjà arrivé à l’âge de vingt ans, quand un chirurgien bienfaisant résolut de se charger de lui, et, après Vavoir confié pendant deux ans aux soins d’un ecclésiastique, lui fit obtenir à Oxford une bourse dont le revenu, joint aux secours que continuèrent de lui faire passer des amis bienveillants, le mit à même de subvenir à tous ses besoins. Un heureux hasard lui fit obtenir la protection de lord Grosvenor, avec le fils duquel il parcourut pendant plusieurs années les diverses contrées de l'Europe. A son retour en Angleterre, il s’occupa d’une traduction de Juvénal, qui parut en 1803. 11 avait déjà publié auparavant une imitation de la première satire de Perse, The Baviad (1794), et une satire dirigée contre les poètes dramatiques de l’époque (1795); puis il avait été attaché à la rédaction du The Anti-Jacobin, recueil périodique, dans lequel étaient violemment combattues les doctrines de la démocratie. Quand il cessa de paraître, Gifford consacra ses loisirs à des travaüx de critique, et publia en 1805 une nouvelle édition des œuvres de Massinger, et en 1806 de celles de Ben Johnson. Ses éditions des théâtres de Ford et de Shirley ne parurent qu'après sa mort.
En 1809, il fonda le Quarterly Review (Revue trimestrielle), dont ilresta l'un des collaborateurs les plus distingués et les plus actifs jusqu’en 1824, époque où l’affaiblissement de Sa santé le força d'en abandonner la direction. Les services qu'il trouva moyen de rendre dans son recueil aux hommes d'État du parti tory, alors aux affaires, furent récompensés par l'octroi d’une sinécure. Gifford, qui n’avait jamais été marié, inslitua pour héritier de sa fortune,
assez considérable, le fils de son premier bienfaiteur. II mourut le 31 décembre 1826.
GIGANTESQUE. Gigantesque et colossal expriment tous deux une merveilleuse élévation; mais celui-là représente une idée simple, celui-ci une idée composée. Colossal signifie une grandeur extraordinaire combinée avec une grosseur étonnante ; gigantesque, une élévation prodigieuse, abstraction faite de la grosseur. Ce qui se projette en hauteur est du gigantesque; ce qui non-seulement se projette par la cime, mais se distend par le volume, est du colossal. Gigantesque signifie done la grandeur immense ; colossal exprime la grandeur énorme, et c’est par la conséquence naturelle de ces idées que les Romains avaient nommé Colosseum ce vaste, massif et monstrueux amphithéâtre que nous appelons Colisée. H, FAUCHE.
GIGELLY. Voyez Dsisezcy.
GIGLI (GinoLamo), poëte et littérateur italien, né à Sienne, le 14 octobre 1660, dont le nom véritable était Renci, maïs qui prit ce nom de Gigli en l’honneur d’un riche parent qui l'avait adopté. Il se sentit de bonne heure une vocation secrète pour la poésie, et ses œuvres lyriques et dramatiques obtinrent un succès général, bien qu’on ne puisse pas y méconnaître l'influence de la poësie française, qui alors commençait à gagner l’Italie. Son penchant pour la satire et ses mordantes plaisanteries contre l'hypocrisie lui firent de nombreux ennemis. Une traduction du Tartufe de Molière, publiée par lui sous le titre de Don Pilone, lui attira la haine du clergé et dela gent dévote. Gigli ne s’épargna pas du reste lui-même ni les siens plus que les autres ; et dans la pièce de théâtre intitulée : Za Sorella di don Pilone, non-seulement il se persifla lui-même, . mais encore sa femme, dont la rigide économie dégénérait parfois en avarice, ainsi que ses parents et ses meilleurs amis. Lors de la publication qu’il fit des Œuvres de sainte Catherine, ayant critiqué dans un vocabulaire joint à cet ouvrage les prétentions de l’Académie della Crusca, l'orage, longtemps contenu, éclata enfin contre lui; et alors, attaqué et même calomnié de toutes parts, il succomba sous le nombre de ses ennemis, parmi lesquels figuraient surtout les jésuites. Son nom fut rayé de la liste des professeurs de l’université de Sienne et de celle des membres de l’Académie della Crusa; et on l’exila même de sa ville natale. Tombé bientôt dans une profonde misère, à cause de sa vie insouciante et dissipée, il fut réduit à faire amende honorable à Rome, obtint par cette démarche humiliante l’autorisation de rentrer à Sienne, mais ne réussit pas pour cela à rétablir ses affaires. Contraint de s’en retourner à Rome, il y mourut, le 4 janvier 1722, dans un dénuement tel, qu’une confrérie pieuse dut se charger des frais de son enterrement. 11 n'existe point d'édition complète de ses nombreux ouvrages.
GIGUE , air d’une danse du même nom, dont la mesure est à six-huit et d’un mouvement vif et gai. Les gigues de Correlli ont été longtemps célèbres; mais ces airs ont entièrement passé de mode avec la danse qu’ils accompagnaient.
Les danseurs de corde se servent encore du mot gigue pour désigner une espèce de danse anglaise, composée de toutes sortes de pas et qui se danse sur la corde.
GIJON, ville forte d'Espagne, dans la province d'O-
yiedo, sur l’Atlantique, où elle a un port de commerce, comple 11,000 habitants. On y trouve des écoles d'hydrographie et de math matiques, des forges et fonderies de cuivre, une manufacture de labacs , etc. La pêche y est active, et le commerce maritime y est favorisé par l'excellente situation du port, le meilleur du golfe de Biscaye. G'jon communique par voie ferrée avec Ovicdo.
GILBERT (Nicoras-Josrpa-LAURENT) naquit en 1751; à Fontenoi-le-Château , près de Remirémont , dans les Vosges. Ses parents, cultivateurs pauvres, eurent bientôt épuisé leurs minces ressources pour les frais de son éducation au collége de Dôle, Toutefois, les dispositions éminentes, le
zèle de cet enfant justement aimé, avaient en peu de temps mis un terme à ces sacrifices, car Gilbert sortait à peine de sa douzième année que toutes ses études classiques étaient achevées. L'écolier-poëte tourna d’abord ses regards vers Paris. Sitôt arrivé dans la capitale, il demanda naïvement protection aux hommes puissants, aux lettrés, aux académiciens ; mais son indigence, qu'il pensait être une vertu antique, un louable motif pour mériter l'intérêt, lui ferma toutes les portes. Cette premièreet triste épreuve du monde, cette espèce d’outrage, lui tournèrent sur le cœur, l’aigrirent et lui ravirent à jamais son parfum de jeunesse, car il serait difficile de rencontrer dans ses ouvrages un seul vers tendre, une seule plainte d'amour. Si ce ne sont quelques strophes qu'il composa huit jours avant sa mort, tout est dur, rude et hérissé dans ce poëte.
Cependant, chaque année la lice était ouverte aux poëtes, dans l’Académie : le sombre et vigoureux Gilbert se sentit de force à y descendre. En 1772 il envoya au concours sa pièce intitulée : Le Poëte malheureux, titre lugubre, qui fut repoussé de prime-abord les heureux de l’Académie; ils ne le mentionnèrent même point : ils n’avaient pas été seulement émus de ce vers si touchant, si noble, naïf préambule de la pièce :
Savez-vous quel trésor eütsatisfait mon cœur ? La gloire! . . . .. .
L'année d’après, en 1773, Gilbert hasarda une pièce de haute poésie, une ode; il envoya son Jugement dernier au concours; celte pièce eut le même sort que sa sœur aînée : elle tomba au sein de l’Académie comme la feuille séchée d’un arbre mort. Cette ode est certainement loin d’être sans défauts; toutefois, on y remarque déjà des beautés lyriques ; l’image surtout qui la termine est peut-être une des plus belles qu’on ait hasardées dans notre langue :
L'Éternel a Pise son tonnerre inutile ; Et d’ailes et de faux dépouillé désormais, Sur les mondes détruits le Temps dort immobile.
Cette injustice, ou plutôt ce mépris, décida du genre de poésie auquel le jeune poëte doit son illustration, la satire. 1! publia presque immédiatement Le Dix-huilième Siècle, dédié à Fréron, et Mon Apologie, satires auxquelles il attacha l’épouvantail de son nom, jusque alors dédaigné. Ce fut de là que, sous le bouclier de Fréron, il décocha cette nuée de traits sur l'Académie et la société d’alors , qui presque tous ont porté. Nombre de vers de ces deux pièces sont demeurés proverbes. Voltaire, qui ne lui‘pardonnait pas d’y être appelé simplement par son mononyme Arouet, et dans Le Carnaval des Auteurs, Vol-à-Terre ; Sautereau (Sot-Trop), Durozois, Rudozoi); Saint-Ange, Marmontel, Thomas, le Zourd Diderot, le vain Beaumarchaïs, le froid D’Alembert (telles sont les épithètes que le poëte leur donne); Saint-Lambert, qui
En quatre points mortels a rimé les saisons ;
La Harpe, Qui, sifflé pour ses vers, pour sa prose sifflé, Tout meurtri des faux-pas de sa muse tragique, Tomba, de chute en chute, au trône académique;
tous, enfin, cherchèrent à débusquer ce tirailleur obscur qui leur tuait tant de monde. L’aristocratie des philosophes surtout, race vaniteuse, égoïste et implacable , trembla pour son existence. Le faible La Harpe se chargea de Paffaire dans Le Mercure; mais plus tard, dans un rabâchage analytique sur les odes et satires de Gilbert, mauvais lambeau rattaché à son Cours de Littérature, le pédant moqué finit par dire : « 11 y avait là le germe d'un talent, »
Toutefois, Gilbert s’honorait de l'estime de d’Arnaud, auquel il adressa une ode, La Reconnaissance; des suffrages et des bienfaits de l'abhé de Crillon, et de la protection de l'archevêque de Paris, de Beaumont, qui iui fit obtenir du roi une pension modique, il est vrai, mais suffisante aux
premiers besoins de la vie. Voilà ce que La Harpe appelait 1