GODEFROID DE BOUILLON — GODOUNOF
enlever. La reconnaissance le forçait à cet acte de justice; car le duc lui avait rendu les plus signalés services dans différentes expéditions, surtout contre l’anti-césar Rodolphe, et au siége de Rome en 1083. L'an 1095, ayant pris la croix pour la délivrance de la Terre Sainte, il vendit son château de Bouillon à l’évêque de Liége, Otbert, afin de subvenir aux frais de son voyage. ;
Sa brillante réputation, le sang dont il sortait et son exemple, attirèrent sous ses drapeaux un grand nombre de chevaliers français et allemands. A Constantinople, l’empereur Alexis fit revêtir Godefroid du manteau impérial, le déclara son fils adoptif et mit l'empire sous sa protection. Ce ne fut que sur la terre d’Asie pourtant qu’il fut reconnu comme le chef de l'expédition par lesautres grands seigneurs, ses égaux. L’ascendant de son caractère et la nécessité d'apporter de l'unité dans le commandement lui valurent cette distinction, qu'il n'avait pas cherchée.
Après la prise de Jérusalem, Godefroid fut à l'unanimité élu roi par les princes frères d’armes ; mais, refusant de porter un diadème là où le Sauveur du monde n'avait reçu qu’une couronne d’épines, il accepta seulement le titre de duc et d'avoué du saint-sépulcre. Les plaines d’Ascalon furent témoins de son dernier triomphe. Il mourut dans sa capitale, le 18 juillet 1100, après avoir doté d’un code de lois les nations diverses rangées sous son sceptre. Ce code est connu sous le nom d’Assises de Jérusalem. On a encore de Godefroïd quelques lettres en latin, langue qu’il possédait, ainsi que le français et le teuton ; de plus, quelques chartes recueillies par Aubert le Mire, dom Martène et dom Calmet,. DE REIFFENBERG.
GODEFROID DE STRASBOURG, très-vraisemblablement natif de cette ville d’Alsace, bien que le fait ne soit attesté par aucun document et qu'on manque de toute espèce de renseignements sur sa vie#privée, fut un des poëtes les plus remarquables de l'Allemagne au moyen âge. Simple bourgeois, il n’est désigné nulle part par la qualification de messire, réservée aux chevaliers et aux gens d'église, mais seulement par celle de maître, qu'on lui donne pour honorer son talent. 11 composa, vers l’année 1207, Tristan, son principal ouvrage, qu’il n’eut pas le temps de finir, après avoir déjà consacré cependant près de 20,000 vers au récit de plus des deux tiers de la tradition qui en est le sujet. Deux continuateurs essayèrent de le terminer ; lun, Ulric de Turheim, gentilhomme de Souabe, se contenta de mener le récit jusqu’à la fin d’une façon fort sèche, vers l’an 1210 ; l’autre, Henri de Freiberg (de l’Erzgebirge saxon), doué de plus riches facultés poétiques, s’efforça avec assez de succès, au commencement du quatorzième siècle, d’imiter le style du poête dont il continuait l’œuvre, On a encore de Godefroid un certain nombre de poëmes lyriques, dont le plus important estune hymne enl’honneur de la Vierge Marie et de Jésus-Christ; œuvres plus riches en figures et en expressions recherchées qu’en pensées et en sentiments. Le principal mérite de Godefroid de Strasbourg consiste dans les brillants ornements dont il revêt ses récits. Une grande délicatesse de pensées , une grâce aimable d'expression, un tour vif et gai de la période, qualités grâce auxquelles ce poëte n’est jamais plus heureux que lorsqu'il a une histoire d'amour à conter, lui assurent la première place après Hartmann von der Aue, dont il n’a ni la grâce si pure ni la simplicité si suave : de même que la gaieté, la profondeur et la richesse d’idées de Wolfram d’Eschenbach, qui fut aussi son Contemporain, lui font défaut. Godefroid de Strasbourg était bon latiniste, Malgré l'éclat de son style, on voit qu’il ne possède qu'incomplétement le langage des cours, c’est-àdire la langue déjà assujettie à des règles grammaticales. La construction de son vers n’est pas non plus d’une irréprochable pureté. |
GODEGISELE, le premier roi connu des Vandales, que, à l'incitation de son compatriote Stilicon, administrateur de l'empire d'Occident, il conduisit de la Pannonie, qu’ils habitaient, vers les régions occidentales de l’Europe;
mais arrivé sur les bords du Rhin, il y fut attaqué par les Francs, et périt avec 20,000 des siens dans cette bataille, Gon-
dicaire se lors à la tête des Vandales, et, avec l'appui des Alains ef des Suèves, parvint à forcer l'entrée des Gaules.
GODÉGISILE ou GODÉGISÈLE, second fils de Gondioch, roi de Bourgogne, hérita, après lamort deson père, arrivée vers l’an 470, du territoire qui forme aujourd’hui la
Franche-Comté et les cantons de la Suisse française qui en sont limitrophes. 11 réussit d’abord à se tenir en bons rapports avec son frère aîné, Gon debaud, qui avait dépouillé ses deux frères puinés de leur part dans l'héritage commun ; mais bientôt la supériorité des forces dont disposait Gondebaud lui inspira de sérieuses inquiétudes pour son indépendance, et alors il conclut avec Clovis, roi des Francs, un traité secret, qui fut le premier coup porté à la grandecz de sa maison. Dans la guerre qui en résulta entre les Bourguignons etles Francs, son éclatante défection sous les murs de Dijon (an 500) assura la victoire à ceux-ci; mais il ne recueillit pas le fruit qu’il avait espéré tirer de sa trahison. En effet, Gondebaud fit tout pour obtenir la paix des Francs, et se trouva de la sorte libre de punir son frère. Godégisile se renferma avec une poignée de Francs dans les murs de Vienne, et lors de l'assaut donné à cette ville pai“les troupes bourguignonnes, il fut tué dans une église où il avait espéré trouver un abri. Gondebaud se trouva ainsi de nouveau souverain unique de la Bourgogne.
GODERICH (Lord). Voyez Ripon.
GODIVA, épouse du duc Leoffrick de Mercie, affranchit au onzième siècle les habitants de Coventry d’une amende qui leur avait été imposée par son mari, se soumettant à cet effet à une assez bizarre condition, mise à sa miséricorde par son gracieux seigneur et maître : c'était de parcourir à cheval la ville de Coventry, complétement nue, et sans autre voile pour abriter sa pudeur que ses longs cheveux flottant au hasard sur son corps. Sous peine de mort il avait été, du reste, défendu aux bourgeoïs et manants de Coventry de paraître dans les rues pendant cette exhibition, ou seulement de mettre le nez à leur fenêtre. La curiosité l’'emporta chez un boulanger sur l’instinct de la conservation; en punition duquel délit il fut sans rémission pendu par son cou. Aujourd’hui encore, une tête en pierre sculptée indique la fenêtre où le pauvre diable commit son crime; et il n’y a pas longtemps qu’au jour anniversaire de leur délivrance les habitants de Coventry promenaient encore processionnellement par les rues de leur ville la statue de Godiva couronnée de fleurs.
GODOÏ. Voyez Gopoy.
GODOLIN. Voyez Goupour.
GODOUNOE ou plutôt GODUNOF, nom d’une grande famille russe, d’origine tatare, et dont le membre le plus célèbre a été Boris Féodorowitsch Gonunor, né en 1552, qui passa sa jeunesse à la cour du Czar Ivan IV ou Le Terrible , et qui fut désigné par ce prince pour faire partie du conseil qu’il préposa à la tutelle de son fils mineur Féodor Ier, Pendant le règne de Féodor, Godunof, dont le czar avait épousé la sœur Irina, gouverna l’empire. Doué de grands talents comme homme d’État, par sa politique sage et habile, il releva la puissance de la Russie, acheva la conquête de la Sibérie, et en construisant un rempart en terre, comme avaient fait jadis les Romains contre divers peuples, notamment contre les Pictes, chercha à mettre l'empire à l’abri des invasions des Tatares, qui, sous son administration, essuyèrent une sanglante défaite devant Moscou. Enfin, il s’efforça de mettre la Russie en rapport avec l'Europe civilisée. Féodor étant mort sans laisser d’héritiers, Godunof, après de longs refus, consentit à monter sur le trône de Russie à la prière des boyards et de tous les habitants de Moscou. Il put dès lors exécuter sans obstacle les plans qu’il avait conçus pour l'agrandissement de la Russie; il ouvrit les ports de l’empire aux navigateurs étrangers, notamment à eeux de la Hanse, et songea même à fonder une université à Moscou:
Mais sa sévérité à réprimer l’ivrognerie, ses innovations et sa prédilection trop marquée pour les étrangers finirent par exciter le mécontentement des populations, de sorte que le premier des faux Démétrius, qui se fit er pour le frère de Féodor, mort en 1591, à Ouglitsch, et, suivant un bruit populaire , assassiné par ordre de Godunof, trouva facilement créance. Il avait pénétré en Russie en 1604, et déjà une partie de la Russie méridionale s'était déclarée en sa faveur, lorsque Godunof mourut subitement, le 13 avril 1605. Le poëte russe Pouschkine a trouvé là le sujet d’un drame qui a obtenu un immense succès parmi ses compatriotes.
+ Son fils, Féodor Gopuxor, qui à là mort de son père se fit proclamer czar par l’armée, dut, après deux mois de règne, fuir devant le faux Démétrius, et périt étranglé la même année.
GODOY (ManueL DE), duc de l'Alcudia et prince de la Paix, naquit à Badajoz, le 12 mai 1767, d’une famille noble mais pauvre. Sans autre ressource que sa guitare, une jolie voix, une figure agréable et une belle prestance, Manuel Godoy vint avec son frère aîné, Louis, chercher fortune à Madrid. Un aubergiste lui fit crédit pendant un an, et prit en payement de son mémoire des romances que le jeune Manuel lui chantait après le repas en s’accompagnant de la guitare. Il parvint enfin, en 1787, à entrer dans les gardes du corps. Son frère Louis, à la faveur de son talent musical, fit la connaissance d’une lemme de chambre de la reine, qui le recommanda vivement à sa maîtresse. La reine apprit de lui que son frère Manuel chantait et jouait de la guitare encore mieux, et fut curieuse de l’entendre. Le roi lui-même parut enthousiasmé de son jeu, et trouva un vif plaisir dans sa conversation. 11 y avait dans l’heureux aventurier quelque chose de si séduisant , un si rare talent d’intrigue , une telle facilité d’élocution, et sa conversation était si attrayante, qu’on le vit successivement et rapidement devenir (1788) adjudant de sa compagnie, puis (1791) adjudant général des gardes du corps et grand”-croix de l’ordre de Charles IIX, lieutenant général (1792), duc de l’Alcudia, major des gardes du corps, premier ministre, en remplacement d’Aranda, chevalier de la Toison d’Or ; enfin (1795), en récompense du zèle prétendu qu’il avait montré dans la conclusion de la paix avec la France, prince de la Paix (principe de la Paz) et grand d’Espagne de première classe, avec une dotation territoriale de 50,000 piastres fortes de revenu. Le 19 août 1796, il signa à Saint-Ildefonse un traité d’alliance offensive et défensive avec la république française. En septembre 1797, il épousa donna Maria-Theresa de Bourbon, fille naturelle de l’infant don Louis, frère du roi Charles III. 1] quitta, ilest vrai, le ministère en 1798, mais il fut nommé la même année capilaine général, dignité qui équivaut à celle de maréchal de France. En 1801, il commanda l’armée qui marcha contre le Portugal , et signa le traité de Badajoz, qui, en vertu d’un article secret, Ii valut la moitié des trente millions de francs que le prince de Brésil dut payer, Un décret du 1er octobre 1804 l'éleva à la dignité de généralissime des armées de terre et de mer de l'Espagne. IL eut dès lors une compagnie de gardes du corps à lui, et ses revenus annuels montèrent à plus de cinq millions de francs. Un autre décret lui attribua en 1807 la qualilication d’altesse sérénissime, avec les pouvoirs les plus illimités dans toute l'étendue de la monarchie espagnole,
Godoy n'était cependant arrivé si rapidement au faîte de la puissance que pour en tomber avec plus de rapidité encore. Sa chute fut le résultat d’influences intérieures et extéricures. Il s'était attiré au plus haut degré la haine de la nation espagnole, obligée de guerroyer contre l'Angleterre par suite de l'alliance intime contractée avec la France par le cabinet de Madrid , et malgré ses immenses sacrifices d’argent pour pouvoir conserver la neutralité, Le désastre de Trafalgar, qui anéantit les derniers débris de la puissance navale de l'Espagne, le blocus continental qui ne tarda point à être mis en vigueur et bien d’autres circonstances accesgoires encore lui aliénèrent de plus en plus l'opinion; et