‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 289 sur 552 · GODOUNOF — GODOY · texte numérisé non relu

GODOUNOF — GODOY

bientôt un redoutable parti se forma contre lui à la cour même, sous le patronage du prince des Asturies (voyez FERDINAND VII).

Comprenant bien que tous les griefs qu’on élevait contre son administration et sa personne avaient surtout leur source dans les résultats de l'alliance française pour l’Espagne, Godoy, en 1806, peu de temps avant la campagne de Prusse, crut le moment venu de secouer enfin le joug de la France. En conséquence, il appela la nation aux armes, et mit sur le pied de guerre une armée de 40,000 hommes, en même temps qu’il entamait des négociations secrètes avec la cour de Lishonne. Quoiqu'il essayât de donner pour prétexte aux armements de l'Espagne des mesures défensives prises contre les États barbaresques, Napoléon, qui reçut sur le champ de bataille même d’Iéna la première nouvelle de l'attitude que le cabinet de Madrid venais de prendre si inopinément, ne s’y laissa pas tromper, et devina tout de suite la pensée secrète de Godoy. Dès lors le détrônement des Bourbons d’Espagne fut chose arrêtée dans son esprit.

Pendant ce temps-là, le procès criminel intenté à l'instigation de Godoy au prince des Asturies par Charles IV, son père, avait porté à son comble la haine de la nation pour un insolent favori. Godoy reconnut trop tard l’abtme entr'ouvert sous ses pas. L'insurrection qui éclata le 18 mars 1808 à Aranjuez eut pour résultat d'empêcher la mise à exécution du projet qu'il avait formé d’aller se réfugier en Amérique avec la famille royale. Godoy, qui s'était caché dans un grenier, fut trouvé et traité de la manière la plus cruelle ; les instances du roi, de la reine et du prince des Asturies purent seules sauver sa tête; et pour apaiser la fureur du peuple, il fallut lui promettre que la justice aurait à prononcer sur son sort. Les événements de Bayonne empêchèrent seuls ce procès. Napoléon, qui savait quelle profonde influence Godoy exerçait sur l’esprit de Charles IV, obtint son élargissement, et l’appela à Bayonne, où il dirigea alors toutes les pensées et toutes les actions du roi et de la reine d’Espagne; et jusqu’à la mort de l’un ct de l’autre il ne cessa pas un seul instant de posséder leur confiance la plusentière. Après sa chute, Godoy résida d’abord en France, puis à Rome, où, avec l'agrément du pape, il prit le titre de prince de Passerano, d’une terre qu’il avait achetée dans les États de l’Église. Tout ce qu’il possédait en Espagne de biens meubles et immeubles fut confisqué. Sa femme, qui à partir de 1808 cessa de cohabiter avec lui, pour résider à Tolède, où demeurait sa mère, habita ensuite Paris, sous le nom de duchesse de Chinchon. Elle y mourut le 23 novembre 1828, un an environ après avoir obtenu du gouvernement espagnol une pension de 25,000 francs sur le revenu des biens enlevés à son mari. Godoy n'avait eu d’elle qu’une fille, mariée, en 1820, au prince romain Ruspoli.

La haine vouée par le peuple espagnol à Godoy a vraisemblablement eu pour résultat d’entreméler l’histoire de sa vie d’un grand nombre de faits ou faux ou exagérés. On l’accusa généralement, par exemple, de s'être rendu coupable de bigamie. Ainsi, il aurait épousé bien secrètement, en 1796, la fille d’un vieil officier appelé Tudo, dont il était devenu éperdument épris; et c’est lorsque la reine aurait connu son secret, que, par jalousie, cette princesse l'aurait contraint à épouser la fille naturelle de l'infant don Louis, Ce qu'il y a de certain, c’est qu’à la mart de la duchesse de Chinchon, Godoy rendit public son manage avec celte Josepha Tudo, qu’au temps de sa puissance il avait fait nommer comtesse de Castello-Fiel.

Le prince de la Paix est un de ces hommes dont on a dit trop de mal pour qu'une foi entière puisse être ajoutée à ses ennemis. Maître absolu de la monarchie espagnole pendant vingt ans, le clergé, dont il avait voulu diminuer l’influence, sut soulever contre lui les passions populaires. Ferdinand VII, par son odieuse tyrannie, l’a bien vengé depuis des injustices dont il a pu être l'objet de la part de l'opnion publique. En précipitant des marches du trône un insolent favori, on oublia que ce même homme s’était occupé de

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