‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 310 sur 552 · GOUGES — GOUJAT · texte numérisé non relu

GOUGES — GOUJAT

de Gouges franchit rapidement les barrières qui séparaient nettement les grandes fractions entre lesquelles se partageait l'opinion publique. Après avoir été d’abord l’admiratrice passionnée de Necker, puis celle de Mirabeau, elle devint l’organisatrice et l'âme d'une société populaire de femmes, nous devrions dire de Mégères, qui s'en venaient régulièrement occuper les premiers rangs des tribunes publiques à la Convention, jetant de là l’insulte et l’injure aux membres de l’Assemblée qui défendaient des opinions contraires à celles de la Montagne. Ce fut le noyau des tricoteuses, sobriquet donné à ces furcenées , et provenant de ce qu’elles suivaient les discussions de l'assemblée tout en tricotant. On ne se rappelle que trop l’influence qu’elles exercèrent sur les événements de cette époque. Enfin, au milieu de cette immense orgie, vint le moment du réveil et du repentir : Olympe de Gouges se sentit émue de pitié à l'aspect de Louis XVI, traduit à la barre de la Convention sous une accusation capitale. Abjurant alors les idées qu’elles préconisait naguère, elle prit hautement la défense du monarque déchu ; puis quand le couteau de la guillotine eut fait rouler sa tête sur la place de la Révolution, elle se mit à attaquer le régime affreux qui pesait sur la France, et à poursuivre les hommes de la Terreur de ses énergiques invectives et de ses brülants pamphlets. Un jour, un groupe l'entoure dans la rue : un brutal lui serre la tête sous son bras et lui arrache son bonnet, criant : « Qui veut la tête d’Olympe pour quinze sous? — Mon ami, j'y mets la pièce de trente, » dit-elle, sans se troubler. La foule se prit à rire, et la laissa s’esquiver. Mise au nombre des suspects par un arrêté du Comité de salut public, elle fut décrétée de prise de corps vers la fin de 1793, et traduite devant le tribunal révolutionnaire. Du prétoire de ce tribunal de sang à la guillotine il n’y avait qu'un pas : Olympe le franchit sans sourciller, et subit son sort avec courage.

GOUGH (Hucx GOUGH, baron et vicomte), général anglais, est le fils de Georges Goucu, de Woodstown, dans le comté de Limerick, où il est né en 1779. Dès 1791, il entra dans l’armée ; en 1795, il assista à la prise du Cap de Bonne- Espérance, puis dans les Indes occidentales aux attaques de Porto-Rico , de Sainte-Lucie et à la prise de Surinam. Envoyé en Espagne en 1809, il y commanda le 87° régiment aux batailles de Talavera, de Barossa, de Vittoria et de Nivelle, ainsi qu'aux siéges de Cadix et de Tarifa, où il reçut une grave blessure à la tête. Devenu en 1830 général major et propriétaire du 99° régiment, il reçut en 1841 le commandement des troupes anglaises envoyées en Chine. Le 25 mai de cette même année, il battit complétement l’armée chinoise, et par suite de cette victoire il contraignit le gouverneur de Canton à capituler. Au mois d’août, il partit de Hong-Kong, et débarqua dans l’île d’Amoy, dont il s’empara après une courte résistance. Le 30 septembre il prenait possession de l'ile de Chusan, et en octobre des îles Ching- Haï et Ning-Po. Sa nomination au grade de lieutenant général et la grand” croix de l’ordre du Bain furent la récompense de ces victoires. Le 15 mars 1842, il battit à Tsé-Kih les Chinois commandés par Yh-King, et leur fit épouver des pertes énormes, tandis que les siennes se bornèrent à trois morts et à vingt blessés ; et après être parti de Ning-Po le 7 mai, il s’empara le 18 de la grande ville de Tcha-Pou, força l'entrée de Yang-sé, s'empara le 19 juin de Shang- Haï, et le 21 juillet prit d'assaut Tshing-Kiang-Fou, où les Tatares lui opposèrent la résistance la plus opiniâtre. Arrivé devant Nanking, il se disposait à attaquer cette ville, quand il reçut la nouvelle de l'armistice conclu par Pottinger, suivi bientôt après de la signature de la paix avec la Chine.

Au mois de décembre de cette même année 1842, le général Gough fut créé baronet et appelé au commandement en chef des forces britanniques dans l’Inde, Son premier exploit dans ce pays fut une attaque qu’il tenta le 29 décembre 1843, à Marahajpour, contre les Mahrattes insoumis. {l les mit en déroute, et les força à reconnaître de nouveau fa souveraineté de l’Angleterre. Il obtint des succès encore

plus glorieux dans son expédition contre les Sikhs. Le 18 décembre 1845, il les battit dans la sanglante affaire de Moudky ; et trois jours après, à la tête de 17,000 hommes, il s'empara du camp retranché de Ferozeshah, défendu pat 50,000 hommes; enfin, le 10 février 1846, il fit essuyer à l'ennemi une déroute complète à Sobraon. Les Sikhs perdirent dans cette affaire 67 pièces de canon , 200 bouches à feu pour chameaux , un matériel immense et 10,000 hommes tués. La perte des Anglais se borna à 2,400 morts et blessés. Le 22 février, Gough , à la tête de son armée victorieuse, entrait à Lahore, et la paix qui fut conclue alors valut aux Anglais tout le territoire situé entre le Setledge et le Beas. Le parlement vota des remerciements au général, qui fut créé pair, sous le titre de lord Gough de Tshing-Kiang- Fou en Chine, Maraharjpour et de Setledge dans l'Inde,

Dans l’automne de 1848, les Sikhs ayant recommencé les hostilités et envahi le territoire anglais, Gough rejoignit l’armée, le 21 novembre, et, à la suite de diverses escarmouches, dans lesquelles il tua beaucoup de monde à l’ennemi, franchit le Tshenab. Le 15 janvier 1849, il livra le sanglant combat de Chillianwallah, où l’armée anglaise resta. il est vrai, maîtresse du champ de bataille, mais à la suite duquel elle se trouva tellement affaiblie, qu’elle ne put poursuivre les Sikhs et qu’elle leur abandonna même quatre canons. La nouvelle de cedésastre produisit la plus vive émotion en Angleterre, où tout aussitôt on accusa Gough d’imprudence et où la Compagnie des Indes résolut de lui enlever son commandement pour le confier au général Napier. Mais dès le 21 février suivant Gough avait attaqué de nouveau les Sikhs à Goudzerate, et, après une résistance héroïque, il avait été assez heureux pour exterminer à peu près complétement leur armée. Entourés de toutes parts, les quelques débris qui en restaient encore durent mettre bas les armes, le 4 juin 1849; il fut créé vicomte de Goudzerate et de Limerick; et après avoir remis à son successeur le commandement de son armée, il revint en Europe jouir de sa gloire et de la double pension (100,000 fr.) que le parlement et la Compagnie des Indes lui avaient accordée. En 1859 il fut admis au conseil privé et en 1862 nommé feldmaréchal. Il est mort en mars 1869, à Londres, laissant un fils, né en 1816.

GOUHENANS (Affaire des mines de). Voyez TESTE.

GOUJAT. Vers le milieu du moyen âge, lorsque les armées commencèrent à s'organiser plus régulièrement, on attacha à leur suite des domestiques chargés des offices les plus bas, et on leur donna le nom de goujats (valets de l’armée). C’étaient eux qui entretenaient les objets d’habillement des soldats, qui leur préparaïent à manger, qui nettoyaient leur habitation, Il y avait parmi eux une espèce de hiérarchie qui les divisait en trois classes distinctes : la première, chargée de tout ce qui avait trait à la propreté du corps et des hardes ; la seconde, affectée à la direction de la partie culinaire ; la troisième, formant la troupe, plus modeste, des marmitons. Sous le règne de Philippe-Auguste, on donna également la dénomination de goujats aux paysans armés qui suivaient l’infanterie dans les expéditions militaires, et que l’on avait jusque alors désignés sous le nom de piquichins, pétaux et bidaux. Lorsque, dans le onzième et le douzième siècle , des bandes d’aventuriers se formèrent en France, une grande partie des goujats de l’armée passa dans leurs rangs, et commit dans les provinces les plus grands désordres. Dès lors leur nom devint ur terme de mépris, synonyme de gueux, bandits, mauvais sujets. Disons pourtant, à l’éloge de cette troupe si méprisée, qu’elle n’était pas uniquement une pépinière de pillards et de mauvais garçons. Brantôme, écrivant la biographie d’un vaillant homme de guerre, qui avait fait parmi eux son apprentissage, le baron de Lagarde, général des galères, ne peut s'empêcher de s’écrier : « Ah! qu'on en à vu sortir de bons soldats de ces goujats! »

Le mot goujat, dans le sens militaire, est aujourd’hui inusité : la colère seule le fait quelquefois employer contre

la classe la plus grossière du peuple. 11 peut s’entendre aussi d’un homme qui, grossier par caractère ou par habitude, apporte dans le commerce du monde une rudesse de manières et de mœurs qui lui fait méconnaître tout ce qu’il se doit à lui-même et aux autres,

GOUJON, genre de poissons de la famille des cyprinoïdes , offrant pour caractères : Hageoires dorsale et anale sans épines ; barbillons labiaux, dont un à chaque angle de la bouche ; dents pharyngiennes, coniques et crochues sur deux rangs. Les goujons se distinguent des tanches par les écailles de leur corps, qui sont plus grandes, L’espèce commune, dont la chair est très-estimée et qui sert à faire d'excellentes fritures, passe l’hiver dans les lacs; au printemps, elle remonte les rivières pour frayer. On la rencontre alors en petites troupes dans toutes les eaux donces de l’Europe.

GOUJON (Jean). C’est à Paris que naquit Jean Goujon, le premier sculpteur dont la France puisse se glorifier. On ne connaît pas la date de sa naissance, on ignore où et comment il apprit son art; mais ce qu'il n’est pas permis d'ignorer, c’est son génie extraordinaire. On peut dire que pendant que Michel-Ange enrichissait l'Italie des fruits de son génie, Jean Goujon offrait des chefs-d’œuvre à la France étonnée, non pas qu'il eut jamais l'énergie et la force qui caractérisent le talent du sculpteur florentin ; mais il mettait tant de grâce et d'élégance dans le mouvement et les attitudes des femmes qu’il dessinait, et tant de perfection dans le maniement de son ciseau, qu’on peut le placer à côté des plus habiles artistes de l'antiquité, surtout si on observe ses bas-reliefs, la partie de la sculpture dans laquelle il excellait. Peu de sculpteurs ont compris aussi bien que Goujon les règles de l'optique et du bas-relief, Il avait l’art de modeler un corps peu saillant et méplat de façon à lui donner de la rondeur par la manière dont il fixait la lumière sur les parties saïllantes, et dont il savait la faire glisser sur celles qu’il voulait sacrifier. Rien n’est plus beau que la fontaine des Nymphes , dite des Znnocents. Dans cet ouvrage, un de ceux qui honorèrent le plus l’école française, il règne entre la sculpture et l'architecture dont le monument se compose une harmonie qui charme la vue, et qui provoque d’aimables sensations. On y voit des naïjades dessinées correctement, dans des proportions élégantes, et dans des attitudes animées par les grâces ; leurs draperies légères laissent suffisamment apercevoir le nu qu’elles cachent, et elles y sont adhérentes avec une discrétion qui pourtant inspire un sentiment de volupté. Dans les bas-reliefs du soubassement, on voit aussi le triomphe de Vénus. La déesse des amours, mollement couchée sur les eaux , folâtre avec de petits enfants qui l’accompagnent , et qui s'amusent avec des poissons qu’ils ont retirés de l’eau. Les archivoltes de ce joli monument, dont l'architecture est de Lescot, sont ornées de plusieurs renommées dans des attitudes différentes, sculptées par Goujon.

Le grand artiste, lié d'amitié avec Pierre Lescot, se plut à enrichir le palais du Louvre des plus belles sculptures. Les frontons circulaires sont peuplés de ses figures en demi-relief : on y voit Mercure, l’Abondance, et au milieu deux génies qui soutiennent des cartels aux armes de Henri II. Les entre-pilastres offrent des traits relatifs à la prudence et à la valeur du roi, avec des trophées et des esclaves enchaînés. On lui doit encore toutes les figures iconologiques qui embrassent les croisées circulaires formées en œil de bœuf. Ces femmes élégamment dessinées, qui expriment les principales vertus d’un pouvoir, ont de l’analogie avec les sculptures de la Fontaine des Innocents, Dans la salle des Cent-Suisses, on admire de lui quatre caryatides de quatre mètres de haut, taillées en ronde bosse ; elles soutiennent une tribune enrichie des plus beaux ornements, Dans l’une des salles du Musée, on s’arrête également devant une grande et riche cheminée où il a sculpté deux magnifiques statues colossales, qui s'appuient sur une niche circulaire qui contient un buste.

Je ne passerai pas sous silence le bel hôtel de Carna-

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