‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 309 sur 552 · GOTHS · texte numérisé non relu

GOTHS

585, et les Bourguignons expulsés de la Septimanie. ReccARED, second fils de Léovigild, qui succéda à son père en 586 , se convertit à la foi catholique, ainsi que les Goths et les Suèves. Sous son règne calme et paisible et sous celui de ses successeurs, la fusion de la population germaine avec læ population romaine du pays s’effectua rapidement ; la langue latine fut remplacée par la langue gothique, de sorte que plus tard celle-ci contribua beaucoup à la formation de la langue espagnole. ReccasuInrH (649-672) acheva la compilation de lois commencée par Eurich. Le code rédigé en latin, et appelé Forum Judicum ( Lex Visigothorum), contint un droit commun pour les Goths et pour les provinciaux romains ; au treizième siècle, il fut traduit-en espagnol, sous le nom de Fuero Juzgo, et forme la base du droit espagnol. L'empire visigoth s’affaiblit, à cause de la puissance que les grands s’arrogèrent et de la prépondérance que les évêques parvinrent à exercer même au temporel, et dont ils usèrent notamment dansleurs conciles tenus à Tolède. Cet affaiblissement eut lieu quoique la conquête de l'extrémité septentrionale de l'Afrique (où s'élevait Sepéum, aujourd'hui Ceuta) en 616 et l'expulsion des Grecs en 624 l’eussent encore agrandi. A la mort du roi Wairiza (710),ses fils, que l’élection de Ronerica avait exclus du trône , appelèrent à leur secours les Arabes d'Afrique, à l’instigation du frère de Witiza, Oppas, archevêque de Séville, et de son gendre, Julien, comte de Septum. Mousa, lieutenant de Walid, Khalife omméiade, leur envoya son général Tarik. Celui-ci sortit vainqueur de la bataille livrée en juillet 711 à Xérez de la Frontera, et qui dura neuf jours consécutifs ; Roderich y trouva la mort, et cet événement décida de la ruine de l'empire des Visigoths. Mousa lui-même acheva ensuite, en 713, la conquête du pays, à l'exception de la Galice et de PAsturie, où un grand nombre de Goths purent se réfugier, sous les ordres de Pelayo. Cependant la Galice leur fut encore enlevée en 734; et il n’y eut que l’Asturie qui échappa à la domination des Arabes (voyez ESPAGNE).

Les Ostrogoths, à l'exception des bandes qui s'étaient réunies aux Visigoths, se rattachèrent aux Huns, après que le passage du Danube leur eût été interdit en l’an 386, sous Idothius Théodosius, Après la chute d’Attila, qu'ils avaient suivi dans ses expéditions, ils se fixèrent dans la Pannonie (Hongrie, au sud du Danube), d’où ils firent de fréquentes incursions dans le ANoricum et dans l'empire Byzantin, sous les ordres de trois frères, Walamir, Théodomir et Widimir, de la race des Amales, et où ils résistèrent aux attaques des Huns, de même qu’en 470 à celles des Suèves et des Alemans, ligués contre eux, et encore à celles des Sarmates, des Skires et des Rugiens habitant au nord du Danube. A la mort de Walamir, Widimir conduisit les siens en Italie, et trouva la mort dans cette expédition. En 473, son fils, qui portait le même nom que lui, se laissa déterminer par l’empereur Glycère à se rattacher aux Visigoths. En 460 l’empereur avait acheté la paix de Théodémir. Son fils THéoporic, roi à partir de 473, et qui mérita d’être surnommé le Grand, avait été élevé à la cour de Constantinople. Quand il en fut revenu, Théodémir, qui mourut à peu de temps de là, envahit de concert avec lui l'empire Byzantin. Les Ostrogoths ravagèrent alors la Macédoine et la Thessalie, et obtinrent des établissements dans la haute et la basse Mésie , à côté de ceux des Visigoths qui ÿ étaient restés depuis longtemps ainsi qu’en Thrace, et qui sy maintinrent jusqu’au sixième siècle sous le nom de Pefils Goths (Gothi Minores), et aussi de Méso-Goths. La politique de l’empereur byzantin Zénon s’efforça de désunir les deux ations et leurs princes , qui tous deux s’appelaient Théodoric. N'ayant qu'imparfaitement réussi dans ses projet ,Zénon détermina, en 488, l’Ostrogoth Théodoric à passer avec sa nation, à laquelle se ratfachérent les Rugiens, en Itaiie, où régnait Odoacre. Les Gépides, qui essayèrent de leur barrer le passage à Sirmium, furent repoussés. Odoacre fut vaincu, en 489, d'abord à Aquilée, puis à Vérone; en 490 , sur les bords de l'Adda, Mais, tandis que Théodoric

DICT, DE LA CONVERS, — 7, x,

conquérait le reste de Ptalie et la Sicile, il réussit à se maintenir jusqu’en 493 à Ravenne, où il finit par capituler et où il fut assassiné. Théodoric exerça alors aussi sa souveraineté dans la plus grande partie des contrées riveraines du Danube , et que son frère Honulf administrait en son nom ; de sorte qu'indépendamment de la Sicile et de l'Italie, son empire comprenait la Pannonie, la Savie (la contrée riveraine de la Save), la Dalmatie, une partie du Noricum, la Rhétie supérieure et même la Provence à partir de l'an 507. La souveraineté nominale de l’empereur, que reconnaissait Théodorie, ne l'empéchait pas d'exercer dans ses États une autorité entière et illimitée. Sa gloire et son influence s’étendirent au loin dans les régions germaniques. Il prit le titre de roi des Goths et des Italiens , et habita tantôt Ravenne et tantôt Vérone; dans le gouvernement intérieur de ses États, il fit preuve de sage modération, ne toucha point aux institutions existantes, et en même temps veilla attentivement à ce que les Goths, dont deux cent mille guerriers avaient obtenu le tiers du sol de l'Italie à titre de dotation, conservassent intactes leur foi arienne, leurs mœurs germaines et leur valeur. Sous sa domination, l'Italie vit refleurir son ancienne prospérité; l’agriculture même y fit de nouveaux progrès; et pour la décision des discussions judiciaires qui sur venaient journellement entre Goths et Italiens, parut en l’an 500 l’Edictum Theodorici. Après la mort de ce prince, arrivée en 526, sa fille Amalasuintha gouverna pendant la minorité de son fils Afhalarich; mais celui-ci étant venu à mourir, en 534, son cousin THÉODAT la fit assassiner. C’est à ce moment que l’empereur Justinien envoya Bélisaire reconquérir l’Italié. Quand celui-ci pénétra dans la Basse-ltalie, Théodat fut déposé et tué par son armée, après qu’elle eut proclamé roi ViricËs en 536. Les Italiens catholiques firent cause commune avec les Grecs ; les Goths perdirent Rome et Ariminum, que Vitigès assiégea inutilement; en revanche Vraias, son neveu, s’empara, en 539, de la ville de Milan, qui avait fait défection, et y commit les plus affreuses dévastations. En cédant la Provence aux Franks, Vitigès s'était créé là des alliés sur lesquels il ne pouvait compter, et qui, sous les ordres de l’Austrasien Théodebert, parcoururent l'Italie et finirent par s'établir le versant méridional des Alpes. Une tentative ayant été faite pour déterminer le roi de Perse, Chosroës , à envahir les contrées orientales de l'empire Byzantin, Justinien, effrayé , offrit de traiter; mais Bélisaire refusa d'y consentir. Il dédaigna aussi la couronne que les Goths lui offrirent, contraignit Vitigès à se réfugier dans les murailles de Ravenne, et après s'être emparé de cette ville, en 540, le ramena avec lui captif à Constantinople.

Les Goths, qui jusque alors n’avaient point encore été entamés dans la haute Italie, élurent pour roi IzprBan, et après sa mort, le généreux Totila, qui commandait à Trévise. Ils eurent bientôt reconquis la péninsule; toutefois, les grandes villes résistèrent. Rome, assiégée pendant longtemps par Totila, tomba enfin en son pouvoir, à l’aide d’un stratagème, en l’an 546; mais Bélisaire ne tarda point à la reprendre. Envoyé en Italie en 546 avec des forces insuffisantes , il ne put que s’y maintenir jusqu’en 549, sans rien faire de décisif. Cette mission était réservée à Narsès que Justinien, après avoir rejeté les ouvertures de paix de Totila, envoya en Italie, en l’an 552, à la tête d’une immense armée, composée surtout de Huns, d’Hérules et de Lombards. On en vint aux mains à Teginæ, entre Gubbio et Nocera, dans les Apennins, et Narsès sortit victorieux de cette bataille, où Totila trouva la mort. Téjas , que les Goths lui donnèrent pour successeur, descendit dans la basse Italie pour occuper Cuma, où se trouvait le trésor de Totila; et, de Rome, reprise pour la sixième fois pendant cette guerre des Goths, Narsès marcha à sa rencontre. Il corrompit le commandant de la flotte des Goths; de sorte que Téjas, faute de recevoir ses convois, dut abandonner la forte position qu'il avait prise sur le Vésuve et s’enfoncer davantage dans les, montagnes. Téjas mourut les armes à la main ; mais

ses soldats continuèrent à se battre; le troisième jour, ce qui en restait encore obtint par capitulation libre retraite. Alors, de Pavie où elle se trouvait, l’une de leurs bandes abpela à son secours deux ducs des Alemans, qui ravagèrent encore une fois l'Italie, jusqu’à ce que Narsès, après s’être successivement rendu maitre de toutes les places fortes , les vainquit en 554, sous les murs de Capoue. En 555, sept mille Goths qui se trouvaient à Conza se livrèrent à lui. Vidin, autre chef goth , fut encore battu en 536 ; et ce dernier désastre mit fin à la guerre des Goths. Beaucoup de Goths prirent alors du service militaire à Byzance; d’autres émigrèrent , et allèrent se fixer dans la Rhétie et dans le Noricum; ceux qui restèrent, en Toscane notamment , se confondirent bientôt avec le reste de la population.

Des Ostrogoths, désignés sous le nom de Goths tétraxitiques, étaient demeurés, depuis une époque extrêmement reculée, sur les bords de la mer Noire, en Crimée et sur le Kouban, où à l’époque de Justinien on les trouve alliés avec les Huns outourgouriques ; et quelques débris semblent s’en être conservés jusqu’au seizième siècle dans les montagnes de la Crimée. Plusieurs autres nations orientales avaient les plus grandes affinités d’origine avec les Goths; aussi les comprend-on ordinairement sous lappellation de peuples Goths.. De ce nombre étaient incontestablement les Bastarnes, les Peucins, les Gépides, les Rugiens, les Hérules les Avions, les Vandales, qui tous ont disparu comme les Goths, et ne se sont pas même continués sous un autre nom. Ce sont des Slaves et des Hongrois qui les ont remplacés, du Pont-Euxin à la Baltique, sur les bords de la Vistule et du Danube, où ils habitaient autrefois.

La tradition qui veut que les Goths de la Scandinavie (où l’on trouve une tribu de Goths qui donna son nom à la province de Suède encore appelée aujourd’hui Go{hland ou Gœthaland) aient aussi pénétré dans les régions du Sud 1e repose sur aucune espèce de document historique.

GULTLAND, a pius grande des îles de la Baltique proprement dite, distante de 6 à 7 myriamètres de la côte de Suède, et séparée de l’île d'Œland par un bras de mer de 4 à 5 myriamètres de large, avec une profondeur de 50 brasses au plus, forme avec les flots qui l’avoisinent un évêché et un bailliage particulier portant le nom de Wisby ou de Gottland, dont la superficie est de 40 myr. carrés et

la population (1870), de 54,080 âmes, C’est un plateau calcaire, avec une hauteur moyenne de 30 à 165 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer et des côtes généralement fort escarpées, dont le climat tempéré permet la culture du noyer et du mûrier, Le sol en est fertile, mais mal cultivé, produisant des plantes qui lui sont propres, et couvert de vastes forêts de sapins justement célèbres par la grosseur ef la dureté de leur bois. On y récolte des blés, des légumes et surtout des pommes de terre. L’horticulture y est trèsrépandue; mais l’éducation des bestiaux, sauf l'élève des moutons, y est peu importante. La pêche, l’exploitation des carrières de pierres à bâtir, et les chaufours y sont des industries importantes; le commerce et la navigation y sont aussi très-actifs, tandis que l’industrie y est démeurée fort arriérée. Les mœurs, les coutumes, l’organisation administrative etmilitaire, diffèrentcomplétement de celle des Suédois. On ne trouve pas de grandes fermes dans ce pays; la plupart des maisons, et jusqu'aux simples habitations de paysans, sont construites en pierres. L'ile a pour chef-lieu Wisby, ville commergante, située sur la côte occidentale. Depuis un temps immémorial elle appartient à la Suède, et fait partie de la contrée qu’on désigne sous le nom de Gothaland. Longtemps elle eut des rois particuliers et un code de lois à elle; plus tard elle porta le titre de comté, De 1361 à 1645, sauf de courtes interruptions, elle fit partie des États des rois de Danemark. En 1394, une partie de l'ile de Gottland, et notamment Wisby, fut conquise par les Vitaliens, aux birateries desquels elle offrait un sûr refuge. Quand le roi Albert de Suède et son fils Éric, qui avaient été faits prisonniers en 1389 par les Danois, recouvrèrent leur liberté,

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GOTHS — GOTTSCHED

en 1394, ils s’efforcèrent de faire rentrer l’île sous leur obéissance. Éric y débarqua à la tête d’une armée, et rénssit à s’y maintenir, Ce fut lui, dit-on, qui vendit l’île entière au grand maître de l’ordre Teutonique, lequel en expulsa les Vitaliens en 1398. Plus tard, la reine Marguerite la racheta de l’ordre. Après la dissolution de l'union de Calmar, Charles VIII chercha à l'enlever aux Danois, qui s’y mäintinrent cependant jusqu’en 1645, époque où ils la rendirent à la Suède, en vertu des stipulations du traité de Brœmsebro. Le Danemark s’en empara cependant encore plus tard, et la garda de 1676 à 1679. Depuis elle n’a plus cessé d’appartenir à la Suède. .

GOTTORP ou GOTTORF (Castrum Gothorum), chàteau féodal, qui domine là ville de Schleswig, est situé dans une île formée par la Schley, entre les deux quartiers de cette ville désignés sous les noms de Friedrichsberg et de Zol{fuss. 11 fut reconstruit de 1159 à 1161, pour servir de résidence à l’évêque, qui jusque alors avait habité un vieux château appellé Grossgottorf, à deux kilomètres plus loin ; et les évêques de Schleswig en demeurèrent en possession jusqu’à l’an 1268, époque où, en vertu d’un échange, le duc Erich l’érigea en place forté. Plus tard ce manoir féodal fut habité par les ducs de Holstein-Gottorp (voyez Hozs- TEIN) depuis 1544 jusqu’en 1713, époque où le roi de Danemark Frédéric III en prit possession. Le souvenir de nombreux faits de guerre se rattache, dans l’histoire du moyen âge et dans l’histoire moderne, au château de Gottorp. En 1749 le roi de Danemark en fit transferer à Copenhague la précieuse bibliothèque, fondée en 1606 par le duc Jean- Adolphe de Holstein-Gottorp.

GOTTSCHED (JEAan-Carisropne), savant , qui, malgré les services incontestables qu’il rendit à la littérature allemande, devint ridicule par son pédantisme et sa fadeur. Il était né en 1700, près de Kænigsberg. Afin d'échapper à l'obligation du service militaire, il se réfngia en 1724 à Leipzig, où il fut chargé d’une éducation particulière. Bientôt après il ouvrit dans cette ville des cours publics, où il combattit le mauvais goût qui dominait alors dans le littérature allemande, recommandant limitation des anciens, et par suite celle des auteurs français, continuateurs, suivant lui, de la tradition classique. Notre critique chercha ensuite à agrandir sa sphère d’influence en fondant diverses sociétés littéraires destinées à la propagation de ses doctrines en matière de goût. Dès 1730 l’université de Leipzig l'avait admis dans ses rangs comme professeur agrégé de

‘poésie et de philosophie. Quatre ans plus tard, il y deve-

nait titulaire de la chaire de logique et de métaphysique. 11 iourut le 12 septembre 1765, doyen de la faculté de philosophie,.

Gottsched est considéré aujourd’hui en Allemagne comme la personnification du pédantisme; cependant ceux qui ont une connaissance exacte de l'état où se trouvait alors la litérature allemande ne laissent pas que de rendre justice à son mérite. Hoffmannwalsdau, Lehenstein et leurs successeurs avaient fait de la poésie allemande le type de l’enflure, de lexagération, et en même temps de la trivialité ; quant à la prose, il serait difficile de dire ce qu'ils en avaient fait et de la reconnaître dans leur jargon, tout farci non-seulement de mots et même de phrases entières empruntés aux langues étrangères, à la langue française surtout, mais encore des plus intolérables grossièretés ; jargon qu'ils avaient réussi à mettre à la mode, et qu’ils plaçaient même dans la bouche de. ce digne Hanswurst, l'arlequin national, dont le rôle était jadis si important, et dont ils faisaient consister uniquement le comique dans la gloutonnerie et dans de vulgaires équivoques, le tout rehaussé par force coups de pied et coups de poing reçus et distribués ævec une monotone prodigalité. Retrouver dans les modèles antiques les règles du goût, revenir aux productions de l'ancienne littérature allemande, comme source inépuisable de données historiques etlittéraires, voilà ce qui ne venait à l’idée de personne, Pour opérer la cure radicale d’un si déplorable état de choses

GOTTSCHED — GOUDOUTI

il fallait un homme instruit, positif, sans imagination, mais doué d’un grand bon sens pratique uni à un esprit naturellement critique. Personne mieux que Gottsched ne convenait à un rôle pareil. Son mérite est donc d’avoir introduit dans la littérature allemande la critique et la polémique de la raison, du gros bon sens; s’il ne lui fut pas donné de pouvoir relever et ennoblir le goüt, il réussit du moins à détruire les principaux obstacles qui s'opposaient en Alleinagne à son épuration.

GOUACHE (de l'italien guazzo , flaque d’eau), espèce de peinture en détrempe , qui exige plus de soin et plus de précision que les autres. On y emploie de même des couleurs broyées et délayées à l’eau gommée. Elle diffère de l'aquarelle en ce que les couleurs sont en pâte et se posent par couches successives comme dans la peinture à l'huile. On doit modérer l'emploi de la gomme ou de la colle de peau de gants , épurée, dont on peut aussi se servir ; autrement, la peinture sècherait trop vite et finirait par s’écailler. L'emploi de la gouache donne de la douceur à la peinture et au coloris : elle est fraîche, éclatante, et charme la vue par le velouté qu’elle reçoit de la lumière qu’elle absorbe. On l’'emploie ordinairement à lexécution des tableaux de moyenne proportion, soit du genre historique ou familier, soit des paysages, des fleurs ou des fruits. On s’en sert aussi pour peindre les décorations de théâtre. Les religieux, qui ornaient les manuscrits qu’ils faisaient de sujets tirés de l'Ancien , du Nouveau Testament, ou de la Passion de Jésus- Christ, les peignaient à la gouache. Ces productions des cloftres du moyen âge sont très-recherchées.

Nos grands peintres ont quelquefois employé la gouache, soit à de petits ouvrages, soit à des esquisses qu'ils reproduisaient ensuite dans un format plus grand. On voit au Musée deux tableaux allégoriques peints à la gouache, remarquables autant par le mérite et la beauté de l'exécution que par leur dimension extraordinaire : ce sont les plus grands que nous connaïissions ; ils ont 1”,65 de haut, et sont sous verre. Ces deux tableaux d’Antoire Corrége, représentent La Vertu victorieuse des Vices, et L'Homme sensuel attaché au Plaisir par l’Habitude. Jean-Guillaume Bawr, né à Strasbourg, en 1610, a peint le paysage, la perspective et l’architecture à la gouache, dans laquelle il excellait. On voit au Musée deux jolis tableaux de cet artiste, désignés sous les noms de Cavalcade du Pape et de Marche du Grand- Seigneur. Bawr s'était acquis une grande réputation auprès du duc de Bracciano et à la cour de l’empereur Ferdinand III,

Les Persans, les Chinois et les Indiens ont aussi parfaitement réussi dans la gouache. A la Bibliothèque impériale se trouve une suite de portraits en pied des empereurs persans ou indiens, d’une grande finesse de dessin et d’une rare perfection de peinture. On y voit également des sujets familiers, peints par les Chinois, dont l'exécution a quelque chose de surprenant.

Nos peintres français ont produit de très-belles gouaches. On cite Baudoin, gendre de Boucher, premier peintre de Louis XV, comme le plus habile en ce genre; il fut reçu à Académie de Peinture, et produisit dans le genre libre et familier une suite de tableaux d’une grande beauté : Le Coucher de la mariée est regardé comme son chef-d'œuvre. Noël a peint à la gouache des marines dans le genre de Vernet, qui sont très-estimées. Cher Alexandre Lenom.

1 GOUDA , en hollandais Ter Gouwe, ville bâtie sur les rives du Gouwe, dans la Hollande méridionale , ne compte pas mains de 16,000 habitants. On y voit la plus grande place de marché qu'il y ait en Hollande , et son église de Saint- Jean est célèbre par les belles peintures sur verre que Philippe IT et Marguerite d'Autriche y firent exécuter par Dirk et Wouter Crabeth, La principale industrie des habitants consiste dans la fabrication des pipes en terre; et quoiqu’elle ait beaucoup perdu de nos jours de son ancienne importance, elle n’y occupe encore pas moins de deux cents fabriques, qui tirent leurs matières premières des environs de Liége, Cologne et Coblentz. I1 y a aussi dans le voisinage

de Gouda, notamment au village de Moor, des briqueteries considérables , qui tirent leurs matières premières du lit de V'Yssel et de celui de la mer de Harlem.

GOUDELIN. Voyez Goupourr,

GOUDIMEL (CLaune), compositeur français, dont le nom a été transfiguréen Gaudiomell, Gaudimel, Gaudinel, Guidomel, Godmel, Gudmel, Gondimel, naquit vers 1520, en Franche-Comté, et fut vraisemblablement l’un des élèves du célèbre Josquin Desprès. Baïniaffirme que ce fut lui qui initia Palestrina à la connaissance de la musique. Il avait fondé, en 1540, une école de musique à Rome. II périt à Lyon, dans la nuit de la Saint-Barthélem y, victime de la fureur populaire soulevée contre les huguenots. Les airs qu’il composa pour les psaumes de l’église réformée, traduits en français par Marot et Théodore de Bèze ( Paris, 1565), sont remarquables. Plusieurs des mélodies chorales en usage encore de nos jours dans l’église protestante sont de lui. Une partie de ses chants à plusieurs voix ont été publiés avec d’autres d’Orlando Tasso, sous le titre de La Fleur des Chansons (1576). Ses lettres écrites en fort bon latin, et publiées par Paul Melinus à la suite de ses poésies, témoignent de l'éducation littéraire qu’il avait reçue. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages sur la musique, et on lui en attribue tout autant qui ne lui appartiennent pas réellement. On regarde cependant comme authentiques les suivants : Quinti Horati Flacci odæ ad rhythmos musicos reductæ (Paris, 1555, in-4°); Chansons spirituelles de Marc-Antoine de Muret, mises en musique (Ibid.); Les Psaumes de David mis en musique; Les Psaumes mis en rimes françaises par Clément Marot, mis en musique; enfin des Messes, des Mottets et des Chansons.

GOUDJERATE ou GOUDZERAT. Voyez GuzErATE.

GOUDOULI ou GOUDELIN (Pierre DE), le plus célèbre des poëtes languedociens, naquit, en 1579, à Toulouse, étudia la jurisprudence et fut reçu de bonne heure avocat ; mais une irrésistible passion pour la poésie, accrue encore par la lecture des poëtes latins, ne tarda pas à le détourner des travaux de sa profession. Quoique déjà de son temps la langue d’Oil, ou dialecte du nord de la France, fût devenue langue écrite, sa suprématie m'était pas encore complétement décidée dans le midi de la France; et comme la langue d'Oc, dialecte populaire dans ces contrées, était plus sonore, plus harmonieuse, plus riche en voyelles, Pierre de Goudouli la choisit pour composer ses poésies. On y remarque quelques chants d’amour d’une fraicheur exquise, des idylles pleines de grâce, des épigrammes spirituelles et mordantes, un chant royal en vers français qui remporta le prix aux jeux floraux, enfin une ode sur la mort de Henri IV, regardée à bon droit comme un chef-d'œuvre, et que l’auteur du Prædium Rusticum, le père Vanière, traduisit en latin. Elles ne furent pas seulement accueillies avec faveur par ses compatriotes; on les traduisit plusieurs fois en italien et en espagnol. Comme, dans sa jeunesse, Pierre de Goudouli avait dissipé son patrimoine dans une vie de plaisirs, il en vint, vers la fin de ses jours, à se trouver dans la misère ; alors le conseil municipal de Toulouse, prenant en considération le glorieux reflet que sa grande réputation projetait sur sa ville natale, décida qu’il serait à l'avenir nourri et entretenu aux dépens de la cité. Lorsqu'il sentit la mort s'approcher, Pierre de Goudouli entra dans un couvent de carmes, où il voulait être enterré, et y mourut, le 16 septembre 1649. Après la destruction de ce couvent, ses restes mortels fureni, en 1808, transférés dans l’église de la Daurade. La première édition de ses œuvres parut à Toulouse, sous le titre de Las obros de Pierre Goudeli, avec un dictionnaire des mots languedociens les plus difficiles à comprendre (1649, in-4° ); celle qui a pour titre : Ramelet moundi, ou la flourete noubelo delrameiet moundi (3 vol. in-12; Toulouse, 1693), est plus complète, ainsi que celle qui a été publiée en 1708 à Amsterdam, sous le titre de : Lou trionfo de la lengou:

gascono, laquelle contient aussi les œuvres de quelques autres poêtes du midi de la France. La dernière édition est celle de Delboy (Toulouse, 1843).

GOUDRON, substance oléo-résineuse noirätre que l’on retire de certains végétaux ou minéraux. La distillation, à une très-haute température, des bois résineux est toujours la méthode d’obtenir le goudron végétal; le goudron de houille ou coaltar se retire de la distillation du charbon de terre lorsqu’on veut en produire du coke ou du gaz pour l'éclairage. Quant au goudron minéral, c’est un bitume connu sous le nom de pissasphalte. De ces trois espèces de goudron, celui qu’on obtient des substances résineuses est le seul auquel on applique ce nom générique, sans addition explicative : on le prépare aujourd’hui à peu près de même que jadis, ni mieux ni plus mal qe les anciens. C’est le pin maritime qui fournit Ja plus grande partie du goudron du commerce; pourtant, on fait servir aussi à cet usage les pins sauvage, cembro, mugho, d'Écosse, austral, et le pin d’Alep.

Habituellement, pour retirer le goudron, on recouvre un trou fait en terre, d’un plancher légèrement creusé en forme de cône renversé, au centre duquel on perce un trou de manière que tout liquide qui viendrait à tomber sur ce plancher pût s’écouler vers cette goutière et se rendre dans le caveau. Ce plancher étant ainsi disposé, et formant alors une espèce de sole, on bouche le trou centrai avec une perche; puis on amoncelle obliquement et par rangées, autour de cette perche, toutes les bûchettes et copeaux provenant des arbres qui ont fourni la térébenthine. Lorsque ces büûcheïtes sont élevées à la hauteur habituelle d’un fourneau à charbon, on recouvre le tout avec du gazon; on retire la perche dont l’absence forme un tuyau de cheminée, et on allume ce fas de bois en six ou huit endroits, Dès lors Vhabileté de l’ouvrier consiste à régulariser, comme le font les charbonniers, la chaleur, et à la distribuer, suivant le besoin, sur tel ou tel point de la masse, en ouvrant un trou ou évent au-dessus de ces endroits, dans la couverture, ou bien en fermant les trous qui s’y trouvent. Le difficile est d'arriver à obtenir un juste degré de chaleur, car trop de chaleur décompose le goudron en gaz et en charbon, tandis qu’une trop basse température ne retire pas du bois tout le goudron qu'il pourrait fournir. La mise en feu d’un fourneau ordinaire dure soixante à soixante-douze heures ;

mais toutes les quatre ou cinq heures on descend dans le caveau, et l’on ouvre le trou central, qui laisse alors tomber dans un cuvier le goudron que la chaleur a fait se distiller et s’'amasser sur la sole du fourneau.

Cette méthode grossière, employée dans les Landes, et que dans le Valais on a perfectionnée en couvrant le fourneau d’un chapeau métallique mobile, a subi aussi en Suède quelques améliorations. L’on pourrait remplacer Ja construction des anciens par la distillation en vases clos et per descensum plus ou moins analogue à celle dont on se sert pour l’extraction du goudron de l'écorce de bouleau, propre à la préparation du cuir de Russie. Maïs il ne faut pas croire que ces améliorations soient aussi faciles à apporter dans cette fabrication que l’on pourrait d’abord se l’imaginer : l'indépendance, le préjugé, l'intérêt mal entendu, lignorance et la pauvreté de la plupart des ouvriers fabricants de goudron, sont autant de causes qui empêcheront d'ici à longtemps ces perfectionnements d’être adoptés dans nos forêts; car en France c’est le temps qui seul peut les importer dans les mains de nos paysans.

Quelle que soit la manière dont le goudron soit obtenu, il sert dans les ports de mer à enduire les carènes des vaisseaux ; mais pour cette application, appelée calfatage, on a besoin de faire chauffer le goudron, d'en faire évaporer une partie de l'huile essentielle qu’il contient, et de le réduire, en le desséchant ainsi, en une substance qui porte alors le nom de brai gras, substance que l’on fait souvent plus vite en ajoutant au goudron chaud un peu de résine ov

brai sec; quelquefois même on le fabrique directement en \

GOUDOULI — GOUGES

distillant le goudron en vases clos. Le goudron sert aussi à enduire les cordages , afin de les rendre plus durables à l'eau. J. OnoLanr-Deswos.

GOUDRON (Eau de). Voyez Eau DE Gouprox.

GOUDRON MINÉRAL. Voyez PISSASPHALTE.

GOUET. Voyez Aruy.

GOUFFÉ (Armanp), célèbre chansonnier, naquit à Paris, le 22 mars 1775, et mourut le 19 octobre 1845, dans la ville de Beaune (Côte-d'Or), qu'il habita vingt ans, quand il eut obtenu sa retraite, près de sa fille, mariée à un notaire de cette ville. Son père, Louis-Charlemagne GOUFFÉ DE BEAUREGARD, gentilhomme, lui fit donner une éducation distinguée; et le collége d'Harcourt, à Paris, retentit chaque année des succès éclatants du jeune lettré, qui devait plus tard s’illustrer en abordant de la littérature le côté qui voit, peint et raille les ridicules. Vaudevilliste et chansonnier plein de verve et d’esprit, il mérita d’être surnommé le Panard du dix-neuvième siècle. Parmi ses meilleures chansons, on cite Saint-Denis et le Corbillard. Comme Béranger, il répand quelquefois une agréable teinte de philosophie sur son enjouement. Quelquefois ses plaisanteries rappellent l’entrain et la verve de Désaugiers, avec qui il fonda le Caveau moderne. Il recevait les visites de la muse dans le moins poétique de tous les ministères, celui des finances. Encouragé par de gais et spirituels amis, il réunit ses premières chansons en un volume, qu'il intitula : Ballon d’Essai (Paris, 1802). L'accueil que recut ce petit livre engagea l’auteur à publier les Ballons perdus, que tout le monde retrouva, puis Encore un ballon, qui fut, comme ses aînés, accueilli par le publie avec faveur; ce qui engagea l’auteur à donner Ze dernier ballon (Paris, 1812), où se trouve la fameuse chanson : Plus on est de fous, plus on rit. Auteur et collaborateur d’un grand nombre de vaudevilles, parmi lesquels il faut citer Les Deux Jocrisses, Le Chaudronnier de Saint-Flour, Le Bouffe et le Tailleur, Le Duel et le Déjeüner, etc, etc. Armand Gouffé termina sa carrière littéraire par la composition de Contes-charades, pleins de grâce. On peut dire qu'il s’éteignit avec toute la fraîcheur de son talent de conteur, aimé et respecté d’une population qui le voyait avec plaisir au milieu d’elle. On a dit que Désaugiers faisait des ponts-neufs, Béranger des odes et Armand Gouffé des chansons. Jules PAUTET.

GOUFFRE, Voyez PRÉCIPICE.

GOUGES (Jean de). Voyez Compacmes (Grandes).

GOUGES (ManE-OLympe DE), bas-bleu qui a laissé un nom fameux dans l’histoire de notre première révolution, était née en 1755 à Montauban. Fille d’une revendeuse à la toilette, elle avait épousé un sieur Aubry. Ce mariage ne paraît pas avoir été heureux, et de bonne heure Olympe de Gouges s’en vint à Paris, où sa beauté ne tarda pas à la faire remarquer, et où, après avoir traversé les aventures réservées d'ordinaire aux jolies femmes qui savent se mettre au-dessus des préjugés, elle finit, comme tant d’autres, quand elle eut atteint la trentaine, par se jeter dans les hasards et les luttes de la vie littéraire. Elle débuta en 1785, au théâtre, par une petite comédie intitulée : Le Mariage de Chérubin; l'année suivante elle donna L'Homme généreux, drame en cinq actes ; en 1787, Molière chez Ninon, gracieux petit acte épisodique, et le Philosophe corrigé. Dans l'intervalle, elle avait publié un roman épistolaire (genre alors à la mode), intitulé : Mémoires de Mme de Valmont. En 1788 la chose publique était si malade, que c'était à qui proposerait des remèdes pour la sauver : Olympe de Gouges fut du nombre de ceux qui, à partir de cemoment jusque longtemps après la réunion des états généraux, ne laissèrent point passer un fait important sans l'élucider et le commenter à Pusage des masses. Elle rêva l'émancipation des femmes, disant qu'elles avaient bien le droit de monter à la tribune, puisqu'elles avaient celui de monter à l’échafaud,

Avec la mobilité d'idées particulière à son sexe, Olympe

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