FROTTEMENT — FRUCTIDOR
coussinet en fer. Un corps solide qui est en mouvement sur un liquide éprouve bien moins de frottement que s’il élait porté sur un payé : aussi faut-il moins de force pour traîner un bateau qui est sur un canal que pour tirer une charge pareille sur une route. Les chemins de fer n’ont pas d’autre propriété que celle de diminuer le frottement que les roues des chariots éprouvent sur les voies ordinaires. Les fluides et les liquides qui se meuvent dans des conduits étroits et d’une longueur un peu considérable y éprouvent des effets de frottement qui ralentissent leur marche d’une quantité trèssensible. On augmente , au contraire, le frottement en ajoutant au poids des pièces mobiles, en interposant des sables durs entre les surfaces frottantes.
Si les frottements sont un des grands obstacles qui s’opposent à la perfection de la plupart des machines, il y en a aussi qui ne seraient d'aucun service sans le frottement : les vis etles écrous, dont on fait un si grand usage pour fixer, presser, se relàcheraient d'eux-mêmes sans le frottement ; il en serait de même des chevilles qui servent à tendre les cordes des violons, des pianos, etc. TEYSSÈDRE.
On appelle coefficient de frottement le rapport de la résistance absolue du frottement d’un corps glissant sûr un autre à la pression totale exercée par ce corps perpendiculairement à la surface de contact. Cette quantité, indépendante de la vitesse du mouvement et de l'étendue de la surface, est toujours moindre que l'unité; elle représente la valeur absolue de la résistance au glissement sous l’unité de pression. Les corps étant supposés secs, il résulte des expériences de Coulomb, de MM. Morin, Poncelet, etc., qu’en moyenne le coefficient de frottement est pour bois sur bois, 0,36; bois sur métaux , 0,42; cordes sur chêne 0,45 ; cuir fort à plat sur bois ou métal, le cuir étant battu, 0,30; métaux sur métaux, 0,18. Ces chiffres sont relatifs au frottement de glissement. Quant au frottement de roulement, M. Poncelet a donné des tables qui contiennent les rapports du frottement à la pression, dans le cas du roulement des surfaces cylindriques sur des surfaces de niveau. On y trouve pour des roues de voiture garnies enfer, cheminant sur une chaussée en sable et cailloutée à nouveau, 0,0634 ; sur une chaussée en empierrement à l’état ordinaire, 0,0414 ; sur une chaussée en empierrement en parfait état, 0,0150 ; sur une chaussée en pavé bien entretenu, au pas, 0,0185; id., au trot, 0,0328 ; sur une chaussée en planches de chêne brutes, 0,0102; pour des roues en fonte, sur rails en bois saillants et rectilignes, 0,0023; sur ornières plates en fer, 0,0035 ; sur ornières saillantes, avec alimentation de graisses ordinaires , 0,0012 ; id., avec alimentation de graisse continue, 0,0010, etc.
FRUCTIDOR, formé du latin fructus. C'était le douzième mois du calendrier républicain.
FRUCTIDOR (Journée du dix-huit) ou du 4 septembre 1797. Depuis longtemps le Directoire n’était plus exempt de reproches : on l’accusait hautement de vénalité, on lui imputait de fréquents abus de pouvoir. L'un de ses membres suriout, Barras, blessait l'opinion républicaine par sa conduite indécente, son luxe, sa rapacité mal déguisée, son mépris de tout principe public et privé. De leur côté, les royalistes poursuivaient leur guerre incessante de plume, de discours, de calomnies, d’intrigues et de conjurations. Arguant des résultats, ils aftaquaient la révolution dans ce gouvernement faible et sans prestige. Cependant, trois de ses membres espéraient encore pouvoir diriger la puissance publique entre les deux opinions vivaces du pays, Je royalisme et le républicanisme; mais ils étaient sans partisans. Dans ces fautes, dans cette mollesse, dans cette corruplion , dans cette fatigue des opinions désenchantées , le parti monarchique puisa quelque espoir; il ne devint pas une puissance, mais une cause active de discordes intéricures. Maître de la majorité du Conseil des Cinq Cents, par le fait des nouvelles élections, ce parti appela Pichegru à la présidence de cette assemblée. Or, tout le monde savait qu’ennemi du gouvernement, il était prêt à donner la
DICT, DE LA CONVERS, = T, X
main à une restauration. On le supposait même entré dans des intrigues puissantes. Deux généraux , Desaix et Moreau , avaient des preuves de ses relations avec l'étranger; mais ils se laisaient, parce qu’ils le voyaient élo'gné des armées.
Cependant , le Directoire, malgré le danger, s’était scindé en deux fractions : Rewbell, Barras et LaReveillère formaient la première; Carnot et Barthélemy composaient la seconde, ou l’opposition ; parmi les assaillants, on remarquait la ligue rnilitante des journalistes : Fontanes, Suard, Morellet, La Harpe, Michaud jeune, etc. Ces hommes ardents plaidaient pour les doctrines tombées, pour leroyalisme. La guerre qu'ils faisaient au Directoire était vive : elle agitait et troublait l'opinion publique. On sentit qu'il était temps d'y mettre fin. Bonaparte aperçut le danger du fond de litalie. Il envoya à Paris un aide de camp avec mission de suivre la marche des affaires. On ne parlait plus à l’armée d'Italie que de l’agitation de Paris, de Paudace des émigrés ralliés, de l'envahissement du pouvoir légal par les traitres. Le général Bonaparte, en passant une revue le 14 juillet 1796, avait dit à ses soldats : « Jurons sur nos drapeaux guerre aux ennemis de la république et de la constitution de lan mr! » Et ces paroles avaient rallié tous les patriotes; chaque division , chaque brigade de Parmée d'Italie avait rédigé son adresse, et ces adresses se ressentaient des craintes du général et de l’agitation violente des esprits. Berthier les envoya au Directoire et aux conseils. Les armées de Sambre et Meuse et du Rhin, partageant les sentiments et les préoccupations de l’armée d'Italie, s'adressèrent aussi au Directoire par voie de pétition.
Il s’opéra dès lors un changement total dans le public. Chacun pressentait l'approche et la nécessité d’un coup d’État : cette alternative inquiétait cependant bien des patriotes. Sans doute, la république existait toujours , mais il fallait affermir. L’émotion était vive partout ; elle l’était surtout dans les assemblées. Là, rompant en visière au gouvernement, la majorité légale mettait en avant les projets les plus subversifs. Tout à coup, le 17 fructidor, le bruit se répand qu’un coup d’État va être frappé par le Directoire, et que des mandats d’arrêt sont déjà signés. A cette nouvelle, les députés factieux se refroidissent visiblement, et certaines attaques sont ajournées. Les plus compromis , les plus violents , se cachent : l’action du lendemain doit tout terminer. Augereau, récemment arrivé d'Italie, la présidera avec cette audacieuse jactance qui le caractérise.
A trois heures du matin, le 18, Augereau, nommé la veille commandant de la division militaire de Paris, investit le Corps législatif et dispose ses troupes comme pour un assaut. Quelques affidés entourent la demeure et le jardin de Carnot; mais ce directeur les fait retirer en les menaçant. Au coup de canon signal d’alarme, le poste du Pont-Tournant est forcé, et un des lieutenants d’Augereau, le général Lemoine, vient camper dans le jardin des Tuileries. Ramel, commandant de la garde du Corps législatif, veut l’en empêcher ; il n’y réussit point: Augereau s’élance sur lui, le désarme et lui arrache ses épaulettes : il est suivi de 8,000 hommes et de quarante pièces de canon. Déjà des batteries sont pointées surles bâtiments des deux Conseils. A quatre heures, le général Verdière fait signifier à quelques députés assemblés en comité au pavillon Marsan l’ordre de sortir du lieu de la séance, et sur leur refus, il en fait fermer les portes et les retient prisonniers. Rantel, abandonné de ses troupes, est envoyé au Temple. Pichegru, sur lequel les soldats, interpellés par quelques députés royalistes, n'ont pas osé porter la main, est arrêté par quatre officiers, à qui Augereau en a donné l’ordre; celui-ci terrasse lui-même Aubry et Villot. Delarue est au moment de lui brûler la cervelle, mais il détourne rapidement le canon du pistolet, qui part; Delarue recoit un coup de baïonnette. Rovère et Pichegru sont blessés, et leurs habits mis en lambeaux. Vers midi, la majorité des membres du Conseil veut pénétrer dans l’enceinte ; mais les baïonneltes sont croisées : il faut se retirer. Un détachement de chasseurs disperse et arrête les députés. Le Luxeme