GRACIAN
cellence, ne sauraient être bien en telles mains. On pourrait |
appliquer à cet auteur l'éloge qu’il a donné à Tacite : de n'a voir pas écrit avec de l'encre, mais avec la sueur précieuse de son esprit. » Dans cette dernière phrase, empruntée à Baltasar Gracian lui-même, le lecteur a un exemple de P£slilo culto, autrement dit du cultorisme, que cet écrivain introduisit dans la prose espagnole. A l'exception de son El Comulgatorio, ou livre de communion, il publia tous ses autres ouvrages sous le nom de son frère Lorenzo ; d’où on lui donne souvent à tort ce second nom de baptème. GRACIEUX, est l’adjectifde gréce. Vainement l’eût-on cherché dans nos lexiques avant Ménage, qui en fut l’inventeur, De gracieux on a fait disgracieux. La gracieuseté consiste en des manières gracieuses, mais non habitueiles. On dit notre gracieux prince, notre gracieux souverain ; c’est même une formule des nations du Nord, parce que là Vautocrate, l’empereur, fe roi, tiennent dans leurs mains les grâces, les faveurs, les dispenses, les bienfaits. Sur le champ du carnage, un soldat terrassé crie gräce ou merci; un criminel qui s'attend à être gracié n'obtient pas toujours son graciement. Il existe une assez forte nuance entre gracieux, wimable et agréable : ce qui est l’un n’est pas toujours l’autre. Une bayadère qui divinement chante ou joue des instruments est seulement agréable; si elle danse avec mollesse, elle est de plus gracieuse, et si sur le divan elle cause avec délicatesse, esprit et décence, elle est aimable aussi; ef c’en est assez pour rendre fou un grave misselum. DENNE-BARON.
GRACIOSO est le surnom de théâtre du farceur, ou masque comique, qui apparaît, sous différents noms, dans les trois espèces de comédies du théâtre espagnol, et plus particulièrement dans les pièces à intrigues (comedias de capa y espadu). L'origine même du mot indique que la grâce , la douceur, l’amabilité et la légèreté doivent former les traits distinctifs du jeu du gr'acioso ; et de fait le gracioso de Calderon, de Lope de Vega et de Moreto, n’a guère d’affinité avec le cZow n sirude des Anglais, non plus qu'avec «le lourd et grossier Aanswu rst des Allemands, quoique Ma couardise forme souvent le fond de son earactère. Il y a » pièces où l’on voit deux, trois graciosos, et même plus. Le type antique de ce rôle, tel que nous le montrent les grands poëtes nommés plus haut, a disparu aujourd’hui de la scène ; mais le mot est resté pour désigner en général le . genre comique.
GRACQUES. C'est sous ce nom francisé que sont connus les deux tribuns qui, par une réforme aussi nécessaire qu’elle fut malheureuse, ébranlèrent la vieille aristocratie romaine. Ces deux frères eurent pour père Tiberius Sempronius Gracchus, de la famille plébéienne Sempronia, qui, malgré son opposition au parti patricien, mérita de devenir l’époux de Cornélie, fille du grand Scipion 1° Africain. On sait comment cette illustre Romaine dirigea leur éducation; elle fut secondée par des précepteurs stoïciens. « Ces stoïciens, dit M. Michelet, élevèrent les deux enfants comme ils avaient élevé Cléomène, le réformateur de Sparte, et leur inculquèrent cette politique de nivellement qui sert si bien la tyrannie. » Neuf années séparaient la naissance des deux frères : Tiberius était né l’an de Rome 591 (avant J.-C., 163), et Caius l’an de Rome 600 (avant J.-C., 154).
A l’âge de seize ans, Tiberius suivit en Afrique Scipion Émilien, son beau-frère; il se distingua au siége de Carthage, et monta le premier à l'assaut. Au retour de cette expédition, il fut admis au collége des augures, et, sans avoir sollicité. ce choix , il vit un des plus illustres patriciens de Rome, Appius Claudius, lui offrir sa fille en mariage. Élu questeur lan 617 de Rome (138 avant J.-C.), Tiberius accompagna le consul Mancinus devant Numance. Battu par les Numantins dans toutes les rencontres , ce général inhabile lève le siége pendant la nuit, se laisse enfermer dans un défilé, et n’en sort que par une honteuse capitulation, qui ne fut pas observée par les Romains , bien que les Numantins, qui avaient appris à se défier de leur mauvaise
GRACQUES 421 foi, eussent exigé que Tiberius Gracchus se rendit garant du traité. Le sénat ne manqua pas de désavouer Mancinus, qui fut livré aux Numantins. Tiberius Gracchus aurait éprouvé le même $ort, si le peuple ne s’y fût opposé : de là la haine de ce plébéien contre le sénat, Mais la vue des maux qui accablaient le peuple lui fournit bientôt matière à attaquer avec justice cette aristocratie romaine, si cupide et si profondement immorale, en politique du moins.
Tout appelait une réforme dans la république. A la faveur des guerres perpétuelles qui avaient constitué la grandeur de Rome, l'autorité du sénat s'était élevée sans contre-poids au-dessus de tous les pouvoirs de l'État. Le peuple avait perdu par désuétude une partie des droits que les tribuns avaient autrefois conquis pour lui. Les familles sénatoriales et consulaires, quelle que fût leur origine, formaient une aristocratie dont les richesses et la puissance contrastaient d'une manière révoltante avec la situation misérable et précaire des dernières classes de la société. Une des plaies les plus profondes de l’État était l'immense étendue des propriétés territoriales que de tout temps les patriciens wavaien£ cessé d’usurper sur le domaine public, tandis que les plébéiens ne possédaient pas un pouce de terre. Le mal eût porté avec lui le remède si les citoyens libres se fussent adonnés, moyennant salaire, à la culture de ces vastes propriétés; mais leurs possesseurs cupides, pour n’en partager le revenu avec personne, et les plébéiens orgueilleux, pour vivre dans une oisiveté séditieuse , laissaient des mains serviles cultiver les terres romaines de lItalie et de la Sicile. De là cet innombrable peuple d'esclaves de tous les métiers, qui dans les temps de calme était un élément toujours actif de dépravation; car la servitude a le privilége de corrompre le maître et l’esclave. Mais de quels dangers l'État n’était-il pas menacé, quelles terribles réactions n’attendaient pas les maîtres, s’il arrivait que tant d'hommes, destitués des droits de l'humanité, vinssent à se compter, à comparer leur multitude au petit nombre de leurs oppresseurs |
De là la première révolte des esclaves en Sicile, qui devint pour les Gracques un des plus puissants arguments qu’ils eussent à faire valoir contre l'inégalité des fortunes romaines et contre le despotisme cupide des patriciens. Et en effet, les premiers troubles élevés par Tiberius Gracchus coïncident avec la dernière année de la première guerre des esclaves en Sicile. Nommé tribun l’année même de la prise de Numance , il reproduisit en l’amendant toutefois l’antique loi. agraire de Licinius Stolon. Le sénat s’opposa à cette loi, et gagna à sa cause Octavius, un des tribuns. Après avoir vainement essayé de vaincre l'opposition de son collègue, Tiberius suspend toutes les magistratures, ferme le trésor, et fait destituer Octavius par les tribuns assemblés, chose, dit Plutarque, qui n’était ni honnête ni légale. Aïnsi fut portée une atteinte mortelle à l’inviolabilité du tribunat. La loi Licinia est renouvelée : pour l’exécuter, on nomme trois commissaires, qui sont Tiberius Gracchus lui-même, son frère Caius Gracchus, et son beau-père Appius Claudius. Par d’autres lois, Tiberius fait adjuger au peuple les richesses provenant de la succession d’Attale, roi de Pergame, diminue le temps du service militaire, et autorise l’appel au peuple des jugements de tous les tribunaux.
Le triomphe de Tiberius fut de courte durée : les patrisiens, et particulièrement le grand pontife Scipion Nasica, l’un des principaux détenteurs du domaine, l’accusèrent d’aspirer à la tyrannie, et cette imputation produisit assez d'effet sur le peuple pour que Tiberius eût besoin de recourir à des apologies. Le peu de partisans qui lui restaient dans les tribus rustiques étant éloignés pendant lété pour les travaux de la campagne, il resta seul dans la ville avec la populace, qui devenait chaque jour plus indifférente: à son sort. N'ayant plus de ressource que dans la pitié de cette multitude contre les embüches des riches, il parut sur la place en habits de deuil, tenant en main son jeune fils et le recommandant aux citoyens. Après avoir soulevé tant de haines, il était perdu s’il n’obenait un second tris
bunat, qui lui perinit d’exécuter sa loi. Le jour de l'élection, il occupa de bonne heure le Capitole avec la populace. Appuyés de quelques-uns des tribuns, les riches veulent troubler les suffrages qui le portent à un second tribunat. Alors il donne aux siens le signal dont ils étaient convenus. Lui-même portait sous sa robe un dolon, sorte de poignard des brigands d’italie. Ses partisans se partagent les demipiques dont les licteurs étaient armés, s’élancent sur les riches, en blessent plusieurs et les chassent de la place. Des bruits divers se répandent : les uns disent qu’il va faire déposer ses collègues, les autres, le voyant porter sa main à sa tête, pour indiquer qu’on en veut à sa vie, s’écrient qu'il demande un diadème. Alors Scipion Nasica s’élance à la tête d’une partie des sénateurs contre Tiberius et ses partisans. Le tribun est massacré au pied de la tribune, avec trois cents de ses amis. Leurs corps furent refusés à leurs familles et précipités dans le Tibre. Les vainqueurs poussèrent la barbarie jusqu’à enfermer un des partisans de Tiberius dans un tonneau avec des serpents et des vipères. Cependant, ils respectèrent la fidélité héroïque du philosophe Blosius de Cumes, l’ami de Tiberins, et son principal conseiller, Il déclarait qu'il avait en tout suivi les volontés de Tiberius. « Eh quoi! dit Scipion Nasica, s’il favait dit de brûler le Capitole? — Jamais il n’eût ordonné une pareille chose. — Mais enfin, s’il ’en eût donné l’ordre? — Je l’aurais brûlé. »
La mort de Tiberius n’entraîna point l’abrogation de la loi agraire : le sénat se vit obligé d’adjoindre à la commission chargée du partage des terres deux nouveaux membres à la place de Tiberius, puis d’Appius Claudius, qui venait de mourir. On leur substitua Fulvius Flaccus et le tribun Papirius Carbon. Ce dernier, soutenu et dirigé par son jeune collègue Caius Gracchus, propose deux lois dont le résullat est de mettre l'anarchie dans l'État : la première, qui est adoptée, admet pour le vote des lois le scrutin secret ; la seconde tend à autoriser le peuple à proroger pendant plusieurs années un tribun dans sa magistrature : elle est rejetée par le crédit de Scipion Émilien. Cependant Carbon, Caius Gracchus et Fulvius Flaccus, commissaires pour la loi agraire, se mettent en devoir d'accomplir leur mandat; le sénat se sert habilement de quelques difficultés qui s’élèvent au sujet de l'exécution de Ja loi pour eulever leurs pouvoirs aux tfriumvirs, comme suspects à ceux qu'il s'agissait d’évincer. Scipion Émilien paye cher ce triomphe : il est trouvé mort dans son lit; et personne ne douta qu'il ne fût victime de la haine de Carbon et de Fulvius Flaccus. On soupçonna même Cornélie et sa fille Sempronia, épouse de Scipion, enfin Caius d’avoir trempé dans celte vengeance politique et domestique. 11 est certain que
dans une occasion récente Caius Gracchus s'était écrié pu- | bliquement, en parlant du vainqueur de Carthage : « Il faut !
se défaire du tyran. » Satisfait de cette vengeance, et menacé par les Italiens, que le consul Fulvius avait proposé d'introduire dans les tribus, le peuple laissa le sénat suspendre l’exécution de la loi agraire , et éloigner Caïus Gracchus, qui fut envoyé dans la Sardaigne révoltée comme questeur du consul Aurelius. Il déploya dans cette magistrature des talents administratifs et une sollicitude pour les besoins de l’armée qui le rendirent encore plus cher au peuple. Le sénat profita de ce moment pour bannir les Italiens de la ville, et frappa les alliés de terreur en rasant la ville de Frégelles, qui, disait-on, méditait une révolte. Caius passa pour n'être pas étranger au complot ; ou tel était son crédit sur les villes d'Italie, qu’elles accordèrent à ses sollicitations personnelles les vêtements que la province de Sardaigne refusait à l’armée.
La seconde année de la questure de Caius étant révolue, le sénat vent le retenir encore en Sardaigne sous le titre de proquesteur, Il revient à Rome briguer le tribunat, Le sénat l'accuse d'avoir quitté sans permission son général , et d'a- Voir fomenté la révolte de Frégelles. Caïus repousse avec succès cette double accusation, 11 est nommé tribun (124
GRACQUES
av. J.-C.). Le peuple revoit en lui Tiberius, mais plus véhément, plus passionné. Sa pantomime était vive et animée; en parlant il parcourait à grands pas la tribune aux harangues. Sa voix puissante emplissait tout le Forum, et il était obligé d’avoir derrière lui un joueur de flûte, qui le ramenait au ton convenable et en modérait les éclats, Ses pre mières lois furent données à la vengeance de son frère. Non” content de renouveler la loi agraire, il fait ordonner, par diverses lois, la vente à vil prix du blé au profit du peuple, l'établissement de plusieurs colonies, la défense de poursuivre criminellement aucun citoyen sans y être autorisé par un plébiscite, et celle d'élever à aucune charge un magistrat déposé par le peuple. Continué dans le tribunat l’année suivante, Caius est vbligé d’invoquer à son aide des intérêts contradictoires. Il frappe le sénat au profit des chevaliers, en leur conférant l'administration de la justice, jusque alors attribuée au sénat. Mais il frappe les chevaliers en même temps que les nobles, par l’exécution de la loi agraire, qui tombe principalement sur ces riches détenteurs des biens confisqués aux Italiens. 11 propose encore de faire participer les Italiens au droit de cité romaine; mais ceux-ci ne sont pas plus reconnaissants que les chevaliers, car la loi agraire menace de leur enlever les terres qui leur restent. Enfin, le peuple de Rome , en attendant les terres qui lui sont promises, maudit celui qui lui ôte la souveraineté en accordant le suffrage aux Italiens, dont le nombre doit le tenir désormais dans la minorité et la sujétion.
Outre l'établissement de plusieurs colonies dans la Campanie (à Capoue, Tarente, etc.), Caius en fait voter une à Carthage. Son pouvoir est immense : arbitre du gouvernement de Rome et des provinces, un simple tribun avait gagné par la puissance de la parole cette domination absolue que le vainqueur de Pompée n’eut qu'à cinquante ans. En même temps qu’il occupait les pauvres par toute l'Italie à ces voies admirables qui perçaient les montagnes, comblaient les vallées, il s’entourait d'artistes grecs, il accueillait les ambassadeurs étrangers ; en un mot , il était roi. Le sénat prit un moyen sûr pour le dépopulariser : ce fut de * le surpasser en démagogie. Il suscite contre lui le tribun Livius Drusus, qui parvient à contre-balancer le crédit de Caius en proposant des lois encore plus populaires que toutes celles qu’a fait passer celui-ci. Caius, sentant décroître son crédit, se charge lui-même de conduire une colonie à Carthage. Dès lors, histoire de Caius reproduit celle de son frère. De retour à Rome, il échoue dans la demande d’un troisième tribunat. Le consul Opimius, son ennemi personnel, entreprend de faire abroger plusieurs de ses lois. Caius, simple particulier, prétend les défendre à main armée. Vaincu avec ses partisans dans l'émeute qu'ila excitée, il se retire dans le bois des Furies, et il reçoit la mort d’un fidèle affranchi, qui se tue sur le corps de son maître. La tête de Caius avait été mise à prix par Opimius, qui promettait d’en donner le poids en or. Un certain Septimuleius en fit sortir la cervelle, etla remplaça avec du plomb fondu. Trois mille hommes furent tués avec Caius ; leurs biens furent confisqués, et l’on défendit à leurs veuves de porter leur deuil, Pour consacrer le souvenir d’une pareille victoire, le consul Opimius éleva un temple à la Concorde.
On porte sur les Gracques les jugements les plus opposés. Cicéron, dans sesdivers écrits, tantôt les loue, tantôt les blame. Il est certain qu’on n’a aucun élément pour porter à cet égard un jugement positif, puisqu'ils n’ont pas réussi, Or, ni l’un ni l’autre ne parvint à établir ses lois et sa puissance d’une manière durable ; et l'usage seul du pouvoir met à même d'apprécier le véritable caractère de ceux qui entreprennent la réforme d’un État. Les Gracques sont devenus un texte pour la poésie et pour léloquence. Qui ne connaît ce vers de Juvénal :
Quis tulerit Gracchos de seditione querentes ?
et ce beau trait de Mirabeau : « Le dernier des Gracques périt de la main des nobles; mais, frappé du coup mortel,
GRACQUES
il jeta de la poussière contre le ciel, et de cette poussière naquit Marius. » Plutarque a écrit la vie de Caius et de Tiberius Gracchus. Nous avons la Conjuration des Gracques par Saint-Réal, et le Tiberius Gracchus deChénier, Charles Du Rozoin.
GRADATION. C'est, d’après le Dictionnaire de l’Académie, une augmentation successiveet par degrés. Par analogie, la gradation représente aussi une diminution successive et graduelle, Ainsi, la lumière, qui croit par gradation le rmatin, décroit également par gradation le soir.
La gradaltion est une figure de rhétorique nommée aussi autrefois climaæ; elle se manifeste quand l’orateur donne des preuves s’enchainant les unes aux autres, et acquérant par degrés une plus grande force, lorsqu'il se sert de plusieurs idées, de plusieurs expressions, qui enchérissent les unes sur les autres. Pour en donner un exemple, cette phrase : « Ya! cours ! vole! » renferme une gradation.
En peinture, on se sert du même mot pour indiquer le passage insensible d'une couleur à une autre : les lois de la gradation doivent être sévèrement respectées dans les tons différents d’un tableau. Les peintres et les sculpteurs appellent encore gradation un heureux artifice de composition, consistant à représenter d’une raanière saillante le groupe ou le personnage principal d’un tableau, en affaiblissant graduellement l'expression, la lumière, etc., dans les autres personnages, à mesure qu'ils s’éloignent du centre de l’action.
La gradation a aussi, en architecture, une grande importance et des règles invariables. « 11 y a gradation dans le système des ordres de l’architecture, dit Quatremère, de Quincy, lorsqu'on considère les ordres, soit sous le rapport des. proportions , suit sons celui des ornements. Le dorique, qui est le plus fort et le plus simple, est suivi de l’ionique, plus élégant et plus varié, après lequel vient le corinthien, plus svelte encore et plus riche. »
GRADE. Quelque temps encore avant la première ré-
3 volution, le mot grade ne s’employait que pour désigner . une élévation à un degré d'honneur, et ne se disait guère que de la prêtrise et des autres dignités ecclésiastiques im-
médiatement supérieures; il s’employait aussi en parlant des différents degrés que l’on prenait dans les universités, et l'ondisait, ainsi qu'aujourd'hui, le grade de bachelier, de licencié, de docteur.
De nos jours, le mot grade a pris un sens nouveau, dans lequel il est généralement usité : il indique la position res-
pective d'avancement, ou plutôt le rang occupé par les |
militaires , soit de l’armée de terre, soit de l’armée navale.
cavalerie), le caporal-fourrier (brigadier-fourrier dans lacavalene), le sergent-fourrier ( maréchal-des-logis-fourrier dans la cavalerie), le sergent (maréchal-des-logis dans la cavalerie), le sergent-major (maréchaldes-logis-chef), ladjudant sous-officier, le souslieutenant, le lieutenant, le capitaine, lechefde bataillon ou d’escadron, le major,lelieutenantcolonel, le colonel, le général de brigade, le général de division , et enfin lemaréchalde France. Sous le premier empire on avait fait revivre la dignité de connétable; à la fin du règne de Louis-Philippe, on imagina de donner au maréchal Soult le titre de maréchal général pour lui rendre moins amer le départ du ministère. Dans l’armée navale, les grades sont ainsi établis : quartier-maître (caporal), second maître (sergent), premier maître (sergent-major et adjudant-sous-officier) aspirant de 2e et {re classe (souslieutenant) ,enseigne (lieutenant), lieutenant de vaisseau de 2e et {re classe (capitaine), capitaine de corvette de 2e et 1re classe (lieutenant-colonel), capitaine de vaisseau de 2e et {re classe (colonel), contre-amira 1 ( général de brigade), vice-a mir a 1 (général de division), amiral (maréchal de France). En outre, sous la Restauration, on donna le titre de grand-amiral au dauphin. Plusieurs ordonnances ou décrets ont aussi fait correspondre les fonctions d’intendant et sous-intendant militaires, autrefois inspecteur aux
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revues et commissaire des guerres, à différents grades de
! l'armée.
Le grade constitue l’état de l'officier, L'emploi est distinct du grade; il ne peut y avoir de grade sans emploi; mais la privation de l'emploi n’emporte par la perte du grade, Les causes de Ja perte du grade , les cas de retrait, de suspension et de suppression de l'emploi, sont prévus par la législation, qui règle également tout ce qui concerne l’avancement des caporaux ou brigadiers, sous-officiers, officiers et l’état de ces derniers. Aux termes delaloi de 1832, il faut six mois de service actif avant de pouvoir être nommé caporal ou brigadier, six mois encore suflisent pour être nommé sous-officier ; il en faut six de plus enfin pour devenir sergent-major, maréchal-des-logis-chef, ou adjudant-sous-officier, La nomination à ces divers grades est faite par les chefs de corps , soit directement , soit sur des états de propositions présentés par les capitaines, mais en observant, dans l’un et l’autre cas, de ne prendre que des sujets portés sur les tableaux d'avancement arrêtés par les inspecteurs généraux. Toutes les promotions aux grades d’officiers sont faites par le chef de j’Éfat sur la présentation du ministre de la guerre. Les grades de sous-lieutenant sont donnés un tiers aux sous-officiers de l’armée ayant servi deux ans au moins comme sous-officiers, et deux tiers aux élèves des écoles militaires. Les grades de lieutenant et de capitaine sont conférés aux sous-lieutenants et aux lieutenants ayant deux ans de grade, un tiers au choix, deux tiers à l’ancienneté. Les capitaines ne peuvent être promus chefs de bataillon , chefs d’escadron, ou majors, qu'après quatre ans de grade; moitié au choix, moitié à l’ancienneté. Les grades plus élevés sont au choix du chef de l'État; il faut trois ans de grade pour être lieutenant-colonel, deux ans encore pour devenir colonel, et pour tous les autres grades supérieurs , {rois ans au moins de service dans le grade immédiatement inférieur. Le temps exigé pour passer d’un grade à un autre peut être réduit de moitié à la guerre et dans les colonies. Devant l'ennemi, il ne revient à l’ancienneté que la moitié des grades de lieutenant et de capitaine; la totalité des nominations au grade de chef de bataillon et d’escadron appartient alors au chef de l’État. Dans les corps spéciaux d'état-major, d’artillerie et du génie, les grades de capitaine, de chef de bataillon, d’escadron et de major ne peuvent être conférés qu'aux lieutenants et capitaines faisant partie de la première classe de leur grade, Les officiers employés près de la personne de l’empereur, de celle des
| princes, ou attachés à l’état-major du ministère de la guerre, Les grades militaires sont :lecaporal(brigadierdans la |
sont dispensés de figurer sur les tableaux pour participer
au tour de l’avancement au choix.
N'oublions pas de faire remarquer, en passant, que les candidats proposés dans les corps de l’armée pour les grades
| de caporal, de sous-officier, de sous-lieutenant , ne peuvent
être portés sur les tableaux d'avancement qu'après un examen subi devant l'inspecteur général; mais pour l'inscription des candidats aux grades supérieurs, il n’est plus question d'examen ni de concours.
Après la funeste guerre que l'empire avait entreprise, une commission spéciale fut nommée par M. Thiers en septembre 1871, pour opérer la révision des grades obtenus pendant la campagne. Cette commission, présidée par le général Changarnier, opéra avec une rigueur que n ex cusaient pas les considérations politiques, et supprima ou réduisit l'avancement de plusieurs centaines d'officiers.
GRADIN. Ce mot, dans son acception primitive et la plus générale, était communément affecté à désigner les marches d’un escalier. On s’en sert le plus ordinairement aujourd'hui au pluriel pour désigner toute espèce de bancs, de degrés ou de marches disposés graduellement les uns au-dessus des autres en forme d’escaliers, comme objets d'utilité ou d'agrément; on dit aussi les gradins d'une salle de spectacle, d'un amphithéâtre; des gradins de gazon, pour désigner, en termes de jardinage, des degrés ou marches de terre, revêtus de gazon.
GRADISKRA, petite ville de 8,000 habitants et place forte, chef-lieu de la capitainerie du même nom, dans le domaine de la couronne ( Kronlande) de Gæritz et de Gradiska, est bâtie sur l’Isonzo, près des frontières de l’État vénitien. Le dévidage des soies est la principale industrie de ses habitants. On y trouve un tribunal de cercle de première classe. C'était autrefois le chef-lien d’un comté du inême nom, érigé en 1641 par l’empereur Ferdinand III en faveur du yrince d’Eggenberg. A l'extinction de cette maison (1717), il passa aux comtes d’Althann, 4/{-Gradiska ou O-Gradiska, bourg à marché et place forte, sur le territoire des Frontières militaires d’Esclavonie et de Servie, avec 1,500 habitants, est situé sur la rive gauche de la Save, en face de la forteresse turque de Barbir ou Turkisch-Gradiska, en Bosnie, et au sud-ouest d’un bourg autrichien, Neu-Gradiska ou Uj-Gradiska, dépôt du régiment de Gradiska, avec 1,600 habitants.
GRADUATION (Bâtiments de). Quand l'économie et la disposition des localités ne permettent pas d'extraire avantageusement certaines substances tenues en dissolution dans une grande quantité de liquide au moyen de la chaleur ou de l’évaporation à l'air libre, on peut faciliter singulièrement l’évaporation en multipliant le contact de Pair et du liquide. Pour cela, on fait couler celui-ci sur des cordes, qui pendent en grand nowbre dans l’intérieur d’un bâtiment à ælaire-voie, et dont la plus grande surface est exposée à Yaetion du vent le plus habituellement régnant dans cette localité, ou bien on le fait tomber d’une certaine hauteur,
et dans un état de grande division, sur des fagots d’épines |
placés dans la même condition. Dans l’un et l'autre cas, le liquide s’évapore avec une rapidité qui dépend de sa division, de la température et de la vitesse du courant d'air. En le portant de nouveau à plusieurs reprises à la partie supérieure du bâtiment, onarrive à un degré de concentration qui permet d’évaporer avantageusement le liquide par l’action de la chaleur.
Les bâtiments de graduation ont été appliqués aussi à l’'évaporation du sang destiné à la clarification du sucre. M.Derosne, qui a fait usage de ce procédé, a pu obtenir par ce moyen du sang susceptible d’être transporté dans les îles, où la fabrication du sucre exige de grandes quantités de ce produit. H. GAULTIER DE Cr AUBRY.
GRADUEL, répons chanté alternativement àlamesse, antienne intermédiaire entre l'épitre et l'évangile, et qui se chantait pendant que le diacre montait les marches {gradus) du jubé. Telle est l’étymologie la plus satisfaisante du mot graduel, et c’est celle qui est formellement consignée dans l’Ordo Romanus. D'autres ont voulu expliquer ce mot par la gradation de voix qui distingue le chant de cette antienne. Quoi qu'il en soit, l’usage du graduel remonte aux papes saint Célestin ou saint Grégoire; il est en vigueur dans le plus grand nombre des liturgies, quoiqu'il n’y porte pas toujours ce nom.
On appelle aussi graduel le livre de chant qui renferme les messes notées, pour le distinguer de l'antiphonaire.
Les psaumes que les Hébreux chantaïent sur les degrés du temple se nommaient psaumes graduels.
GRADUS AD PARNASSUM, mot à mot: degré pour atteindre le Parnasse, nom sous lequel a été connu
dans nos écoles, pendant plus d’un siècle, un dictionnaire !
poétique latin, donnant la quantité de chaque mot, ses divers synonymes, ou bien les périphrases poétiques à l’aide desquelles on peut le remplacer, enfin les différentes épithètes dont il est possible de l'accompagner, le tout à l’usage des écoliers à qui l’on fait faire des vers latins; exercice classique destiné, dit-on, à développer l'intelligence de l'enfant en lui apprenant à apprécier la valeur d’une épithète heu-
reuse, ou d’une périphrase de bon goût. Dès la renaissance | L et autres antiquités. Sa bibliothèque surtout était remar-
des lettres, ect exercice si atile fut introduit dans les écoles et donna lieu à la publication de divers recueils ayant le même but que le Gradus ad Parnassum, et désignés tantôt sous le nom de Trésor des Épithètes, tantôt sous
GRADISKA — GRÆFE
celui de Coffre-fort de la Poésie, et sous une foule d’autres encore. En 1719, le père Vanière, le célèbre auteur du Prœdium Rusticum, publia un Dictionnarium Poeticum, qui fut réimprimé, quelques années après, sous le titre de Gradus ad Parnassum , adopté primitivement par un autre jésuite, le père Paul Aler. Ce lexique est resté jusqu’en 1835 à peu près en possession exclusive de fournir à la consommation d’épithètes et de synonymes faite dans nos classes depuis la quatrième jusqu’à la rhétorique inclusivement. Sous l'Empire, un faiseur universitaire, fort habile homme, Noël, avait fait de l'œuvre du père Vanière chose sienne, en y ajoutant force fragments empruntés aux divers poëtes latins, et très-propres, en définitive, quoi qu’on en ait dit, à former le goût et à mürir l'esprit des élèves. Le Gradus de Noël était, pour le libraire qui l’exploitait, bien mieux que deux ou trois fermes dans la Beauce; rien de plus naturel dès lors qu’une telle propriété fût enviée. Le supplanter n'était pas facile; on y est cependant parvenu dans ces dernières années en faisant adopter, pour les classes où régnait jadis sans partage le Gradus de Noël, un nouveau dictionnaire poétique, baptisé du nom de Thesaurus poeticus, et, comme de juste, bien préférable au rival qu’il est venu sournoisement détrôner après plus de trente années d’un règne paisible et incontesté.
GRÆBERG DE HEMSOE ( Jacos ), polygraphe érudit, né en 1776, à Gannarfve, dans l’île de Gottland ( Suède ), où son père remplissait les fonctions de juge provincial, reçut une éducation distinguée. Dès l’âge de seize ans, il fit à bord d’un vaisseau marchand une tournée dans différents ports d’Angleterre, de Portugal et d'Amérique, et il entra ensuite dans la marine anglaise. Après divers voyages exécutés en Italie, en Allemagne et en Hongrie. Græberg, qui crut alors pouvoir ajouter à son nom de famille celui de Hemsoe, qu'il emprunta à un village de l’île de Gottland, fut nommé, en 1811, vice-consul de Suède à Gênes, puis envoyé, en 1815, en la même qualité à Tanger. En 1893, il fut nommé consul
à Tripoli. En 1828, il se rendit en Italie avec la permission Î
de son gouvernement , et depuis lors résida toujours à Florence, où il mourut le 29 novembre 1847. Il avait constamment consacré les loisirs que Ini laissaient ses fonctions à l’étude de la géographie et de Ja statistique, de l’histoire! de la numismatique et de la philologie. Parmi ses nomnbreux ouvrages, écrits dans les langues les plus différentes, nous citerons son Essai historique sur les Skaldes (en allemand; Pise, 1811) ; sa Théorie de la Statistique (en allemand; Gênes, 1821), et sa Scandinavie vengée ( en français; Lyon, 1822), ouvrage dans lequel, après avoir repoussé le reproche fait aux Scandinaves d’avoir été au nombre des peuples barbares qui détruisirent l’Empire Romain, il prétend qu’à l’époque de la grande migration des peuples, les contrées du Nord jouissaient déjà d’une véritable civilisation. Son Essai statistique et géographique sur la régence d’Alger (en allemand ; Florence, 1830), est
: un des livres qui contribuèrent le plus à faire mieux con-
naitre cette contrée. Sa Notizia interna alla famosa opera d'Ibn Khaldun; Florence, 1834 , et surtout son Specchio geographico e statistico dell impero di Marocco (1833), sont également des travaux d’un haut intérêt, On a aussi de lui, outre une excellente carte de l'empire de Maroc, jointe à l’ouvrage que nous avons cité en dernier lieu, de nombreuses dissertations éparses dans divers recueils italiens,
| notamment dans l’Antologia de Florence, dans le Progresso
et dans le Giornale dei Lilterati, ainsi que dans les inémoires de diverses académies. 11 était en effet membre de plus de soixante sociétés savantes, et ses relations, aussi nombreuses qu'étendues, lui avaient permis, avec la fortune considérable dont il jouissait, de réunir une collection extrèmement précieuse de médailles, de pierres gravées
quable ; elle ne contenait pas moins de 400 manuscrits, pour la plupart orientaux.
GRÆFE (CuanLes-FenniNann pe ), l'un des plus céiè-
GRÆFE — GRAFF
bres chirurgiens qu’ait produits l’Allemagne, naquit le 8 mars 1787, à Varsovie, de parents allemands, et fut reçu docteur en médecine à l’université de Leipzig dès 1807. | La même année, il refusa une chaire de chirurgie à Krzemi-
niec pour devenir médecin particulier du duc Alexis d’Anhalt-Bernbourg, et s'établit en cette qualité à Ballenstedt. La direction de lhôpital qu’il y fonda en 1808, et où sa réputation toujours croissante attirait des malades de très-loin, amnsi que la direction de l’établissement thermal d’Alexisbad, qu'il créa dans la vallée de la Selke, et où affluèrent bientôt les malades , le mirent en grand renom. Après avoir refusé des chaires de chirurgie à Kœnigsberg et à Halle, il accepta, en 1811, la direction de la clinique chirurgicale et la place de professeur de chirurgie à université de Berlin. Lorsqu’en 1813 la Prusse se souleva contre Napoléon, il fut chargé, comme ehirurgien en chef, de l'administration des hôpitaux militaires de Berlin, puis de la surveillance de tous les lazarets créés entre la Vistule et le Weser, et en 1815 de celle des lazarets établis dans le grand-duché du Rhin et dans les Pays-Bas. La guerre une fois terminée, il reprit sa chaire à Berlin. Les nombreux services qu’il rendit à la science répandirent sa réputation au loin, et des élèves accoururent de tous les pays étrangers suivre sa savante clinique. En 1833, quand il alla visiter l'Angleterre, le roi Guillaume IV l’invita plusieurs fois à sa table, au palais de Saint-James et à Windsor. À Paris, Dupuytren lui fit dignement les honneurs de l’Hôtel-Dieu; il le pria de le remplacer dans sa chaire et de consentir à faire la leçon en son lieu. Il mourut inopinément, le 4 juillet 1840, à Hanovre, où il était venu pour tenter d’opérer le prince royal, affligé, comme or sait, de cécité.
Quoiqu'on ne puisse nier que de nombreux défauts de caractère contribuèrent beaucoup à obscurcir l'éclat de son immense talent, la science le comptera toujours parmi ceux qui ont le plus fait pour elle et qui l'ont le plus illustrée. 11 inventa ou perfectionna une foule d’instruments et de méthodes opératoires, et remit en usage, après lavoir singulièrement perfectiouné, un procédé fort ancien, mais depuis longtemps abandonné, pour restaurer les nez détruits (voyez RuiNoPLasTIE ). Parmi les grands ouvrages qu'on à de lui, nous mentionnerons plus particulièrement ses Etudes sur la nature et le traitement rationnel des on vasculaires (Leipzig, 1808) et sa Rhinoplaslie
GRÆFENBERG, village de la Silésie autrichienne, dans l’arrondissement de Freiwaldau et au voisinage de cette petite ville, est célèbre par la méthode curative dite 2y dr othérapie, que feu Priesnitz y mit en pratique vers 1828. Situé à 400 mètres au-dessus du niveau de la Baltique, sousun àpre climat qui y appauvrit la végétation, il se prolonge depuis le fond d’une vallée jusqu'à mi-côte de la montagne dite Græfenberg, où se trouvent les bâtiments de l’établissement de bains, lequel est organisé à peu près comme tous ceux qu'on connaît. A partir de là, on donne au reste de la montagne le nom de Hirschbadkamm. C’est plus loin que sont situées les sources d’où provient l’eau employée pour bains à l’établissement. Les malades se logent soit à l’établissement même, soit dans les maisons voisines, dont le nombre, la commodité et l'élégance augmentent chaque année, ou bien encore à Freiwaldau, qui n’en est guère qu'à un kilomètre de distance, et où existait déjà autrefois un établissement de bains. Depuis 1839, l’affluence de plus en plus grande des baigneurs y à nécessité la construction d’une vaste hôtellerie; etcette même annécdes baigneurs hongrois, enthousiastes admirateurs de l’Hippocrate aquatique, firent ériger à Sa gloire un monument dont ils confièrent l'exécution à Schwanthaler. Depuis, des Français reconnaissants ont fait “ets TU pyramide en l'honneur de Pries-
lt, avec celte Inscription : Au génie de l'eau froide!
GRÆTZ où GRATZ, chef-lieu du duché Ho (Autriche ), sur la rive gauche de la Mur, station principale du £hemin de fer de Vienne à Trieste, dans Pune des plus
DICT. DE LA CONVERS. — T, x,
belles
contrées de ce pays, si riche en beautés naturelles, est bâti autour de ce qu’on appelle le Scklossberg, hauteur jadis fortifiée, du sommet de laquelle on aperçoit le plus admirable panorama, et qui forme une magnifique promenade. La ville est elle-même entourée par de vastes faubourgs, se prolongeant jusqu'aux collines qui bornent son horizon. Quatre ponts, dont deux suspendus, la mettent en communication avec les faubourgs qui sont situés sur la rive droite de la Mur. Elle compte 80,732 hab. (1870), et est le siége du gouvernement général de la Styrie, d’un grand nombre d’autorités administratives ef judiciaires, et du prince-évêque de Seckau. On y compte 23 églises, 9 couvents et un temple protestant. On doit une mention particulière à la cathédrale, bâtie dans le style gothique par l'empereur Frédéric HIT, qui compte un grand nombre de tableaux d’autels peints par les maîtres les plus célèbres, et où les ornements en marbre sont prodigués. Il faut aussi citer l’église de Sainte-Catherine, où se trouve le mausolée dans lequel reposent empereur Ferdinand II etson épouse. La même église renferme depuis 1805 le tombeau de la princesse Marie-Thérèse de Savoie, femme de Charles X. Parmi les monuments dignes d’être visités que renferme encore la ville de Grætz, nous mentionnerons l’église paroissiale, dont le maître-autel est orné d’un beau tableau du Tintoret ; le château impérial, l'hôtel de ville, le théâtre, etc. Grætzest le siége d’un commerce fort important et d’une active fabrication d’objets de quincaillerie, d’étoffes de laine et de coton, de cuirs, etc. Parmi les établissements scientifiques que possède cette ville, on remarque surtout son université, fondée en 1585, par l’archiduc Charles ; elle compte 20 professeurs titulaires et est fréquentée par environ 500 étudiants. Elle possède aussi une bibliothèque riche en manuscrits et contenant près de 50,000 volumes.
GR ÆVIUS (Jran-Georces) dont le nom véritable était Græfe, philologue et critique distingué, né en 1632, à Naumbourg-sur-Saale, commença d’abord par étudier le droit à Leipzig, mais plus tard se‘voua exclusivement à l'étude des belles-lettres à Deventer. Nommé en 1661 professeur d’histoire à Utrecht, sa réputation d’érudit devint si grande que les villes de Leyde et d'Amsterdam, l'électeur palatin, l'électeur de Brandebourg et la république de Venise lui firent à l’envi es offres les plus brillantes pour le déterminer à venir s'établir sur leur territoire. Grævius préféra garder sa chaire à Utrecht, et mourut dans cette ville, en 1703. Guillaume III d'Angleterre l’avaitnommé son historiographe ; et Louis XIV, pour lui témvigner le cas qu’il faisait de son savoir, lui avait adressé un riche présent. D'excellentes éditions d’'Hésiode, de Cicéron, de Catulle, de Tibulle, de Properce, de Justin, de Suétone, de César, de Florus et d’autres classiques encore, témoignent de la profondenr et de la variété de ses connaissances philologiques. Son Thesaurus Antiquilatum Roma : narum (12 vol.; Utrecht, 1694-1699) et son TAesaurvs Antiquitatum et Historiarum Italiæ, publié après sa mort, par Burmann (45 vol.; Leyde, 1704-1725) lui assignent un rang distingué parmi les archéologues et les critiques.
GRAEFE ( ANToIxe ), l’un des plus célèbres portraitistes de son temps, néen 1736, à Winterthur,en Suisse, se forma à la peinture du portrait sous la direction de Schellenberg, et, après avoir résidé à Augsbourg depuis 1758, fut appelé en 1766, avec le titre de peintre de la cour, à Dresde, où il perfectionna son talent et mourut en 1813. On doit louer également dans ses ouvrages le dessin, l'expression et te coloris. Le nombre de ses portraits (ceux d'hommes sont les meilleurs ) et de ses tableaux de famille ne s'élevait pas à moins de 1,100 en 1796. On en peut voir une collection intéressante (22 toiles ) dans la bibliothèque de l’université de Leipzig, à qui elle fut léguée par le libraire Reich.
Son fils, Charles-Antoine Grarr, né à Dresde, en 1774, mort en 1832, s'est fait un nom comme paysagiste.
GRAFE (EBennarD-GOTTLIEB ), savant philologue a]lemand, né en 1750, à Elbing, en Prusse, mort à Berlin, en 1841 [ut attaché à divers établissements d'instruction
publique, et notamment, à partir de 1824, à l’université de Kænigsherg, en qualité de professeur de l'histoire de la langue allemande. On a de lui un précieux Dictionnaire des mots de l’ancien kaut-allemand, publié avec les secours du gouvernement prussien et l’appui tout spécial du prince royal de Prusse, Il est intitulé : A/{hochdeutscher Sprachschalz; et le septième et dernier volume en fut publié par Massmann, après la mort de l’auteur, et d’après les notes et les travaux qu’il avait laissés, en 1844. Deux années plus tard, en 1846, son continuateur y a ajouté un huitième volume contenant une table générale et raisonnée des matières. Graff a aussi donné des éditions de quelques anciens auteurs allemands du dixième au treizième siècle.
GRAFFIGNY (Françoise D'ISSEMBOURG D'APPON- COURT, dame pe), naquit à Nancy, en 1694, d’un major de gendarmerie du duc de Lorraine et d’une petite-nièce du fameux Callot. Elle fut mariée fort jeune à Hugues de Graffigny, chambellan du duc de Lorraine, homme emporté, avec lequel elle courut plusieurs fois risque de la vie. Après bien des années, elle obtint d’être juridiquement séparée de cet homme , qui finit ses jours dans une prison , où sa mauvaise conduite avait fait renfermer. M" de Graffigny vint à Paris, avec Mlle de Guise, qui allait épouser le duc de Richelieu. Plusieurs beaux esprits, réunis dans une société où elle avait été admise , l'engagèrent à fournir quelque chose au Recueil de ces messieurs (1745), et elle lui donna une nouvelle, intitulée Nouvelle espaynile; le mauvais exemple produit autant de vertus qu’ re vices. Elle n'avait pas alors moins de cinquante-et-un ans. Bientôt après elle publia les Lettres d'une Péruvienne : c’est le véritable et presque le seul titre de sa réputation. Elles eurent un succès prodigieux, qui est peut-être difficile à comprendre aujourd’hui. L'idée et le cadre de cet ouvrage sont, il est vrai, ingénieux : l’auteur a su tirer parti de la situation bizarre de la jeune Zilia, transportée tout à coup au milieu d’un monde où tout lui est étranger. 11 y a des descriptions charmantes, des sentiments délicats , naïfs, quelquefois passionnés ; mais le dénonement ne satisfait personne : l’infidélité d’Aza , l'abandon de Zilia, indisposent. Les lettres à Déterville sont insipides ; les traits métaphysiques et les idées philosophiques y sont prodigués à l'excès. Enfin, l'illusion est sans cesse détruite par les anachronismes de l’auteur, qui nous peint les usages et les mœurs de son temps, assurément fort ignorés dans celui où elle place le voyage de la jeune Péruvienne. Mme de Graffigny donna ensuite Cénie , comédie en cinq actes et en prose, qui eut un grand succès. C’est un de ces petits romans qu’on appelle comédies larmoyantes. En revanche, Une Fille d’Aristide, drame en cinq actes et en prose, ne réussit pas du tout.
Mme de Graffigny, ayant longtemps vécu à la cour de Lorraine, y fut connue de l’empereur, qui, après avoir lu avec plaisir ses Lettres péruviennes, la fit prier de faire quelques comédies propres à être jouées par les jeunes princesses dela cour et les dames qui approchaient de Pimpératrice. Mme de Graffigny fit cinq ou six petits drames, qui furent envoyés et joués à ia cour de Vienne. Elle reçut pour récompense un brevet de pension de 1,500 livres. Elle mourut à Paris, le 12 décembre 1758, à l’Age de soixante-quatre ans. L'Académie de Florence se l'était associée. Les dernières années de sa vie ne furent point heureuses. Elle n'avait ni ordre ni économie , et laissa des dettes énormes. Quoiqu’elle fût modeste, son amour-propre était excessif : une critique, une épigramme, lui causaient un véritable chagrin. Sa réputation d'esprit et de talent eut un peu à souffrir de la publication de ses lettres, datées de Cirey, que l'on publia en 1820, dans la Vie privie de Voltaire et de Ms du Châtelet. Les ouvrages de M" de Graffigny ont eu de nombreuses éditions. Csse DE Brant.
GRAFFITI (de l'italien graffiare, égratigner ). En archéologie, on a donné le nom de graffli aux dessins ou inscriptions antiques grossièrement tracés au stylet, ét qu'on a retrouvés sur les murailles dans les fouilles de