‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 325 sur 552 · GRACE — GRACIAN · texte numérisé non relu

GRACE — GRACIAN

du vainqueur, quel qu’il fut, et à l’autre, de remplacer par sa vertu fécondante les braves tombés sur le champ du car: nage. De ces scènes de mort, on les appelait aux banquets, où trois coupes couronnées de roses étaient vidées en leur honneur, comme filles de Bacchus et comme modératrices des plaisirs. Là, ainsi que dans les temples, on leur associait les Muses. Parmi les images des Grâces, on citait entre les plus célèbres leurs statues en or par Bupalus, celles de Socrate , fils de Sophronisque, et les beaux tableaux d'A. pelles et de Pythagore. Dans les premiers temps, ces déesses furent représentées vêtues, mais légèrement. Leurs statues étaient de bois avec des mains, des pieds de marbre, et des robes dorées ; dans la suite, elles furent toujcurs reproduites nues. L’unêé tenait une rose, l’autre un dé à jouer, la troisième une branche de myrte, trois emblèmes de plaisir et de joie. La Grèce fut la patrie des Grâces ; elles s’y sont tenues cachées pour toujours; elles eurent à peine des autels dans cette Rome, qui ne pouvait oublier que son fondateur suça l’âpre mamelle d’une louve. Elles permireut au seul Horace de délier leurs ceintures. Dans une villa d'Italie, il y à un groupe antique et charmant des Grâces, modèle et désespoir de nos peintres et sculpteurs. Ces déesses sont nues et se tiennent par la main ; une simple bandelette trèsétroite retient leurs cheveux : à deux de ces figures ils sont rassemblés en un nœud derrière le cou. Un air de satisfaction, une douce sérénité, sont répandus sur leurs traits et sur leurs lèvres. DENNE-BAPON.

GRACIAN (Barrasar), prosateur espagnol, né vers la fin du seizième siècle, à Calatayud, en Aragon, appartenait à la compagnie de Jésus, et fut d’abord recteur du collége de Tarragone, puis transféré à Tarazona, où il mourut, en 1658. Son vaste savoir et son esprit le mirent en relation avec les savants les plus distingués, et lui valurent la protection toute spéciale du vice-roi d'Aragon. J1 est célèbre dans l’histoire de la littérature espagnole, pour avoir introduit l’estilo culto dans la prose, pour avoir été le Gongora du discours libre d’entraves métriques. Spirituel et: ingénieux comme Gongora, non moins vain que lui et désireux de faire du neuf à tout prix, il sacrifia au mauvais goût de son siècle par une obscurité visant à la finesse, par l'affectation la plus ridicule et le pédantisme le plus absurde. Non-seulement il écrivit de ce style plusieurs ouvrages de théologie, de morale et de philosophie, comme son Criticon, si célèbre de son temps, tableau allégorique et didactique de la vie humaine, divisé en crises, et ayant la forme du roman, comme son Oraculo manual, recueil de préceptes moraux, ou bien son £{ Diccreto, traduit en français par Amelot de la Houssaie, exposition des qualités qu’on exige d’un véritable homme de cour; ou encore son ££ Comulgalorio, livre de communion. Mais il prétendit en outre fâire de cet art nouveau un système régulier, et publiæ une introduction à cet Zstilo culto sous le prétentieux titre de : La Agudeza, y arte de ingenio. C’est ainsi que par ses préceptes et ses exemples, il devint le chef des gongoristes en prose; et son Art de penser et d'écrire avec esprit resta pendant presque tout le dix-septième siècle le code du détestable goût alors à la mode. Il ne trouva pas seulement des imitateurs en Espagne; de nombreuses traduetions propagèrent ses écrits en France, en Italie et em Allemagne.

Si on devait se borner à apprécier Baltazar Gracian uniquement comme moraliste, on ne pourrait mieux faire que de citer le jugement que Bayle a porté sur lui, à propos de son £l Discreto : « On peut regarder ce livre, nous dit-il, comme la quintessence de tout ce qu'un long usage du monde et une réflexion continuelle sur l'esprit et le cœur

humain peuvent apprendre pour se conduire dans une

grande fortune, et il ne faut pas s'étonner si la savante comtesse d'Aranda, dona Luisa de Padilla, se formalisait de ce que les belles pensées de Gracian devenaient communes, par l'impression; en sorte que le moindre bourgeois pouvait avoir pour un écu des choses qui, à cause de leur ex=

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